Merci pour ces onze ans et au revoir Nolife !

C’est le 1er avril dernier que nous apprenions la mauvaise nouvelle… Nolife, c’est fini, pour de bon. Après une dernière semaine d’antenne, la chaîne consacrée aux loisirs numériques et japonais, entre autres, clôturait 11 ans d’une vie mouvementée et de programmes uniques en leur genre, après avoir été tout un symbole pour plusieurs générations de geek, otaku, nerds et fans en tous genres de jeux vidéo, d’animation japonaise, d’informatique, de J-Music et bien d’autres choses encore.

Parce qu’animée et gérée par une équipe unique de passionnée pendant toutes ses années, la fin des programmes de Nolife, bien que potentiellement attendue, marque la fin d’une aventure… à laquelle Journal du Japon voulait rendre hommage.

Retour sur une épopée de onze ans

Nolife no Thema, le thème la chaine, composé par Yûzô KOSHIRO.

Lancée officiellement le 1er juin 2007, Nolife est une chaîne thématique consacrée aux cultures japonaise, « geek » et « otaku ». Un pari osé et assez fou mené par des passionnés et pour des passionnés. La chaîne fut diffusée en premier par l’opérateur Free. Etant classée « chaîne musicale », elle se doit de diffuser au moins cinquante pourcents de musique dans sa programmation, et bien entendu en partie française. Dès le départ, la chaîne propose un nombre hallucinant de programmes ; si certains ont disparu au fur et à mesure des années, d’autres ont tenu bon jusqu’à la fin (Chez Marcus, tro & Magic, le J-Top…). Les domaines traités sont variés et mélangent connaissance pure et humour, se permettant même de lancer des séries désormais extrêmement connues comme Noob.

Sébastien RUCHET, PDG de la chaine.

Nolife est partie avec un capital monétaire assez restreint. Assez vite, elle commence progressivement à sombrer financièrement, malgré le succès d’estime grandissant auprès des spectateurs. Sauvée par la société Ankama, Nolife a donc pu survivre. Mais peu à peu, les caisses montrent à nouveau le fond. Préférant garder son indépendance, une absence presque totale de publicité à l’antenne est souvent « fatale » pour une petite chaîne de télévision.

Vint alors l’idée de Nolife Online, la plate-forme de vidéo à la demande proposant de revoir à loisir tous les programmes diffusés, mais sur son ordinateur et moyennant une somme assez modique pour un mois (trois à cinq euros selon la formule choisie). Le but est bien entendu de mettre à contribution les spectateurs intéressés pour soutenir la chaîne tout en refusant de ne rien donner en retour. Nolife Online eut un grand succès auprès des abonnés.

Les années et nouveaux programmes passaient, les nouvelles technologies aussi. En plus de sa barre de chargement qui souligne le nom de la chaîne (permettant de savoir où l’on en est avec précision), Nolife peut se vanter d’avoir été l’une des premières chaines de bouquets ADSL à avoir été diffusées en HD.

Alex Pilot, l’un des fondateurs.

Nolife Online finit par être abandonné plusieurs années plus tard, pour laisser la place à une nouvelle plate-forme de vidéo à la demande : Noco. Celle-ci, bien plus flexible, gère les qualités de vidéo de plus en plus hautes et surtout, permet de diffuser le catalogue d’autres sociétés. Il y sera également possible de continuer à s’abonner pour soutenir la chaîne de manière mensuelle.

Plusieurs partenariats ont été mis en place en onze ans. Libération, l’association MO5, Twitch ; et au Japon, TSS, société qui produit les émissions Japan in Motion et Esprit Japon, qui montrait le Japon tel qu’il est. Et au-dessus de cela, pour la partie J-Music (plus de deux-mille trois cent clips musicaux), une confiance s’était installée entre les labels, voire même les artistes et la chaîne. Le nombre d’artistes qui ont pu se faire connaître à l’internationale et venir visiter notre pays (en conventions ou non) grâce à Nolife et Japan in Motion est incalculable.

Mais voilà, le temps passe, et Nolife parvenait de moins en moins à garder la tête hors de l’eau, malgré les abonnements et l’arrivée de la publicité. Après avoir été placée en redressement judiciaire, les spectateurs espéraient que la situation allait s’améliorer. Mais finalement, la nouvelle est tombée ce 1er avril 2018 et n’est pas un poisson d’avril : Nolife est game over pour de bon, après presque onze ans de bons et loyaux services. Elle diffusera sa dernière soirée spéciale la semaine suivante, le 8 avril et après un « générique de fin » déchirant, l’image devient noire puis revient quelques instants plus tard : le signal est prévu pour durer jusqu’au 15. Mais Nolife, c’est désormais terminé… il n’y a plus que la vraie vie dans la vie.

Témoignages de spectateurs

Suzuka ASAOKA, une autre membre emblématique.

Antoine : Choisir un seul souvenir de la chaîne après presque dix ans m’est assez difficile. Je me permettrai donc de mettre en avant ce qui a été ma rubrique favorite : Retro & Magic, qui comme son nom l’indique traitait d’un sujet qui m’est cher (est-il nécessaire de le rappeler ?) : le jeu vidéo rétro. J’ai pu y découvrir des dizaines de séries (et R&M m’a fait acheter plus d’un jeu, au passage !), et même redécouvrir celle qui est désormais ma fétiche. Dire que ce programme a inspiré Gaming Memories, nous n’en sommes pas là, mais la passion pour le jeu vidéo rétro qui entoure les deux est la même. Le reste des programmes, et donc les membres de l’équipe derrière, dans tous les domaines possibles, me sont tout autant inoubliables. Mais ceci est une autre histoire… peut-être un peu trop longue à raconter.

Merci pour tout, Nolife.

Tatiana : J’ai connu Nolife avant d’avoir accès à la chaîne, en rencontrant Caroline SEGARRA lors du Japan Expo Awards où j’étais membre du jury. Ensuite, j’ai été invitée au concert de reformation d’X JAPAN où Alex PILOT et Suzuka ASAOKA étaient venus filmer pour Nolife. J’ai fait connaissance d’une team incroyable dont la passion était aussi bouillonnante que la mienne. Il me faudra attendre de long mois avant que le reportage ne soit diffusé. Cependant, le Visual Kei en général reste pour moi un époque importante. Cela reste un grand moment pour moi, même si c’est loin d’être le seul. Une chaîne française qui s’intéresse à la J-Music au sens large, qui diffuse des clips, des interviews, des lives et qui informe sur les événements français, c’était inestimable. C’est une grande perte, mais je pense qu’il y aura une vie après Nolife, parce que leur passion, notre passion à tous, a encore beaucoup à donner.

Témoignages vus de l’extérieur

Paul : Ce que je retiens de Nolife, vu des yeux d’un rédacteur en chef uniquement puisque je n’étais pas vraiment un spectateur, c’est surtout cette aventure de fans du Japon, de J-Music, de jeu vidéo, ou de simples geeks et nerds, bref tout un public un peu « spécial » aux yeux de la masse, de qui on se moque facilement depuis quelque chose comme trois décennies. Comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, beaucoup de projets sont nés via ces passionnés dans les années 2 000 avec l’essor d’Internet et un intérêt croissant pour la pop culture japonaise. Mais peu ont tenté – et beaucoup moins ont réussi – le pari de la professionnalisation autour des univers vidéoludiques et japonisants. En tant que globe-trotter de ces univers depuis plus de 15 ans, j’ai vu plus de projets mourir que subsister à chaque fois qu’ils ont tenté de générer des revenus.

Nolife, une chaine télé, rien que ça, était donc unique en son genre.

Nolife

Juliet : Personnellement, j’ai rencontré Sébastien RUCHET, l’un des fondateurs de la chaîne, lors de l’événement organisé par Koch Media début février. Cet événement avait été mis en place, non seulement dans le but de présenter certains jeux à venir comme A.O.T.2 ou Yakuza mais également afin de créer des liens entre la presse et les éditeurs de jeux vidéo et les agences de RP. Sébastien était évidemment présent. N’étant pas une aficionados de la TV en général, je n’ai jamais été une spectatrice réelle de Nolife. Néanmoins, en discutant avec lui, j’ai senti une vraie passion pour la culture japonaise et pas uniquement pour le jeu vidéo. J’ai également eu la surprise de pouvoir discuter avec quelqu’un de gentil, patient et surtout qui a de l’humour. Mais il faisait surtout preuve d’une grande ouverture d’esprit, ce qui n’est pas forcément chose courante de nos jours.

Affiche datant des débuts de la chaîne.

Show must go on !

Si le jeu vidéo est aujourd’hui un segment du divertissement de type mass market, il en est différemment de la J-Music en France, dont les difficultés – le déclin diront certains – ont d’ailleurs accompagné la chaîne dans sa chute. L’effritement de l’audience est aussi à mettre sur le compte du transfert d’un public télé vers d’autres réseaux, YouTube pour ne citer que le principal fossoyeur.

Nolife symbolise bien la fragilité de tout projet de passionnés qui s’adresse à d’autres passionnés : vivre de sa passion et la faire vivre n’est pas chose facile, surtout quand cette passion parle à une niche. Pourtant, l’équipe de Nolife a réussi à relever ce défi pendant 11 ans. On peut dire qu’ils ont échoué mais nous ne partageons pas cet avis. Tout d’abord car ils ont osé faire quelque chose de différent, là où d’autres se contentent de ce qu’on leur offrait sans chercher plus loin.

Alors oui, la chaîne n’émettra plus et c’est une perte, notamment pour la démocratisation de la culture japonaise. Mais maintenant, c’est aussi un défi de plus à relever par tous les journalistes et passionnés de la culture japonaise : continuer là où eux se sont arrêtés malgré eux.

Et enfin… on leur prédisait 6 mois, ils ont donc tenu 11 ans. Respect, point barre. Et merci pour tout, Nolife !

Le « générique de fin ».

 

 

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2 réponses

  1. Doc' dit :

    Très bel hommage, merci à vous !
    En plus, sans Nolife et l’un de ses téléspectateur (qui se reconnaitra), je ne me serais pas autant intéressé au JdJ :p

  1. 5 novembre 2018

    […] pour vous présenter ses nouvelles découvertes et idées de voyage en direct du Japon. Après notre hommage récent à la chaîne, c’est donc avec plaisir que nous leur avons fait une petite place pour un papier sponsorisé […]

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