Le sport et les mangas : entre histoire d’amour éternelle et nouvelle vague

Si les titres instigateurs de la démocratisation des mangas à l’international sont majoritairement des shônen explosifs de baston mettant en scène personnages surpuissants et power-ups de folie, le manga de sport occupe également une place prépondérante dans le cœur des otakus.

 Alors que les One-Punch Man et autres My Hero Academia suivent brillamment les traces de leurs glorieux aînés, Journal du Japon profite d’un été chargé, de Roland Garros aux prochains Jeux Olympiques en passant par la Coupe d’Europe de Football, pour faire un tour d’horizon rapide de quelques légendes du genre, histoire de parfaire vos classiques.

Mais comme le manga de sport ne se limite pas à de vieux titres à dépoussiérer, JDJ vous propose également une sélection de successeurs probables, têtes de liste d’une nouvelle vague en la matière…

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© 1993 by Takehiko Inoue and I.T. Planning, Inc. All rights reserved

 

Le sport comme moteur

Slam Dunk, Captain Tsubasa, Ippo, Eyeshield 21… Autant de titres qui ont révolutionné le paysage du shônen à travers la mise en avant de leurs disciplines sportives. En effet, le premier facteur de leur réussite réside dans leur capacité à sublimer un sport, en le romançant de manière à créer tout un univers autour de celui-ci ; insufflant par la même occasion une bonne dose d’adrénaline à ses personnages ainsi qu’aux lecteurs.

Ainsi, ces œuvres ont propulsé leur sport sur le devant de la scène en agrémentant leurs récits de situations du quotidien – autour des thématiques d’amitié, de vie étudiante ou même de péripéties amoureuses – dans l’optique de mettre la pratique sportive au cœur de la vie de leurs personnages.

Qu’il s’agisse d’une passion éveillée dès l’enfance pour Tsubasa, d’un moyen de parvenir à ses fins pour Sakuragi et Ippo, ou encore d’un simple hasard pour Sena, la pratique d’un sport est présentée dans ces mangas comme une solution universelle aux problèmes du quotidien : rien de tel qu’un bon match pour se faire de nouveaux amis après un déménagement, sortir de l’isolement ou reprendre confiance en soi… Sans oublier que la meilleure façon de conquérir le cœur de votre belle, c’est bien de soulever un trophée sous ses yeux !

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CAPTAIN TSUBASA © 1981 by Yoichi Takahashi / SHUEISHA Inc.

 

Entre fidèle réalité et fiction haute en couleur

Ce constat n’exclut cependant pas la possibilité, pour ces mangas-références, d’opérer une rupture avec le domaine du crédible afin de rendre le récit plus agréable à suivre. En effet, retranscrire sur format papier l’action de disciplines sportives, qui sont par définition des activités intenses, n’est pas chose aisée. Les séquences des rencontres pouvant vite devenir redondante, certains titres n’ont pas hésité à recourir puis à démocratiser l’usage de power-ups incroyables ou des techniques extraordinaires.

C’est notamment le cas de Captain Tsubasa et de ses différentes techniques de tirs qui avaient ouvert la voie, ou encore d’Eye Shield 21, qui l’a suivie et adapté au football US : des combinaisons des frères Eric et du légendaire Tir de l’aigle ont découlé le « Devil Bat Ghost » de Sena et le « Trident Tackle » de Shin. Inutile de préciser que l’effet produit reste le même d’une génération à l’autre : on ne peut que s’extasier devant les techniques surpuissantes de certains joueurs, souvent accompagnées d’auras de puissance aux effigies guerrières et animales… L’apparition de chevaliers armés, de panthères et autres chauves-souris multicolores font leur petit effet. Ils accentuent en même temps le coté sauvage et indomptable dont se targuent de nombreux sportifs sur nos écrans de télévision !

Le succès de ces séries légendaires s’explique passe aussi par ses personnages, par l’incorporation d’entités réelles auxquelles on peut s’identifier quitte à sortir du moule, comme il est possible de l’observer dans Slam dunk. Alors que les héros de shônen traditionnel présentent généralement des caractéristiques lambda, Slam dunk met en scène une bande de « furyos » – des petits voyous, reconnaissables à leurs motos et à leurs colorations capillaires – dont l’originalité et le caractère bien trempé les rend aussi charismatiques qu’attachants. Il n’est dès lors plus nécessaire de réaliser un dunk de la ligne des lancers francs ou un shoot de 50 mètres au football pour conquérir le cœur des lecteurs.

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EYE SHIELD 21 © 2002 by Yusuke Murata, Riichiro Inagaki / SHUEISHA Inc.

Un succès porté par l’anime ?

En prenant du recul, on constate que le succès de ces univers exceptionnels a débouché, notamment en Occident, sur un engouement sans précédent autour des shônen sportifs dans les années 80-90, à une époque où le format manga n’était pas encore installé. Un succès qui s’est par la suite décliné au format papier, donc.

C’est ainsi que débarquèrent dans l’hexagone les séries sportives qui ont rythmé notre enfance. Dans le cas des titres sportifs, l’intérêt de ces adaptations réside donc dans la possibilité de rendre l’action plus vivante, en traduisant le « mouvement » des rencontres de manière plus fidèle, plus fluide et plus impactante qu’en manga. Captain Tsubasa ne déroge pas à la règle ; nombreux se souviennent de la longueur interminable des terrains de football, des trajectoires travaillées et du détail des gestes techniques de l’anime multi-diffusé pendant de longues années.

Plus connu en France sous l’appellation d’Olive et Tom, la série dispose d’une notoriété sans limite, tant son univers a passionné toute une génération. En témoignent les nombreux produits dérivés sortis dans l’hexagone :

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Les maillots des différentes équipes du manga, disponibles chez Okawa.

Néanmoins, la disparition des animes japonais sur les chaînes publique ont forcé les successeurs d’Olive et Tom à se contenter de briller dans leur format papier, comme ce fut le cas de Slam Dunk ; ou encore de se faire connaître grâce au format DVD, comme Eye Shield 21. Aujourd’hui, avec l’augmentation du nombre de chaines mais surtout le développement du streaming, de nouveaux candidats pourraient bien se faire connaître à travers leur version en couleur…

 

Une nouvelle vague

Devant le succès des shônen sportifs précédemment énoncés, ce n’est que logiquement que l’on recense, ces dernières années, de nombreux petits nouveaux sur le marché. Parallèlement, le développement des techniques d’animations permet aujourd’hui la réalisation de séries animées de grande qualité qui, pour peu qu’elles soient accessibles au plus grand nombre, participent à la mise en avant des mangas sportifs comme nous l’expliquions précédemment.

Focus sur ces nouvelles œuvres qui promettent de perpétrer la tradition du sport dans les mangas.

 

Volley-ball – Haikyuu, 2014 

Shô est un grand amateur de volley-ball, mais ses ambitions de succès sont menacées par sa petite taille et ses échecs récurrents au collège. Il prend alors un nouveau départ, en rejoignant le lycée Karasuno, d’où est originaire son idole : « le petit géant » .

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HAIKYU!! © 2012 By Haruichi Furudate / SHUEISHA Inc.

 Haikyuu, c’est la sensation sportive de ces dernières années, propulsée sur le devant de la scène par son adaptation animée en 2014. Avec plus de 8 millions d’exemplaires vendus en 2014 au Japon, il s’agit en 2015 du 7e titre le plus vendu selon le classement Oricon sur cette période.

Comparable au phénomène Kuroko no basket (en termes d’engouement du public autour d’une série innovante dans le domaine du sport), on y retrouve également un duo de personnages que tout semble opposer, mais qui, par la force des choses, va devoir travailler ensemble pour parvenir à leurs fins. Les similarités avec son aîné du basketball sont nombreuses : graphisme moderne, grande attention portée aux détails et développement en profondeur des équipes secondaires ; tout y est !

Loin du baseball ou du football en termes d’ancrage dans la société nippone (bien que très pratiqué par les jeunes), le volley-ball fait désormais partie de ces sports dont la notoriété s’est développée conjointement au succès d’un manga et sur plusieurs générations (nombreux se souviennent certainement des exploits de Jeanne et Serge dans les années 1980). L’auteur, Haruichi FURUDATE, nous fait découvrir le volley à travers des phases de jeu spectaculaires, efficacement amenées par le biais de tactiques élaborées qui démontrent toute la richesse de ce sport. Dans le même temps, la palette visuelle innove en proposant différents angles de vues et effets graphiques en tout genre, qui expliquent le succès exponentiel d’un anime qui promet de s’imposer parmi les modèles du genre.

Le titre est disponible chez Kazé.

 

Sumo – Hinomaru Sumo, 2014

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’apprenti sumo Hinomaru est loin d’avoir le physique imposant que l’on associe à sa discipline. Il rejoint d’ailleurs le club du lycée Odachi, dont les résultats semblent être en adéquation avec son niveau. Mais Hinomaru révèle petit à petit des qualités prometteuses…

HINOMARUZUMO © 2014 by Kawada / SHUEISHA, Inc.

HINOMARUZUMO © 2014 by Kawada / SHUEISHA, Inc.

Si le petit nouveau de chez Glénat ne compte qu’un tome à son actif, il figure déjà parmi nos favoris pour reprendre le flambeau des shônen d’arts martiaux ! L’intérêt d’Hinomaru Sumo réside dans un constat relativement simple : si tout le monde en Occident a déjà entendu parler, de près ou de loin, de la discipline sumo, très peu savent réellement de quoi il en retourne. C’est donc l’occasion de découvrir une pratique nouvelle (la terminologie Sumo est mise en avant dès les premières pages) tout en se prenant d’affection pour un héro dans la lignée de ses prédécesseurs : pas franchement gâté par la nature en termes de capacités athlétiques certes, mais suffisamment courageux et passionné pour relever tous les défis qui se dressent devant lui !

Au programme : abnégation, cœur à l’ouvrage et entraide, des valeurs propres au sport comme au shônen qui, couplées avec l’univers des sumos, nous offre un résultat des plus prometteurs. En effet, la discipline traditionnelle nipponne se caractérise par un respect mutuel des athlètes et des règles qui collent relativement bien avec les valeurs présentées par notre héro : soucieux de protéger les plus faibles, Hinomaru débute son aventure en rétablissant une injustice, et en bottant les fesses « dans les règles de l’art » de voyous peu scrupuleux.

Disponible chez Glénat.

 

 

Baseball – Ace of Diamond , 2013 

Initialement issu d’une équipe relativement faible, le lanceur Eijun Sawamura parvient finalement à rejoindre la prestigieuse équipe du lycée de Seido. À lui désormais de s’imposer, au milieu des plus grands espoirs du baseball de son pays.

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Ace of Diamond, c’est avant tout un manga publié à partir de 2006, dont la notoriété a fortement augmenté à la sortie de sa version animée, en 2013 (le manga n’étant pas disponible en France, c’est donc par le biais de l’anime que le titre s’est exporté). Dans un pays où le baseball est le sport national numéro 1, AoD s’impose comme l’un des principaux titres de baseball aux côtés de Major ou de Mix. Sobre et réaliste (oubliez les « super lancers du tigre » et autres « dragon throw »), AoD reste une œuvre technique qui s’adresse majoritairement à un public de connaisseurs conquis. De plus la série n’occulte pas le caractère parfois cruel du sport en compétition au japon, et n’hésite pas à faire état de tous les sacrifices dont sont capables les jeunes joueurs pour répondre aux attentes ; parfois en vain…

Cela étant dit, son exposition nouvelle en a fait un véritable succès, à tel point que la série s’est vue prolongée de deux saisons supplémentaires, et qu’une suite pour le manga est actuellement en cours de publication. Le manga est encore inédit en France et risque de le rester vu la popularité limitée de ce sport chez nous mais vous pouvez retrouver la série animée sur Crunchyroll.

 

Natation – Free, 2013 

Après avoir raflé ensemble tous les trophées au cours de leur jeunesse, 3 nageurs lycéens retrouvent leur ancien ami et coéquipier, Rin, à l’occasion d’une course que ce dernier remporte sans la moindre difficulté. Désabusés, Haruka, Makoto et Nagisa décident alors de former un club de natation.

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©Ohji Kouji/Kyoto Animation/Iwatobi High School Swimming Club ES

Si le sport est une spectacle extraordinaire, il nécessite de la part de ses acteurs une rigueur et une volonté de fer qui se traduit souvent par un physique athlétique et développé. Dans le cas des titres sportifs mettant en scène des athlètes masculins, il n’est donc pas rare d’observer les plastiques de rêve des différents protagonistes – ce n’est pas pour déplaire à nos lectrices – et bien c’est encore plus vrai avec Free !

Mais le physique avantageux de ses personnages n’est pas le seul facteur de la réussite de cet anime – rassurez-vous messieurs !- bien au contraire : entre les effets graphiques réussis sur l’eau et l’efficacité visuelle des scènes de courses, tous les éléments sont réunis pour en faire un anime de qualité. Ajoutez à cela une bonne dose d’humour pour détendre une atmosphère parfois tendue par les rivalités entre anciens coéquipiers, et vous obtenez un titre original, malgré un scénario des plus banal. Il faut dire que Free est l’un des rares animes autour de la natation, et cela tombe bien : lors que l’été arrive aussi vite que Rin en crawl, l’ambiance estivale de l’anime, entre scènes de piscine et OST entraînante, coïncide parfaitement avec l’esprit des vacances dans lequel nous nous apprêtons à rentrer !

Free, c’est donc un anime rafraîchissant et original, porté par des graphismes de folie et des personnages attachants. Celui-ci s’inscrit dans la lignée des précédents titres des studios Kyoto Animation et s’adresse donc majoritairement à un public féminin ; mais le caractère inédit de la discipline traitée et la qualité visuelle de l’ensemble de l’œuvre en font un anime à voir pour tous les publics !

Disponible en France chez Crunchyroll.

 

 

Vous l’avez compris, les shônen sportifs n’ont pas fini de nous régaler, la relève étant déjà bien assurée ! Les prochaines nouveautés seront l’occasion d’observer de nouveaux héros se surpasser en nous faisant découvrir des disciplines encore relativement peu explorées dans les mangas, ou en nous permettant d’en découvrir certaines sous un œil nouveau. En attendant de pouvoir déterminer si les titres que nous venons d’énoncer prendront une ampleur équivalente à celle de leurs illustres prédécesseurs, Journal du Japon vous souhaite un bel été rythmé par le sport, aussi bien à la télé que sur les terrains, et bien sûr dans les mangas !

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4 réponses

  1. LuciferHS dit :

    Le meilleur manga de cette liste : Ace of Diamond!
    Dommage qu’il n’est pas connu en France, pourtant c’est un très bon manga: pas de fanservices, l’histoire n’est pas centré QUE sur le héro, il n’y a pas que le héro et son pote de 1ère année pour faire gagner l’équipe, il doit faire ses preuves pour être titulaire contrairement aux autres manga de sport où le héro est déjà titulaire et tout le monde compte sur lui…, les senpai sont forts et cool (ils imposent le respect, c’est pas des minettes qui cèdent facilement leur place aux 1ères années…), on ne se focalise pas sur la vie de la sœur d’un tel ou d’autres personnes (les managers par exemple), etc…
    Le manga se vend même mieux que Fairy Tail au Japon…

    • Paul OZOUF dit :

      Bonjour Lucifer,
      Paul OZOUF, rédacteur en chef. Merci de nous avoir lu tout d’abord. Ace od Diamond fait parti de ces titres potentiellement rangés dans la catégorie « les mangas de sport en France ça marche pas » et un long passif de bides dans le genre, mais il y a aussi des contre exemples comme Ippo et Haikyu qui se débrouille plutôt bien. Néanmoins le baseball chez nous n’est pas hyper démocratisé donc personne n’ose le publier, et je ne vois pas trop comment cela pourrait changer, à moins que le baseball deviennent populaire dans notre hexagone ?

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