Kōji SEO : le renouveau de la romance

Kōji SEO, ce nom vous est peut-être familier. Auteur de nombreuses romances à succès de ces dernières années tels que Suzuka, A town where you live, Fûka et récemment Hitman : les coulisses du manga qui vient tout juste de s’achever en France. L’occasion rêvée pour Journal du Japon de revenir sur la carrière de l’artiste qui a su apporter un vent de fraîcheur sur la comédie romantique.

Là où tout commence

Né le 26 juillet 1975 à Shōbara, dans la préfecture de Hiroshima, Kōji SEO se passionne dès l’enfance pour le manga où il reproduit les dessins de ses auteurs préférés tels que Fujiko F. Fujio (Doraemon), Yūzō TAKADA (3×3 Eyes) ou encore Leiji MATSUMOTO (Capitaine Albator) pour ne citer qu’eux. A l’époque du secondaire, il s’intéresse à l’athlétisme et rejoint le club de son lycée. A tel point que pendant un temps il réfléchit à devenir professionnel. Toutefois, après avoir remporté le prix des débutants du Weekly Shōnen Magazine pour son one-shot Half & Half, son éditeur sentant un jeune talent en devenir, le nomme assistant de Tsukasa OSHIMA, également grand amateur de sport, sur la série de football Aoki densetsu shoot!.

Quand sport rime avec romance

Il réalise par la suite plusieurs séries courtes comme W’s sur le tennis en 3 tomes, entre 2000 et 2001, puis Cross Over en 2002 sur le basketball qui se conclut en 7 volumes en 2003. Et ce n’est qu’avec Suzuka, publié entre 2004 et 2007, sur l’athlétisme, qu’il rencontre son premier vrai succès. L’histoire relate celle de Yamato Akitsuki, un jeune garçon originaire de la préfecture d’Hiroshima qui déménage chez sa tante à Tokyo pour ses études. Alors qu’il visitait son nouveau lycée, il croise une jeune fille en train de s’entraîner au saut en hauteur et en tombe immédiatement amoureux. Qu’elle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvre en arrivant chez sa tante que la demoiselle en question, la dénommée Suzuka, est l’une des pensionnaires et de surcroit qu’elle va fréquenter le même établissement scolaire. Au fil des tomes, le manga nous dépeint l’évolution des sentiments entre les protagonistes, de relations conflictuelles à sentiments amoureux, le tout saupoudré d’une dose de drame. Le quotidien de nos deux héros sera loin d’être de tout repos.

C’est avec Suzuka que Kōji Seo pose les bases de son style d’écriture, qui le suivra tout au long de sa carrière. Entre romance, drame et fan service, il jongle habilement entre les genres pour surprendre le lecteur lorsqu’il ne s’y attend pas et passer du rire aux larmes en un instant. La composition est également saisissante, dès les premières pages, il parvient à nous captiver par son art de l’esthétique, littéralement subjugué par l’élégance et la grâce de Suzuka, donnant l’impression de la regarder sous le prisme de Yamato. Esthétisme qui nous tiendra en haleine tout au long du manga, à chaque séquence où Suzuka est mise en avant, le graphisme couplé au dialogue nous plaçant dans l’expectative, comme si nous espérions comme Yamato, que la jeune fille tombe sous son charme… Une adaptation animée voit le jour en 2005, qui vient confirmer le succès.

La ville de son enfance

Après le triomphe de Suzuka, Kōji Seo poursuit sur sa lancée avec A town where you live, publié entre 2008 et 2014 et qui a pour cadre la ville de son enfance. Avec 27 tomes reliés, il s’agit de sa plus longue publication à ce jour. Le thème du sport disparaît ici pour laisser place à la comédie sentimentale traditionnelle. L’histoire nous amène à la campagne où Haruto Kirishima coule des jours heureux dans une petite ville de province jusqu’à l’arrivée de Yuzuki Eba, fille d’un ami de son père, qui vient s’installer sous son toit pour suivre ses années lycée. Haruto voit d’un très mauvais œil l’arrivée de la jeune fille chez lui. En effet, secrètement amoureux de Nanami Kanzaki, le jeune homme craint que l’arrivée de Yuzuki nuise à une éventuelle relation qu’il pourrait avoir avec Nanami.

Évidemment, ce n’est que le point de départ du manga où au fil de l’histoire nous suivrons l’évolution des personnages et de leurs relations, de l’adolescence au passage à l’âge adulte et des premières fois. Car oui, A town where you live sous couvert de scènes frivoles, est bouleversant de réalisme. Nous nous prenons à grandir avec les personnages, à vivre leurs réussites, mais également leurs échecs. A pleurer lors de la perte d’un être cher, à se remémorer sa propre adolescence… L’auteur réussit avec brio à nous emporter dans son univers au travers de paysages somptueux, accentués par la beauté des personnages, tout en voyageant d’un bout à l’autre du Japon pour se terminer en apothéose avec de tendres retrouvailles sous les fleurs de cerisier.

Une parenthèse gothique ecchi

En parallèle de la publication de A town where you live, il réalise Princess Lucia, comédie « romantico-gothique » et réitère dans le style fantastique. Elle nous présente l’histoire de Yuta Koizumi, né le 6 juin de l’an 6 de l’ère Heisei à 06:06:06. Selon la légende, avoir un enfant de lui donnerait naissance à un être surpuissant. Occasion unique pour Lucia, démone de 100 013 ans de rebooster les enfers. Tel est le postulat de départ d’une aventure rocambolesque qui malheureusement n’a pas fait long feu avec 5 tomes parus entre 2009 et 2015.

Une semaine pour choisir

Entre 2012 et 2015, il actualise le one-shot qui l’a fait connaître, Half & Half, en modernisant le graphisme et le scénario. Nous suivons l’épopée tragique de deux adolescents, Shinichi Nagakawa et Yûki Sanada qui après la chute de cette dernière du toit d’un immeuble tombe sur Shinichi et périssent tous les deux sur le coup. Ils se retrouvent alors dans un lieu étrange situé entre la vie et la mort où une voix mystérieuse leur annonce qu’ils auront une semaine pour décider lequel d’entre eux doit survivre.

Scénario qui mêle à nouveau fantastique et romantisme, puisque les deux adolescents devront vivre ensemble durant cette période et partager leurs pensées les plus intimes. De plus, ils ne devront être séparés sous aucun prétexte, sous peine de mourir instantanément. Une œuvre poétique qui nous emmène aux frontières de la vie et de la mort et met en exergue le choix du renoncement et du temps de la décision, le tout souligné par un dessin qui nous prend littéralement aux tripes en nous transmettant les émotions des personnages, nous faisant éprouver ce qu’ils ressentent. Une ode à l’amour en somme !

Let The Music Play

Avec Fûka, c’est l’occasion du retour à une thématique en toile de fond, sans le sport, puisqu’ici c’est la musique qui est au centre de la narration. L’artiste s’essaye pour la première fois à un autre genre qu’il apprécie particulièrement, étant lui-même un grand fan de rock. Cette série est la suite directe de Suzuka, car Fûka n’est autre que la fille de cette dernière. C’est l’histoire de Fûka Akitsuki, une jeune lycéenne férue de musique et fille d’un grand athlète Yamato Akitsuki et de Yû Haruna, un garçon introverti qui est contraint de déménager à Tokyo avec ses trois sœurs, à la suite de la mutation de son père. Accro aux réseaux sociaux, il passe son temps sur Twitter sans prêter attention au monde qui l’entoure, jusqu’à sa rencontre fracassante avec la pétulante Fûka.

En parlant de Fûka, nous démarrons sur un gros plan de celle-ci qui n’est pas sans nous rappeler le début de Suzuka. Nous imaginons alors (re)vivre un ersatz de Suzuka utilisant les mêmes ingrédients qui en ont fait sa renommée. Ce n’est sans compter sur le génie et le talent de Kōji Seo qui nous prend au dépourvu pour mettre sur le devant de la scène la musique et reléguer au second plan la romance. Le dynamisme qui émane des passages de chant nous donnent l’illusion d’être nous-même en train d’assister à un concert. Plus mature que sa grande-sœur, elle apporte une dimension plus dramatique, que le mangaka avait commencé à effleurer dans ses précédents titres et notamment au travers de Suzuka et A town where you live. Preuve également de la maturité de Kōji Seo dans le traitement de ses œuvres.

L’envers du décor

Avec Hitman, Les coulisses du manga publié entre 2018 et 2021, il contextualise son métier, mais sous le prisme de l’éditeur. Beaucoup moins romanesque que ses précédents titres, Hitman, Les coulisses du manga nous immerge dans le quotidien d’un éditeur et de ses auteurs qui est loin d’être idyllique. C’est aussi l’occasion de retracer ses 20 ans de carrière et une mise en abyme avec certaines de ses œuvres comme Love Letter réalisée par Tsukasa, l’héroïne et mangaka, qui s’avère être un véritable manga que Kōji Seo a dessiné, ou encore de la formation des Blue Wells, groupe dont fait partie Fûka, sa précédente série. A noter également les clins d’œil prononcés à la France avec la scénarisation d’un célèbre directeur éditorial. Le titre nous accroche jusqu’au tout dernier moment nous laissant à penser que l’on va sombrer dans la romance habituelle. Mais une nouvelle fois, l’auteur nous surprend et ose même l’auto-dérision. Quelle meilleure manière pour clore sa série ?

Souvent décrit comme un simple auteur de « romcom » usant et abusant des codes propres au genre pour alimenter son récit, sa plume ne se résume pas qu’à cela. Véritable dramaturge, il utilise ses personnages pour dépeindre des scènes du quotidien et apporter du réalisme à ses fictions. Accomplissant le tour de force d’introduire à chaque nouveau titre, les héros de ses précédentes œuvres. Gageons que Goddess Cafe no Terrace, son nouveau manga, nous transporte une nouvelle fois dans la vie de tous les jours qui font de Kōji Seo, un écrivain réaliste des temps modernes et espérer pourquoi pas une sortie prochaine en France, chez Pika Édition ?

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