Promenades dans la ville de la boîte à biscuits : le manga sous un nouveau jour

Oubliez tous les codes que vous avez concernant les mangas. Oubliez tous vos repères familiers, tout ce que vous avez déjà lu, car le recueil dont nous nous apprêtons à parler est un OVNI.
Allez, c’est parti pour une Promenades dans la ville de la boîte à biscuits !

Promenades dans la ville de la boite à biscuits

 

Vous avez dit manga ?

Dès la prise en main, on sent que l’on est en présence d’un objet atypique. La couverture mignonne, les petites fleurs qui encadrent une illustration aux traits simples, aux coloris bruts. Et un petit chien. Oui, on est en plein monde « kawai ».
Et pourtant, que fait cet individu par terre ? Vous en connaissez beaucoup, vous, des hommes en costume cravate qui s’allongent dans la rue, comme ça, avec un air de pas y toucher, du genre « j’avais envie de me reposer, alors voilà » ? Puis mince, l’oiseau là, il est bien vert !? Et c’est qui ce gars trop bizarre qui nous fixe de sa fenêtre, un pervers ?
En fait, ce n’est pas si kawai que ça, on peut même dire que c’est carrément bizarre ! Bon allez, ni une ni deux, dévoré par la curiosité, on ouvre l’ouvrage pour voir ce qu’il s’y trame.
Une heure plus tard, on referme le recueil, et le seul mot qui vient à la bouche est « wow ». On vient de vivre une expérience à part, une incursion dans un monde onirique aussi décalé que dérangeant … et également familier.

 

L’absurde réalité

Promenades dans la ville de la boîte à biscuits © Rokudai TANAKA 2010 by Seirinkogeisha.

Les techniques graphiques de Rokudai Tanaka évoquent sans nul doute les gravures des livres de contes de la fin du XVIIIème, notamment les recueils d’Andrew Lang qui ont également inspiré ce cher Miyazaki. Mais le trait enfantin et parfois biscornu, voire tremblant de l’auteur apporte une certaine chaleur et une proximité qui permet au lecteur une immersion totale dans ces fantasmagories.
Nous retrouvons à l’occasion quelques vieilles connaissances, comme l’ogre ou la sorcière sur son manche à balai, mais aussi des personnages plus étranges à l’instar de cette femme qui garde scrupuleusement les crânes de ses ancêtres, ou de cet homme qui essaie désespérément d’allonger son nez en tirant dessus.
Et au delà des personnages, c’est le propos qui fait échos en nous. Car oui, Promenades dans la ville de la boîte à biscuits est un florilège de toutes les bizarreries que vous avez un jour pu dire, ou entendu dire. Tanaka a en effet réussi le tour de force de transformer sa vie de tous les jours, des anecdotes personnelles ou des ouï-dire en histoires certes saugrenues, mais au fond de vérité assez troublant. Après tout, ces récits surréalistes aux accents fantastiques se déroulent (et on le comprend vite) dans un contexte de guerre.

 

Plus dure sera la chute

Promenades dans la ville de la boîte à biscuits © Rokudai TANAKA 2010 by Seirinkogeisha.

Plus que la guerre, qui reste assez subjacente, c’est la mort qui est omniprésente dans le recueil. Ainsi, l’insouciance et le non-sens qui ressortent de ces histoires courtes sont souvent alliés à une certaine gravité, comme si l’implacable réalité rattrapait constamment ces funambules de l’impossible.
L’absurde prend le pas sur le quotidien, trop difficile, trop réel : il est tout-de-même plus intéressant d’apprendre le karaté par correspondance que de s’inquiéter d’un possible bombardement. Ainsi, ces fables intemporelles rappellent que chacun d’entre nous essaie d’une façon ou d’une autre d’échapper à une réalité parfois trop difficile à supporter.
Les chutes des histoires font souvent mouches : parfois sans réplique, les images crient une vérité à laquelle personne ne s’attendait. En une phrase, une case, Tanaka nous coupe littéralement le souffle.
L’invraisemblance, les situations cocasses, et même les arrières plans ne sont que des trompes l’œil, destinés à nous éloigner du propos pour mieux nous en rapprocher à la fin. On a maintes fois envie de crier aux personnages « mais ne sois pas si désinvolte ! » tant les situations les plus graves sont traitées avec légèreté, mais la chute nous fait rapidement tomber de haut, si l’on peut dire.
Mais au final, n’est-ce pas là, en quelque sorte, la vision irréelle, mais froide et brutale qu’ont les enfants sur notre monde ?

 

La nouvelle génération

Rokudai Tanaka

Rokudai Tanaka fait partie de cette nouvelle génération d’auteurs japonais qui brise les codes des mangas auxquels nous sommes habitués … et qui nous ont usés. Les notes de fin d’ouvrage sur chacune de ces histoires singulières nous prouvent à quel point une banale phrase peut faire germer dans l’esprit de ce talentueux auteur quantité de loufoqueries.
Si lui-même parle d’expérimentations pour définir la Promenades dans la ville de la boîte à biscuits, publié aux « éditions IMHO »:http://www.imho.fr/spip.php?article38, nous osons à peine imaginer ce que sera un travail « abouti ».
D’ailleurs, nous vous le disons comme ça, en passant, mais il paraît qu’en Enfer, ils boivent du jus de caca et du jus de vomi. Ils doivent avoir une haleine sympa là-bas !
Si vous tenez à vous faire votre propre avis, une preview est disponible sur « le site de l’éditeur »:http://www.imho.fr/spip.php?article38.

Visuels © Rokudai TANAKA 2010 by Seirinkogeisha.

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