Gen Urobuchi à l’Epitanime 2013 : Retour sur un parcours atypique

Pendant la 21e édition de l’Epitanime, Gen Urobuchi a donné deux conférences en compagnie de Takaki Kosaka, le président de Nitroplus. Animées par Emmanuel Bochew et Stéphane Lapie, avec la participation de Typemoon.fr et de Studio-Shaft.fr, elles se sont articulées autour de la présentations des œuvres qui ont marqué le parcours de ce scénariste au style sombre et atypique.

Avec les lunettes de soleil : Gen Urobuchi- Photo Florian Lambert

Au commencement était Nitroplus

Nitroplus

On ne peut pas décemment parler de Gen Urobuchi sans présenter Nitroplus, tant ils sont liés l’un à l’autre.
Créé en 2000, Nitroplus est un studio de création de jeux vidéo puis de dessins animés. Takaki Kosaka précise que « Nitroplus compte environ 70 employés, dont 70% sont des créateurs. Si nous produisons quasi-intégralement nos jeux, nous ne faisons en revanche qu’une petite partie du travail dans le milieu de l’animation, en participant le plus souvent aux projets par l’intermédiaire de nos designers et nos scénaristes. »

Les visual novels, ces livres dont on est le héros interactif

Phantom

Plus spécifiquement, la société produit des visual novels, des romans interactifs dans lesquels l’histoire s’articule autour des choix du joueur. Takaki Kosaka explique que « les visual novels constituent une niche. Ce type de jeu est peu coûteux à produire, ce qui rend l’échec commercial d’un ou deux titres moins grave, par rapport aux jeux vidéo classiques. »
Gen Urobuchi explique que lorsqu’il travaillait sur Phantom – Phantom of Inferno, le premier titre du studio, il « pensait surtout au futur de l’entreprise, mais depuis qu’il y a une seconde génération de créateurs, je peux me mettre en retrait et me faire plaisir en créant des jeux sans me soucier des ventes ! (Rires) Étant donné que je travaille dans une société, je peux faire ce que je veux sans prendre trop de risques. Si j’avais été en freelance, j’aurais eu trop peur. »

 

Kikokugai et Saya no Uta, deux œuvres clés de sa carrière

Deux jeux représentent une période charnière de la carrière de Gen Urobuchi, Kikokugai : The Cyber Slayer et Saya no Uta.

KikokugaiKikokugai, sorti en 2002, est le troisième jeu de Nitroplus, et se situe dans un Shanghai dystopique, où des groupes mafieux tiennent les rênes de la société. Supposé mort, Kong Taoluo est de retour en ville pour se venger de ceux qui ont tenté de le tuer et qui ont violé sa sœur. Cruel et malsain, Kikokugai oppose des scènes violentes à d’autres, adoucies par la présence de l’innocente Ruili Kong. Le jeu a une durée de vie d’environ 10 heures, et ne compte qu’une seule fin. Il devrait bientôt être disponible auprès de « JAST USA »:http://jastusa.com/. Saya no Uta est sorti un an plus tard et représente un véritable tournant dans la politique de création de Gen Urobuchi : « nous avions pour objectif de voir s’il était possible de rencontrer le succès sans étude marketing. Pour cela, j’ai écrit avec l’objectif de produire un scénario choquant, en prenant les règles pré-établies à contre-pied. Au début, le jeu n’a pas rencontré un franc succès. Contrairement aux autres bishōjō games de l’époque, celui-ci ne propose qu’un seul personnage féminin, à l’apparence enfantine et l’environnement est très glauque, perturbant. Cependant, Saya no Uta a continué à se vendre au fil des années, et aujourd’hui encore, dix ans après sa sortie, il se vend toujours ! » Le jeu est disponible chez JAST USA et compte trois fin différentes, mais au vu du synopsis comment pourrait-il y avoir un happy end ?

Saya no Uta 2Saya no Uta raconte l’histoire de Fuminori Sakisaka, un jeune étudiant en médecine. Victime d’un accident de la circulation, il est sauvé grâce à une opération expérimentale. Cependant, sa perception du monde a changé : tout ce qui représentait autrefois son quotidien, de son environnement à la nourriture, tient désormais de la vision cauchemardesque. Au milieu de cet univers fantasmagorique, seule Saya, une jeune fille qu’il rencontre lors de son séjour à l’hôpital, garde une apparence normale.

Quand on lui demande pourquoi _Saya_ est une petite fille, et non une jeune femme, Gen Urobuchi explique que « Saya est un monstre caché sous une apparence innocente. Les personnages féminins aux proportions trop généreuses ont tendance à rendre les gens plus méfiants. Dans mon enfance, je regardais Lupin III et j’ai été marqué par le personnage de Fujiko Mine, qui n’hésitait pas à trahir Lupin et ses compères avant de disparaître ! »

 

Ensuite vinrent les light novels

Fate/ZeroIl a ensuite écrit plusieurs light novels, des romans destinés à un public de jeunes adultes. Il est notamment l’auteur de Fate/Zero, un préquel de Fate/stay night, qui a été adapté en anime entre 2006 et 2007. « J’ai été très attiré par Kotomine Kirei, de Fate/stay night. Au début, je pensais n’écrire que la scène du duel entre Kotomine et Emiya. A force de développer l’histoire, je suis sorti du cadre du one-shot. Je me suis beaucoup amusé en écrivant cette Light Novel. »

Pendant l’écriture de l’œuvre, « on m’a dit de faire ce que je voulais. Cependant, c’est justement la course d’obstacle avec les éléments pré-établis par Fate/stay night qui m’a beaucoup plus. Je me suis peut-être un peu trop lâché sur le narcissisme de Gilgamesh ! (Rires) »
Il a aussi eu l’occasion d’écrire la version light novel de Black Lagoon, sur laquelle il revient avec un sourire : « je voulais faire quelque chose de sérieux, mais on m’a demandé de me lâcher, d’imaginer un tournoi d’athlétisme entre des ninjas et des pirates des caraïbes, dans lequel le but est de s’entretuer ! (Rires) »

 

 

De Blassreiter à Gargantia, parcours d’un scénariste autodidacte

Les premiers pas

Blassreiter

En 2008, il met un pied dans le milieu de l’animation avec Blassreiter, une série en 24 épisodes issue de la collaboration entre le studio Gonzo et Nitroplus. Il coécrit le scénario avec le réalisateur, Ichiro Itano. « J’avais un à priori assez fort du milieu de l’animation, que je pensais rigide et mercantile. En tant qu’autodidacte, j’ai beaucoup appris au contact d’Ichiro Itano, qui s’avère être quelqu’un de très ouvert. »
Il rappelle avec humilité que si ses scénarios ont du succès, c’est « parce qu’il y a des gens très compétents pour les exploiter et canaliser mes idées. Le scénariste ne peut pas trop penser au lecteur, c’est aux personnes qui traitent le scénario de l’adapter au goût du public. »

 

Urobutcher s’intéresse aux Magical Girls

Puella Magi Madoka Magica

Présenté comme une histoire de magical girls tragique, Puella Magi Madoka Magica est une série de 12 épisodes diffusée en 2011, réalisée par Akiyuki Shinbo. Parmi les histoires scénarisées par Gen Urobuchi, elle est celle dont la fin est la moins triste. « Akiyuki Shinbo a l’imagination et la passion pour mettre en exergue mes scénarios. Pendant le tournage, j’ai noué avec lui une relation de confiance, mêlée d’attente joyeuse. »
Quand on lui fait remarquer que la relation entre l’espoir et le désespoir apparaît comme un thème récurrent dans ses œuvres, il explique qu’il « y attache beaucoup d’importance, ce sont les deux faces d’une même pièce. Il suffit d’avoir la volonté de la retourner pour passer de l’un à l’autre. »

 

Un Minority Report sauce Urobuchi, s’il vous plait !

Psycho-PassPlus récemment, il a ensuite été à l’origine d’une nouvelle série, une création originale du studio I.GPsycho-Pass. « J’ai d’abord cherché comment me différencier de Ghost in the Shell, du même studio. J’ai choisi comme thème la place de l’individu au sein de la société et ses dérives. » Psycho-Pass se démarque donc de ses précédentes œuvres par un scénario engagé, ce qu’il tient à expliquer : « Quand j’écris un dialogue, je me place habituellement en tant que spectateur. Je n’utilise jamais mes personnages pour faire passer un message. Psycho-Pass est une exception, à travers laquelle l’inspecteur Akane transmet beaucoup de valeurs qui me sont chères. Il ne faut pas abuser de cette méthode, mais les convictions qu’on porte en nous finissent toujours par influencer nos œuvres. »La série s’est terminée en mars 2013, mais n’a malheureusement pas fait l’objet d’un simulcast en France, et aucune commercialisation n’est pour l’instant prévu dans l’hexagone. Le scénariste y assume pleinement ses sources d’inspiration : « j’ai été très influencé par Phillip K. Dick, mais aussi par les films hongkongais, comme A toute épreuve de John Woo, mais je ne m’arrête pas à un genre en particulier. Dans ma dernière visual novel, Satsuriku no Jango, j’ai par exemple tenté d’utiliser un maximum de codes du western spaghetti. »

 

L’insertion des pilotes de mécha dans la vie active, un sujet entre deux eaux ?

 Suisei no Gargantia

La dernière oeuvre à son actif est Suisei no Gargantia, une série de 12 épisodes du studio I.G qui a débuté en avril 2013. Il agit en tant que superviseur de la série, et il est en charge des scripts du premier et du dernier épisode. « J’ai pu participer aux premières réunions de préproduction, à l’époque où rien n’était encore décidé. Murata Kazuya, le réalisateur, n’a rejoint le projet que 6 mois plus tard. »
Takaki Kosaka raconte qu’il est « graphiste de formation, et il m’arrive parfois de donner mon avis. Pour Suisei no Gargantia, je me suis montré très insistant quant au choix du character designer. »
L’histoire se déroule dans un futur lointain où les hommes ont quitté la Terre et se battent dans l’espace contre une espèce extraterrestre, les Hideauzes. Ledo, un jeune pilote, est malmené lors d’une bataille contre les aliens, et fait naufrage sur une planète recouverte d’eau, à la surface de laquelle les hommes vivent à bord de bateaux.
Malgré les apparences, cette série a un thème très pragmatique : « le passage d’un jeune individu à l’âge adulte et son entrée dans la vie active. »

Au final, Gen Urobuchi est définitivement en passe de devenir un nom récurrent dans le milieu de l’animation, au regard du succès de ses contributions, de plus en plus nombreuses. Il est d’ailleurs en charge du scénario du prochain projet de Toei Animation, Rakuen Tsuihō – Expelled from Paradise.

Rakuen Tsuihō - Expelled from Paradise

Photo Florian Lambert  © journaldujapon.com – Tous droits réservés.

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