Le retour de la valise des vacances d’été !

Journal du Japon vous a préparé une valise pour les vacances d’été à venir. Des livres pour petits et grands, à emporter à la plage, à la montagne, à la campagne… ou sur le transat dans votre jardin !

Sélections des livres de notre valise estivale 2021 ©Atelier Akatombo et Actes Sud

 

Nostalgie de Kanae Minato : Un recueil de nouvelles douces et amères, avec une pointe de noir

Nostalie de Kanae Minato, éditions Akatombo : couvertureLes éditions Akatombo offrent aux lecteurs francophones d’excellents romans noirs depuis plusieurs années. Cette fois-ci, ce sont six nouvelles teintées de noir qu’on peut découvrir. Elles ont toutes en commun l’île (imaginaire) de la mer intérieure du Japon, Shiratsunajima.

Les personnages principaux de ces nouvelles ont tous vécu sur l’île une partie ou toute leur enfance. Ils l’ont souvent quittée après le lycée… pour fuir un événement douloureux (harcèlement, disparition ou meurtre d’un membre de leur famille).

Et ils y reviennent quelques années ou dizaines d’années plus tard. Comme si l’île avait sur eux un pouvoir d’attraction, que tôt ou tard elle les rattrapait et qu’ils devaient voir de leurs propres yeux comment elle avait continué à exister sans eux.

Car l’île est le personnage central de toutes ces nouvelles. Elle est à la fois protectrice, douce, coupée du monde grouillant des grandes villes de Honshu. Les enfants y grandissent tranquillement, choyés par leur famille, avec l’apparente bienveillance de la communauté insulaire. Mais derrière cette quiétude trompeuse se trament des drames parfois terribles. Ici les voisins jugent, la famille étouffe et enferme, et le paradis se transforme en enfer. Mais il n’est pas facile de briser les chaînes, de se libérer du carcan, de vivre libre sur une île où tout le monde se connaît, pour le meilleur mais aussi pour le pire !

Et c’est là qu’est le génie de Kanae Minato : faire marcher ses personnages sur un fil. L’île, le personnage l’a aimée, ses paysages sont à jamais dans son cœur : cette lumière particulière, des senteurs, des couleurs, les mandariniers, la mer qui scintille. Et d’un autre côté tous les non dits, le poids des secrets, la souffrance qu’on encaisse dans un silence assourdissant. Comment vivre avec ces deux sentiments, avec ce tiraillement permanent au plus profond de soi ? Est-ce qu’en y revenant, cela s’apaise ou s’amplifie ?

« Les souvenirs laissés derrière moi sont insignifiants.
Alors pourquoi, quand j’entends le nom de mon pays
natal, mon cœur se déchire-t-il et des larmes inondent-elles
mes yeux ? »

Une lecture douce et amère, lumineuse et sombre. Une île comme un monde miniature, une mer où se mêlent tous les tourments des âmes humaines.

Semi d’Aki Shimazaki : un vieux couple, Alzheimer et le chant des cigales…

Semi d'Aki Shimazaki, éditions Actes Sud : couvertureAki Shimazaki sait mettre en peu de pages du baume au cœur de ses lecteurs. C’est la maladie d’Alzheimer qu’elle aborde cette fois-ci dans un petit livre qui évoque des souvenirs plus ou moins douloureux, mais avec une immense douceur et le regard doux du mari sur sa femme qu’il a peut-être négligée pendant tant d’années. Car Tetsuo et Fujiko sont mariés depuis plus de quarante ans quand s’ouvre le livre. Un mariage arrangé, une famille avec trois enfants, une vie a priori tranquille, même si l’aînée est morte récemment d’un cancer. Des petits enfants joyeux qui aiment venir voir leurs grands-parents. Mais il y a quelques années, Fujiko a commencé à développer les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer. Le couple s’est donc installé dans une maison de retraite adaptée et y coule des jours heureux, même si Fujiko confond sa fille cadette avec sa fille aînée décédée.

Mais ce matin-là, elle ne reconnaît plus son mari et se plaint qu’un inconnu dort dans sa chambre ! Le choc est terrible pour Tetsuo. Mais c’est également une occasion unique pour lui de réfléchir et d’enfin consacrer du temps à celle qui a partagé sa vie. Fujiko croit en effet être une jeune fille et que Tetsuo est son fiancé. Il y aura donc un paravent entre les deux lits pour que chacun puisse avoir son intimité, car ils ne sont pas encore mariés !

La vie s’organise autour de cette nouvelle situation. Les enfants et petits-enfants sont des amis qui emmènent Fujiko à la mer en ces belles journées d’été pendant lesquelles les cigales chantent fort, et Tetsuo devient un fiancé attentionné qui doit faire face aux souvenirs sélectifs dont lui parle Fujiko. Il prend connaissance et conscience de beaucoup de choses du passé de son épouse qu’il ignorait totalement et qui le bouleversent. Et il va faire tout son possible pour que les années qu’il leur reste à vivre ensemble soient les plus douces possibles.

C’est un livre bouleversant sur le couple, la famille, l’usure ou l’indifférence, le côte à côte sans être vraiment ensemble, les non dits qui pèsent lourd. Mais toujours avec une plume délicate et une petite étincelle lumineuse qui fait que tout devient possible, que l’espoir n’est jamais mort, même quand on croit qu’il est trop tard. Car finalement il n’est jamais trop tard pour aimer et dire son amour !

Et toujours une petite ritournelle (inventée par Fujiko qui adore les cigales, « sémi » en japonais) qui résonne longtemps aux oreilles du lecteur…

« Sémi, sémi, sémi, où te caches-tu ?
Après tant d’années sous terre
Tu n’as que quelques semaines en l’air
As-tu de la nostalgie pour ton long passé
Dans le noir ? »

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Au prochain arrêt d’Hiro Arikawa : le hasard de rencontres qui peuvent changer des vies

Au prochain arrêt d'Hiro Arikawa, éditions Actes Sud : couvertureVoici un livre qui donne envie de reprendre le train avec un regard neuf, un train du quotidien où chaque personne croisée peut changer notre façon de voir les choses … C’est ce qui se passe dans ce roman choral où, de station en station, dans le train rouge de la ligne Hankyû-Imazu dans le Kansai, des personnes de tous âges se croisent, se parlent, se sourient, se regardent. Et où un geste, une parole peuvent changer le cours d’une vie. Juste quelques mots qui ouvrent les yeux, modifient la perspective.

Le livre est découpé en deux parties : aller et retour. Dans la première partie, de nombreux personnages se croisent, s’abordent, se disent quelques mots, descendent à la même station ou se séparent après un sourire. Chacun aura fait une rencontre qui changera son comportement, son état d’esprit, sa relation aux autres. Et ce qui est passionnant, c’est que dans la deuxième partie, le lecteur retrouve avec plaisir les personnes qu’il avait croisées à l’aller, mais plus de six mois plus tard … voyant ainsi à quel point une simple rencontre dans un train peut changer une vie !

Il y a Masashi qui croise toujours à la bibliothèque une jeune femme qui choisit les livres qu’il avait prévu d’emprunter … et qu’il croise un jour dans le train. Il y a Shôko qui rentre du mariage de son ex, en robe blanche et talons aiguilles. Il y a Tokié, une grand-mère atypique qui n’hésite pas à dire ce qu’elle pense et à donner des conseils si besoin, accompagnée d’Ami, sa petite-fille curieuse et sensible. Il y a Misa, maltraitée par son petit ami. Et Etchan, lycéenne, qui a, elle, un petit ami en or ! Quant à Kei’ichi, il se trouve trop bizarre pour oser aborder les filles… tout comme Miharu qui n’ose pas parler aux garçons. Mais grâce au hasard, au wagon dans lequel ils montent, aux regards qui se croisent, aux mots qui sortent enfin des bouches, leurs vies vont être changées sur cette ligne aux trains rouges !

C’est à la fois une ode au voyage (même celui du quotidien), au temps suspendu (celui que l’on trouve long et pénible lorsqu’on prend le train pour aller au travail, au lycée ou accompagner des gens avec lesquels on n’a pas vraiment envie d’être), à la rencontre de l’autre (si on veut bien le laisser entrer dans la bulle qu’on se crée souvent dans les transports en commun). Un éloge de la petite étincelle qui peut bouleverser les choses … pour le meilleur, à condition de savoir l’accueillir, de lâcher prise !

« Quels récits habitaient ses passagers ? Ils étaient les seuls à le savoir. »

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Le nouveau de Keigo Higashino : polar-promenade à Ningyôchô

Le nouveau de Keigo Higashino, éditions Actes Sud : couvertureVoici un nouvel excellent polar d’un des maîtres japonais que l’on ne présente plus. Il nous plonge cette fois-ci dans le quartier de Ningyôchô à Tokyo. Une femme divorcée d’une cinquantaine d’années a été assassinée. Les seuls indices probants sont des objets (ciseaux, baguettes, toupie, gaufres). Mais l’inspecteur Kaga, tout juste muté au commissariat de Nihonbashi, y trouve largement de quoi enquêter et découvrir le meurtrier.

Car Kaga est un enquêteur exceptionnel. Muni d’un sens de l’observation digne des plus grands enquêteurs de l’histoire (il fait penser à Sherlock Holmes), d’une finesse d’esprit et d’un grand cœur, il va de boutique en boutique (chaque chapitre présente une boutique et ses occupants : patron, apprenti, épouse, fille), pose des questions qui semblent anodines, remarque des détails que nous jugerions sans importance, pour finalement accompagner des familles abîmées, aider à renouer des liens brisés. C’est bien plus qu’une simple enquête pour meurtre, c’est la vie des habitants de ce quartier que Kaga va doucement changer, en montrant que derrière les animosités de façade, les tensions figées, il y a de l’amour, des incompréhensions, de la tristesse ou des regrets.

Cet inspecteur détonne : toujours en chemise ouverte sur un t-shirt, semblant sortir de nulle part et surprenant ses interlocuteurs, apportant des petits cadeaux, offrant des cafés glacés… Une méthode atypique qui s’avère très efficace, et une humanité qui rend ce personnage très attachant.

Le lecteur appréciera une fresque tout en finesse de la société japonaise : les non-dits, les relations compliquées belle-mère belle-fille quand elles vivent sous le même toit. Il y a la maladie, il y a les maris qui trompent leur femme. Il y a surtout ce silence, ces mots qu’on n’arrive pas à dire et qui créent tellement de rancœur alors qu’il suffirait de parler, de dire ses sentiments.

C’est également une merveilleuse immersion dans le quartier de Ningyôchô et de ses petites boutiques au charme suranné : magasin de biscuits, restaurant traditionnel, boutique de vaisselle, horlogerie, pâtisserie, boutique d’objets artisanaux … Une déambulation pleine de douceur et de nostalgie.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

A travers cette sélection de 4 oeuvres, nous vous souhaitons de belles vacances pleines de repos et de lecture !

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