Spectres et fantômes : les yûrei au masculin !

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Kohada Koheiji, Toyokuni Utagawa

De génération en génération, et pendant des siècles les Japonais se sont transmis contes et légendes et n’ont jamais cessé d’y croire. Persuadés de vivre en cohabitation avec toute sorte de spectres et de monstres, chaque catastrophe et malheur dont ils ne peuvent trouver de cause sera sur le compte des yôkai, yûrei et autre kami en colère. Ainsi, si de nos jours la majorité des spectres yûrei sont des femmes cherchant vengeance après leur mort, on retrouvera tout de même des yûrei masculin. Beaucoup plus rares mais néanmoins tout aussi connus, ils seront les fantômes de personnages historique connus ayant généralement existé, comme Taïra no Masakado

Spectres vengeurs yûrei, mais différents des yûrei féminins, Journal du Japon vous propose ici de revenir sur ces spectres au masculin !

 

 

Le Tatari : la malédiction des Dieux

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Ashitaka maudit par un tatari, Princesse Mononoke, Hayao Miyazaki, 1997

Le concept de « souillure » que nous avons vu auparavant se nomme kegare en japonais. Ce kegare peut être transmis par le contact avec la mort, et si l’on n’effectue pas le rituel des 7 jours, on se retrouvera maudit. C’est entre autre l’une des conditions pour devenir un yûrei.

Si les yûrei on plus l’habitude de maudire les personnes qu’ils poursuivent grâce au noroi (malédiction des yûrei féminins qui se transmet comme un virus), on retrouvera aussi une autre forme de malédiction : le tatari. Le tatari est beaucoup plus fort que le noroi, car il implique une vengeance d’une puissance dévastatrice, une punition divine, et souvent catastrophes naturelles et épidémies. Les kamis – dieux japonais – sont en général ceux qui lancent le tatari, sur des personnes s’étant perdues sur leur territoire, leur ayant manqué de respect ou autre. Les kamis peuvent être bons ou mauvais, mais même parmi les bons il existe dans chacun d’eux une part de violence : même la plus petite transgression se verra punie. Il faut donc être prudent avec les kamis !

Les yûrei eux maudiront de leur noroi les personnes qui les auront violentés de leur vivant, dans une malédiction qui ne peut finir que dans la mort, et qui se transmet généralement à l’entourage de la personne maudite dans une sorte de boucle infinie, tel un virus. Dans Le Voyage de Chihiro de Hayao MIYAZAKI, la jeune fille pénètre dans le domaine des dieux et des spectres avec ses parents, et commettent tous les trois un blasphème au sanctuaire.. Ils sont donc maudits par les lieux dans un tatari, où les parents sont métamorphosés en animaux, et Chihiro condamnée à travailler pour les kamis tout en oubliant sa propre identité ! Malédiction qui frappe aussi le héros de Princesse Mononoké, du même réalisateur, dès le début du film. Lorsqu’un kami déchaîné déferle sur le petit village d’Ashitaka, celui-ci le tue avant qu’il ne détruise sa maison. Cependant, le kami en question était rendu fou par un tatari, qu’il transmet à Ashitaka juste avant de mourir. Cette malédiction lui confère une force surhumaine, mais le tue petit à petit. Il va donc parcourir le Japon ancien à la recherche d’un remède…

Même sans être des dieux, certains yûrei sont tout à fait capable d’effectuer un tatari, pour causer la mort de leurs ennemis. Grâce à la violence dont ils ont fait ainsi preuve, ces yûrei seront même, parfois, considérés comme des kamis !

C’est cette différence entre noroi et tatari, mais aussi entre le degré de violence avec lequel un yûrei se venge, qui va être une première distinction entre les yûrei masculins et féminins. Les masculins sont plus souvent assimilés à des kamis que les féminins qui, elles ne font pas dans les catastrophes naturelles par exemple. 

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Yûrei, Toriyama Sekien

On retrouve ensuite des distinctions plus visibles : les spectres féminins possèdent un kimono blanc, des longs cheveux noirs, n’ont souvent pas de pieds visibles et ont les mains pendantes, parfois un hitaikakushi (petit triangle de papier attaché autour de la tête, voir estampe ci-contre) et des hitodama (sorte de feux follets)… alors que les spectres masculins n’ont pas de traits particulier et seront plutôt définis par leur condition, leurs pouvoirs et leur type de vengeance. Pour les distinguer entre eux il existe deux grande catégorie : ceux enclin à une violence inouïe, les onryô, et ceux qui seront pacifiques et voudront seulement être écouté, les goryô. Commençons par regarder de plus près cette seconde catégorie…

 

Les Goryô

Ces yûrei sont donc inoffensifs… enfin, pour la plupart. Nous verrons ici surtout les goryô à caractère bénin mais sachez que les goryô considérés comme dangereux seront surtout les spectres de personnages aristocratiques.

Si on fait à nouveau la distinction entre spectres homme ou femme : mourant sur le champ de bataille, un soldat ne recherchera pas vengeance : il est mort au combat pour ses convictions, il est devenu un héros, alors que les femmes deviennent des victimes. Son spectre errera sur le champ de bataille ou dans un cimetière, attendant qu’une personne sympathique passe par-là et n’écoute son histoire. Ils sont de mélancoliques et d’honorables figures qui hantent la terre en se lamentant. Très souvent les goryô sont prisonniers de leur condition car ils ont été victimes de l’Histoire. Il leur manque aussi certains points à éclaircir afin de voir la vérité et pouvoir ainsi passer à la postérité. Ils ont souvent des pouvoirs passifs et c’est avec nostalgie qu’ils recherchent le confort familial. Ils apparaissent parfois aux hommes pour les avertir ou les conseiller sur l’aventure dans laquelle ils vont s’embarquer.

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Samouraï goryô, Kwaidan, Masaki Kobayashi 1964

Traditionnellement ces revenants sont des samouraïs et guerriers tombés pendant une bataille et qui hantent le monde physique.  Un bel exemple de conte impliquant des goryô, est le conte de Hôichi le sans oreilles retranscrit par Lafcadio Hearn, que nous avons évoqué précédemment. Les spectres des Heike deviennent des goryô à leur mort et envoient le fantôme d’un samouraï chercher Hôichi afin d’entendre leur histoire… Ainsi les goryô sont très rarement violents, furieux, ou destructeurs, ceci même s’ils sont les victimes de meurtre. Au cinéma, les goryô apparaissent principalement de cette manière : découragés, déboussolés ou pour révéler des secrets…

Dans L’empire de la passion (Ai no Bôrei – 1978Nagisa OSHIMA met justement en scène un spectre masculin de type goryô. Ce film raconte l’histoire de Toyoji, un jeune vagabond qui tombera amoureux d’une femme mariée Seki. Tous les deux emprunt d’une passion sans limites, complotent ensemble pour assassiner le mari de Seki, et jettent son cadavre dans un puits… Image qui nous rappellera d’ailleurs la scène dans RingSadako regarde le ciel depuis le fond du puits (voir ci-dessous, à gauche Ring, à droite L’empire de la passion).

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Trois ans plus tard le mari réapparaîtra à Seki sous la forme d’un spectre et la hantera. Pas du tout agressif, le spectre du mari attendra calmement et en permanence que sa femme lui donne de l’eau au coin du feu. Cependant Seki se sentira oppressée par la lourde présence du fantôme de son mari et le goryô du mari incarne ainsi la culpabilité des 2 amants. Même s’ils ne sont pas accusés de l’avoir assassiné, les rumeurs courent quand même, ce qui pèsent sur les épaules de Seki. Ainsi c’est autant la société que le spectre ici qui font pression… Récompensé à Cannes à sa sortie, L’empire de la passion possède les grandes qualité d’un kaidan-eiga classique, une beauté visuelle dans la qualité des mises en scène et de la photographie, ainsi qu’une justesse dans le scénario qui confère à ce film une esthétique particulière.

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Ryûji, Ring, Hideo Nakata, 1998

Cette figure pacifique et traditionnelle du spectre masculin japonais est repris plus tard avec la nouvelle vague du cinéma de fantôme fin des années 90 avec Ring de Hideo NAKATA. Si le spectre de Sadako YAMAMURA est un yûrei vengeur des plus destructeur qui soit, dans Ring le yûrei pacifique goryô est aussi présent. Lorsque le mari d’Asakawa Ryûji – meurt de la malédiction de Sadako, celle-ci reçoit un étrange coup de fil d’où elle n’entend que des grésillements. Se doutant de quelque chose elle se précipite à l’appartement de Ryûji qui a déjà été nettoyé par la police. Arrivée là-bas elle s’interroge sur ce qu’elle a pu faire pour ne plus être maudite, que son mari n’a pas fait. Là apparaît, en reflet dans l’écran de télévision, Ryûji portant un drap sur la tête – on le reconnaît grâce à ses vêtements – qui pointe du doigt le sac à main de la jeune femme contenant la vidéo maudite et sa copie (image ci-contre). C’est comme ça qu’elle comprend que ce qui l’a sauvé n’est autre que le fait d’avoir fait cette copie et de l’avoir montré à quelqu’un… Ryûji revient donc en tant que yûrei mais pour aider sa femme et son fils une dernière fois, et non pour se venger…

 

Les Onryô

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Takeo, The Grudge, Ju-On, Takashi Shimizu 2001

Les onryô sont des spectres dangereux qui reviennent sur terre pour déchaîner leur colère. Tout comme Sadako, ils reviennent hanter les vivants en les maudissant d’un terrible sort. On retrouve un yûrei masculin des plus particuliers dans la figure de Takeo le mari de Kayako dans The Grudge (Ju-On, 2001) de Takashi SHIMIZU. Dans ce film, le réalisateur met en scène Takeo assassinant sa femme, son fils, son chat, l’amant de son épouse ainsi que la femme enceinte de l’amant dans une violence inouïe, avant de devoir faire face lui-même au yûrei vengeur de Kayako… Lorsqu’il revient sous sa forme spectrale, Takeo semble toujours porté par la même violence que de son vivant. Étrangement il est un peu le seul yûrei masculin – à part Koheiji KOHADA mais nous y reviendrons – à agir tel un yûrei féminin : vengeur, malveillant, destructeur, et terrifiant, mais contrairement à elle, il n’a pas été la victime dans son meurtre. Ici Takeo transporte sa frustration et sa colère de son vivant dans la mort, ce qui donne une entité incroyablement puissante et effrayante doté d’une négativité sans limites. Enfin, à travers Kayako, SHIMIZU nous montre aussi ce dont serait capable un yûrei ayant les pouvoirs d’un spectre masculin onryô combiné avec la rancœur d’un fantôme féminin : une force dévastatrice et incontrôlable…

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Taïra no Masakado

Si on s’éloigne du cinéma, la culture japonaise possède de nombreux personnages importants connus pour s’être transformés en yûrei à leur mort. Dans un article précédent nous vous parlions de la légende de Taira no Masakado qui, considéré comme un kami, n’hésite pas à déchaîner sa colère sous forme de catastrophes naturelles où de morts mystérieuses chaque fois que son sanctuaire semble profané… En voici quelques autres :

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Sugiwara no Michizane, Ogata Gekko, 1896

Sugiwara no Michizane était connu pour être un fameux érudit proche de l’Empereur Uda sous Heian (794-1185). Mais lorsque celui-ci abdiqua, Michizane fut traité comme un criminel  – ce qu’il n’était pas – par le nouvel Empereur Daigo et fut banni sur une île de Kyûshû par la famille impériale en 901. Sans le sou et incapable de se nourrir il mourut de malnutrition deux ans plus tard pour la plus grande joie de la cour japonaise.

Cependant Sugiwara no Michizane n’en avait pas terminé. Il revint en tant qu’onryô et déchaîna sa colère sous la forme de catastrophes naturelles, visant toutes la famille impériale de l’époque. Pendant trois décennies après sa mort, on compta d’innombrables inondations dues à d’incroyables pluies torrentielles ainsi que des épidémies, des incendies, la mort de ses rivaux, du prince et de son fils. Sa malédiction se termine en beauté en 930, lorsqu’il abat sur le palais impérial ses foudres tuant de nombreuses personnes, dont l’Empereur Daigo lui-même… Dans cette légende, Sugiwara no Michizane est un onryô d’une puissance destructrice dont la malédiction ne s’arrête que lorsque tous ses ennemis sont éliminés, contrairement aux autres qui ne peuvent apaiser leur colère…

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Aujourd’hui Sugiwara no Michizane est déifié, considéré comme un kami, on l’appelle Tenjin, le dieu shintô des études. Chaque année de nombreux étudiants viennent offrir leurs prières à Michizane afin de réussir leurs examens. Nous sommes là bien loin des ses origines ! Pour aller à sa rencontre le sanctuaire nommé Tenmangu est dans la ville de Dazaifu proche de Fukuoka.

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Sutoku, Utagawa Kuniyoshi

Autre onryô tout aussi célèbre : l’empereur Sutoku était le fils de l’Empereur Toba pendant la période Heian. Néanmoins son conseiller fait croire à tout le monde que Sutoku était le fils de l’empereur retiré Shirakawa, le père de Toba. Devenant le frère et l’égal de Toba, quand ce dernier abdique du trône en 1123, Sutoku âgé alors de 4 ans reprend les rennes mais sous la direction de Shirakawa, car un empereur trop jeune devait être conseillé par son père à l’époque.

Toba était donc obligé d’accepter la situation, et attendit la mort de son père 6 ans plus tard pour reprendre le pouvoir dans l’ombre. En 1142 Toba força ainsi Sutoku à accepter son demi-frère Konoe comme étant son fils adoptif pour que ce dernier puisse prendre le pouvoir la même année. Cependant Konoe était un enfant fragile sujet à de nombreuses maladies et lorsque son état se dégrada, sa mère accusa Sutoku de l’avoir ensorcelé pour récupérer le trône. Toba installa alors son 3e fils sur le trône, qui devient l’empereur Go Shirakawa. A la mort de Toba, Sutoku qui en avait assez de se faire évincer, organise un coup d’état – la rébellion de Hôgen, en 1156 – mais perd la bataille. L’empereur Go Shirakawa bannit alors Sutoku sur une des îles de Shikoku. Étrangement ce dernier le vécut plutôt bien, et n’en tenu pas rigueur à la cour impériale. Dans son exil il se convertit au bouddhisme et écrit sutras et poèmes. Afin de montrer qu’il n’avait aucune rancœur, il envoya quelques uns de ses écrits au palais impérial en gage de paix. Mais Go Shirakawa persuadé que Sutoku leur avait envoyé des malédictions sous la forme de textes sacrés, lui renvoya ses poèmes déchirés en morceaux…

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Empereur Sutoku déchaînant sa colère, Utagawa Kuniyoshi

Selon la légende, suite à cela, Sutoku entra dans une colère noire, jura de se venger de la famille impériale, et se laissa pousser les ongles et les cheveux. À sa mort, en 1164, la famille impériale commença à souffrir de troubles divers : le fils de Go Shirakawa et ses enfants périrent dans un incendie qui ravagea la ville, des insurrections sévirent à travers le pays, suivie par la famine. Mais ce ne fut pas terminé pour autant. La rébellion que Sutoku avait déclenché dégénéra jusqu’à la chute du palais impérial, avec le fameux conflit entre les Genji et les Heike dans la bataille de Dan no Ura en 1185, évoqué précédemment.

En moins d’un siècle la famille impériale fut réduite à néant. On attribue ainsi à Sutoku la chute de la maison impériale et du clan Fujiwara, mais aussi la montée en pouvoir des samouraïs, et en particulier le clan des Minamoto (autre nom des Genji). Compte tenu de sa réputation, sa colère effrayait les Japonais encore six siècles après ça, et Sutoku fut décrit comme l’une des trois forces surnaturelles les plus dangereuses du pays du soleil levant – les Daiyôkai – qui compte notamment le yôkai renard à 9 queues du nom de Tamamo no Mae, qui selon la légende était la courtisane favorite de l’empereur Toba. 

shiramine jinguDéifié à la manière de Sugiwara no Michizane et craint comme Taïra no Masakado, les Japonais érigèrent un sanctuaire en l’honneur du grand yôkai à Kyôtô, le Shiramine Jingû dont vous trouverez l’accès par ici.

 

 Un yûrei à part : Koheiji KOHADA

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Koheiji Kohada, Utagawa Kuniyoshi

Koheiji KOHADA était un acteur de théâtre kabuki de la période Edo (1600-1868), réputé pour être mauvais. Il avait dû mal à vivre de son travail, et en plus de son manque de talent, il était aussi d’une grande laideur. Ayant pitié de lui, son professeur de théâtre essaya de lui trouver un rôle par tous les moyens. Le metteur en scène qui observa Koheiji pendant son essai, remarqua qu’il avait une ressemblance avec les personnages de yûrei du kabuki : la peau blanche, les yeux sombres et globuleux, et de longs cheveux en bataille. Il pensa alors à toutes les économies qu’il allait pouvoir faire avec Koheiji ! Ce n’était pas le rôle de sa vie, mais Koheiji se jeta corps et âme dans ce type de rôle : il allait dans les morgues afin d’étudier les expressions des morts et s’entraîna à déambuler à la manière d’un zombie. Cet entraînement porta ses fruits : ses performances en tant que yûrei étaient toujours applaudies. Cependant comme il ne savait jouer que ça, ses collègues comédiens le surnommèrent Yûrei Kohada

Koheiji était marié à Otsuka dont il était éperdument amoureux. Celle-ci au contraire ne l’aimait pas du tout et le trouvait même embarrassant… Avec son amant – un camarade acteur de Koheiji – ils complotèrent pour le faire disparaître. Il l’invita un jour à aller pêcher sur l’étang d’Asaka, et au moment ou Koheiji s’y attendait le moins, son ami le poussa par dessus bord et lui maintint la tête sous l’eau jusqu’à ce qu’il se noie… Koheiji renaît alors en yûrei. Encore plus fabuleux que de son vivant, Koheiji est le yûrei parfait : son apparence est la même que sur scène et ses désirs de vengeance sont tels qu’il poursuivra sans relâche sa femme et son amant, les conduisant vers la folie et le suicide ! 

Derrière ce conte, la véritable histoire de Koheiji est en revanche moins glorieuse… Koheiji était semble-t-il un saltimbanque très mauvais, déclenchant la risée partout où il jouait. De désespoir il se suicida en cachette. Lorsque sa femme découvrit son corps, elle fut soulagée de ce poids et, avec l’aide d’un ami, ils décidèrent de couvrir sa mort en dissimulant le corps de Koheiji, faisant croire qu’il s’est enfui de honte. Ils ne réussissent pas très bien leur coup, et furent soupçonnés de l’avoir assassiné pour pouvoir être ensemble.

Tout comme Oiwa, le spectre de Koheiji est censé hanter les plateaux de kabuki, et particulièrement les acteurs les incarnant. Depuis ce conte, tous les acteurs ayant des rôles de yûrei doivent aller prier l’esprit de Koheiji KOHADA. Et c’est aussi depuis cette histoire que tous les Japonais pensent que les acteurs de kabuki et de nô interprétant les rôles de yûrei sont très courageux car ils semblent tenir leur vie entre leur mains ! Il est aussi le seul yûrei masculin à avoir été représenté plus d’une fois dans les estampes ukiyo-e de la période Edo.

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Koheiji est vivant ! Nobuo Nakagawa, 1982

Yûrei unique, il est aussi le seul de ses confrères à avoir été interprété au cinéma ! Dans Koheiji est vivant ! (Kaidan : Ikiteiru Koheiji), Nobuo NAKAGAWA maître du kaidan-eiga classique réalise son tout dernier film en 1982 après plus de 10 ans d’absence, et reprend les bases de l’histoire du personnage connu tout en gardant sa virtuosité et sa maîtrise habituelle.

 

 

En définitive si l’on retrouve moins de yûrei masculins c’est parce que les hommes sont moins sujets à la souillure que les femmes et c’est plutôt la manière dont ils ont été traités qui font d’eux des spectres vengeurs… Néanmoins, même moins connus que les femmes du côté de l’au-delà, les spectres masculins sont tout aussi dangereux, voire même davantage. Ainsi, même s’ils sont moins appréciés car moins charismatiques, ils n’en sont pas moins craints et respectés. Considérés comme des dieux kami, ils ne vaut mieux pas les embêter sous peine de se faire maudire d’un tatari… Ainsi, si vous devez visiter leurs sanctuaires, n’oubliez pas les offrandes et les honneurs !

 

 

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