Animal Crossing : l’aboutissement d’une saga à succès

Pendant le confinement vous l’avez peut-être constaté : Vos voisins du dessus sont bruyants ? La tondeuse du quartier vous réveille le dimanche matin ? D’où la question existentielle : pourquoi pas vous inventer une autre vie ? Vous avez peut-être cédé à la tentation en prenant depuis fin mars une certaine formule évasion  : vous êtes devenu propriétaire de votre bien et vous avez choisi vos voisins, et commencé à bâtir votre univers à la sauce Nook….

Vous l’avez bien compris : nous allons vous parler du phénomène Dobutsu no Mori, plus communément appelé Animal Crossing dans nos contrées. Beaucoup ont découvert ce jeu cette année afin de s’occuper pendant le confinement, et il est donc temps de remonter le temps vous conter l’histoire de cette licence à succès.

 

Les origines d’Animal Crossing

Katsuya Eguchi

Katsuya EGUCHI

A l’orée des années 2000 Katsuya EGUCHI est un game designer d’environ 35 ans, qui travaille chez Nintendo depuis 1986. Après quelques travaux dans la galaxie Mario (Super Mario World ou Yoshi’s Story par exemple)  il planche sur un concept : passer du temps avec des gens qui vous sont chers mais qui sont loin de vous, en raison de son déménagement à Kyoto assez jeune pour trouver un emploi, ce qui lui a fait prendre conscience de l’importance de passer du temps avec ses proches. C’est grâce à ce sentiment qu’est né Animal Crossing.

Au début, EGUCHI commence par imaginer la présence d’animaux, mais n’envisage pas, encore, la possibilité d’interagir avec eux : ils devaient servir à acquérir des compétences afin d’avancer dans le jeu et passer les différents donjons. Malgré l’avancée du projet, celui-ci se voir retardé et même repensé entièrement. En effet à l’époque, Nintendo avait élaboré le système 64DD qui permettait à la console de lire des disquettes qui possédaient beaucoup plus de mémoire que les cartouches. Sauf que ce projet fut quasiment délaissé par Nintendo puisqu’il s’agit d’une exclusivité du Japon. Voulant continuer leur projet de jeu, les concepteurs doivent refaire machine arrière et repenser leur jeu face aux limites du support cartouche.

64DD

Le 64DD était positionné sur le dessous de la console

 

L’aventure, dès lors, est considérablement réduite. Le côté aventure étant devenu trop peu gourmand en espace, ils ont maximisé la communication au sein du jeu. Le support cartouche rendant l’évolution en temps réel impossible, le joueur doit alors régler la date et l’heure avant chaque partie. Les différentes possibilités de personnalisation apparaissent ensuite et les modèles d’animaux sont réutilisés pour devenir la population avec qui on peut communiquer (messages, offrir des cadeaux…). Les activités quotidiennes deviennent alors la chasse aux insectes, la pêche et la décoration intérieure, en fonction des ressources récoltées.

Le jeu est passé d’un RPG très limité à cause du problème stockage des cartouches à un jeu qui n’a pas de Game Over, ni d’objectifs spécifiques : c’est le joueur et son imagination qui fixent ses limites et non la cartouche, le seul élément de progression visible étant l’agrandissement de la maison. C’est ainsi que la base d’Animal Crossing a été défini. Un très beau pari, remporté de main de maître par EGUCHI et son équipe.

Dernièrement, EGUCHI a expliqué que son œuvre était un jeu sans précédent, pour le meilleur et pour le pire. En effet, à l’époque, il était difficile de l’expliquer, notamment aux équipes marketing qui ne savaient pas comment vendre le jeu. Actuellement le jeu peut être classé dans la catégorie des jeux « Sandbox » (bac à sable en français), des jeux qui n’ont pas d’objectifs finaux précis, où le joueur est totalement libre de faire ce qu’il souhaite, mais la catégorie n’existait pas vraiment – ou n’était pas connue disons – au lancement de la saga. On peut désormais les SIMS ou Minecraft pour un genre qui s’est vraiment démocratisé.

Lancé en 2001 sur Nintendo 64 uniquement au Japon quelques temps avant la sortie de la GameCube, l’adaptation sur cette nouvelle console est rapidement faite. Il faut cependant attendre 2004 avant de le découvrir en Europe.

Animal Crossing version N64

En haut la version N64, en bas la version GameCube

 Animal Crossing version Gamecube

Le nouveau phénomène

Animal Crossing Wild World est ensuite lancé en 2005 sur Nintendo DS. De nombreux fans de la série ont découvert la licence via cette version, au pied du podium des ventes au Japon de cette console, qui a notamment introduit le multijoueur et multipliant dès lors les interactions. Cette version a permis à la saga de prendre une nouvelle dimension, au Japon mais surtout internationalement parlant.

Boutique de Tom Nook, Animal Crossing : Wild World

Boutique de Tom Nook dans Animal Crossing : Wild World

En 2008, sortie d’Animal Crossing : Let’s Go to the City sur la Wii. Ce jeu met l’accent sur les interactions entre joueurs avec l’arrivée du vocal grâce à Wii Speak. Les joueurs avaient même la possibilité de vendre leurs articles sur internet. Toutefois, il y a eu peu de mise à jour et de nouveauté niveau gameplay par rapport au précédent jeu. Mais, avec une durée de vie conséquente, une sortie annuelle n’a que peu d’intérêts. Surtout s’il n’y a pas de changements significatifs. Le jeu étant basé sur des boucles d’actions, on s’attache vite à la ville que l’on se construit. Il est difficile d’en changer et d’abandonner sa cité si les changements au sein du soft suivant ne sont pas plus conséquents. Ainsi un peu à la manière d’un Mario Kart, Animal Crossing s’est souvent contenté de sortir une version par console Nintendo. Malgré cela, pour les raisons évoqués plus haut, beaucoup de joueurs de la communauté n’ont pas continué à acheter chaque version, en restant notamment sur l’épisode de la Nintendo DS, sans s’essayer à la version Wii.

Nintendo n’a pas refait la même erreur et a profité de l’arrivé de la  Nintendo 3DS pour repasser, en 2012 au Japon et 2013 chez nous, a une version du jeu portable Animal Crossing : New Leaf. Il s’agit là  d’un véritable tournant dans l’histoire de la saga car cette version devient le successeur naturel de la version Nintendo DS Animal Crossing : Wild World. Un gros succès au Japon, qui sera plus modéré en Europe malgré des ventes honorables.

Animal Crossing : New Leaf

L’interaction entre joueurs mis en avant dans Animal Crossing : New Leaf

De nombreuses fonctionnalités sont arrivées sur 3DS, accompagnées d’une responsabilité supplémentaire : le devoir de jouer un rôle dans l’arrivée de nouveaux commerces et constructions. On a aussi vu que le personnage de K.K. Laglisse est devenu plus important au fil des versions. Basé sur Kazumi TOTAKA, compositeur japonais du jeu, travaillant également sur des jeux majeurs de Nintendo que sont Luigi’s Mansion, The Legend of Zelda : Link’s Awakening de 2019. Le personnage de K.K. Laglisse est appelé « Totakeke » dans la version japonaise, un dérivé du nom du compositeur. Autre nouveauté, la possibilité de partager des motifs, ce qui a renforcer l’aspect communautaire du jeu.

K.K. Laglisse

Le célèbre K.K. Laglisse inspiré de Kazumi Totaka

Enfin, en 2016, une mise à jour permet aux joueurs d’utiliser des cartes amiibo et des personnages Nintendo. Ces derniers permettaient de débloquer des articles basés sur d’autres personnages de l’univers Nintendo (Splatoon, The Legend of Zelda..). Idéal pour les collectionneurs !

Amiibos Animal Crossing

Les différents Amiibos d’Animal Crossing

Diversification et rentabilité

Au fur et à mesure des années, de nombreux goodies basés sur l’univers d‘Animal Crossing ont vu le jour. Ils ont permis à la licence d’être encore plus rentable grâce à une communauté qui se développait de plus en plus.

Après les produits dérivés, les jeux dérivés. C’est à ce moment là que Animal Crossing Happy Home Designer est sorti sur Nintendo 3DS en 2015 et est basé exclusivement sur le design intérieur. Plus de gestion de ville, on incarne un employé de Tom NOOK (ce qui au fond ne change pas grand-chose par rapports aux versions dites « classiques ») et notre mission est de répondre aux attentes des villageois en revoyant leur aménagement intérieur en fonction de leurs goûts. Suite au succès des Amiibo Nintendo, leur utilisation était rendu également disponible dans cet opus.

Cette volonté de faire des jeux dérivés de la licence ou spin-off ne fut pas couronné de succès à chaque fois. Seulement un mois après la sortie d’Animal Crossing : Happy Home DesignerAnimal Crossing : Amiibo Festival a vu le jour sur Wii U. Un mélange entre Animal Crossing et Mario Party. Au programme, de nombreux mini-jeux censés mettre en avant les personnages de la licence via les Amiibo sur un système de jeu de société. Mais il a déçu la communauté d’Animal Crossing.

Pendant longtemps, Nintendo a campé sur ses positions en refusant de s’orienter vers le secteur du jeu mobile. Cependant en 2017, ils changent d’avis et Animal Crossing : Pocket Camp arrive en free-to-play. L’idée de base est séduisante. Quoi de mieux que de mettre un jeu extrêmement chronophage sur mobile, un device présent à nos côtés tout au long de la journée pour la plupart depuis des années.

Toutefois, malgré un très grand engouement à sa sortie, plusieurs points noirs sont à noter : arrivée des micro-transactions, des tâches banales et longues afin d’obtenir des meubles, des Leafs Tickets qui permettent d’obtenir des meubles de façon aléatoire grâce à de l’argent. Le côté capitaliste de Tom NOOK est à ce moment-là à son paroxysme ce qui a pour effet de donner une mauvaise image à la licence pour une grande partie de la communauté.

Animal Crossing : Pocket Camp

Animal Crossing : Pocket Camp

Ces différents errements ont eu un écho controversé, apprécié par une partie des joueurs, boudé par l’autre pour certaines raisons. Mais ils ont aussi permis faire gagner du temps à la licence : ainsi, 3 ans après une sortie mobile mais également 3 ans après la sortie de la dernière console de Nintendo : la Nintendo Switch. Animal Crossing propose une version sur cette dernière nommée Animal Crossing : New Horizon.

Pendant longtemps, ils ont voulu proposer une version sur console portable et une autre sur console de salon. Toutefois, seule la version console portable a su trouver son public. En effet, les jeux Animal Crossing peuvent prendre énormément de temps. Ce qui rend difficile de s’occuper d’une ville sur console portable et d’une autre sur console de salon. Les joueurs se retrouvaient donc souvent à en choisir une et à délaisser l’autre. Le côté hybride de la Nintendo Switch est donc une aubaine pour cette licence. On peut même dire que c’est la console parfaite pour ce type de jeux puisqu’on peut jouer au jeu quand on est chez soi mais également lorsqu’on est en déplacement.

Ventes mondiales des Animal Crossing

Les versions consoles de salon sont des échecs en comparaison des ventes consoles portables. (Auteur du graphique : Oscar Lemaire )

 

Malgré un confinement qui, grâce à un temps de jeu potentiellement accru, a sans doute boosté les ventes (le jeu est numéro un des ventes totales de la Nintendo Switch devant Super Smash Bros Ultimate), on peut confirmer qu’Animal Crossing : New Horizon est un aboutissement de la série. Les caractéristiques de la Nintendo Switch profitent à Animal Crossing : de nombreuses améliorations graphiques ou au niveau du gameplay ont pu voir le jour, même si l’on constate quelques défauts, au niveau de l’ergonomie notamment. Ce dernier est donc, pour le moment, une réussite sur beaucoup de points…  Reste à faire vivre le jeu grâce à de probables mises à jour en attendant éventuellement un prochain épisode !

1 réponse

  1. Houssaini dit :

    Attention, c’est mon avis et cela n’engage que moi.

    J’ai le jeu et je l’ai acquis lors de sa sortie.

    Je l’indique pour appuyer mon ressentis.

    C’est une énorme régression par rapport à l’épisode sur 3ds.

    C’est un jeu incomplet, ayant grandement profiter de la condition sanitaire mondial pour réaliser des vente.

    Beaucoup de point négatifs, qui gâche le plaisir de jeu.

    Les améliorations successive laisse penser que pour un jeu ayant, soit disant, un aussi long temps de développement il n’est ni achevé ni appuyer sur ses prédécesseurs pour offrir une vrais nouvelle expérience.

    Conclusion, somme toute personnel, il est pardonner pour l’affection que chacun porte à la marque mais au regard du prix du titre je reste persuader que sur un autre support il n’aurait jamais eu une tel tolerance des testeurs de jeu vidéo.

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