Le Grand Arbre au centre du monde de Makiko Futaki, la Dame de Ghibli

Animatrice majeure du studio Ghibli, Makiko FUTAKI est aussi l’autrice et l’illustratrice d’un conte merveilleux, mêlant l’aventure et l’écologie, édité pour la première fois en France par les éditions Ynnis. On vous propose d’en découvrir davantage à son sujet avec cet article. Bonne lecture !

À l’ombre du grand arbre au centre du monde, Sissi et sa grand-mère vivent paisiblement. Mais lorsqu’un superbe oiseau doré fait son apparition, leur existence s’en trouvera à jamais bouleversée. Déterminée à le poursuivre, Sissi se lance dans une ascension vertigineuse vers la cime de l’arbre. Au gré de rencontres insolites, la jeune fille devra faire face à une vérité à laquelle elle n’était pas préparée pour enfin comprendre son destin.

La grande ascension

Dans ce conte, c’est un monde à la fois vaste et petit qui se déploie devant nos yeux. Vaste car l’arbre est si grand, si verdoyant, que l’on a du mal à en deviner le début et la fin. Petit car à part Sissi et sa grand-mère, il n’y a personne. Entourées par la nature, elles vivent au pied de l’arbre, au rythme des saisons, sans trop, ni trop peu pour subvenir à leurs besoins.

Et comme pour tous les contes, un rien vient souffler le vent de l’aventure. Le rien, c’est un oiseau encore jamais vu, qui rend Sissi curieuse. La voilà partie à l’assaut de la cime, avec Demo, une grenouille qui parle, et la recommandation de sa grand-mère : redescendre une fois qu’elle en aura assez vu.

Adolescente volontaire et dotée d’une grande confiance en elle, Sissi observe ce monde nouveau avec ravissement, naïveté et parfois imprudence. Elle s’extasie de tout et se passionne pour les étrangetés qui habitent ce grand arbre comme Supuru, le monstre moussu. Mais elle comprend vite que des phénomènes anormaux agitent le vénérable végétal. Le danger est partout, parfois mortel à mesure qu’elle monte et que les animaux descendent, mais plus elle en voit, plus elle veut savoir, quitte à se montrer téméraire.

@Ynnis

Fourmillants de détails, les dessins à l’aquarelle offrent un foisonnement de nature. L’autrice montre que Sissi, malgré son importance dans le récit, n’est qu’un tout petit être au milieu de cette nature imposante. On la voit souvent représentée minuscule et seule face à l’immensité tantôt accueillante, souvent hostile.

L’histoire évoque subtilement le cycle de la vie et de la mort dans la nature, et ce qui arrive lorsqu’il est trop brutalement perturbé. Est-ce que Sissi a précipité le destin de l’arbre et le sien en y grimpant ? La réponse est bien plus complexe et mérite d’être réfléchie pendant ou après la lecture, d’autant que le parallèle avec le situation climatique de notre propre planète est facile à réaliser.

Il aura fallu un an, en 1989, pour écrire cette histoire qui indique très clairement d’où vient une partie de l’ADN des personnages féminins et des récits créés par le studio Ghibli (aussi parce que l’autrice était très méticuleuse dans son travail). Sissi est une enfant, sensée et à l’écoute de ses envies, mais également capricieuse et parfois mesquine envers son entourage. C’est le voyage qui la fera grandir et changer pour le mieux. Le récit offre un bon équilibre entre l’écrit et l’illustration, même si certains passages peuvent être un peu plus difficiles à décoder. On a tout de même eu ce sentiment agréable que le livre aurait pu être un très bon film s’il avait été adapté.

Le Grand Arbre au centre du monde peut être lu par un enfant seul dès 8 ans, ou accompagné par un adulte qui le lira à haute voix. Le livre se conclut sur de superbes croquis et illustrations autour de cet univers : une bonne manière de prolonger encore le récit.

Makiko Futaki, l’animation dans les veines

Photo en noir et blanc de Makiko Futaki, une femme souriante, vue de trois quart

©Wikipedia

C’est à l’université que Makiko FUTAKI montre son talent pour l’animation. Usant de la ciné calligraphie, une technique qui consiste à dessiner directement sur la pellicule, elle est remarquée lors d’un festival de film amateur.

Bien que Hayao MIYAZAKI lui confie des scènes d’intervalles pour le Château de Cagliostro, il lui faudra attendre de rencontrer Isao TAKAHATA deux ans plus tard pour entrer officiellement au Studio Ghibli et travailler sur Kié, la petite peste. Passant d’intervalliste à animatrice-clé, elle ne quittera plus le studio mais aura l’occasion de travailler sur des projets extérieurs de grande envergure comme Akira ou Les Ailes d’Honnéamise (entre autres)…

Son talent s’exprime tout particulièrement sur les paysages naturels. Elle détaille les plantes et les animaux avec une grande attention, mais aussi les expressions des visages et les scènes plus complexes. C’est notamment grâce à elle que l’on doit la scène de la rencontre entre Mei et Totoro dans le célèbre film de studio Mon voisin Totoro. Miyazaki louera son travail méticuleux, et contrairement à sa doctrine habituelle, l’encouragera à se consacrer à des projets extérieurs au studio, comme l’écriture de livres par exemple.

Souvenirs de Marnie sera sa dernière collaboration avec le studio. Elle s’éteindra deux ans plus tard, en 2016, des suites d’une maladie, laissant derrière elle une œuvre riche, consacrée à la nature et à sa beauté, dont Le grand arbre au centre du monde est une belle et touchante incarnation.

Vous l’aurez donc compris, si vous vous intéressez à la vie du studio Ghibli et notamment aux différents animateurs-clé ayant participés à la vie de ce dernier, alors ce conte, réalisé par l’une des animatrices les plus réputées de Ghibli, saura vous ravir et vous offrir une belle lecture. Un petit moment hors du temps qui plaira réellement à tous.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Albine

Née avec un manga dans la main, bibliothécaire et collectionneuse

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