Elles nous racontent leur Japon #14 – Caroline Segarra

Caroline Segarra alias Kaorinchan – Crédit photo : Sophie Lavaur

Caroline Segarra alias Kaorinchan aime partager sa passion du Japon. Elle est sur tous les fronts sur la toile comme sur le câble. Tour à tour, streameuse, animatrice, chroniqueuse, influenceuse, actrice, productrice, c’est une femme pressée qui ne compte pas ses heures.

Nous nous retrouvons au Aki Café en plein quartier japonais à Paris, autour d’un macha latte, son autre péché mignon. Une rencontre gourmande et passionnée, dans les coulisses de l’univers du stream.

Sophie Lavaur : Bonjour Caroline, qu’aurais-tu envie de nous dire sur toi ?

Caroline Segarra : Je suis passionnée par le Japon depuis toute petite. Cela m’a amenée à apprendre la langue et à vivre dans le pays pendant un temps. Et à partager ma passion avec un maximum de gens.

Aujourd’hui, je suis mon propre média, à mi-chemin entre journaliste et influenceuse. Je fais principalement du stream sur Twitch, avec plusieurs émissions dont Le Cri du Mochi. J’ai aussi une boîte de production Fantastic Raccoon et j’anime sur scène à Japan Expo.

Pourquoi le Japon ?  

Rien d’original, j’ai grandi avec le Club Dorothée et la Cinq qui diffusaient aussi des dessins animés japonais. Je me rappelle de Ranma 1/2 que j’avais beaucoup aimé, j’ai découvert avec cette série le Japon un peu cliché et un peu daté. Quand j’étais au Japon, j’ai retrouvé cette ambiance dans la famille japonaise avec laquelle j’ai vécu, pour mon plus grand bonheur. Mes souvenirs du Japon liés à l’enfance sont encore bien vivants.

Quel a été ton parcours pour arriver là où tu es aujourd’hui ?

Jeune, j’étais intéressée par les médias et la communication, sans vraiment mettre de mots sur ça. Au lycée, j’ai fait une option CAV (CinémaAudioVisuel), j’ai découvert ce que l’on pouvait faire avec un micro et une caméra. Et ce faisant, je me suis rendu compte que j’aimais partager des choses.

Par le plus grand des hasards, j’ai trouvé un BTS pour être formée à l’animation radio. Une fois diplômée, comme je voulais faire des contenus pour parler du Japon, j’ai fait des études de japonais à l’INALCO. 

Là, j’ai rencontré des personnes qui travaillaient sur le projet de la chaîne de télévision Nolife et de fil en aiguille, j’ai rejoint l’équipe. J’ai mené mes études et Nolife en même temps, c’était intense, j’ai eu ma licence en cinq ans.

Après je suis partie vivre au Japon pendant un an. A mon retour, j’ai continué de travailler pour Nolife, à faire des émissions pour parler toujours du Japon, de musique, de manga et d’anime.

Et quand je suis devenue maman, j’ai décidé de lever le pied. J’ai fait un black-out professionnel, j’ai tout arrêté.

J’ai commencé le stream sur Twitch en 2017, c’était au tout début de la plateforme. Je me suis remise à jouer aux jeux vidéo. Par chance, Nintendo venait de sortir sa nouvelle console, la Switch, avec la licence de Zelda Breath of the Wild dans le package. J’ai passé des centaines d’heures en stream sur Zelda, c’est un open world, un jeu dans lequel on peut se balader partout. Je ne proposais rien de particulier, juste du live. C’était étrange d’arriver sans avoir préparé de contenu ni de texte comme dans mes émissions.

Le stream m’a beaucoup aidé, il m’a permis de retrouver mon public de Nolife et de me remettre en mouvement. J’ai eu ensuite l’idée de faire des cases sur le modèle des programmes que je faisais chez Nolife.

Le succès a été crescendo et au bout d’un an, j’ai eu le statut partenaire. Ça m’a ouvert des portes et donné des accès privilégiés. Bien plus tard, j’ai rencontré Erwan Lafleuriel (@Fumble) de chez IGN France, et ensemble nous avons créé une émission hebdomadaire, Le Cri du Mochi, en stream. Avec notre équipe de chroniqueurs, nous commentons toute l’actualité du manga et de l’anime.

Grâce au Youtuber Louis-san, que j’avais rencontré en convention quelques mois plus tôt, j’ai eu la chance d’être invitée à l’émission Manga Sûr sur le channel LeStream, toujours sur Twitch, qui parle de culture japonaise et d’Asie en général. Et au final, j’y suis restée, je ne remercierais jamais assez Louis pour cette opportunité.

En parallèle du stream qui m’occupe bien, je gère ma boîte de production pour les adaptations françaises de Japan in Motion et Esprit Japon, deux programmes télé diffusés sur le câble. Quand Nolife s’est arrêté, les producteurs japonais ont cherché un relais en France car pour pouvoir obtenir des subventions de l’État japonais, ils doivent justifier d’une diffusion à l’étranger. Ils ont passé un accord avec la chaîne J-One mais il leur fallait quelqu’un pour faire le lien. Comme j’avais été voix-off sur Japan in Motion (à l’époque où il y avait des classements musicaux dans l’émission), que j’y avais supervisé la prononciation de tous les termes japonais, j’ai créé une boîte de production pour ce faire. Ma société gère donc la production de la version française, la narration, la voix off, le mixage et la livraison du produit prêt à diffuser.

Tu n’as pas l’air de t’ennuyer effectivement…

Je ne fais pas tout toute seule heureusement, sinon je serai morte ! J’ai deux employés, des intermittents et je suis entourée de chroniqueurs bénévoles super efficaces. J’ai une assistante depuis septembre, elle m’aide beaucoup sur la coordination des équipes et sur la logistique.

Je passe beaucoup de temps à chercher des contenus, à écrire et à créer. Sous mon air détendu, je partage du contenu sérieux et j’attache beaucoup d’importance à la qualité visuelle de mes émissions.

Je n’ai pas le temps de répondre à toutes les sollicitations, je le regrette un peu.

Qu’est-ce qui te tient à cœur dans tes activités ?

De toujours pouvoir être libre de m’exprimer, de dire ce que je pense et que mon propos ne soit pas déformé par quoi que ce soit.

J’ai beaucoup de chance, je gagne de l’argent en racontant ce que je veux. Dans le milieu dans lequel je travaille, il y a beaucoup de tentations, on peut se laisser influencer facilement par l’appât de l’argent. Si je trouve un titre médiocre, je le dis avec les formes et je vais plutôt parler des points positifs car il y en a toujours. L’avantage du stream, c’est que je peux avoir les réactions dans l’instant, et souvent elles vont dans mon sens.

Mon propos est important pour les viewers qui me suivent, ils me font confiance. Je ne me sens pas de les trahir, même quand il y a de l’argent en jeu. Je négocie toujours, je ne veux pas  avoir à dire des choses que je ne pense pas.

Quel est ton plus beau souvenir professionnel ?

D’avoir pu aller vivre au Japon tout en continuant à travailler pour Nolife. Ce n’est peut-être pas mon plus beau souvenir mais c’est un des plus importants.

J’ai pu sur place intégrer l’émission Japan in Motion, et même habiter pendant un mois dans la famille du patron, à Hiroshima. Nous avions imaginé un programme spécial tourné sur place, je partais à l’aventure avec mon sac à dos rencontrer tout un tas de Japonais. Cela a été une expérience unique, à la fois incroyable et très difficile. 

Je me suis retrouvée dans la position d’un Japonais face à son supérieur. Il t’écrase, il te lamine et il faut te relever tout de suite. La manière de travailler du réalisateur était rude, il me considérait comme une fille qui ne réussirait sûrement pas. Cela me fait penser à une relation entre un sportif et son coach, avec ce dernier qui le pousse dans ses retranchements.

Mais j’ai eu la chance de pouvoir intégrer un programme télé diffusé au Japon et en France, de voyager, de manger à l’œil, et même de goûter du fugu.

Je suis super contente d’avoir vécu ça, je sais maintenant ce que sont les carcans de la société japonaise. J’avais lu beaucoup de manga mais je ne pensais pas que c’était aussi vrai.

Je recroise à l’occasion, notamment à Japan Expo, quelques-uns de ces gens avec qui j’avais travaillé, ils peuvent ainsi constater que je suis toujours là !

Un conseil de lecture, d’anime, d’émission sur le Japon ?

Je conseille en général par rapport au goût des gens, donc là c’est difficile.

Alors je vais parler de Cardcaptor Sakura (Sakura, chasseuse de cartes paru chez Pika Edition) car c’est une série que j’adore, elle m’a fait replonger dans le Japon quand j’étais au lycée. En regardant l’adaptation en anime, il s’est passé un truc, je me suis mise à apprendre les hiragana en cours de philo.

La série montre beaucoup le Japon du quotidien, les maisons, les petits déjeuners, la préparation du bento en suivant les aventures paranormales d’une pré ado. Elle est écrite par les CLAMP, un groupe de quatre Japonaises déjantées qui adorent se bourrer la gueule. Le titre avait très bien marché à l’époque.

Et sinon de manière plus récente, je pense à Tokyo Revengers chez Glénat qui est un incroyable coup de cœur depuis les premières pages. Ce titre fait un carton en ce moment, je conseille chaudement d’y jeter un œil !

Les prochains projets ?

Dormir ! 

Plus sérieusement, pour la première fois de ma vie, j’ai depuis la rentrée, un planning de stream fixe. Je commence le lundi matin avec un stream perso et j’enchaîne chaque autre jour de la semaine.

Le mardi soir, c’est Le Cri du Mochi avec un peu d’actualité, un invité ou un focus. La deuxième partie de l’émission est le vendredi matin, là c’est full actu avec la revue des sorties manga de la semaine. Le mercredi, j’ai une émission pour Glénat sur leur chaîne Twitch où je parle de leurs titres. Un mercredi sur deux, j’ai en plus une émission le soir sur le « boys love », un genre de manga qui se développe. Le jeudi, je suis évidemment dans Manga Sûr sur LeStream avec Ken Bogard, un animateur de talent et mes collègues chroniqueurs Marie Palot, Bytell et RZA.

Et quand je trouve un peu de temps, je travaille avec ma graphiste sur mon projet de changer le nom de mon channel perso pour qu’il devienne celui de ma société Fantastic Raccoon. Et je gère mon Tipeee, sur lequel je suis très soutenue. J’en profite pour remercier mes tipeurs, je m’occupe vite de vos contreparties !

Ton grand rêve ?

Je n’ai plus le temps de rêver… lol.

Disons que mes rêves évoluent au fur et à mesure des objectifs atteints. Jeune, je voulais travailler dans un milieu qui permette à la culture japonaise de s’étendre encore plus en France. C’est fait. Puis cela a été de monter sur une scène à Japan Expo, c’est fait aussi.

J’ai un autre rêve qui devrait bientôt se concrétiser, je n’en dis pas plus car rien n’est signé, juste que je vais peut-être travailler pour un distributeur très connu.

Mon grand rêve est de réussir à gagner ma vie en travaillant moins. C’est possible, cela reste encore balbutiant avec mes différents contrats. Je dépense une blinde pour produire mes émissions et j’en tire peu d’argent. J’aimerais réussir à être sponsorisée et à travailler avec d’autres éditeurs et médias.

La seule chose dont je suis sûre est que je ne changerai pas ma liberté de propos.

J’ai envie de te laisser le mot de la fin…

La vie est un shōnen, il ne faut pas abandonner ses rêves. Si on se donne à fond, on peut faire un bout de chemin pour tenter d’y parvenir.

J’avais plus de rêves avant de devenir maman. Maintenant, ma priorité est d’assurer ma sécurité financière pour élever mon fils tout en continuant à faire ce que j’aime et en me détruisant moins la santé.

J’ai beaucoup galéré financièrement. Cet été, j’ai pu enfin nous payer des vacances à Center Parcs. J’ai pleuré de joie de voir mon fils si heureux.

Merci Caroline de nous avoir accordé ce précieux temps, nous te souhaitons beaucoup de succès pour la suite.

Retrouvez Caroline sur Twitch.tv/kaorinchanTwitter : @kaorinchanInstagram : @carolinesegarra

Les émissions produites au Japon sont sur J-One  :  https://www.j-one.com

3 réponses

  1. zhao yun dit :

    J’ai découvert Caroline il y a peu, et j’avoue que je kiff, j’aime les expli/critique de l’équipe du cri du Mochi et j’ai ainsi découvert des séries sur lesquel je ne me serais jamais arrêter. Longue vie au Cri du Mochi et à Caroline

  2. Myriam dit :

    Oh mon dieu, une interview d’une personne qui n’est pas autrice ! Il va neiger ! Il y a tellement de françaises qui ont leur univers, intéressant et sans livre à promovoir. J’espère voir Morgane Boullier et ses sumie, Béné no Fukuoka et sa ville, Iriya Paris et ses aquarelles, Adeline Klam et ses origami, Béné Saijiki et ses tradition et saison japonaises.

    • Sophie Lavaur dit :

      Merci d’avoir lu l’article et merci pour les recommandations. Pour votre info. je sélectionne les autrices au gré de mes découvertes, et pour beaucoup d’entre elles, le livre est juste la concrétisation d’une longue passion avec le Japon.

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