[Interview] piccoma : le smartoon à la conquête de la France

Après avoir refait un point avec des éditeurs papiers sur le phénomène webtoon, Journal du Japon s’intéresse aujourd’hui, de plus près, au manga numérique en général, tout ne venant plus nécessairement de Corée. Une plateforme l’a d’ailleurs bien compris… Laissez-nous vous présenter piccoma et son directeur pour l’Europe, Kim Hyung-Rae.

piccoma logo

piccoma & Kakao, kezako ?

Piccoma est un service japonais de lecture de smartoons et de webtoons. Smartoons, cela ne vous dit rien ? Il s’agit d’un terme plus générique de mangas numériques, qui se lisent de manière verticale, en scrollant sur votre smartphone ou autre terminal numérique (tablette par exemple). La plateforme propose aussi des mangas, en exclusivité ou en partenariat avec des éditeurs français par exemple, comme Kurokawa, Pika, ou Glénat pour citer les premiers à les avoir rejoints sur notre marché français. Le tout est disponible sur smartphones, tablettes et ordinateurs. Le Netflix du manga et des smartoons, comme on le dit parfois. Il est développé par Kakao Piccoma Corp., la branche japonaise de Kakao.

Mais comment ça marche, concrètement ? Pour cela, notre chère consœur Kaorin Chan, du Cri du Mochi entre autres, a fait une chouette vidéo qui résume le tout… et vous parle de ses chouchous :

Des prix moindres (avec des bonus contre quelques missions et données personnelles pour le lecteur) et une offre pléthorique, qui vient s’aligner aux cotés du géant et concurrent sud-coréen Naver et sa plate-forme Webtoon. Mais si c’est le 17 mars 2022 que piccoma apparaît en Europe, tout a commencé en réalité en avril 2016. Au départ, l’entreprise propose, au Japon, un modèle classique d’achat de mangas par volume comme on a déjà pu le voir dans notre Hexagone. Puis la plateforme s’adapte au marché et passe ensuite à l’achat par chapitre et à un modèle partiellement freemium. Pour en revenir à l’historique, au cours de l’été 2018, Kakao Japan annonce l’arrivée de smartoons japonais, coréens et chinois sur Piccoma. Les « piccoma AWARD » sont également créés. En , Kakao Japan change de nom pour devenir Kakao piccoma Corporation. L’entreprise annonce sa volonté de s’étendre en Europe et en Amérique du Nord et installe un bureau en France.

C’est donc là que nous retrouvons Kim Hyung-Rae, aujourd’hui CEO et directeur de publication pour l’Europe, qui a accepté de répondre à nos questions…

Le smartoon, le manga et piccoma

Kim Hyung-Rae

Kim Hyung-Rae, CEO de piccoma Europe

Journal du Japon : Bonjour et merci pour votre temps. Pour débuter est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur vous : en quoi consiste votre poste de CEO et Directeur de la publication de piccoma Europe ?

Kim Hyung-Rae : Oui bien sûr. Après quelques années chez Delitoon, j’ai rejoint piccoma il y a un peu moins d’un an pour prendre la tête de sa branche européenne. À ce poste, j’ai la charge de développer l’entreprise à partir de la France.

Piccoma a été développée par la société Kakao si j’ai bien compris, et les deux ont évolué depuis leur début à la fin des années 2010. Est-ce que vous pouvez nous expliquer un peu l’historique de ce service de lecture en ligne avant son arrivée en France ?

piccoma a été lancée en 2016 au Japon. En cinq ans, les usages de la lecture en ligne se sont développés grâce notamment à une meilleure technologie. piccoma Japon a vu sa part de marché en forte croissance car nous proposons un service qui laisse le choix aux lecteurs. Il n’est pas enfermé dans un abonnement qu’il doit payer même s’il ne consomme pas. Également, le contrat avec l’auteur et les maisons d’édition est clair puisque le prix est visible par tous. Le succès de piccoma tient dans son modèle vertueux.

En novembre 2021, piccoma annonce se lancer en Europe et en Amérique du Nord et vous débarquez en effet en France en mars dernier. Est-ce le succès des webtoons qui vous a décidé à franchir cette étape ?

La France est le deuxième marché des mangas dans le monde. Il est balbutiant en ligne. Il nous a semblé opportun de participer au développement de ce marché en y proposant notre modèle vertueux. Également, nous apportons en numérique des titres inédits en France tels que Boxster, ou encore Undeads, un duo implacable. Le public semble satisfait.

undeads

D’ailleurs, au départ, piccoma proposait un modèle plus classique d’achat de manga par volume, qu’est-ce qui vous a décidé à passer dans le modèle au chapitre ?

Les lecteurs, les éditeurs et les auteurs ! Sans eux piccoma n’est rien. Nous avons rapidement pris conscience que nous devions être au diapason des usages et des ambitions de chacun si nous voulions rester leader.

Puisque l’on parle de votre lecture au chapitre justement, est-ce que vous pouvez présenter simplement le fonctionnement de piccoma à nos lecteurs ?

L’application piccoma est très intuitive. Une fois téléchargée, il suffit au lecteur de se laisser guider par ses envies, d’ouvrir un chapitre et de le lire sans jamais être perturbé par une publicité. Nous avons conçu un parcours de lecture simple. Si le chapitre n’est pas librement accessible, le lecteur peut toujours se procurer des coins.

Au sein de l’offre gratuite, il y a beaucoup de possibilités : est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur les tickets spéciaux, les time tickets et les gift tickets, ainsi que sur la catégorie événement du site ?

piccoma repose sur un modèle déjà très répandu et connu, le Freemium, représenté par le Wait Until Free. Cette offre permet à chaque lecteur de lire un petit peu plus tous les jours, en permettant d’accéder à la lecture d’un épisode supplémentaire toutes les 23 heures. Nous pensons que c’est le meilleur moyen de découvrir ses propres envies de lecture.

 Piccoma smartoon  Piccoma manga 

Au-delà de son fonctionnement, piccoma est surtout une offre assez volumineuse : smartoons en couleur et en lecture verticale, mangas classiques en lecture horizontale… Combien de titres cela représente-t-il à l’heure actuelle et comment se répartit votre offre dans les catégories que je viens de citer (si je n’en oublie pas d’autres !) ?

Il y a des nouveautés toutes les semaines. Une trentaine de titres chaque mois, ce qui représente plusieurs dizaines de chapitres.

Notre offre entre les webtoons (que nous appelons smartoons) et les mangas est fluctuantes en fonction de ce que nous propose nos partenaires. A l’heure où je réponds à vos questions le catalogue dépasse les 300 titres.

D’ailleurs, vous parlez de smartoons dans votre catalogue. On connaît les webtoons, coréens, tout comme on a sur l’offre papier les mangas, manhwa, manhua et autres global mangas. Le smartoon – et les vôtres plus particulièrement – ont des auteurs de quelles nationalités ?

Les smartoons sont des webtoons. Nous les appelons ainsi parce que nos lecteurs lisent davantage sur leur smartphone. Les nationalités sont multiples même si la grande majorité demeure asiatique.

En France, le webtoon a été démocratisé, notamment, par le format papier, en lecture horizontale. Quelle est votre opinion sur ce format ? Est-ce que c’est une alternative ou un complément possible, un jour, pour piccoma ?

Nous ne sommes jamais fermés à des solutions qui plaisent à nos lecteurs.

Pouvez-vous nous dire quel est votre public cible ?

Le lecteur de manga ou de smartoon n’a pas un seul âge. Il a de 7 à 77 ans. Toutefois, nous avons d’abord commencé à contacter celles et ceux qui utilisent le plus leur smartphone et les réseaux sociaux. Ils font partie d’une tranche d’âge jeune.

Pour acquérir toutes ces séries, comment fonctionnez-vous : est-ce qu’une partie importante est produite en interne, avec des éditeurs au Japon et en Corée par exemple ?

L’important sont les éditeurs locaux. Nous n’avons pas dans l’idée de suppléer les éditeurs français. Nous voulons les aider à se développer sur ce marché. Nous passons des accords avec eux et leur permettons même d’avoir accès à des séries plus facilement s’ils le souhaitent.

Dans votre communiqué de presse de mai, vous évoquez 30 titres inédits nouveaux par mois… A l’instar de plateforme de streaming comme Netflix ou Amazon est-ce que l’exclusivité est le nerf de la guerre ?

Nous ne sommes pas en guerre. Nous travaillons avec tous les acteurs pour une croissance pour tous. Ce qui est important pour nous est d’être là où se trouvent nos lecteurs et de leur proposer un catalogue le plus large possible.

 Itaewon Class  God of Blackflied  Dr Brain 

Je suppose que vous achetez des licences à d’autres éditeurs aussi. On pourrait croire que ces derniers veulent garder leur titre pour leur propre plateforme… Comment tout cela se négocie ?

Nous faisons des propositions et les éditeurs les acceptent ou non. Jusque là, ils les ont plutôt acceptées.

Pour traduire tous ces titres, je suppose que cela demande aussi pas mal de monde et lecteurs ou traducteurs se posent sans doute des questions sur des plateformes de production assez massives comme la vôtre… Est-ce qu’ils travaillent au chapitre ? Combien de temps ont-ils ? Sont-ils rémunérés sur des tarifs similaires au format papier ?

Je ne pourrais pas vous donner des montants car ils relèvent de la confidentialité du droit des contrats que nous passons avec chacun. En revanche, je peux vous dire que notre ambition est de recruter nos collaborateurs ou de faire travailler des free-lances en France. piccoma Europe met un point d’honneur à développer l’emploi français.

Entre la production, les achats et la traduction, est-ce que votre modèle économique a fait ses preuves ? piccoma en Asie a-t-il atteint son seuil de rentabilité par exemple ou pas encore ?

piccoma Japon a démontré son modèle. Et tout en s’adaptant aux usages français, nous comptons réussir en Europe aussi.

piccoma Europe est encore jeune mais est-ce que les premiers mois sont en accord avec vos objectifs ? Avez-vous quelques chiffres à nous donner d’ailleurs, comme le nombre d’abonnés ou le nombre de chapitres lus depuis l’ouverture ou par mois ? 

Comme vous le dites, nous sommes encore jeune, c’est encore un peu tôt pour communiquer sur des chiffres qui veulent dire quelque chose. Nous sommes déjà très satisfaits de nos premiers résultats.

Quels sont vos objectifs pour 2023, que cela soit en qterme de contenu, de service ou d’audience… pour la première année de la plateforme en France par exemple ?

Si pour le premier anniversaire de la plateforme, nous avons de nombreux lecteurs réguliers qui font savoir qu’ils sont contents, nous en serons heureux.

C’est tout le mal que l’on vous souhaite, nous aussi. Encore merci pour votre temps.

Merci de m’avoir interviewé.

Si beaucoup de questions demeurent donc encore, que nous nous ferons un plaisir de creuser ultérieurement, piccoma propose donc un modèle qui paraît très attractif, pour le lecteur en tout cas. Vous pouvez retrouvez la plateforme directement en ligne ou via l’application (Android ou  App store). 

Merci Kim Hyung-Rae pour son temps et à Aurélie de Games of com pour la mise en place de cette interview.

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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