Deux enfants loups et cent mille entrées

Le dernier film de Mamoru Hosoda, Les Enfants Loups, vient de dépasser les 100 000 entrées. Des résultats honorables pour un film tout à fait méritant. Piqûre de rappel pour ceux qui ne seraient pas encore allés le voir, il est encore projeté dans une grosse centaine de salles. Critique.

©2012「o okami kodomo no ame to yuki」Production Committee

Chaque texte de presse des Enfants Loups commence par une immanquable comparaison entre Hosoda et Miyzaki, au grand dam de ce premier. Il est vrai qu’un rapport uniquement basé sur la mainmise de ces deux hommes sur l’animation dans les salles hexagonales est exagéré : un rapport avec Disney serait plus solide. En effet, il y a des bribes de fantaisie expressionniste dans ce film. Un rapport évident avec la nature, une belle palette de couleurs, de simples scènes destinées à l’émerveillement… Tout, dans cette scène enneigée, évoque Fantasia. Comme à l’accoutumée, Hosoda aime à se concentrer sur la famille et les liens filiaux, alors comment peut-on mélanger les deux?

Exit la technologie, les scènes apocalyptiques et les grandes matrices. Hosoda continue d’explorer un registre merveilleux en invoquant un contexte semi-fantastique. Figure du folklore japonais ? Que nenni, la lycanthropie reste un phénomène aux origines européennes… et une relecture de l’animal social va se faire, au sens purement littéral, puisque tout l’enjeu du film va se faire dans ce choix d’identité. Hana a deux enfants, à vous d’imaginer la suite !

Hana rentre dans la lignée de l’archétype d’héroïne selon Hosoda – battante, douée d’une admirable volonté, émotive. Ses premières scènes montrent des instants de vie de classe; Un jeune ténébreux à l’air totalement déconnecté retient son attention. Ce bel inconnu est un homme loup, pouvant à loisir passer d’un état humain à bestial. Cette première scène de révélation, touchante, en appelle forcément une autre. Tout cela est bien trop beau. Cet amour confirmé sera bientôt rompu par un événement fort métaphorique : une disparition provoquée par excès d’animalité. Cette mort, aussi tétanisante qu’injuste, finit d’introduire l’affiche, peut être le moins bel élément du film : une célibattante et ses deux enfants, Ame et Yuki, ayant hérité des étonnantes propriétés du papa.

©2012「o okami kodomo no ame to yuki」Production Committee

Le fantastique avantage du film, là où d’autres se plantent royalement et imposent malaise et lourdeurs aux spectateurs, est que ce trauma est exploité intelligemment. Pas d’emphase omniprésente, pas de voyeurisme outrancier, une simple photo permet de faire le lien avec ce qui paraît inévitable : comment élever ces deux petits monstres toute seule ? La découverte du scénario se picore à partir de ce point mais Ame & Yuki n’est pas un film fait pour surprendre, ici, le plot twist est attendu et la tournure des évènements n’a rien de surprenant. L’intérêt du film n’est pas là, Hosoda a cette belle faculté de nous mettre dans la confidence et de transposer le fantastique à la normalité – le propre du merveilleux. Et oui, des émotions, on en ressent quelques-unes. Voir les rejetons grandir, choisir des parcours différents, subir des tracas que les enfants normaux n’ont pas. Quelques ressorts du film reposent sur cette dualité – aussi bien humaine et animale qu’urbaine et rurale. L’incapacité d’Hana à réagir quand l’un de ses enfants est malade est aussi rigolote que touchante. Bref, ce choix de vie aura une teneur définitive et mélancolique et le film se conclut sur une note douce-amère, avec la sincère envie d’en savoir plus et de revoir ces personnages.

Cette dichotomie intervient également dans le rythme du film. À l’image du film Summer Wars, une vaste moitié de la narration se fait en rase campagne et cultive les clichés. Hana cultive ses premières patates (cette figure du papy ronchon au grand cœur, ici un personnage apparaissant au milieu de nulle part – est décidément tenace) mais qu’importe, le spectateur est impliqué et aime à constater la débrouille que manifeste cette femme. Choix stylistique aussi rare qu’apprécié : les personnages grandissent, le film couvre une petite quinzaine d’années, avec pour objectif évident de voir les petits louveteaux interagir avec leur prochain, étant isolés du reste du monde jusqu’à tard dans leur vie. Le Ying Yang est invoqué : la fille est aventureuse et téméraire, tandis que le garçon est timoré et craintif. Mais, mais, mais… si la fille est d’emblée posée comme narratrice, la subversion ne serait pas innocente.

Ces quelques évènements alternent donc des gimmicks simples : les « bourdes » de transformation des enfants, les premiers émois amoureux comme les premières séances de chasse, et bien sûr, l’immuable fil rouge d’Hosoda : les pleurs moches et réalistes. Un beau mélange entre tranche de vie et pure transmission d’émotions, de vides volontaires, de paternalisme… Encore une fois, pas de surprises, mais avec Hosoda, la barre est haute.

©2012「o okami kodomo no ame to yuki」Production Committee-

Les Enfants Loups parleront à tous, que ce soit dans son traitement de l’intrigue comme de sa manière de la dérouler. Ces fameux instants « disneyéens » seront ravissants pour les uns, distrayants pour les autres. Une explosion de couleurs, d’euphories et de bons sentiments… qui précèdent souvent une grosse frayeur. Mine de rien, il joue un peu avec nos nerfs sans réellement être tire-larme, fait peu évident amené par une narration qui oscille entre prise de distance et pragmatisme. Il n’y a ni héros ni héroïsme dans cette histoire, juste une différence à surmonter ou à adopter, et ce permis de conduire, dernier souvenir du papa, comme seule constante, figure bienveillante et paternelle. Techniquement, le grain d’image « Hosodien » est là. On note quelques séquences en fausse 3D purement cosmétiques. L’animation est fluide, l’ensemble est aussi sincère que constant et le travail sonore brille par sa culture du silence. Ce n’est pas franchement subtil (un peu comme si on nous demandait d’être ému à un instant précis) mais la formule est efficace, puisqu’implication il y a. La bande son n’est pas particulièrement marquante et le design des personnages est peut-être un peu interchangeable. Cependant, cet anthropomorphisme amorcé dans Summer Wars est fort joliment dessiné. Hana, dans sa courte aventureuse amoureuse, a visiblement fait son choix, et les vraies trouvailles visuelles se trouvent dans ce compromis. Pour le reste, Les Enfants Loups est un film sans surprises qui nous emmène dans une bulle fraîche et reposante ; deux heures qui filent à toute vitesse.

Ame et Yuki est un vrai beau film, fait pour un public bien plus adulte et mature qu’on ne pourrait le croire. Il n’est pas trop tard pour aller le découvrir…

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