Le voyage temporel à travers l’animation

Qui n’a jamais rêvé de remonter le temps pour revivre un événement marquant ou ralentir le cours des choses pour savourer l’instant présent ? À travers les âges, le temps demeure un sujet de fascination omniprésent dans l’art. Plus qu’une unité dramaturgique du théâtre classique, il devient un outil de réflexion sur le libre arbitre, la mémoire et la responsabilité, soit une épreuve psychologique imparable pour déclencher notre pathos.

© Jin-Roh, la brigade des loups, Hiroyuki Okiura/Production I.G
© Jin-Roh, la brigade des loups, Hiroyuki Okiura/Production I.G

Depuis les mythes avec des figures telles que Chronos, Thot ou encore Tsukuyomi, le temps qui passe, présenté comme une entité supérieure et inatteignable, laisse des traces. Les avancées techniques questionnent peu à peu l’impossible pour venir nourrir l’imagination et les fantasmes de maîtrise de l’être humain. 

La science-fiction se révèle alors un exemple pertinent de ce croisement entre progrès et temps, tous les deux étroitement liés. Revenir en arrière, modifier un événement, effacer une erreur, des scénarios qui nourrissent l’illusion d’un potentiel contrôle sur un concept qui nous échappe.

L’uchronie, en particulier, interroge le parallèle, le simple « si », en partant d’un événement clé historique et réel comme dans Jin-Roh, la brigade des loups, qui propose à voir un Japon où l’Allemagne nazie aurait remporté la Seconde Guerre mondiale.

La question du temps est rarement seule, on la retrouve souvent accompagnée par la morale et l’éthique. Jusqu’où peut-on aller pour corriger une erreur ? Quel sacrifice sommes-nous capables de faire sous couvert de pouvoir revenir en arrière ? Quel sens prend dès lors la vie humaine si elle devient une variable réinitialisable à souhait ?

Seule perdure la mémoire. Protagonistes et spectateur·ice·s deviennent complices d’un fardeau de responsabilité et d’un devoir de mémoire bien souvent culpabilisateur.

L’animation se révèle alors un excellent terrain d’expérimentation, autant sur l’aspect narratif que par les moyens de capturer les tensions à retranscrire au public. Un précédent article paru en 2015 proposait déjà un panorama des mangas abordant cette thématique. L’article du jour s’inscrit dans une approche complémentaire, en s’intéressant à l’animation japonaise et à la manière dont elle use du voyage temporel comme épreuve psychologique et morale. Cette lecture implique nécessairement d’évoquer en détail certaines œuvres et leurs enjeux narratifs et contiendra donc des spoils avec des alertes mises en évidence au début de chaque partie.

La boucle temporelle comme violence cyclique

Lorsqu’on parle de voyage temporel, la première idée qui nous vient en tête c’est le retour dans le passé. Pourtant, la boucle temporelle, comme l’intitulé de ce concept l’indique, entretient aussi une relation avec le temps et invite avec elle la notion de cycle. Concept aussi vieux que l’histoire de Sisyphe, les boucles temporelles peuvent créer de véritables angoisses psychologiques, autant chez les personnages que pour les spectateur·ice·s. Certes, certaines boucles temporelles ne sont pas forcément teintées de négatif, on peut très bien imaginer des événements joyeux vécus en boucle, mais cela reste supportable, si la boucle n’en est pas réellement une, si elle possède une fin. Revivre des centaines et milliers de fois les mêmes événements en boucle finissent, dans tous les cas, par mener le personnage à la folie. 

Cette logique cyclique n’est pas sans rappeler la notion de répétition développée par Søren Kierkegaard. La répétition implique une expérience vécue à nouveau, mais jamais à l’identique. Chaque retour implique la mémoire des échecs précédents pour les personnages, transformant l’expérience en réelle épreuve psychologique. Le personnage a conscience des choix qu’il a fait et la connaissance le fera nécessairement dévier de la trajectoire initiale de la boucle temporelle, de façon volontaire ou non. Ce qui nous amène à un paradoxe cruel dans le concept de voyage temporel : là où le monde semble stagner en recommençant, le personnage, lui, continue d’avancer en portant bien souvent seul le poids du temps.

Attention, la suite de cet article contient des spoils concernant les œuvres de Re:Zero – Starting Life in Another World et Summer Time Rendering.

On retrouve clairement cette violence cyclique dans Re:Zero ou encore Summer Time Rendering. Le choix de ces deux œuvres n’est pas anodin, puisque leurs boucles temporelles dépeignent toutes les deux le temps comme un obstacle et la mémoire comme un fardeau. Deux univers où la boucle recommence à partir du même déclencheur : la mort du personnage. La mort, un autre concept très important dans les boucles temporelles, notamment quant à sa valeur. Subaru, tout comme Shinpei, puisent la force d’affronter et d’utiliser ses boucles dans l’espoir d’éviter la mort de leurs proches. Toutefois, comme tout bons protagonistes qu’ils sont, leur propre mort devient un levier pour recommencer, perdant de son importance. La mort n’est plus une finalité, mais un moyen d’atteindre son objectif.

Le désespoir de Subaru face à son impuissance © Re:Zero –Starting Life in Another World, Crunchyroll/White Fox
Le désespoir de Subaru face à son impuissance © Re:Zero –Starting Life in Another World, Crunchyroll/White Fox

Cette répétition constante pèse lourdement sur leurs psychés. Chaque retour entraîne une accumulation de traumatismes avec des morts vécues et revécues, détruisant l’humanité des personnages dans leur éthique, choix et perception du monde qui les entoure. S’ils font une erreur ? Ce n’est pas grave, ils peuvent recommencer. Enfin pas tout à fait. Summer Time Rendering joue sur le décalage du point de départ des boucles temporelles. À chaque recommencement, le point de départ avance, jusqu’à inexorablement se rapprocher du point d’arrivée, risquant de tuer pour de bon le protagoniste. Ainsi, le temps ne s’écoule plus de manière linéaire et devient une variable dangereuse pour les protagonistes, renforçant la pression. L’anticipation devient alors anxiogène, car chaque choix prend une nouvelle importance décuplée. Pour Subaru comme pour Shinpei, le temps n’est plus un allié, mais un adversaire qui se renforce à chaque boucle.

Ce resserrement du temps s’accompagne de dommages psychiques considérables pour les personnages, que ce soit l’isolement, la responsabilité, la mémoire ou encore la culpabilité. Les personnages doivent mettre de côté leur fragilité pour ne pas se laisser envahir par la peur et perdre tout espoir en un avenir meilleur pour leurs proches, comme pour eux. Dans Re:Zero, Subaru ne peut confier à personne sa capacité à revenir dans le temps, et doit affronter seul les conséquences de ses erreurs et la douleur de la mort répétée. Dans Summer Time Rendering, Shinpei peut en théorie partager certaines informations, mais la présence possible de traîtres parmi les habitants de l’île le contraint à la prudence, accentuant sa tension et son anxiété. Dans les deux cas, cette solitude renforce la pression psychologique, et chaque itération devient un test moral et émotionnel.

Le poids de connaître l’avenir pour Shinpei © Summer Time Rendering, Dysney+/OLM Team Kojima
Le poids de connaître l’avenir pour Shinpei © Summer Time Rendering, Dysney+/OLM Team Kojima

Ainsi, la boucle temporelle devient un véritable moteur narratif au service du genre thriller. L’expérience répétée des échecs et de la mort ne nourrit pas seulement l’intrigue, elle crée une tension constante pour la·e spectateur·ice. De même, la catharsis accompagne le public par des personnages à la fois craints, notamment grâce à leur connaissance de l’avenir et la froideur qu’ils peuvent avoir dans certains choix moraux, mais peuvent aussi susciter de la pitié, par la douleur psychologique qu’ils subissent le long de leur œuvre respective. Chaque décision prise par le protagoniste est lourde de conséquences, et l’anticipation de la catastrophe à venir intensifie la peur et l’angoisse. La répétition n’est plus un simple mécanisme puisqu’elle transforme le temps, la mémoire et l’expérience en épreuve psychologique, renforçant l’isolement du personnage et le suspense du récit.

Le voyage dans le temps pour effacer ses regrets

Là où la boucle temporelle enfermait les personnages dans une répétition violente, le voyage dans le temps repose sur une autre illusion similaire : celle d’effacer le passé et ses regrets. Le temps ici ne devient plus un obstacle, mais un moyen que les personnages peuvent utiliser et pensent pouvoir contrôler. La tension du récit est donc différente, puisqu’elle se joue non plus sur la répétition, mais sur la possibilité de choisir quand, comment et pourquoi intervenir. Des choix qui incombent une notion de responsabilité très proche des concepts de Hans Jonas, puisque toute action sur l’avenir implique un devoir envers ce futur, et plus le pouvoir est grand, plus le poids des conséquences pèse sur celui qui agit. En parallèle, la mémoire reste au cœur du retour dans le passé et poursuit les personnages tout le long de leur histoire. Ainsi, se souvenir revient à porter la culpabilité de ce qui aurait pu être évité et reconstruire le récit de ses choix, selon une logique proche de celle développée par Paul Ricœur.

Attention, la suite de cet article contient des spoils concernant les œuvres de Steins;Gate et Tokyo Revengers.

Dans Steins;Gate, le concept de voyage temporel rentre dans le domaine de la science fiction et du progrès technique plutôt que du fantastique. Rintarô Okabe nous apparaît alors comme l’archétype du scientifique fou, un rôle qu’il va jouer tout le long pour son amie Mayuri et pour masquer sa perte de santé mentale. Le voyage dans le temps fonctionne par la possibilité d’envoyer un d-mail (terme provenant de la série) dans le passé pour bouleverser le présent des personnages où seul Okabe a conscience des autres lignes temporelles. Cette mémoire exclusive fait du protagoniste le garant de son présent et de l’avenir. Le progrès scientifique, loin de libérer, devient alors une charge morale écrasante, puisque les actions d’Okabe détruisent forcément certains futurs idéals pour des personnages au détriment du futur d’autres personnages. Le voyage dans le temps cesse ainsi d’être un simple outil narratif pour devenir le symbole d’un pouvoir technique dont les répercussions dépassent la capacité humaine à les supporter, tout en posant des questions de limites et frontières sur l’idéal de tout un chacun, non pas sans rappeler le célèbre adage « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ».

L’envoi d’un d-mail affecte le cours du temps © Steins;Gate, Prime Video/White Fox
L’envoi d’un d-mail affecte le cours du temps © Steins;Gate, Prime Video/White Fox

À la différence des exemples précédents, on retrouve des personnages libres dans le sens où ils ont la possibilité de laisser le temps en ordre, de ne pas toucher à la chronologie. Toutefois, ils font le choix de retourner en arrière pour espérer un meilleur futur. Dans cette même idée, on retrouve d’autres œuvres comme Tokyo Revengers. Un autre point commun entre Steins;Gate et Tokyo Revengers réside dans l’intérêt du voyage temporel : celui de sauver quelqu’un. Derrière l’illusion de réparation se cache une logique sacrificielle, où sauver une personne revient à en condamner une autre. Après l’intervention des deux protagonistes, nous avons l’occasion de voir un aperçu des conséquences de leurs choix et actes sur le futur. Dans Steins;Gate, cela se traduit par un monde dévasté technologiquement et enclin aux guerres, tandis que Tokyo Revengers amène l’antagoniste au sommet hiérarchique du pouvoir, créant une atmosphère de terreur. Ces deux futurs aperçus sont des conséquences des changements perpétrés par les personnages, mais rien n’indique que le futur de leur temporalité d’origine n’aurait pas mené à ces résultats. Le voyage dans le temps ne supprime donc pas la tragédie, il en redistribue seulement les formes tout en renforçant la culpabilité de celui qui agit en croyant pouvoir choisir le meilleur avenir, symbole d’une véritable épreuve de volonté et de responsabilité.

Là où Steins;Gate oppose la logique à l’émotion, Tokyo Revengers fait pleinement le choix de s’axer sur l’émotionnel et notamment la construction identitaire à travers le temps. Comme dans une simulation, le protagoniste Takemichi est soumis à différents événements qui influencent directement sa personnalité et lui font suivre le mouvement du groupe, sans chercher à se mettre en avant. Toutefois, avec la possibilité de voyager dans le temps, il conserve sa mémoire et connaît alors les conséquences de ses choix du passé. Il en vient alors à changer sa perception, trouvant ainsi le courage d’aller contre sa personnalité originale, écrasée par la culpabilité. Il devient de lui-même sans hésitation le personnage sacrificiel prêt à endurer la souffrance et l’effacement de soi pour préserver les autres.

Takemichi souhaite sauver ses proches © Tokyo Revengers, Crunchyroll/Liden Films
Takemichi souhaite sauver ses proches © Tokyo Revengers, Crunchyroll/Liden Films

La peur du futur et les regrets deviennent alors des éléments moteurs d’action sur le passé, comme le présent. Peur de perdre un proche, peur de la technologie, peur d’échouer et même simplement la peur de la mort. Le voyage dans le temps n’offre pas de solution idéale, seulement des choix imparfaits, dont le poids moral s’accroît à mesure que les conséquences se dévoilent. Ainsi, plus le personnage agit, plus il devient responsable d’un avenir qu’il ne peut jamais pleinement maîtriser.

Une perception fragmentée du temps

Qui n’a jamais connu un combat qui s’éternise sur des épisodes alors que dans l’histoire, on vous dit qu’il n’a duré que cinq minutes ? Tout comme l’impression que le temps passe plus ou moins vite, il existe de nombreuses manières de jouer sur notre perception du temps et les auteur·ice·s et réalisateur·ice·s ont bien compris cet engrenage pour ré-inventer les tensions tout en captivant l’attention. Henri Bergson a notamment théorisé ce concept en distinguant le temps que les horloges relatent, au concept de durée décrit dans les lignes précédentes. Dans cette partie, la durée, et donc par extension le concept de temps, sont des éléments narratifs avec pour volonté de surprendre les spectateur·ice·s, sans nécessairement faire jouer les tensions psychologiques.

Attention, la suite de cet article contient des spoils concernant les œuvres de Puella Magi Madoka Magica, Sonny Boy et Your Name.

L’univers des magicals girls semble mignon, coloré et innocent de prime abord, mais bien des œuvres jouent de ces préjugés pour surprendre les spectateur·ice·s, tout comme l’a fait Puella Magi Madoka Magica avec son univers dérangeant. Dans cet anime, ce n’est pas la protagoniste Madoka qui voyage dans le temps, mais une de ses acolytes. On apprend cette information à la fin de l’histoire, ce qui renverse toute la perception qu’on peut avoir sur ce personnage, notamment ses choix et actions, puisqu’on les regarde d’un œil nouveau. Ce renversement nous pousse à nous refaire la chronologie des événements du point de vue de la voyageuse temporelle pour dévoiler toute la complexité des sentiments du personnage.

Les retombés du voyage temporel sur la protagoniste © Puella Magi Madoka Magica ADN/Shaft
Les retombées du voyage temporel sur la protagoniste © Puella Magi Madoka MagicaADN/Shaft

Dans certaines œuvres, ce n’est pas un unique personnage qui voit sa perception du temps altérée, mais tout un groupe, qui peut bien sûr comprendre le public. On retrouve ce cas dans l’anime Sonny Boy, avec une histoire de distorsion du temps et de l’espace. Les adolescent·e·s se retrouvent projeté·e·s dans un monde parallèle où les lois temporelles et spatiales sont instables, et chacun·e ressent le passage du temps de manière différente selon ses émotions et son état psychologique. Une confusion collective qui renforce les liens entre les personnages et crée un décalage de perception pour la·e spectateur·ice face à la perte de repères temporels et spatiaux. Un sentiment d’étrangeté et d’incertitude nourrit par le choix narratif de perdre autant les personnages que son public dans un labyrinthe similaire à la quête identitaire des personnages et l’objectif du protagoniste Nagara, à savoir, celui de trouver sa place dans ce monde. Ce jeu sur la durée et la perception du temps permet de traduire les tensions internes du groupe, de mettre en avant la complexité des émotions et de renforcer l’implication du public dans la progression dramatique.

La perception différente © Sonny Boy Crunchyroll/Shingo Natusme/Madhouse
La perception différente © Sonny BoyCrunchyroll/Shingo Natsume/Madhouse

Le temps comme obstacle tout puissant reste un antagoniste très intéressant pour les auteur·ice·s et réalisateur·ice·s et ça, Makoto Shinkai l’a bien compris avec Your Name. Ici, le concept du temps vient en obstacle clair à l’histoire d’amour entre les deux protagonistes, tandis que l’espace forme leur rencontre, mais aussi leur séparation. Mitsuha et Taki vivent des échanges, sans avoir pleinement conscience qu’au-delà de la distance physique, il y a aussi une distance temporelle entre eux deux. Une temporalité qui va prendre un tout autre enjeu au fil de l’histoire et avec lequel Makoto Shinkai s’amusera à jouer avec pour ambition de créer la tension dramatique nécessaire au succès de son œuvre : une relation qui perdure à travers l’espace et le temps.

© Your Name TOHO CO., LTD./CoMix Wave Films Inc./KADOKAWA CORPORATION/East Japan
© Your Name TOHO CO., LTD./CoMix Wave Films Inc./KADOKAWA CORPORATION/East Japan

À travers ces différentes œuvres, on constate que la temporalité dépasse le simple cadre narratif puisqu’elle devient une expérience sensible et partagée entre le public les personnages. Qu’il s’agisse du renversement tardif de la chronologie dans Puella Magi Madoka Magica, de la distorsion collective du temps dans Sonny Boy ou de la fracture temporelle progressive révélée dans Your Name, le récit joue avant tout sur une perte de repères. Le temps n’est plus perçu comme un concept linéaire, mais comme un matériau modulable pour susciter surprise, étrangeté et émotion sans passer par une tension psychologique importante comme vu précédemment.

Jusqu’où peut-on agir sur le passé ?

Une question qui revient toujours sur la valeur du temps et celle de sa limite. Le temps lui-même est une limite à l’existence humaine et pouvoir jouer avec cette frontière nous questionne fondamentalement sur les possibilités. Pour cette dernière partie et afin de reprendre tous les points que nous avons abordés au long de cet article, on peut utiliser l’exemple du donghua Link Click, produit d’animation chinois créé pour ce format à l’écran et qui joue parfaitement des leviers narratifs évoqués plus hauts.

Attention, la suite de cet article contient des spoils concernant l’œuvre de Link Click.

Dans l’univers de Link Click, les personnages incarnent eux-mêmes différentes facettes du concept du temps, rien que dans le pouvoir de chacun : Lu Guang peut voir l’avenir douze heures dans une photographie et Cheng Xiaoshi peut retourner dans le passé grâce à une photographie en incarnant la·e photographe. Les premiers épisodes proposent des petites missions pour laver une injustice dans le présent, trouver une recette de cuisine ou encore enquêter. Bien que ces petits événements semblent anodins, très vite, le côté thriller et dramatique rattrape l’histoire et un engrenage bien ficelé se présente à nous. 

La métaphore du temps © Link Click Crunchyroll/Bilibili/Studio LAN/Haoliners Animation League/Li Haoling
La métaphore du temps © Link Click Crunchyroll/Bilibili/Studio LAN/Haoliners Animation League/Li Haoling

À la fin de la seconde saison, on apprend que l’un des protagonistes, Cheng Xiaoshi, est déjà mort au moins une fois et que le Lu Guang qu’on côtoie depuis le début de la série s’avère être un voyageur temporel. À travers le personnage de Lu Guang, on retrouve clairement le thème de la connaissance du futur qui pèse sur ses choix et le sens du sacrifice. Le personnage semble s’être enlisé dans une boucle temporelle pour défaire le nœud de la mort de son colocataire Cheng Xiaoshi. Le préquel vient alors approfondir cette dimension en montrant l’impact psychologique de ces retours successifs que ce soit la culpabilité, l’isolement et la peur constante de provoquer un effet papillon incontrôlable. Le temps et le secret que Lu Guang conserve aux yeux de ses proches deviennent alors un véritable fardeau.

La mort est censé être un nœud impossible à défaire © Link Click Crunchyroll/Bilibili/Studio LAN/Haoliners Animation League/Li Haoling
La mort est censé être un nœud impossible à défaire © Link Click Crunchyroll/Bilibili/Studio LAN/Haoliners Animation League/Li Haoling

De son côté, le personnage de Cheng Xiaoshi, bien plus impulsif, semble déterminé à changer le passé, chose à laquelle Lu Guang ne démord pas dans ses fameuses règles rabâchées au long de la série. Ce qui nous donne la fameuse citation « passé ou futur, rien ne doit changer » . Un axe innovant puisque face à la possibilité de changer le cours des choses, Link Click fait le choix de nous présenter une résilience face au temps. Revenir dans le passé pour apaiser le présent, mais sans le changer fondamentalement. C’est le message qu’on retient des deux premières saisons, surtout à travers le personnage de Cheng Xiaoshi, qui, face à la mort présumée de son colocataire, fait le choix de continuer dans le présent. 

Lu Guang qui répète les règles à Cheng Xiaoshi © Link Click Crunchyroll/Bilibili/Studio LAN/Haoliners Animation League/Li Haoling
Lu Guang qui répète les règles à Cheng Xiaoshi © Link Click Crunchyroll/Bilibili/Studio LAN/Haoliners Animation League/Li Haoling

Les révélations sont réparties très justement pour maintenir la tension dramatique tout en renforçant l’humanité des personnages. Notre pathos est très clairement mis à rude épreuve dans Link Click, autant par le concept de temps que la réalité sociale à laquelle le donghua nous rattache. La responsabilité que l’on porte à changer le temps reste au cœur de l’œuvre et les bandes annonces de la saison 3 confortent l’idée de limites sur les modifications temporelles : un événement semble avoir changé le passé de sorte à ce que Cheng Xiaoshi ne se souvienne plus, tout comme la·e spectateur·ice ne le savait pas, que Lu Guang et lui étaient en réalité des amis d’enfance. La question que nous évoquions en préambule de cette partie reste donc tout entière. Ce que l’on pense connaître relève de notre propre perception du temps et agir sur le passé peut déclencher uniquement un avenir incertain.

En clair, à travers la boucle temporelle, le retour dans le passé et la fragmentation de la durée, l’animation fait du temps une véritable épreuve psychologique. Loin d’offrir un pouvoir salvateur, le voyage temporel isole, culpabilise et confronte les personnages à l’illusion d’un contrôle impossible. Plus le savoir sur le futur est grand, plus l’impuissance et la responsabilité s’alourdissent. 

Ces récits rappellent donc que modifier le passé ne supprime jamais la tragédie, au contraire, elle la déplace, la développe et l’accumule dans la mémoire. Le temps n’est pas un outil à maîtriser, mais un poids à porter avec une perception relative à chacun·e, qu’on soit elfe ou être humain.

Clara Lesage

Entre cosplay, animation, manga, jeux vidéo et littérature, Clara se passionne pour la diversité artistique qui porte à la réflexion. Son travail met un accent particulier sur les voix émergentes et les perspectives originales.

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