Adolescence et Adolescents : des livres qui font du bien…

Journal du Japon invite les ados à découvrir de beaux textes dans lesquels ils pourront se reconnaître mais aussi se plonger, rêver… et s’évader. Pas des mangas cette fois-ci, mais de la littérature qui les emmènera loin et, on l’espère, leur fera du bien !

Souvenirs de Marnie : le roman qui a inspiré le film des studios Ghibli

Souvenirs de Marnie de Joan G. Robinson aux éditions Monsieur Toussaint Louverture : couvertureIl est des livres qui laissent une trace indélébile dans le cœur du lecteur. Souvenirs de Marnie est de ceux-là.

Avant toute chose, il convient de parler de l’objet en lui-même. C’est un très beau livre que le lecteur découvre : une couverture superbe, tant par l’illustration y figure que par la matière au toucher chaleureux. On a vraiment l’impression d’avoir reçu ce livre d’une amie chère, d’une grand-mère qui l’aurait gardé précieusement pour nous le transmettre. Et le papier à l’intérieur est bien épais et bien lisse. C’est un plaisir sans fin d’en tourner les pages. Un bonheur trop rare et l’occasion de souligner le merveilleux travail fait par la maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture.

Ce livre a inspiré le film des studios éponyme des studios Ghibli sorti en 2014. Anna, Marnie, la maison mystérieuse, la crique, la barque … Tout est là. Et pour vous remémorer l’histoire, la voici résumée par l’éditeur :

« Sans cesse effrayée à l’idée d’être rejetée, Anna, petite orpheline solitaire du cœur de Londres, s’efforce de paraître la plus ordinaire possible et de ne jamais se faire remarquer. Ses parents adoptifs l’envoient profiter du climat salutaire d’un village côtier de l’est de l’Angleterre. Accueillie par un couple aussi bienveillant que rustique, elle laisse s’écouler le temps en rêvant dans les dunes qui s’avancent dans la mer, et fait la rencontre avec la mystérieuse Marnie, qui surgit toujours quand on ne s’y attend pas et devient sa toute première véritable amie. Seulement aussi subitement qu’elle est apparue, et avant même qu’Anna ne s’habitue à sa présence, Marnie disparaît. »

Le livre est très contemplatif, le temps s’y écoule lentement, au fil des marées. L’ambiance particulière de la crique, des marées qui la couvrent et la découvrent, de la barque qui apparaît le soir, des lavandes de mer et des dunes rende la lecture douce, font passer au lecteur un moment hors du temps. On vit avec Anna dans ce petit village de la côte anglaise, les heures s’étirent, sans montre, sans pression, on peut dormir dans les dunes, fixer la villa pendant des heures, écouter le chant des oiseaux ou le bruit du vent. Le style de l’auteure est très beau et les descriptions sont magnifiques. Voyez plutôt …

« C’était une de ces journées figées, grises et nacrées, sans la moindre houle, et où le ciel et l’eau semblent soudés, où tout est doux et triste et rêveur. Sam avait râlé au petit déjeuner qu’avec cette météo ses rhumatismes allaient lui en faire voir des vertes et des pas mûres, mais c’était le temps préféré d’Anna. Il correspondait bien à ce qu’elle ressentait.
La marée était basse et elle traversa la crique en pataugeant, sans regarder une seule fois vers la vieille maison. À cause de la lavande de mer, le marais était comme couvert d’un voile mauve et elle se dit qu’après la salicorne elle pourrait peut-être en cueillir aussi.
Pendant deux heures, elle arpenta la vaste étendue et sauta par-dessus les filets d’eau, atterrissant tantôt dans l’herbe, tantôt dans une flaque de vase noire où son pied s’enfonçait, entendant seulement les petits oiseaux marron-gris crier « Aie pitié ! Aie pitié ! » ».

L’histoire en elle-même est à la fois ancrée dans la réalité d’une jeune orpheline mal dans sa peau, Anna, que sa mère adoptive envoie passer quelques mois chez les Pegg, des gens rustiques mais adorables qui habitent un petit cottage en bord de mer. Anna a toujours l’impression de ne pas être aimée, d’avoir été perpétuellement abandonnée. Elle fait tout pour être discrète, porte en permanence un visage neutre pour ne pas déranger et être invisible. Mais une rencontre magique va tout faire basculer : Marnie, la petite fille qui habite la mystérieuse villa au bout de la crique. Avec elle, Anna est profondément heureuse, une amitié s’installe, Anna grandit, devient plus sereine. Mais qui est Marnie, pourquoi apparaît-elle et disparaît-elle comme dans un rêve ? C’est en tous cas l’occasion pour Anna d’apprendre à se confier, à mettre des mots sur ses sentiments, à regarder son passé différemment, à ne pas croire que tout est rose ailleurs et noir chez elle. Et quand Marnie disparaît, Anna sent que quelque chose a changé en elle : « Alors qu’elle pleurait, une nouvelle et exquise tristesse s’empara lentement d’elle. Celle que l’on ressent pour une chose dont on a profité et qui est terminée, plutôt que pour une chose perdue et jamais retrouvée ».

La suite de l’histoire met en scène une famille qui s’installe dans la villa. Et qui va là encore faire grandir la jeune Marnie.

Une lecture idéale pour les adolescents souvent mal dans leur peau, tristes, anxieux, qui trouveront en Anna leur alter ego et prendront plaisir à se promener avec elle et à s’interroger sur leurs propres sentiments.

Un beau récit sur l’intime, la quête d’identité, l’amour et l’amitié, le sentiment d’abandon et la confiance retrouvée.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

L’été de la sorcière de Kaho NASHIKI : une petite fille reprend confiance en séjournant chez sa grand-mère

L'été de la sorcière de Kaho NASHIKI, éditions Picquier : couvertureQuelques années après la publication du très beau livre Les mensonges de la mer, les éditions Picquier permettent au lecteur de découvrir un autre très beau roman de Kaho NASHIKI, L’été de la sorcière.

Mai est une jeune collégienne qui refuse de retourner dans l’établissement où elle est scolarisée, qui n’est pour elle qu’un « lieu de souffrances ». Sa mère décide alors de la conduire chez sa grand-mère pour qu’elle y passe quelques semaines. Cette grand-mère anglaise l’accueille avec plaisir dans sa maison au jardin enchanteur, posé dans un paysage merveilleux. Elles s’adorent, Mai lui dit souvent « Je t’aime tellement, Mamie », ce à quoi la grand-mère répond « I know ».

Mai a conscience de ses fêlures, de cet état de nostalgie solitaire qui l’habite.

« Car oui, il lui arrivait parfois de souffrir de nostalgie. C’était peut-être un peu bizarre de parler de nostalgie puisqu’elle avait déjà ressenti cela alors même qu’elle était à la maison. Mais pour elle, cela ne pouvait être autre chose. Une tristesse, un sentiment de solitude absolue qui lui enserraient le cœur et la poitrine ».

Dans cette maison perdue dans la forêt, Mai prend le temps de regarder, d’écouter… un tapis de fraises des bois, le chant du coq, mais aussi une adorable « mauvaise herbe » qu’elle arrose consciencieusement. Elle apprend le pouvoir de la volonté que lui inculque tout en douceur sa grand-mère : se fixer un planning, mettre en place des routines apaisantes. Elle essaie également d’entendre uniquement les voix qu’elle désire vraiment entendre, suivant en cela le chemin de ses aïeules qui étaient chacune à leur façon des sorcières, voyantes ou maîtrisant le pouvoir des plantes. Car le jardin est une véritable source d’apprentissage et d’émerveillement, il sent bon la menthe et la sauge … et les feuilles de capucines un peu piquantes que mère et grand-mère aiment glisser dans les sandwichs.

Par des gestes et des mots partagés, la grand-mère invite Mai à avancer sereinement dans la vie, malgré les blessures qui la jalonneront.

Car le bonheur est là, dans une tasse de thé fumante, une confiture faite maison, des œufs tout juste pris dans le poulailler, dans un petit coin de la colline qui ressemble au paradis. Il y a des ombres qui rôdent, certes, il y a la mort qui parfois fait peur, il y a des personnes qui peuvent sembler méchante, mais la vie est surtout pleine de lumière !

« Avoir un corps procure aussi tout un tas de plaisirs. N’es-tu pas heureuse quand tu te glisses dans des draps qui sentent bon la lavande et le soleil ? N’es-tu pas heureuse quand tu trouves une clairière et te laisses réchauffer par les doux rayons du soleil par une froide journée d’hiver ? N’es-tu pas heureuse quand une brise fraîche te caresse alors que tu es assise à l’ombre d’un arbre en plein été ? La première fois que tu as réussi à faire un tour complet à la barre en gymnastique, n’as-tu pas senti la joie de sentir bouger ton corps exactement comme tu le voulais ? »

Le livre est un doux mélange : roman d’apprentissage, portrait d’une grand-mère bienveillante et passeuse d’espoir, ode à la nature bienfaisante.

Les descriptions de la campagne environnante sont superbes et le lecteur aura l’impression d’avoir pris un grand bol d’air vivifiant en refermant ce court roman délicat comme une fleur de myosotis…Quand apparaît un tapis de fraises des bois : « Le temps était magnifique, à l’exact opposé de son moral. L’air du matin était frais, le soleil brillait d’un bel éclat. Quand on empruntait le sentier qui partait du côté droit du jardin de derrière, on rencontrait d’abord le poulailler, puis un petit bois ensoleillé de chênes à feuilles de châtaignier, de chênes bleus du Japon, de noisetiers et de châtaigniers. Mai, qui avait suivi le chemin l’esprit ailleurs, poussa soudain un cri de surprise. Le sous-bois était tapissé de petits rubis d’un rouge vif. Des fraises des bois ».

Une lecture qui apaisera et ravira le lecteur, toutes générations confondues !

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Et vous, comment vivrez-vous ? de Genzaburô YOSHINO : manuel à l’usage des êtres humains

Et vous, comment vivrez-vous ? de Genzaburô YOSHINO, éditions Picquier : couvertureVoici un livre devenu un « classique » au Japon. Voici son histoire résumée par les éditions Picquier (qui permettent aux lecteurs francophones d’enfin le découvrir) :

« En 1937, alors que le nazisme se fait de plus en plus menaçant en Europe et que le Japon se militarise, un jeune éditeur s’improvise écrivain pour défendre ce qui fait de nous des êtres profondément humains : la liberté de pensée, l’ouverture du cœur, l’entraide, le désir de justice…
Son livre va connaître un destin exceptionnel. Interdit pendant la guerre, son auteur taxé d’antipatriote et plusieurs fois incarcéré, il a été réédité plus de 80 fois : c’est un best-seller depuis près d’un siècle. »

Coper est un adolescent en deuxième année de collège quand s’ouvre le livre. Il est élevé par sa mère, son père étant mort deux ans plus tôt. Il a également un oncle (frère cadet de sa mère) très présent pour lui, qui adore avoir de longues conversations sur toutes sortes de sujet avec ce garçon chétif mais brillant, à l’esprit très vif et au grand cœur. Car Coper se pose beaucoup de questions et aime comprendre le monde qui l’entoure d’un point de vue scientifique, mais également sociétal, les liens entre les humains sur la planète (ainsi il remonte toute la chaîne des personnes impliquées dans l’arrivée d’une boîte de lait en poudre dans le placard familial). Il essaie aussi d’être un ami pour Mizutani, Kitami et Urakawa, trois compagnons aux profils très variés (Mizutani habite dans une superbe maison à l’occidentale, ses parents sont très riches, mais souvent absents, Kitami n’a pas la langue dans sa poche et refuse les injustices qui peuvent avoir lieu dans le collège, et Urakawa a des parents pauvres qui tiennent une petite boutique de tofu dans laquelle il doit travailler matin et soir en plus de ses cours au collège). Autant d’amis qui lui font percevoir la diversité des situations, le confort de sa propre vie, l’injustice et la méchanceté de certains humains, jeunes ou moins jeunes. C’est aussi de très bons moments d’adolescence qui sont racontés dans ce livre résolument optimiste : des batailles de boules de neige d’anthologie, des commentaires sportifs fictifs enthousiastes, des récits passionnés sur la vie de Napoléon et bien d’autres choses encore.

Assumer et apprendre de ses erreurs, être de nature droite et franche, savoir différencier la richesse et la vraie valeur d’un être humain … autant de thèmes abordés dans la bienveillance et avec l’aide d’un oncle qui arrive à mettre en mots tout ce qui nous construit, de tous temps et à tous les âges, dans un cahier qu’il offrira ensuite à Coper. Pas une leçon de morale, mais un accompagnement sur le chemin de la vie, dans la période de construction de soi qu’est l’adolescence.

Les conseils de l’oncle sur le ressenti qui doit nous guider …

« Même sans aller jusqu’à parler des enseignements des hommes de religion, on trouve dans les œuvres des grands écrivains une véritable sagesse. C’est pourquoi je te recommande de lire beaucoup de livres de valeur, de façon à acquérir la sagesse de gens vraiment admirables. N’empêche qu’en dernier ressort, celui qui détient la clé, Coper, c’est toi. Toi et personne d’autre. Il n’y a que toi pour vivre, voir, sentir, et finalement, à partir de ce que tu auras vécu, vu et senti, accéder à la compréhension et à la vérité de ces paroles des grands personnages. Ce n’est pas comme les mathématiques ou la science, où il suffit de lire quelque chose pour le savoir, ça ne marche pas comme ça.
C’est pourquoi l’essentiel, à mon avis, est de toujours partir de ce que tu auras ressenti, de ce qui aura fait palpiter une sensation de vérité en toi. Dès que tu ressens quelque chose jusqu’au fond de tes tripes, que tu penses quelque chose jusqu’au fond de ton cœur, surtout, ne triche pas avec toi-même. »

Le bonheur de partager des moments avec ses amis :

 » Pendant quelques instants, tous trois sont immobiles et silencieux. Il n’est plus besoin de parler. On reste à terre, on n’a plus rien à dire, et c’est ça le bonheur. Dehors, il fait un grand soleil d’automne. Par la cloison de papier grande ouverte, au-delà du corridor, on aperçoit le toit de la maison voisine, entouré d’arbres. Derrière la balustrade, s’étend le grand ciel bleu, que traversent d’un pas nonchalant des nuages de coton blanc qui s’effilochent et se métamorphosent. Coper écoute sans penser à rien le bruit d’un train de banlieue qui passe. »

La mère de Coper qui lui parle des actes qu’on regrette :

« Cependant, Junichi, même des décisions ou des actes que l’on regrette ne sont pas entièrement négatifs. Ils sont irréparables, certes, mais les regrets qu’ils nous donnent nous font voir des aspects importants de la condition humaine et nous ouvrent le cœur. Et ils nous obligent à vivre avec plus de profondeur et de lucidité. C’est comme ça que l’être humain grandit. C’est pour ça qu’il ne faut jamais désespérer, quels que soient les regrets que l’on puisse avoir. Parce que quand tu te seras relevé, quelqu’un, un jour, te trouvera plus grand qu’avant. »

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

De belles lectures pour s’évader, penser, grandir … à lire le soir ou pendant les vacances, que l’on soi un adolescent ou pas !

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