Lire et écrire des haïkus : petits ou grands, lancez-vous !

Les haïkus sont de très courts poèmes (trois lignes, 5, 7 et 5 syllabes) qui saisissent un instant, une sensation, un petit rien du quotidien, de la nature. De nombreux recueils de ces micro-poèmes existent, mais en cet automne voici deux livres pour mieux les approcher, les sentir, voire les écrire, qui sont publiés : un à destination des enfants qui veulent le découvrir et le pratiquer à travers des exercices ludiques et rafraîchissants (mais les grands y trouveront aussi beaucoup de plaisir), et un pour les adultes qui ont « envie de vivre encore plus intensément, plus légèrement, plus pleinement » grâce à cette pratique ancestrale.

Voyage au fil des saisons et des haïkus …

haikusVoici un livre parfait pour tout comprendre du haïku et apprendre à sentir la beauté éphémère de la nature au fil des saisons. Véronique Brindeau, qui avait déjà fait découvrir au lecteur la richesse de l’univers des mousses au Japon dans Louange des mousses, entame un dialogue avec le jeune lecteur au fil des pages.

Le livre s’ouvre sur une petite histoire simple : l’auteur prend l’enfant par la main, l’emmène au Japon et lui explique cette langue si mystérieuse.

Et tout de suite c’est l’automne (une des cinq saisons japonaises, oui, cinq, car le nouvel an est une saison à part entière pour les poètes). Et sur un fond automnal superbement décoré par Sandrine Thommen (petits personnages, feuilles d’érable rouges), le lecteur apprend la première des trois règles pour écrire un haïku : utiliser un mot de saison (kigo). Les haïkus illustrent les propos, et le poète conseille : « Evitez de vous répéter ! » (on trouve ces conseils de  VRAIS poètes tout au long du livre). Le livre est aussi original par la présence de pages de jeux. Ainsi, pour guider l’enfant sur la piste des mots de saison, on joue à « Si l’automne était … (une couleur, un fruit, un jeu, un vêtement, un objet, une fête, le temps qu’il fait), ce serait … « (à compléter par l’enfant).  On croise également des chansons japonaises traditionnelles (La libellule rouge, chanson automnale car ces libellules sont très visibles à cette période de l’année). Un autre jeu arrive déjà : un pèle-mêle des saisons dans lequel il ne faut piocher que les mots d’automne. C’est également l’occasion d’apprendre que les Japonais aiment en cette saison admirer la lune ou les érables. Puis la saison se termine sur un portrait de Bashô (d’autres portraits de poètes suivront au fil des saisons).

L’hiver et ses superbes paysages de neige est l’occasion d’évoquer la deuxième règle : un haïku contient 5+7+5 syllabes sur trois lignes. Et le texte permet à l’apprenti poète de savoir les compter et même de débusquer des exceptions à la règle. Les petits jeux avec les mots sont toujours aussi présents, mais également les découvertes originales : tous les mots qui existent en japonais pour décrire la neige ! Neige-farine (kona yuki, une neige légère, poudreuse), neige-pivoine (botan yuki, une neige glacée), neige-capuchon (kamuri yuki, qui recouvre les piquets, les poteaux, les feux rouges dans la rue), six fleurs de neige (mutsu hana, les cristaux de neige qui ont six branches), fine neige (sasame yuki, légère, qui tournoie en flocons délicats), neige-couverture (fusuma yuki, qui recouvre les grandes étendues des champs, des lacs gelés). Magique !

Au chapitre Nouvel An, le lecteur découvre les rites qui accompagnent cette nouvelle année et l’importance de tout ce que l’on fait pour la première fois à ce moment-là. Et si c’était l’occasion de se trouver un nom de haïjin (poète de haïku) ? Les enfants vont adorer se trouver un nom de poète !

Le printemps vert tendre arrive avec ses fleurs de cerisier et ses oiseaux colorés. C’est l’occasion de découvrir la troisième règle : la coupure qui permet de « laisser le haïku résonner comme un beau verre de cristal« . Et comme le lecteur a bien progressé, il peut aussi aborder la question de la ponctuation. Le printemps est une saison riches en fêtes au Japon : la fête des poupées le 3 mars, la fête des garçons avec des carpes en tissu qui volent au vent le 5 mai. La saison également des sakura (cerisiers en fleur) dont l’air de la chanson est très connu. Les cinq sens sont mis à contribution pour que l’apprenti poète les utilisent judicieusement dans ses haïkus.

Quand arrive l’été avec ses feux d’artifice et ses fruits savoureux, le jeune lecteur est déjà un poète averti. Il peut même apprendre à utiliser l’humour, les onomatopées, la conversation, la personnification pour donner à ses poèmes une autre dimension. Et si le temps est au beau fixe, pourquoi ne pas s’asseoir à plusieurs dans l’herbe et organiser des kukai, des réunions de haïku …

Ce livre est celui dont on a toujours rêvé pour accompagner les enfants sur le chemin de la poésie ! Découverte du Japon, de ses saisons, de ses fêtes, de ses poètes, de ses chansons, mais aussi de sa faune, de sa flore … Véronique Brindeau est une maîtresse d’école idéale, douce et patiente, accompagnée pour cela des illustrations tendres et naïves de Sandrine Thommen. C’est un dialogue apaisé entre auteur et apprenti : questionner, guider, faire appel au vécu, à l’expérience, rassurer. Il est certain que les progrès seront rapides grâce à toute cette douceur et cette bienveillance. L’enfant trouvera son chemin vers l’émerveillement, vers les mots qu’il apprendra à aimer et à manipuler. Les multiples jeux sur les mots, les images, les émotions permettent à l’élève de se lancer sans complexe, de gribouiller sur le livre ou sur une feuille à côté. Les exemples sont nombreux, expliqués, racontés. C’est très riche et très abordable en même temps.

Ce livre devrait trouver sa place dans toutes les écoles pour réconcilier les petits avec les mots et la poésie !

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

L’effet haïku : cheminer dans la vie avec les haïkus

L'effet haikuUn autre livre est consacré aux haïkus et aux bienfaits que l’on peut tirer de leur lecture et de leur écriture.

Sous-titré « lire et écrire des poèmes courts agrandit notre vie« , ce livre offre une véritable « haïku-thérapie » : décomplexer le lecteur-auteur (pas besoin d’écrire des haïkus parfaits), donner envie, apprendre à concentrer les émotions pour n’en faire ressortir que quelques mots. Un guide d’accès au zen : chasser l’ego pour parvenir à la sérénité, vivre encore plus intensément, plus légèrement et plus pleinement.

Le préambule précise d’ailleurs que « ce livre s’adresse à la fois aux « intrigués du haïku » qui aimeraient bien comprendre ce format si étranger à notre culture, et aux « intrigués de la vie« , ceux qui se posent des questions sur la manière de vivre, doutent de leur place dans le monde ». C’est un livre promenade qu’il est possible d’entamer ou de reprendre là ou le lecteur le souhaite.

Deux parties distinctes et très bien structurées composent ce livre : une première partie « lire des haïkus poèmes à goûter » sur la lecture régulière de ces courts poèmes comme moyen d’imprégner sa manière d’être et d’envisager la vie, et une deuxième partie « écrire des haïkus poèmes à vivre » qui guide le lecteur sur le chemin de l’écriture, du jeu, de la conscience, de l’apaisement, de la célébration du quotidien.

lecon 1Dans la partie lecture, il faut cheminer, apprendre à trouver l’immense dans le minuscule. Avoir des haïkus sur soi, c’est comme posséder un jardin de poche, pouvoir s’y évader même dans le métro, y trouver de la fraîcheur, croiser des lucioles dans la nuit. C’est accepter l’impermanence, sentir une nostalgie agréable, c’est également renouer avec les saisons, la nature. C’est savoir s’effacer (pas de JE dans les haïkus), s’avoir regarder son quotidien, s’arrêter. L’auteur offre également au lecteur de belles promenades en compagnie de grands poètes japonais : Bashô pour lequel exister c’est marcher et écrire, et Issa qui malgré une vie très difficile (beaucoup de décès dans sa famille, y compris de très jeunes enfants) a aimé la vie. Aimer la simplicité, savoir également se moquer de soi, et partager en lisant des haïkus en groupe, à haute voix … La lecture de cette partie donne envie d’ouvrir des recueils de haïkus, de les emmener partout avec soi, d’ouvrir les yeux et le cœur. L’auteur livre d’ailleurs au fil des chapitres un tas d’expériences qu’elle a vécues et qu’elle souhaite partager et faire vivre au lecteur : lire un haïku deux fois à voix haute et voir quelles émotions viennent, s’asseoir et regarder les objets « sabi » (patinés, usés) autour de soi, regarder une photo et imaginer un haïku associé, penser aux voyages qu’on a faits, et même faire de son quotidien un voyage. 

La deuxième partie consacrée à l’écriture est tout aussi stimulante. Il s’agit au départ de connaître les règles d’écriture, puis de saisir les moments précieux, d’épurer, de se délester, d’alléger. Le haïku permet alors de garder la mémoire vive (les petits moments mis en poème restent plus vivaces). L’écriture permet de s’alléger du chaos mental et émotionnel ressenti, mais aussi de remercier, de célébrer, de partager et de jouer. Là encore, des exercices pratiques permettent de progresser dans la découverte et la confiance : faire une promenade et prendre des notes pour écrire un haïku, écrire sur une situation sereine, dans laquelle on se sent bien (pour ensuite pouvoir s’y replonger en relisant ce haïku), pratiquer en famille, en couple, entre amis.

Le livre est rempli de haïkus japonais classiques ou contemporains, mais également de haïkus français. Les propos font fréquemment référence aux témoignages de poètes, de philosophes, de chercheurs et de psychothérapeutes, mais avec une grande simplicité, une justesse et un argumentaire très accessible.

Enfin, un mémento permettra de se rappeler dans quels buts on peut lire des haïkus et dans quels buts on peut en écrire. Et les amoureux de ces courts poèmes trouveront une bibliographie très complète ainsi que de nombreuses ressources (associations, sites personnels etc.).

Et pour encore plus d’exercices pratiques, il est possible de télécharger un supplément : « haïku training » comportant des haïkus « à trous » et des situations décrites à partir desquelles l’apprenti peut composer.

Une promenade initiatique et une véritable philosophie de vie !

Plus d’informations sur le site de l’éditeur. Et une petite vidéo de présentation.

Petits ou grands, plongez dans l’univers minimaliste et précieux du haïku, vous en retirerez beaucoup de plaisir et de bonheur !

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1 réponse

  1. 4 février 2018

    […] deux livres pour enfants illustrés par Sandrine Thommen : J’écris des haïkus dans cet article et Choses petites et merveilleuses dans cet autre article. Avec ce nouvel opus, c’est […]

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