Aristocrats : quand rang social ne rime pas avec liberté

Dans le cadre des Saisons Hanabi : édition Hiver 2022, un film japonais est diffusé chaque jour pendant toute la semaine dans plusieurs cinémas partenaires. Aujourd’hui, Journal du Japon vous propose la critique du film Aristocrats, qui est diffusé de façon inédite en France à cette occasion.

Critique du film Artistocrats

affiche aristocrats ano ko wa kizoku

© Art House / Yukiko SODE

Aristocrats, ou Ano ko wa kizoku (あのこは貴族 ; Cette fille est une aristocrate) dans sa version originale, est un drame sentimental de 124 minutes réalisé par Yukiko SODE. Il sortira officiellement en France le 5 mars 2022.

L’histoire nous invite à suivre le parcours de Hanako HAIBARA (Mugi KADOWAKI), 27 ans, célibataire et née à Tokyo dans une famille bourgeoise. Sous la pression de ses parents, mais aussi en voyant ses amies se marier et devenir mères l’une après l’autre, elle décide d’enchaîner les rendez-vous arrangés. Alors qu’elle pense avoir finalement trouvé l’homme de ses rêves, elle réalise qu’il est déjà dans une relation douteuse avec une autre jeune femme, Miki TOKIOKA (Kiko MIZUHARA), née à la campagne et qui travaille à Tokyo.

Une histoire assez médiocre

À la manière d’un livre, le film est divisé en chapitres. Chacune de ses parties relate des événements à différents moments, mais qui suivent ceux des précédents. D’un point de vue synthétique, le film est ainsi découpé en trois parties : l’une suivant principalement Hanako , la deuxième Miki, et la troisième mélangeant les deux personnages.

Si l’idée est intéressante en elle-même, elle est assez confuse. La majorité des chapitres ne donnent pas forcément d’indice immédiat quant au moment où ils s’ouvrent. On ressent ce problème dans le rythme de l’œuvre aussi : une histoire lente mais qui va paradoxalement trop vite. À peine a-t-on le temps d’imaginer la fin que le film se termine aussitôt, comme s’il manquait un chapitre ou deux à l’histoire. Une fin qui, d’ailleurs, semble être ouverte aux interprétations, même si on ne comprend pas vraiment pourquoi, au vu de l’évolution du personnage de Hanako.

La lenteur se ressent beaucoup dans les plans sur les visages des personnages qui trainent en longueur. Au moins, cela permet de ressentir le malaise de Hanako pendant son repas de famille ou au café avec ses amies, par exemple. Cependant, le film ne donne pas assez de temps au développement de l’histoire pour permettre autant de scènes aussi symboliques, ce qui est fort dommage.

Hanako © Art House / Yukiko SODE

Un film sur l’amitié ?

Bien que la focalisation sur la vie amoureuse de Hanako semble être le fil directeur, c’est aussi une manière d’amener la véritable thématique du film. En effet, sans la rencontre avec Koichiro AOKI (joué par Kengô KÔRA), Hanako ne comprend pas comment devenir “libre” par elle-même. Elle essaye de définir sa propre liberté en suivant les conseils de sa famille et ses amies. Cependant, ces deux s’opposent en général, car la première souhaite qu’elle se marie rapidement, tandis que les autres lui recommandent de prendre son temps. Le thème de la liberté est enrichi par les différentes voies que prennent ses amies qui se marient, ainsi que par le personnage de Miki qui quant à elle lutte tant bien que mal contre les problèmes d’argent de sa famille en ayant abandonné ses études.

L’amitié est alors le sujet principal de l’œuvre. C’est en tout cas ce qu’on peut ressentir dans les relations de Hanako et de son amie Itsuko SORAKU (Shizuka ISHIBASHI), violoniste et elle aussi célibataire, et de Miki et de Rie HIRATA (Rio YAMASHITA), une amie du lycée qui veut monter son entreprise. Il vaut mieux donc voir ce film comme une ode à l’amitié et la liberté plutôt qu’une histoire de vie amoureuse.

Concernant la relation entre Hanako et Miki, dont la rencontre est significative et importante dans le film, elle n’est pourtant pas aussi intéressante qu’elle pourrait l’être. Par exemple, que ce soit dans la bande-annonce ou dans le synopsis officiel, il y a une mise en valeur de leur rencontre. Mais en réalité, leur relation est quasi inexistante, et on regrettera un développement qui manque de ce côté, et qui aurait été grandement apprécié. Cela dit, leurs conversations ont une importance, surtout pour le développement personnel de Hanako, ce qui reste un bon point du film, car on peut voir son personnage réellement évoluer du début à la fin ; on passe d’une personne qui se force à sourire, habitué à sa vie de bourgeoise qui ne lui convient pas, à une personne qui sourit véritablement et qui a vraisemblablement compris comment vivre sa vie.

Miki et Rie © Art House / Yukiko SODE

Une bonne surprise visuelle

Aristocrats reste cependant un très bon film visuel. Les couleurs sont généralement sombres, mais donnent ce côté sobre très plaisant pendant tout le long. On se sent vraiment plongés dans les différentes familles présentées, grâce aux positions des caméras dans les maisons ou même dans les restaurants. De plus, on retrouve l’impression d’un Tokyo infiniment grand dans diverses scènes, notamment celles dans les restaurants de luxe. Ces derniers se situent au tout dernier étage de grands buildings. Quand certains personnages regardent par la vitre, la caméra invite à faire de même en montrant la ville vue de dessus à travers les fenêtres, avec des bâtiments à perte de vue nageant dans le brouillard. Cette vue sans fin accentuée par l’impossibilité de tout apercevoir ajoute un côté angoissant à la chose. En outre, elle renforce l’idée que les gens qui fréquentent ces établissements sont au-dessus des autres.

Il y a d’ailleurs opposition quand les personnages se retrouvent au plus bas de la ville. C’est-à-dire la vue depuis l’appartement de Miki plus serrée, plus discrète. Il n’y a pas de brouillard mais un ciel de nuit étoilé, accompagné de quelques bâtiments proches et de la tour de Tokyo. Une vue plus modeste, mais aussi un joli moyen de montrer un autre côté de la ville, plus accueillant. Ces deux conceptions de la capitale japonaise s’opposent de manière à montrer les différences entre classes hautes et basses au Japon, et en particulier dans cette ville.

Encore une fois, on retrouve cela en comparant les restaurants de luxe aux restaurants plus familiers. Alors que les premiers sont très propres, grands, calmes et au-dessus du reste, les deuxièmes sont plus peuplés, bruyants et même sales. On peut notamment voir cette saleté  de façon très claire, dans une scène en particulier, dans des toilettes.

Quant à la bande-son, elle est discrète, mais colle plutôt bien à l’ambiance. Les musiques sont cependant quelque peu tire-larmes. Ce n’est pas un reproche, mais on a l’impression que le son force l’émotion alors que cela n’est pas toujours nécessaire.

Koichiro et Miki © Art House / Yukiko SODE

En conclusion, Aristocrats reste un film assez médiocre et qui ne surprend pas au niveau du scénario et de son histoire. Bien que la thématique des classes sociales japonaises soit intéressante, elle est finalement peu exploitée, et c’est dommage. En revanche, les amitiés dessinées dans l’œuvre sont très agréables, même si on est un peu déçu de ne pas avoir un peu plus de développement de ce côté, surtout dû à l’absence d’une possible relation amicale entre Hanako et Miki.

Visuellement, le film est cependant satisfaisant, et les différents décors de la ville de Tokyo permettent de s’y plonger aisément. Un point très positif du film qui comble son histoire un peu plus en-dessous.

 

Les Saisons Hanabi : édition Hiver 2022

Aristocrats fait partie de la sélection des films présentés cette année à l’édition Hiver 2022 des Saisons Hanabi.

Spécialisé dans le partage de films japonais, Hanabi est une association qui organise depuis 2019 pour chaque saison de l’année une programmation de sept films japonais. Le principe est simple : un film différent chaque jour pendant une semaine.

L’édition Hiver 2022 propose cette année, dans les cinémas partenaires, sept films inédits en France, et se tient du 5 janvier au 22 mars.

 

Mercredi

Tempura, comédie romantique de Akiko ÔKU

© Art House / Akiko ÔKU

Jeudi

Professeur Yamamoto part à la retraite, documentaire de Kazuhiro SODA

© Art House / Kazuhiro SODA

Vendredi

Aristocrats, drame sentimental de Yukiko SODE, adaptation du roman de Mariko YAMAUCHI

© Art House / Yukiko SODE

Samedi

La famille Asada, drame de Ryôta NAKANO

© Art House / Ryota NAKANO

Dimanche

Poupelle, film d’animation de Yusuke HIROTA, adaptation du livre Poupelle et la vie sans ciel de Akihiro NISHINO

© Art House / Yusuke HIROTA

Lundi

The Housewife, thriller romantique de Yukiko MISHIMA

© Art House / Yukiko MISHIMA

Mardi

Suis-moi, je te fuis, romance de Kôji FUKADA

© Art House / Kôji FUKADA

Pour plus d’informations sur la programmation et pour voir la liste des cinémas partenaires en France, rendez-vous sur la page des Saisons Hanabi : édition Hiver 2022 en cliquant ici.

 

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