Seishun Buta Yarou : d’une bunny-girl aux problèmes d’adolescence.

Véritable succès dans le monde de la Japan culture, Seishun Buta Yarou (« Aobuta » pour les intimes) a été l’un des animes les plus populaires de la fin de l’année 2018. Cette adaptation du light novel d’Hajime KAMOSHIDA et Keiji MIZOGUCHI a su trouver son public, qu’il soit japonais ou français, ce qui lui a permit d’embrayer dès la fin de diffusion de la série sur une suite au format long métrage, sortie à la fin du printemps 2019, et qui débarque ce mercredi 27 novembre sur la plateforme Wakanim.

En abordant un thème fort, avec un humour qui lui est propre, voyons comment Aobuta a pu se hisser parmi le top des animes de ces deux dernières années.

Seishun Buta Yarou

©2018 Hajime KAMOSHIDA/Kadokawa Corporation AMW/AOBUTA Project

La bunny-girl et le vilain petit cochon

©2018 Hajime KAMOSHIDA/Kadokawa Corporation AMW/AOBUTA Project

Après avoir traité le thème de la vie scolaire avec le LN Sakurasou no Pet na Kanojo, Hajime KAMOSHIDA et Keiji MIZOGUCHI reviennent avec leur nouveau titre, les « Seishun Buta Yarou series ». Publié à partir d’avril 2014 chez ASCII Media Works, celui-ci compte actuellement neuf tomes au Japon, le dernier étant sorti en octobre 2018. Après une adaptation manga chez le même éditeur démarrée dès 2016, Seishun Buta Yarou a droit à une adaptation animée par le studio CloverWorks à l’automne 2018. La première diffusion a lieu en octobre, sur les télévisions japonaises et en simulcast en France sur Wakanim sous le nom de Rascal Does Not Dream of Bunny Girl Senpai.

Seishun Buta Yarou se centre sur les problèmes de l’adolescence à travers le « syndrome de la puberté », phénomènes anormaux qui sont causés par la sensibilité et l’instabilité ressenties lors de l’adolescence. Sakuta Azusagawa, lycéen qui étudie près d’Enoshima, croisera ainsi la route de plusieurs filles, toutes atteintes du syndrome de la puberté. En particulier, il rencontre une fille en costume de lapin dans la bibliothèque, qui s’avère être une élève de terminale dans son lycée, Mai Sakurajima. Or pour une raison inexpliquée personne d’autre que lui ne la voit.

©2018 Hajime KAMOSHIDA/Kadokawa Corporation AMW/AOBUTA Project

En juin 2019, soit seulement 6 mois après la fin de la diffusion de la série, Cloverworks remet en avant Aobuta en projetant la suite de la série dans les salles obscures japonaises. En France, c’est à peine un mois plus tard, le 30 juillet dernier, que Wakanim organise une projection exceptionnelle au Grand Rex à Paris et au Kinepolis de Lomme. Le succès est tel qu’une seconde projection suivra, à nouveau au Rex, le 29 septembre, avant que le film titré Rascal Does Not Dream of a Dreaming Girl ne débarque enfin sur la plateforme le 27 novembre.

Cette deuxième partie, suite directe de la série, adapte les volumes six et sept du light novel. Quelque temps après avoir aidé Mai avec son syndrome de la puberté, Sakuta recroise Shoko Makinohara, la personne qui l’avait aidé lorsqu’il traversait une phase difficile. Cette dernière lui demande de l’héberger le temps qu’elle règle quelques problèmes. Après avoir accepté sa requête, Sakuta commence à ressentir une douleur au niveau de la poitrine au fur et à mesure qu’il reste avec Shoko. En cherchant la cause de ce phénomène avec Mai, il découvre que sa douleur est intimement liée aux problèmes de la jeune fille…

Les difficultés de l’adolescence mises en avant…

Aobuta se situe à la croisée des chemins de la tranche de vie, du drame et de la comédie, le tout saupoudré d’une touche de romance et de fantastique. Le thème de l’adolescence y apparaît dès le début avec le « syndrome de la puberté », un ensemble de phénomènes provoqués par l’inconstance et l’émotivité propre à cette période de la jeunesse. Avec l’introduction de ce syndrome, Hajime KAMOSHIDA traite ce thème de manière indirecte, sous forme de métaphore. En effet, l’auteur « matérialise » des troubles d’ordre psychologiques sous la forme de phénomènes « physique », via des procédés fantastiques ou métaphysico-scientifiques. Ainsi, bien que l’on se rende compte du lien entre l’adolescence et le syndrome de la puberté, on n’y prête moins attention, ce qui nous pousse à vouloir trouver les raisons qui ont provoqué le syndrome chez les personnages, en particulier chez ceux qui semblent être plus mature, comme Mai.

Mai Sakurajima ©2018 Hajime KAMOSHIDA/Kadokawa Corporation AMW/AOBUTA Project

En effet, Mai Sakurajima est une élève de troisième année au lycée Minegahara qui mène, en parallèle de ses études, une carrière d’actrice et de mannequin grâce à l’agence photo que tient sa mère. En utilisant le mot sakura dans son nom de famille, Sakurajima (桜島), Hajime KAMOSHIDA construit son personnage autour des thèmes que l’on attribue aux fleurs de cerisier : dans la culture japonaise les sakura représentent le caractère éphémère de la vie et de la beauté, en particulièrement dans l’Ukiyo-e (浮世絵), un mouvement artistique important de l’ère Edo. L’auteur joue sur ce caractère notamment par le fait qu’elle soit actrice et mannequin, et qu’elle soit considérée comme la fille la plus belle du lycée. Mais à travers ce caractère du sakura, KAMOSHIDA en profite surtout pour construire l’expression du syndrome de la puberté de la jeune fille : son image est éphémère dans l’esprit des gens qui la croisent, ce qui fait qu’on a l’impression de ne rien voir…

L’introduction de Mai permet de mettre en avant le côté dramatique de l’histoire, non seulement à travers son syndrome de la puberté, mais aussi via le stress qui pèse sur elle en devant concilier ses études et ses obligations en tant qu’actrice. Cependant le personnage apporte également une tonalité plus joviale à l’histoire, en particulier grâce aux gages infligés à Sakuta, surtout lorsqu’elle le pince ou lui marche dessus quand il lui fait des remarques obscènes.

Tomoe Koga ©2018 Hajime KAMOSHIDA/Kadokawa Corporation AMW/AOBUTA Project

Si avec Mai l’aspect dramatique est mis en avant, le personnage de Tomoe Koga introduit une dimension plus « métaphysico-scientifique », à travers son syndrome de l’adolescence basé sur le « démon de Laplace ». Celui-ci lui permet, lorsqu’elle n’accepte pas certaines circonstances qui lui arrivent, de comprendre le déterminisme c’est-à-dire la succession de certains événements, et ainsi de rembobiner et répéter les événements dans un avenir simulé.

Mais outre le démon de Laplace, via Tomoe, KAMOCHIDA traite l’un des caractères type de l’adolescence. En effet la jeune fille, qui est en première année au lycée Minegahara, représente l’archétype d’une adolescente : à cause de ses années de collège, elle développe un fort désir d’intégrer les groupes populaires de son lycée, et développe une peur d’être rejetée, ce qui la mène à toujours se soucier de sa vie sociale et de son statut au lycée.

Kaede Azusagawa ©2018 Hajime KAMOSHIDA/Kadokawa Corporation AMW/AOBUTA Project

Contrairement à Tomoe qui cherche à être l’une des filles les plus populaires de l’établissement, Kaede Azusagawa est son parfait opposé. Fan d’animaux, en particulier des pandas, elle ne porte que des pyjamas de cet animal et nourrit un « brocon » (brother complex, amour intense pour son frère) très prononcé. Mais si son comportement est drôlement ridicule, la raison est tout autre. Alors qu’elle était en dernière année de collège, elle a subit des brimades, ce qui développe chez elle un syndrome de la puberté qui tourne ces brimades en harcèlement et qui s’exporte également au niveau des réseaux sociaux. Toute cette souffrance la pousse à développer une phobie de l’extérieur et des smartphones. À travers Kaede, on prend donc conscience de l’ampleur des difficultés que rencontrent les adolescents, ainsi que l’envergure des effets du syndrome de la puberté sur la personne concernée et son entourage.

Sakuta Azusagawa©2018 Hajime KAMOSHIDA/Kadokawa Corporation AMW/AOBUTA Project

Enfin, c’est à travers le héros Sakuta Azusagawa que KAMOSHIDA crée un lien entre ses différents personnages. Sa présence contribue grandement au coté jovial de l’histoire, en particulier via sa complicité avec Tomoe et leurs parties de tape fesse, ou sa perversité surtout envers Mai. Mais le jeune homme renforce également le côté dramatique, notamment à cause des conséquences de son syndrome de l’adolescence qui l’ont poussé à s’isoler socialement, ce qui a provoqué des rumeurs malveillantes sur lui, et les sacrifices qu’il fait pour être présent auprès de sa sœur.

… avec une animation douce et triste à la fois

©2018 Hajime KAMOSHIDA/Kadokawa Corporation AMW/AOBUTA Project

CloverWorks réuni un staff de prestige pour l’adaptation de Aobuta. En œuvrant à la réalisation et aux storyboards, Soichi MASUI réussit à insuffler à la série toute son expérience, acquise notamment en dirigeant la réalisation de Hitsugi no Chaika ou sur les storyboards de Psycho-Pass. Cela permet de mettre en scène les dimensions psychologiques, métaphysiques et dramatiques présentes dans l’histoire, et en l’occurrence entremêlées au sein du syndrome de la puberté, qui s’exprime de manière propre et différente chez chaque individu et peut parfois impacter le quotidien de personnes extérieures au sujet.

Mais ce qui fait la force de Seishun Buta Yarou, c’est la cohabitation de ce côté dramatique avec la dimension tranche de vie joviale. Un travail d’équilibriste rendu notamment possible grâce au travail de Satomi TAMURA sur l’adaptation et l’animation du chara design original de Keiji MIZOGUCHI, qui arrive à mixer les deux aspects sans que l’un ne prenne le dessus sur l’autre. On repense particulièrement aux moments joyeux du film où Sakuta part en costume de lapin pour rejoindre Mai, avant qu’une transition jouant sur les couleurs ne nous conduise vers des scènes plus tristes en lien avec le problème de Shoko. Cela nous rappelle Occultic;Nine, série sur laquelle TAMURA occupait le même poste et qui partageait cette même dualité, déjà accompagnée d’un travail particulier sur les couleurs.

©2018 Hajime KAMOSHIDA/Kadokawa Corporation AMW/AOBUTA Project

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Sur le plan musical Seishun Buta Yaro propose une OST composée par le trio jazz-rock instrumental fox capture plan. Bien qu’il s’agisse là d’une de leur premières incusions en japanime, le groupe arrive à parfaitement associer une musique à chaque thème de l’anime, en particulier sur les musiques douces qui rappellent celles de Flying Witch. L’ending, composé par Hidehiro KAWAI, présente la particularité d’être décliné en plusieurs versions. Alors qu’il est interprété par l’ensemble du casting féminin de la série pour le premier et le dernier épisode, chaque arc possède ensuite sa propre version chantée par la doubleuse du personnage concerné. En ressort une « coloration » et une tonalité qui retranscrit les différents sentiments propres à chaque segment. En parallèle on trouve une certaine fraîcheur dans l’interprétation de l’opening par le groupe The Peggies qui arrive à retranscrire la mélancolie et la détresse présente dans l’histoire, en particulier à travers les paroles du générique qui arrivent à traduire en mots les émotions qui hantent nos personnages.

©2018 Hajime KAMOSHIDA/Kadokawa Corporation AMW/AOBUTA Project

C’est donc en abordant un sujet lourd comme l’adolescence, et avec une excellente animation, accompagnée de touches musicales propre à lui que Seishun Buta Yarou a su se hisser parmi les meilleurs anime de la saison 2018/2019, et mérite toute votre attention.

 

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