Nouvelle Hydre : la création originale de manga

Après ChattoChatto la semaine dernière, Journal du Japon poursuit ses rencontres éditoriales avec le marché français du manga. Et, comme promis, nous continuons de nous intéresser aussi aux plus petites structures. D’autant que celle qui nous intéresse aujourd’hui a bien failli disparaître… Nouvelle Hydre est en effet la nouvelle maison des fondateurs de H2T, le label indépendant anciennement rattaché à Pika édition et au groupe Hachette, avant d’être congédié.

Après 5 années d’existence, c’est donc un nouveau départ pour Ludivine Gouhier et Mahmoud Larguem qui ont été rejoints progressivement par les auteurs historiques de H2T qui continuent de leur faire confiance. Une aventure – et une philosophie – éditoriale que Mahmoud Larguem a bien voulu nous raconter.

C’est parti !

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Rencontres et opportunités : le genèse de H2T

Bonjour Mahmoud et merci pour votre temps.

Commençons par vous. Tout comme votre binôme Ludivine Gouhier, vous êtes architecte de formation. Comment, dans un premier temps, on bascule de ce métier à la création d’une librairie Manga café à Montréal ?

En effet, nous nous sommes connus à l’École d’architecture de Paris et nous avons pris l’habitude de travailler ensemble lorsque nous étions étudiants. Une fois le diplôme en poche, en 2006, nous avions envie de changement. Or, il se trouve que le gouvernement canadien venait de lancer un appel international pour favoriser l’immigration et inciter les étrangers à venir travailler au Canada.

Ludivine Gouhier et Mahmoud Larguem, au salon Cherisy Manga BD, début octobre
Ludivine Gouhier et Mahmoud Larguem, au salon Cherisy Manga BD, début octobre

Nous sommes donc partis pour le Québec mais le marché du travail s’est avéré moins perméable sur place que prévu. Nous avions meilleur compte d’ouvrir une activité indépendante. Nous sommes alors en 2008 et le manga commençait à se développer là-bas. Il y avait notamment l’Otakuthon, le plus grand festival d’anime de Montréal, qui témoignait de la demande des jeunes et de la génération de leurs parents pour les mangas et les animes, malgré de nombreuses idées reçues persistantes.

Avec Ludivine, nous étions passionnés de manga depuis toujours, mais il y avait peu de titres disponibles. Nous avions fait rapatrier notre collection personnelle de mangas à Montréal, et il nous est venue l’envie et l’idée de la partager, en ouvrant un manga café, un salon de lecture pour proposer aux gens de découvrir ces titres. Au bout d’un moment, logiquement, les gens ont eu envie d’acheter certains de ces titres, et nous avons ouvert la librairie O-taku Manga Lounge en 2010.

En parlant de manga, justement, petit aparté : quelles sont vos références en la matière, ceux qui vous ont marqué ?

J’en citerai trois : en seinen, il y a Berserk ; en shônen, je suis particulièrement attaché à Jojo ; et, en tranche de vie, il y aussi Kids on the Slope.

Pour Berserk : le destin de Guts et de ses compagnons est une allégorie particulièrement juste de parcours de vie de chacun de nous. L’émotion et le talent de Kentarô MIURA siège au sommet de tout ce qui a été fait en manga, selon moi. Pour Jojo, c’est l’intelligence narrative d’une série fleuve jamais à cours d’idée. Des personnages charismatiques et fascinants, et des références constantes à la pop culture des années 70 à aujourd’hui en font une œuvre tout simplement culte. Kids on the Slope, c’est la tranche de vie par excellence. Une ambiance rassurante et le thème du jazz qui rassemble les personnages, comme la musique est capable de tous nous rassembler… Et l’animé est sublime.

L’aventure de la librairie dure 5 ans, pourquoi ensuite avez-vous choisi de monter la maison d’édition H2T ?

Effectivement, en 2015, nous vendons la librairie (qui existe toujours, d’ailleurs). Nous voulions souffler un peu, après cinq années à faire du 72 heures par semaine. Nous souhaitions aussi retrouver nos proches, fonder une famille. Nous sommes donc rentrés en France.

Mais nous avions toujours gardé un œil sur le marché du manga français. En 2015, la création originale n’était pas vraiment très développée : les éditeurs étaient assez frileux, alors que Radiant de Tony Valente rencontrait le succès et inspirait beaucoup d’artistes, prêts à se lancer.

En 2016, nous avons donc créé une plate-forme du nom de Weekly Comics pour faire de la pré-publication numérique. Une résonance saine entre les auteurs a pu se mettre en place, pour aller vers des publications physiques en 2017. Au printemps, nous lançons les premiers tirages qui sont ensuite disponibles à Japan Expo avec Hana no Breath, Euterpe et D’Encre et de feu.

Quels étaient à l’époque la ligne éditoriale et l’objectif de H2T ?

La même qu’aujourd’hui : des auteurs n’ayant jamais publié professionnellement et ayant des choses à raconter, capables de parler au lectorat français et occidental. Un message unique et universel en même temps, en s’inspirant des codes narratifs des productions japonaises, sans jamais les copier. La ligne éditoriale peut se résumer en deux mots : originalité et émotion.

Editions H2T

Comment s’est déroulée cette première année, y compris sur le plan commercial ?

La première année s’est plutôt bien déroulée. Le premier test était évidemment notre venue à Japan Expo, avec notre petit stand : nous avons cartonné et le public était là. Par la suite, nous commencions à préparer Deep Scar, Flare Zero, Space Duck RG. En décembre 2017, nous étions présents à Japan Touch à Lyon. C’est là qu’ont commencé les discussions avec les éditions Pika… Même si notre premier contact était antérieur : j’avais postulé en 2015 pour le poste de directeur éditorial. Cela ne s’est pas fait mais nous sommes restés en contact et ça nous a conduit au rachat qui s’est concrétisé en février 2018.

En 2018, vous êtes donc rachetés par le Groupe Hachette, via sa filiale manga Pika Edition : pourquoi et quel était l’objectif de ce rapprochement ?

Pour eux, pour citer Pika : “la création, ça nous intéresse. Vous savez faire des mangas et nous, on sait les vendre.

Pour nous l’objectif était d’assurer la pérennité du catalogue et de réduire la précarité de nos jeunes auteurs autant que possible.

Nous pouvions donc continuer d’accompagner les projets et de garder notre façon de travailler pour recruter et suivre nos auteurs.

En 2020 surviennent le covid et le confinement, puis une explosion des ventes du manga. Néanmoins, beaucoup d’éditeurs s’accordent à dire que ce nouvel essor n’a pas concerné tous les types de titres. Qu’en était-il pour H2T ?

En effet, nous n’avons pas bénéficié de cet envol des ventes qui a surtout profité aux best-sellers.

Néanmoins, pour être exact, ça a tout de même eu un effet sur un titre. En mai 2020, pour préparer l’été et au vu de l’incertitude sur la réouverture, beaucoup d’éditeurs avaient décidé d’annuler ou de reporter la parution de leurs titres. De notre côté, nous avions maintenu une nouveauté : Wandering Souls, pour le 6 juin. Les lecteurs n’avaient alors pas grand-chose à se mettre sous la dent et c’était un peu la seule nouveauté du moment, donc nous avons eu de la chance et cette absence de concurrence a profité au titre.

Mais c’est le seul exemple, un hasard complet. Car pour ce qui est du reste, nos titres n’ont pas du tout profité de cet essor.

Wandering Souls

Ensuite, en 2023, il y a un arrêt de commercialisation du catalogue : pourquoi ?

Pour le comprendre, on peut remonter un peu le fil : nous avons été notifiés en avril 2022 de cet arrêt.

Nous préparions alors les rendez-vous de la création originale manga. Nous fêtions l’anniversaire des 5 ans de H2T, à la médiathèque Le temps des cerises : nous avions fait venir de nombreux auteurs à Issy les Moulineaux. Au programme : dédicaces, live drawing, ateliers, masterclass et conférences durant deux journées entièrement gratuites, au cours desquelles les visiteurs pouvaient rencontrer les artistes et de nouveaux auteurs venaient nous proposer leurs créations.

On nous a dit, je cite : « Les ventes ne sont pas satisfaisantes. Le marché du manga est en plein essor et les vôtres sont incapables de trouver leur public, ce qui témoigne de la mauvaise qualité de vos publications. Nous allons mettre un terme à la collection H2T, ainsi qu’à notre collaboration. »  

Ils prévoyaient de laisser les séries se finir, mais c’était parfois brutal : Is it love ? Blue Swan Hospital, l’adaptation par Rossella Sergi (Deep Scar) du jeu mobile éponyme du studio 1492 (Ubisoft) a vu ses 2 premiers tomes paraître. Après notre départ, la publication a cessé et le 3e et dernier tome ne verra jamais le jour, à priori. Il y aussi Flare Levium : la série avait été lancée pour 4 volumes mais au vu du contenu qu’il restait à traiter, nous avions convenu avec Salvatore Nines, l’auteur, qu’il y aurait un 5e tome pour finir l’histoire correctement. Sauf qu’après notre départ, Pika est revenu sur ce découpage alors qu’il avait déjà commencé à travailler, pour lui dire que l’histoire s’achèverait bien au 4e tome. D’autres ont eu plus de “chance” comme Caly pour Nova, qui préparait son dernier tome.

Qu’est-ce que cette collaboration vous a apporté et qu’est-ce que vous en retenez ?

J’en retiens que c’était une expérience particulièrement enrichissante : nous avons eu les moyens de mettre en avant plusieurs auteurs qui, certes, auraient pu intégrer notre catalogue même sans Hachette, mais pas au même rythme… cela se serait fait beaucoup plus lentement.

Cela nous a permis aussi de nous éclater dans plusieurs domaines, comme la fabrication, notamment sur SkilledFast par exemple. Un gros travail sur les jaquettes avait été réalisé avec les fabricants de Pika. La série étant orientée sur les nouvelles technologies, un effet argenté et brillant recouvrait l’ensemble des jaquettes. On a pu donner des effets lumineux dont l’effet se situait entre l’hologramme et un affichage écran.

Cela nous a aussi ouvert les yeux sur la réalité économique du marché du livre. La création de contenu original, ce n’est pas la même chose que l’achat de licence et ce n’était pas spécifique à H2T : les chiffres de ventes de créations originales n’étaient globalement pas meilleurs chez la concurrence.

Pour se donner une idée d’ailleurs, quel est l’ordre de grandeur de vos ventes ?

Alors sur un tome 1, il y avait une fourchette entre 1 500 et 3 000 exemplaires vendus, sachant que c’était difficile pour les tomes suivants et faire vivre la série sur la longueur. Ces ventes sur le premier tome étaient, d’ailleurs, du même ordre de grandeur qu’à l’époque où nous étions indépendants.

Est-ce que cela signifie que le fait d’être dans le groupe Hachette n’apportait finalement pas tant que ça, sur le plan commercial, au succès de votre catalogue ?

Tel que c’était fait, cela ne pouvait pas vraiment changer la donne. J’ai tenté d’expliquer à plusieurs reprises qu’il était impossible de faire rentrer un produit artisanal dans les normes d’une chaîne de montage industrielle classique. Les mangas de création ne sont pas fait pour ce processus et ne peuvent pas s’épanouir dans ce moule.

En fait, pour qu’un titre de création originale puisse se développer, il faut en faire 10 fois plus que pour un autre, qui s’est déjà fait connaître au Japon, parce que l’auteur est célèbre, parce qu’il y a déjà eu un anime, parce qu’il est publié par un éditeur connu ou dans un magazine de prépublication japonais connu.

Quand les rédactions journalistiques reçoivent une montagne de mangas en service de presse et un titre inconnu d’un auteur inconnu, et qui plus est non japonais, ce n’est pas un petit topo sur une feuille A4 qui va le faire sortir du lot, qui va attirer l’attention d’un journaliste… Et c’est pareil en librairie.

Pour ce genre de titre, on ne peut pas faire une économie de temps et d’énergie sur la communication ou le marketing et laisser le titre et son auteur se débrouiller seuls. Il faut davantage se rapprocher de l’écosystème de la BD franco-belge, qui a plus l’habitude de présenter des nouveaux auteurs, d’investir sur le long terme.

Et du coup, l’hydre a eu la tête coupée mais une autre a repoussé : voici Nouvelle Hydre, plus motivée que jamais. Nouveau nom mais qu’est-ce que l’on garde des expériences passées et qu’est-ce que l’on change ?

En effet, l’hydre est de retour car nous ne renions rien de notre parcours. Pour être honnête, au départ, nous n’avions pas prévu de recommencer une nouvelle aventure éditoriale : cela avait été une vraie douche froide. Mais nous avons vite réalisé que certaines séries n’auraient pas le droit à une fin digne de ce nom, et que pour certains de nos auteurs, rien ne se profilait après. Et même les auteurs qui étaient dans les petits papiers de Pika / Hachette ne voulaient plus travailler avec eux. Ils ont donc récupéré leurs droits mais c’est un processus qui peut être un peu long. Petit à petit, ils sont donc revenus vers nous et ils nous ont demandé si nous étions d’accord pour être à nouveau leur éditeur. Ça nous a immédiatement botté. Être auteur de manga en France reste un travail précaire et nous ne pouvions pas les laisser tomber.

Nous avons donc mis en place une nouvelle société, la Nouvelle Hydre, avec Enfants des Abysses, Bravest Journey, SkilledFast et d’autres ont continué de nous rejoindre pendant cette année de flottement, entre le mail qui actait la fin de la collaboration et son officialisation.

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Pour la Nouvelle Hydre, nous avons également changé de format pour passer d’un 13 x 18 à un 15 x 21, le format des Perfect Editions (de type Dragon Ball, FMA, etc.), le tout avec plus de pages couleurs et quelques corrections de certains passages par les auteurs.

Vos auteurs viennent d’un peu partout dans le monde : comment les recrutez-vous ? Comment travaillez-vous avec eux, malgré les différents créneaux horaires ou la barrière de la langue ?

Je vais souvent les chercher de la même façon : sur les réseaux sociaux, lors des festivals d’artistes indépendants… Puis je leur propose de nous faire confiance. Pour les festivals forcément, cela concerne davantage les auteurs français.

Pour ce qui est du travail, nous avons plusieurs phases dans notre processus de validation pendant lesquelles nous échangeons avec les auteurs : storyboard, jaquette, planche…Ce sont des allers-retours permanents.

Pour autant, pour ce qui est de la barrière de la langue, il n’y en a pas vraiment. Les auteurs sud-américains m’envoient leurs travaux en anglais, par exemple. Pour ce qui est des auteurs japonais, les textes des dialogues passent entre les mains de notre super traductrice – et je la remercie d’ailleurs au passage – Marylou Leclerc.

Parmi ses auteurs, on retrouve Cherriuki, autrice de Flowers for Vincent… Un nouveau titre ?

Alors pas tout à fait. En réalité, Flowers for Vincent a bien eu son premier tome publié chez H2T en 2021, mais elle fait partie des auteurs qui n’ont pas souhaité continuer chez Pika/ Hachette et nous republions donc le premier tome qui sera suivi d’un deuxième et dernier tome.

On surveillera ça de près alors. Avant de conclure cette interview je reviens sur un dernier point… Un encart qui a attiré notre attention sur votre site : Nos valeurs : Ecologie & Economie locales. Vous êtes basés au Mans et vous semblez très attachés au développement local et à l’écologie visiblement, pouvez-vous nous en dire plus ?

Nous pensons qu’il y a une vraie réflexion à mener autour de la chaîne du livre. Nous imprimons en local, à 75 kilomètres de chez nous. C’est un plus de pouvoir travailler avec des techniciens de la même région, de pouvoir se rendre sur place. Nous avons pu aussi échanger avec les libraires locaux, très contents de notre retour.

Travailler en local et imprimer en France nous offre un meilleur bilan carbone mais aussi un meilleur savoir-faire, une meilleure traçabilité, un plus pour le lien avec les librairies.

On tente aussi de responsabiliser, d’alerter sur ce mur vers lequel la chaîne du livre fonce à grande vitesse, avec des prix qui vont finir par exploser.

C’est-à-dire, pouvez-vous développer ?

Gaspillage de papier, mise au pilon quasi systématique, flux aller-retour des ouvrages incessants… Aujourd’hui, retraiter un livre et réintégrer les retours aux stocks coûte plus cher à un éditeur que de pilonner les invendus et de réimprimer. Mais avec les hausses de prix que connaît le papier depuis plusieurs mois, nous espérons que la balance penchera en faveur du retraitement, pour une production raisonnée et une économie plus responsable.

Donc nous essayons déjà de faire au mieux à notre échelle et de sensibiliser lecteurs et acteurs à ces problématiques.

Pour finir avez-vous un message pour vos lecteurs, ceux qui vous suivent depuis le début ?

Merci… et désolé.

Un gros, très gros merci à ceux qui nous suivent, nous les retrouvons déjà sur les festivals et en librairie. Désolé pour ceux qui ont acheté les anciens tomes, pour les contre-temps et la parution qui prennent du temps. Mais ça y est, nous sommes sur les rails et nous serons présents à un maximum de festivals. Il y a de super belles choses qui vont arriver en 2024 et j’espère que vous serez au rendez-vous.

Le message est passé, bon courage et longue vie à cette Nouvelle Hydre !

Vous pouvez retrouver la Nouvelle Hydre sur son site web ou sur les réseaux sociaux : Twitter, Instagram, You Tube.

Remerciements à Mahmoud Larguem pour sa disponibilité et son temps.

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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