Un jour à Tokyo : Marunouchi et Akihabara, des quartiers aux antipodes

Pour ce nouveau numéro d’un jour à Tokyo, Journal du Japon vous emmène visiter les deux quartiers stars de l’arrondissement de Chiyoda : Marunouchi et Akihabara. Dans le premier cohabite quartiers d’affaires et monuments d’une grande valeur symbolique, tandis que le second tire sa réputation du commerce lié à l’électronique et à la culture otaku.

La visite commence devant la magnifique gare de Tokyo, nommée ainsi car elle se trouve au cœur de la capitale. Ce petit bijou d’art moderne présente une certaine ressemblance avec la gare d’Amsterdam de part sa façade en brique. Parmi les quelques gares de Tokyo présentant un intérêt sur le plan architectural, celle-ci figure en haut de la liste.
En sortant, nous sommes directement happés par le gigantisme du centre financier de l’archipel, abritant le siège de sociétés telles que Mitsubishi et les principales banques nippones. Ce n’est qu’après avoir franchi tous ces bâtiments aux dimensions démesurées que l’on atteint la prochaine étape de la visite : le palais de l’empereur et ses jardins.

Une bonne partie du Kôkyo (Palais impérial) n’est pas accessible au public. On ne peut y accéder que deux jours par an. Le jour de l’anniversaire de l’Empereur (le 23 décembre) et le Jour de l’An (le 2 janvier). Cependant il vous faudra compter une demi-journée pour véritablement faire le tour de tout ce que vous proposent les différentes parties des jardins. On y trouve à l’Est l’Higashi gyoen, à l’Ouest le Chidorigafuchi et au Nord le Kitanomaru. Dans chaque zone, le paysage est différent et les activités ou choses à voir divergent les unes des autres.

Le jardin de l’Est est assez peu fréquenté par rapport aux autres, ce qui rend sa visite très agréable. En nous y promenant, nous retrouvons des vestiges de l’ancien château d’Edo. Mais, surtout, nous pouvons apercevoir le Palais Impérial (demeure de l’empereur depuis la fin du XIXe siècle ) entouré de ses douves et des deux ponts que l’on connait sous le nom de Nijubashi.On peut également apprécier dans cette zone plusieurs variétés de plantes et d’arbres. De plus, un parc à l’occidental se situe à quelques pas de là. En son sein, nous y retrouvons une superbe statue de plusieurs mètres de hauteur représentant Kusonoki Masashige. Ce samurai en armure sur son cheval est sans aucun doute un symbole de dévotion à l’empereur.

La visite se poursuit à Chidorigafuchi. Ce site est connu pour être l’un des endroits les plus courus pendant la saison des cerisiers en fleurs. On y dénombre plus de 200 espèces différentes. La nuit, les cerisiers sont éclairés, formant ainsi un tunnel de rose et de blanc féerique. L’image la plus connue de ce lieu est celle de cerisiers plongeant jusqu’au bord de l’eau du côté des douves. Vous pouvez d’ailleurs louer une barque pour naviguer tout autour des douves du palais bordées de cerisier. C’est un moment magique que ni le tumulte de la ville, ni le temps (parfois long) pour obtenir la barque ne viennent gâcher.

Enfin, nous retrouvons le parc Kitanomaru. Du temps des Tokugawa (du XVIIe au XIXe siècle) il servait à la fois de jardin médicinal et de complexe résidentiel sécurisé pour les Daikan (gouverneurs locaux). Aujourd’hui, il abrite entre autres la très célèbre salle de spectacle Nippon Budokan, le Musée des Sciences, le Musée National d’Art Moderne et le Hall des Arts Martiaux etc. Nous trouvons aussi plusieurs variétés de plantes ainsi qu’un beau cours d’eau devant lequel les gens viennent se prélasser.

               

A la sortie de Kitanomaru vous attend un lieu de culte très médiatisé, le sanctuaire Yasukuni. Avant d’y accéder, une large allée bordée de cerisiers accueille au printemps et à l’automne des stands de nourriture typique : takoyaki, brochettes de poissons, okonomiyaki, yakisoba, brochettes de viandes en tout genre… En bref, l’endroit idéal pour s’essayer à une dégustation de produits nippons.

Nous parlions précédemment de la médiatisation du sanctuaire… Depuis sa création en 1869, ce lieu de culte a pour vocation d’honorer la mémoire des personnes ayant donné leurs vies pour l’Empereur. Cela comprend en majorité des soldats, mais aussi des civiles (enfants, femmes…). La polémique vient du fait que, parmi ces personnes qui ont été en quelques sortes déifiés, figure un grand nombre de criminels de guerre de la Seconde Guerre Mondiale, notamment des criminels de type A, c’est-à-dire qui ont une responsabilité majeure dans le déclenchement et la menée de la guerre. On se doute donc qu’il devient difficilement envisageable de vénérer la mémoire d’acteurs responsables, par exemple, du massacre de Nankin en Chine ou encore du proxénétisme massif des femmes coréennes.
Il est donc logique que dans ces pays victimes, chaque visite officielle de Premiers Ministres japonais est l’objet d’un véritable tollé. D’un autre côté, il est cependant à noter que, sur les millions de morts honorés, ces criminels ne constituent qu’une minorité. La majorité d’entre eux sont des gens qui ont tout simplement servi leur pays.

Revenons au tourisme, le cadre naturel du temple est magnifique. Beaucoup de verdure, beaucoup de cerisiers, de beaux jardins. En somme un endroit très agréable à visiter. Pour preuve : un grand nombre d’étrangers et de japonais s’y promènent par curiosité, pour se balader ou encore se recueillir. Nous y trouvons aussi le musée militaire Yushukan, très intéressant de par son contenu puisqu’il s’y trouve tout un tas d’objets et de machines de guerre comme un avion Zéro (l’avion des kamikaze), mais beaucoup moins par la fâcheuse tendance à embellir certains aspects de la Seconde Guerre Mondiale en faveur du Japon.

Pour la suite de l’après-midi, rendez-vous à Akihabara. Pour se faire, il faut prendre la Shinjuku Line à partir de la station de Kudanshita (à deux pas du sanctuaire Yasukuni). Cinq minutes et trois arrêts plus loin, s’arrêter à la station Iwamotocho. Puis poursuivre son chemin à pieds pendant 10 minutes pour atteindre la station d’Akihabara.

A quelques mètres de là, deux cafés/restaurants un peu particuliers. Tout d’abord, le AKB Café, c’est-à-dire un café sur le thème des idoles féminines les plus populaires du Japon, les AKB48 (AKB => Akihabara). Puis le Gundam Café, tirant son inspiration du célèbre animé. Bien que ce dernier soit très populaire (attendez-vous à faire un peu la queue avant d’entrer) et que la présentation des plats et boissons soit sympathique, passez votre chemin car c’est assez mauvais. Même le cadre à l’intérieur n’a vraiment rien de transcendant.

En pénétrant dans Akihabara, Akiba pour les intimes, il ne nous faut pas deux minutes pour comprendre pourquoi on surnomme cette ville, la « ville électrique ». Des magasins d’électronique à perte de vue, du plus modeste au plus gigantesque. Des complexes de jeux d’arcades en pagaille. Gadgets allumés et néons devant les devantures des boutiques donnant à la nuit l’aspect du jour.
Akihabara est la ville qui regorge du plus grand nombre d’appareils électroniques au monde ! Qui plus est, les commerces sont détaxés pour les étrangers. Par conséquent, il est possible de faire de très bonnes affaires en économisant jusqu’à plusieurs centaines d’euros par rapport aux tarifs français. En revanche nous, étrangers, n’avons pas accès à tous les appareils car certains sont exclusivement réservés au territoire japonais (le plus souvent pour des questions de voltage).
Parmi les enseignes les plus réputées figurent le titanesque Yodobashi Camera ou encore le Labi.

                

L’autre fond de commerce du quartier repose sur la vente de produits dérivés liés à l’animation. Figurines, cartes à collectionner, peluches, livres, dvd, cosplay et accessoires en tout genre… Le quartier foisonne de centres commerciaux proposant un large choix de goodies d’animation. On y retrouve un Mandarake comme à Shibuya, à ceci près que celui-ci est beaucoup plus grand, s’étendant sur pas moins de 8 étages ! Ou encore l’AKIBAカルチャーズZONE avec à chaque étage un magasin d’animation différent. Neuf, occasion, il y en à pour tous les goûts et toutes les bourses.

C’est en surfant sur la vague de popularité de la culture otaku (comprenez, dans le cas précis d’Akihabara, que ce terme désigne avant tout des passionnés consacrant une grande partie de leur temps et de leur argent à tout ce qui touche à l’animation, les jeux vidéo ou encore les idoles) que l’on a vu émerger ces dernières années quantité de cafés/restaurants pour le moins atypiques. Beaucoup ont en commun le principe du cosplay, les employés portant des uniformes liés un thème particulier (comme dans le café à thème des ninjas…). Pour séduire les clients, ces cafés n’hésitent pas à démarcher directement les clients dans la rue par l’intermédiaire de leurs employées féminines qui ont pour mission de vous convaincre. Les plus emblématiques sont sans conteste ceux qu’on appelle les « maid café ». Le concept est simple : de jeunes femmes habillées en soubrettes viennent vous servir comme vous ne l’avez certainement jamais été… Explications.

Tout d’abord vous devez considérer le café comme votre maison. En entrant, il faut énoncer à haute voix un « tadaima » ( « je suis rentré ! »). Ensuite, une de ces fameuses maid vient vous placer en prenant soin de ponctuer ses phrases par des « maître » (goshujin sama) pour les garçons et « maîtresse » ou plutôt « princesse » (ojou sama) pour les filles. L’ambiance est bonne enfant et bien loin des clichés que l’on peut avoir, la clientèle n’étant pas exclusivement masculine par exemple : on y croise des groupes de filles, des couples, et quelques hommes seuls. Malgré tout on peut parfois se poser la question de l’âge des maids qui paraissent assez jeunes. D’ailleurs, sur le site du home café que nous avons testé pour vous, dans la rubrique consacrée à l’âge de ces dernières, il est écrit de se renseigner directement auprès d’elles… habile.
De la commande jusqu’à l’addition, chaque étape est suivie d’un cérémonial particulier. On vous énonce le menu d’une façon « kawai », votre maid joue avec vous et vous fait reproduire certains gestes et mots pour donner encore un peu plus d’amour à vos plats… et pour finir on vous offre une carte de fidélité signée par la maid tout en vous lisant une sorte de faire-part vous indiquant que vous avez été un maître exemplaire.
En ce qui concerne les prix, vous avez le choix. Soit prendre à la carte, avec à la fin une facturation supplémentaire d’environ 5 euros pour les garçons et 3 euros pour les filles ou alors prendre des formules spéciales, qui de toute façon comprennent un extra mais vous permettent d’avoir des petits bonus comme prendre une photo avec votre maid.
Au final, l’addition est salée (10 euros pour boire un verre, jusqu’à 30 euros pour un repas complet) et hormis la présentation, la qualité des plats n’a rien de transcendant. Mais cela reste malgré tout de même une expérience insolite à vivre une fois.

Pour terminer, nous avons demandé l’avis de Megumi (30 ans) pour passer une bonne fin de journée dans ce quartier. Son conseil : voir se produire en live l’une des innombrables formations de AKB48. Celles-ci s’alternent régulièrement afin de proposer presque tous les jours des performances live dans leur théâtre situé au 8e étage du magasin Don Quijote. Bien que le processus pour avoir son billet soit un peu hasardeux (voir ce lien pour les détails), cela en vaut vraiment la peine car la salle, d’environ 250 personnes, est propice à une atmosphère intimiste. D’après Megumi « c’est un moment très agréable et tout le monde repart avec le sourire« .
Petit bonus, à la fin du show vous pourrez serrer la main ou dire un petit mot de remerciement à chacune des filles, si vous n’êtes pas trop timide. AKB48 est un véritable phénomène de société au Japon, impossible d’y passer outre car même sans le savoir vous tomberez sur l’une de leur chanson dans la rue, dans les magasins ou à la télé. AKB48 est pour ainsi dire une industrie à part entière, avec des dizaines de milliers de produits dérivés, des millions d’albums vendus et des centaines de millions de vues sur YouTube.

Chiyoda est un arrondissement surprenant, d’un quartier à l’autre nous plongeons dans des univers aux antipodes les uns des autres. Mais c’est aussi ce qui fait le charme de Tokyo : cette capacité à surprendre, à dépayser les voyageurs. Au cours de cette visite, nous sommes passés d’un cadre solennel à un cadre extravagant, mais tout deux ont en commun une chose : le plaisir qu’on prend à les découvrir.

 

 Retrouvez les autres chroniques d’Un jour à Tokyo :

– Un jour à Tokyo : Shibuya, l’arrondissement star de la capitale 

– Un jour à Tokyo : Hanami & les prémices du printemps

– Un jour à Tokyo : Shinjuku, l’arrondissement privilégié des résidents étrangers

– Un jour à Tokyo :nature, culture et découverte à Ueno

– Un jour à Tokyo : Tsukiji, Oshiage, Asakusa, des quartiers de classe internationale

– Un jour à Tokyo : l’arrondissement de Minato ou le royaume du divertissement

– Un jour à Kanagawa : les villes historiques de Yokohama et Kamakura

 

Photos réalisées par Nathan Boulant pour ©journaldujapon.com – Tous droits réservés

 

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23 réponses

  1. 29 août 2015

    […] – Un jour à Tokyo : Marunouchi et Akihabara, des quartiers aux antipodes […]

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