Japon : en promenade au pays des insectes

Tandis que les occidentaux ont tendance à ignorer, voire détester, les petites bestioles qui grouillent dans la chaleur estivale, les Japonais vouent une véritable passion aux insectes en tous genres. Journal du Japon vous emmène pour une promenade au pays des insectes !

Si vous êtes déjà allés au Japon, vous les aurez sûrement vus : les insectes sont partout, des lucioles et des cigales bruyantes de l’été (le chant des cigales françaises semble bien faible à côté du leur…) aux  libellules de l’automne, en passant par les scarabées, punaises, mais aussi papillons. Ils sont aussi dans des boutiques qui leur sont spécialement dédiées, dans de grands insectariums aux quatre coins du pays, et même dans les programmes scolaires et dans de nombreux livres pour enfants. Car c’est une vraie fascination qu’ils exercent sur les japonais : des enfants curieux aux poètes de haïku en passant par les peintres … et cela depuis des siècles !

Deux ouvrages se penchent sur cette relation unique entre l’homme et l’insecte.

 

insectopedie

Insectopédie : des insectes et des hommes 

Insectopédie est un livre atypique, entre anthropologie, science, art et culture, il raconte la relation de l’humain à l’insecte, les interactions, les destructions, la curiosité, l’amour … De la Provence de Jean-Henri Fabre au Japon du jeu Mushi King, mais aussi de Niamey à New York, le lecteur est emporté dans un tour du monde fascinant. Quelques chapitres permettent de comprendre la relation des Japonais aux insectes.

Le chapitre Evolution raconte la vie de Jean-Henri Fabre, le poète des insectes, qui adorait observer les insectes dans leur milieu naturel (et non les classifier systématiquement, obsession des entomologistes de son époque). Les comportementalistes modernes lui doivent beaucoup et ses Souvenirs entomologiques sont des livres de grande valeur scientifique, mais aussi littéraire.

Quel rapport avec le Japon ? Cet écrivain est une « star » là-bas, un incontournable du programme de l’école primaire. Lui, qui écrivait à 26 ans aux scientifiques qui le critiquaient « J’écris aussi, j’écris surtout pour les jeunes, à qui je désire faire aimer cette histoire naturelle que vous faites tant haïr« , est un personnage phare des nombreux insectariums japonais, mais a aussi un avatar dans le manga Insectival Crime Invetigator Fabre (dans la revue bihebdomadaire Superior), ou dans l’anime Read or Die (cloné en mauvais génie ayant le pouvoir de relâcher des insectes sur l’humanité). On le trouve également en figurines ou dans des publicités de luxe ! On apprend par ailleurs que 47 éditions partielles ou complètes des Souvenirs entomologiques sont sorties entre 1923 et 1994. Un musée lui est même dédié à Tokyo.

Dans Rêverie profonde, l’auteur prend le train Hankyu pour la station thermale de Minoh. Un petit chemin le mène à un banc sur lequel il se laisse aller à une rêverie au chant entêtant des cigales. Il enregistre ce son qu’il rapporte chez lui comme un « fragment de paysage sonore« .

Le chapitre Yajima et les garçons-aux-insectes est une véritable « histoire des insectes au Japon« . L’auteur a rencontré de nombreuses personnalités du monde de l’entomologie : collectionneurs, créateurs d’outils pour partir à la chasse aux insectes, directeurs de musées, patron de mushishop (magasins où l’on trouve tout pour capturer puis élever son insecte domestique, mais où s’entassent aussi des spécimens morts ou vivants). C’est un siècle d’évolution de cette passion qui est retracé : des premiers passionnés (qui veulent faire connaître ces petites bêtes et surtout permettre aux parents de partager de bons moments en partant à la chasse avec leurs enfants) aux différentes législations qui ont tenté, avec un piètre succès, de limiter les importations d’espèces exotiques (dont des spécimens relâchés dans la nature japonaise pourraient mettre en péril les espèces locales). Les personnes rencontrées par l’auteur sont toutes attachantes, ont des centaines d’histoires à raconter, et dans leurs « yeux mushi »  (yeux qui font voir le monde du point de vue de l’insecte) une flamme qui ne s’éteint pas …

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

 

Insectes de Lafcadion Hearn : entre folklore, science et poésie

insectesInsect Literature est un recueil publié initialement en 1921 par un ancien élève japonais de Lafcadio Hearn. Les descriptions y sont plus poétiques qu’entomologiques, et présentent les étranges attributs de ces bestioles, leurs chants, avec des échos anthropomorphiques.

Chaque chapitre du livre est consacré à un insecte : papillon, luciole, libellule, cigales (sémi) etc. À chaque fois, l’auteur aborde la petite bête par sa description et ce qu’il a pu en lire dans les textes scientifiques de l’époque (occidentaux ou japonais), voire d’écrivains occidentaux ou même de la Grèce Antique (dont il trouve les textes sur les insectes comparables à ceux des japonais).

Il prend plaisir à détailler les classifications et les nombreux noms qui désignent les différents spécimens. Ainsi pour les libellules : libellule tige d’orge, au sel, aux reins brillants, tige de blé (plus petite que la tige d’orge), parapluie, fantôme, des esprits des ancêtres, du dieu de la rizière, chariot, mèche de lampe etc. Pour les cigales, c’est par les sons entêtants qu’elles émettent que se fait le classement, avec une tentative de mise en syllabes : kana kana kana … ou min min min … L’auteur consacre même un essai aux insectes domestiques (autres que la cigale et la plupart des nocturnes) placés dans des cages et appréciés pour leur chant mélodieux. On y croise le Matsumushi (insecte des pins) au chant doux et clair (traduit en onomatopée chin-chirorîn chin-chirorîn), le Kirigirisu  dont le son ressemble à une exclamation japonaise « Tsuzuré, sasé, sasé ! » (Vêtements déchirés, ravauder, ravauder !).

Il est avide de savoirs mais a parfois du mal à s’approprier les explications scientifiques, cherchant plutôt le côté fantastique, mystérieux voire surnaturel de ces petits êtres. Ainsi le papillon peut-il être l’âme d’une personne vivante ou morte, les lucioles les fantômes de vieux guerriers ou la libellule le coursier qui transporte les esprits des ancêtres lors des fêtes d’Obon ! L’auteur prend ainsi beaucoup de plaisir à raconter des histoires (comme il sait si bien le faire) du folklore japonais voire chinois, remontant les siècles avec malice.

La description se fait parfois philosophique avec les fourmis dont la société altruiste est bien supérieure à la société humaine – qui ferait bien de s’en inspirer (l’auteur allant jusqu’à évoquer la suppression du sexe ou le fait qu’une telle société n’a pas besoin de morale ou de religion).

Le lecteur découvre même comment il faut chasser les lucioles : battre les branches (de saule où elles aiment se poser) avec un long bambou, les ramasser à deux mains (et les mettre dans sa bouche si on n’a pas le temps d’ouvrir son sac), les placer dans le sac, puis vers deux heures du matin, les lucioles se réfugiant au sol (dans lequel elles enfouissent leur queue pour ne pas être repérées), balayer le sol avec le bâton. L’auteur s’émerveille également de l’énergie dépensée par les enfants pour chasser les insectes l’été et des comptines qu’ils chantent pour l’occasion.

Entre symboles et expressions communes (tombôgaéri, virage de libellule que l’on peut traduire par saut périlleux), il montre l’importance de ces bestioles dans le quotidien des japonais. Il donne également à les apprécier à travers le prisme de la poésie : de très nombreux haïkus (hokku) sont proposés dans leur version phonétique et leur traduction française, enrichies des très nombreuses et précieuses notes de l’auteur, qui admire la capacité d’observation des poètes et le comportement fascinant des insectes : « Ô libellule, tu te poses sur le bâton de celui qui veut te frapper !« 

Plus d’information sur le site de l’éditeur.

 

La relation des japonais aux insectes est finalement très bien résumée par Lafcadio Hearn dans les lignes suivantes :

« (Ces poèmes) nous font mieux comprendre l’âme de l’ancien Japon. Un peuple qui, au fil des siècles, a trouvé du plaisir à observer les coutumes des insectes et à en tirer ces poèmes appréhende probablement mieux que nous les joies simples de l’existence. Ils n’étaient sans doute pas en mesure de décrire la magie de la nature comme l’ont fait les plus grands poètes de l’Occident, mais ils sentaient la beauté du monde dépouillé de ses chagrins, et jouissaient de celle-ci comme des enfants curieux.« 

A méditer !

 

 

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