Interview avec Mari Yamazaki : De la Rome antique au Japon moderne

Propos recueillis par Alexis Orsini

Mari Yamazaki © TDR

Mari Yamazaki est une grande connaisseuse de la culture occidentale. Et pour cause, elle a vécu pendant longtemps en Italie, où elle a étudié la peinture. De passage à Paris pour le Salon du Livre de Paris 2012, l’auteure du manga à succès Thermae Romae a bien voulu répondre à quelques unes de nos questions.

JDJ : Comment vous est venue l’idée d’un tel scénario original, celle d’un architecte romain de l’Antiquité qui se retrouve plongé dans les bains japonais du XXIe siècle et s’inspire de leurs spécificités pour les importer à son époque ?

Mari Yamazaki :
C’est venu d’un constat, à savoir qu’il y a énormément de points communs entre la culture romaine antique et la culture japonaise au niveau des bains. Il n’y a pas d’autres peuples au monde que les Japonais et les Romains de l’antiquité qui sont plus amoureux du bain. L’idée était de réunir ces deux points communs.

Avez-vous eu du mal à faire accepter ce projet à un éditeur ?

J’ai commencé par envoyer le projet à un gros éditeur qui m’a répondu qu’il ne marcherait pas et que ce ne serait pas possible. Puis je l’ai envoyé à un éditeur beaucoup plus petit et plus atypique, qui a dit oui tout de suite.

Avez-vous été surprise du succès de la série au Japon ?

Oui, un tel succès, c’est quelque chose que je n’avais absolument pas anticipé.

Vous avez étudié la peinture aux beaux-arts : qu’est-ce qui vous a amenée au manga ?

En effet, j’ai suivi les cours des beaux-arts à Florence, où j’ai étudié la peinture à l’huile. J’ai essayé d’en vivre et je me suis rendu compte que ça n’allait pas être aussi simple que ça. Sur les conseils d’un ami italien, qui m’a dit qu’au Japon des auteurs de manga arrivaient à très bien vivre de leur mériter, j’ai décidé d’écrire un manga. Je l’ai envoyé à un éditeur et j’ai gagné un concours.

© 2009 Mari Yamazaki / published by Enterbrain, inc. © 2012 Casterman

Est-ce que le style graphique assez « carré » de Thermae Romae provient de cette influence des beaux-arts ?

Du fait de ma formation en art plastique, je suis tout bonnement incapable de dessiner du manga comme on en voit partout au Japon aujourd’hui. Plutôt qu’un savoir-faire de mangaka, j’ai un savoir-faire de dessinateur tout simplement.

Qu’est-ce que vous a le plus marquée lors de vos années de vie en Italie ?

C’est la première fois que je restais longtemps à l’étranger (dix ans en Italie, ndlr). S’il y a une chose qui m’a frappée c’est la coexistence de choses complètement nouvelles et de choses très anciennes, des ruines.

Avez-vous fait un travail de recherche historique dans l’optique de créer Thermae Romae ?

Bien sûr, je garde plein de souvenirs et d’images gravés en moi de ma période passée en Italie, mais je me suis également référée à beaucoup de livres sur l’art romain.

Si on devait imaginer qu’un Japonais du XXIe siècle atterrissait dans la Rome antique, quelles idées volerait-il à la civilisation romaine ?

Il pourrait être influencé par beaucoup de choses. Au Japon, on utilise très peu la pierre. Il serait influencé par le travail qui était fait sur la pierre dans la Rome antique. Dans un autre registre, les ustensiles qu’on utilisait à l’époque et qu’on n’utilise pas forcément au Japon aujourd’hui, comme le strigile, qui enlevait la crasse sur la peau. On utilise autre chose au Japon mais cet objet aurait pu être une source d’inspiration.

On trouve plusieurs scènes assez comiques sur le décalage entre antiquité et modernité, comme le passage où Lucius découvre les toilettes japonaises. Êtes-vous plutôt attachée aux traditions comme les bains? Voyez-vous ce genre de progrès technologiques d’un bon œil ?

Je suis attachée au bain tel qu’on peut le pratiquer de manière traditionnelle au Japon. Mais je ne me lasse pas d’admirer toutes les trouvailles japonaises en rapport avec le bain.

L’anime © 2012 Mari Yamazaki / DLE

La série a fait l’objet d’une adaptation en anime et bientôt en film live. Avez-vous eu votre mot à dire dans ces adaptations ?

J’ai pu apporter quelques retouches au scénario du dessin animé et du film.

© 2009 Mari Yamazaki / published by Enterbrain, inc. © 2012 Casterman

Pensez-vous continuer la série encore longtemps ?

Elle devrait se finir au printemps prochain. (Information confirmée par les éditions Casterman. La série prendra fin cette année au bout de 6 tomes., ndlr)

Est-ce que cette expérience vous a donné envie de continuer dans le manga ?

J’aimerais bien dessiner quelque chose en rapport avec Rome, la Rome antique, mais qui ne concernerait plus du tout le Japon.

Pensez-vous que le public occidental sera plus réceptif à l’histoire que le public japonais, (malgré le succès remporté par Thermae Romae sur l’archipel) ?

En fait, les Japonais n’adoptent pas le point de vue de Lucius. Selon moi, les lecteurs occidentaux s’identifieront peut-être plus au héros. Pour les Japonais, c’est Lucius qui est l’étranger.

On trouve plusieurs encarts d’informations culturelles et historiques dans la série. Avez-vous une volonté didactique de cultiver les lecteurs ?

Ce n’est pas du tout une volonté didactique, il s’agit peut-être d’une volonté de partager les choses, mais tout ce que je mets dans ces encarts c’est tout ce que je n’ai pas pu mettre dans les chapitres.

Propos recueillis par Alexis Orsini

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