Nicke : rencontre avec la mangaka derrière les nuages

Fer de lance des nouvelles créations originales des éditions Ki-oon, la jeune Nicke était l’invitée d’honneur de l’éditeur pour la dernière édition de Japan Expo, en juillet dernier. Cette souriante mangaka venait nous présenter sa première œuvre,  Beyond The Clouds, la rencontre dans un étrange citée, la ville jaune, d’un amoureux des livres qui a dû grandir et mettre ses rêves de coté et d’une mystérieuse jeune fille amnésique… et ailée ! 

L’occasion de lever ce voile de mystère, justement, sur ce nouveau titre, sa genèse et son auteure !

 

Nicke et Beyond the Clouds, en quelques mots

Bibliographie officielle de Nicke : Entre son père dessinateur industriel et son oncle illustrateur, Nicke a grandi dans un milieu de professionnels du crayon. Petite fille, elle a d’abord été fascinée par les shôjo, avant d’être convertie aux shônen d’aventures par ses deux grands frères. Malgré sa passion pour le dessin, c’est une tout autre voie qu’elle choisit à l’université : le folklore et les traditions japonaises ! Elle continue cependant à noircir des pages de croquis, tout en nourrissant ses univers de ses connaissances en mythes et légendes. Une fois son diplôme en poche, elle se lance dans le fanzinat et commence à publier des épisodes de Beyond the Clouds. Son goût pour l’illustration prend le dessus : deux ans après avoir quitté l’université, elle s’inscrit à des cours du soir de design, tout en travaillant pour un magasin de fournitures de dessin. Manga, illustration, design de goodies… Nicke est aujourd’hui une véritable touche-à-tout de talent !

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Résumé de Beyond the Clouds : Dans la ville jaune, les usines crachent leur fumée jour et nuit, cachant le ciel et les astres. Le jeune Théo n’a jamais vu les étoiles, ni exploré le monde extérieur. Enfant, il rêvait de partir à l’aventure, à la poursuite des créatures fantastiques de ses livres préférés, mais la réalité l’a rattrapé… Son travail à l’atelier de réparation Chikuwa est devenu son quotidien. Sa routine est chamboulée le jour où il rencontre une fillette pas comme les autres : une humaine ailée, espèce appartenant au monde des légendes ! Tombée du ciel, elle a perdu la mémoire, ainsi qu’une de ses ailes… Théo fera tout pour percer le mystère de cette rescapée des cieux !

 

Une musique, des mots et des chats…

Bonjour Nicke-san…C’est votre première Japan Expo, pouvez-vous partager votre ressenti sur cette venue ?

Nicke : Je m’amuse beaucoup ! (Rires)

Au début je pensais que Japan Expo était une convention comme le Comiket japonais mais en fait il y a beaucoup d’attraction, comme des jeux de tir, d’autres avec des drones… Les gens s’amusent et il y a une ambiance vraiment différente et plaisante.

beyond_the_clouds_8201Comment s’est déroulée votre rencontre avec les éditions Ki-oon ?

Je vendais mes dojinshi sur une convention amateur qui s’appelle le COMITIA, qui est réservée aux créations originales. C’est là que j’ai été repérée par Ki-oon qui m’a acheté mon titre la Ville Jaune, qui est à la base de Beyond The Clouds, et qui m’a proposé de monter un projet ensemble. Au départ, j’étais assez méchante car je ne connaissais pas les éditions Ki-oon et je pensais que c’était une arnaque ! (Rires) Mais ça s’est bien passé.

Beyond The Clouds est un récit d’aventure… Quels sont vos références en shônen d’aventure justement ?

Hummmm… Hésite quelques longues secondes.

En fait j’ai pas mal lu les shônen de mes grands frères : je leur piquais leurs tomes de Jojo’s Bizarre Adventures et de Fly entre autres…

Le récit bascule également dans le conte dans ce premier tome. Quels contes ont influencé particulièrement votre imaginaire ?

Mon grand-père me racontait souvent des récits de la mythologie grecque mais je ne sais pas si on peut vraiment parler d’influences ou dire qu’un conte traditionnel m’a particulièrement inspiré. J’ai surtout été marquée par les mondes développés dans des œuvres comme Harry Potter ou le Seigneur des Anneaux par exemple.

Dayan Akiko IKDEAEt graphiquement, quels sont les auteurs qui vous inspirent ?

Il y a une artiste en particulier qui m’inspire, une illustratrice pour enfants qui s’appelle Akiko  IKEDA, qui a créé le personnage de Dayan le chat (ci-contre, NDLR) qui est assez connu au Japon. Je copiais souvent ces dessins quand j’étais petite. Ça m’a probablement aussi influencé dans ma façon de dessiner les chats.

Ensuite si on en vient au personnage principal… Déjà, pourquoi ce prénom Théo ?

En fait, c’est le nom de la version française. Dans la version d’origine de la Ville Jaune, tous les personnages avaient des noms dérivés de nom de chat… soit de chats issus d’anime, le héros s’appelait Jiji (le chat noir de Kiki la petite sorcière, NDLR), soit du nom des chats de mes ami(e)s. C’est de là que les premiers noms sont venus. Mais lorsque nous avons discuté avec les éditions Ki-oon, ils m’ont expliqué que Jiji était un peu trop féminin et ils m’ont donc proposé d’autres noms et de mon côté, j’ai étudié les noms de garçon français, et Théo est celui qui m’a le plus parlé en terme de sonorités.

Pourquoi en avoir fait un amoureux des livres ?

En fait, j’imagine souvent mes histoires à partir de phrases qui me viennent à l’esprit. La première phrase qui m’est venue à l’esprit est celle inscrite sur la première page de Beyond the Clouds : « Depuis que je suis tout petit, j’adore lire…« .

C’est pour cela que j’ai fait de Théo un rat de bibliothèque.

Justement, avec les années Théo s’est éloigné un peu des livres et de ses rêves d’enfant pour faire face à la réalité. Est-ce que c’est un reflet de vous-même et de votre propre histoire ?

En effet, j’ai aussi un peu vécu cette situation. Quand j’étais à l’école primaire, mon rêve était de devenir mangaka : je me souviens l’avoir écrit lorsque la maîtresse nous avait demandé ce que l’on voulait faire plus tard. Mais en grandissant, je me suis persuadée que c’était trop difficile et que je n’y arriverai jamais. En fait, vendre mes dojinshi, c’était juste pour mon plaisir, je n’avais jamais imaginé que cela irait plus loin et que je serai approché par un éditeur.

Nicke à Japan Expo 2018 - Photos © Juliet Faure

La souriante Nicke en interview, à Japan Expo 2018 – Photos © Juliet Faure

Entre le moment où est né Beyond The Clouds et la sortie du tome relié, il s’est écoulé plusieurs années et j’ai cru comprendre qu’au départ Théo mourrait… Est-ce qu’il y a d’autres changements ?

En fait, j’ai imaginé l’histoire en écoutant A Fleeting Dream, un morceau de musique issu de Final Fantasy X. Cette musique est très triste et en l’écoutant, en suivant le rythme de la musique, j’ai visualisé le héros se faire tuer par balle à la fin. C’est comme ça que je le voyais au départ en fait. Il m’arrive très souvent d’imaginer mes récits lorsque j’écoute de la musique ou que je fais du vélo – on parlait de l’amour des livres plus haut, c’est pareil – et c’est à partir de là que j’extrapole.

Néanmoins, quand je me mets à dessiner pour de vrai, c’est là que les choses peuvent évoluer et devenir moins triste. Pour ce qui est de Théo, c’est lorsque j’ai dessiné la Ville Jaune je me suis aperçue que je ne voulais pas le faire mourir finalement.

 

Si on en vient à la jeune fille, l’ange, elle m’a rappelée une autre jeune fille ailée : celle de On Your Mark. J’aurai aimé savoir d’où lui est venue l’inspiration pour le thème de l’ange ?

Alors je connais ce clip mais je ne pense pas que l’inspiration viennent de là. Là encore, c’est en écoutant le morceau A Fleeting Dream que j’ai imaginé une petite fille en train de courir à un certain moment du morceau. La rythmique en question est suivie d’un moment triste et c’est là que je me suis dit « ah, elle est tombée« . C’est à partir de là que je l’ai imaginée tomber du ciel et qu’elle est devenue cet ange (dans ma tête).

Le design de Beyond The Clouds peut paraître enfantin mais, pour autant, il y a quelques scènes assez dures : quand Théo se fait tirer dessus ou quand l’ange s’énerve. A quel public adressez-vous votre titre finalement ?

Je ne pense pas vraiment mon manga en terme de public cible, je dessine ce qui me vient à l’esprit avant tout. C’était vraiment le cas lorsque j’ai créé la Ville Jaune, mais c’est vrai que pour le manga relié, j’ai ajouté quelques éléments de suspens et quelques scènes d’action pour accrocher le lecteur. Néanmoins, je réfléchis toujours à l’histoire en elle-même avant de penser à qui va lire mon manga.

Est-ce que le trailer anime de votre série réalisée par la studio Gonzo (cf trailer ci-dessus, NDLR) vous a plu et est-ce qu’il a eu une influence sur votre travail après ?

En fait, au début j’étais inquiète et un peu gênée même : « Je n’ai jamais fait de manga, vous êtes sur de vouloir faire un anime pour moi ?« . Mais cela s’est avéré très intéressant. Ils m’ont envoyé les premiers dessins des personnages puis le storyboard… Le résultat était très impressionnant. Par contre, je ne pense pas que ça ait une influence sur le manga lui-même.

Dernière question : comme vous venez de le dire, c’est votre premier manga et vous voilà invitée dans l’un des plus gros salons manga du Monde avec des affiches de votre manga dans le métro de Paris. Est-ce que vous réalisez un peu ce qui vous arrive ? Comment vivez-vous ce qu’il vous arrive ?

C’est une sensation étrange parce que d’habitude, je dessine toute seule dans ma chambre et je n’ai aucun retour. C’est la première fois que je rencontre mes lecteurs, qui me disent des choses très gentilles, qui me félicitent pour mes dessins… C’est très nouveau pour moi mais c’est vraiment formidable !

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Animation Beyond The Clouds sur l’espace Ki-oon à Japan Expo 2018

Retrouvez toutes les infos sur Nicke et Beyons the Clouds sur le site web des éditions Ki-oon.

Remerciements à Nicke pour son temps et sa bonne humeur, ainsi qu’à notre interprète du jour Kim Bedenne et aux éditions Ki-oon pour la mise en place de cette interview.

Propos recueillis par les rédacteurs des sites JapanPop.fr, Just Focus, Asiascope.fr, Radioanime… et Journal du Japon bien sûr ! Photos Juliet FAURE & Paul OZOUF pour Journaldujapon.com – Tous droits réservés.

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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