Interview avec Range Murata : Créateur du collectif Robot

Range Murata x Céline Maxant au FIBD d’Angoulême 2009
© Photo Journal du Japon

Nous avons rencontré Range Murata, le créateur du collectif Robot dont le premier volume sortira chez Glénat le 11 février, à l’occasion du 36e Festival International de la BD d’Angoulême.

L’hôtel Mercure est le théâtre de nombreuses rencontres entre éditeurs, journalistes et auteur.es. Range Murata est déjà en train de se prêter au jeu de l’interview alors que nous nous installons dans le salon VIP Glénat et attendons notre tour. Notre rencontre avec l’artiste ne s’est pas déroulée sans interruptions. Ce maître de l’illustration a tout de même fait preuve de beaucoup de patience, et a tenu de façon méticuleuse à répondre à nos questions. Il a par ailleurs souligné sa surprise face à l’engouement des Français pour ses œuvres au caractère plutôt alternatif.

Biographie : Renji « Range » Murata est un artiste aux multiples talents. Il officie principalement comme illustrateur pour des magazines, mais aussi comme chara-designer pour l’animation (Blue Submarine n°6, Last Exile et Shangri-La), notamment pour le studio GONZO, et le jeu vidéo. Il est également auteur de dôjinshis (manga amateur). En 2004, il lance le collectif _Robot_, un artbook qui rassemble les histoires courtes de plusieurs mangakas (Kei Sanbe, Yoshitoshi ABe, Mami Itô…) à suivre sur plusieurs volumes sur le même principe qu’un magazine de prépublication. Les éditions Glénat ont choisi de publier d’abord le second tome de la série en mars 2008, avant de publier le premier tome en ce début d’année afin de créer l’évènement. Intéressé par la mode, Range Murata participe également à la création de vêtements et d’accessoires distribués via le réseau GoFa (Gallery of Fantastic Art) à Tôkyô.

Journal du Japon : Robot rassemble les histoires de plusieurs auteurs sur un thème défini. Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser ce projet ?

Range Murata : Au Japon, la plupart des mangas sont en noir et blanc, or, du fait de mon expérience comme chara-designer pour l’animation et le jeu vidéo, je m’intéresse particulièrement au travail sur la couleur. J’ai donc eu l’idée de sortir un recueil basé sur des illustrations couleurs. Il n’y a également pas beaucoup de livres qui réunissent des illustrations de différents auteurs au Japon. J’ai trouvé l’idée intéressante de rassembler divers artistes autour d’un ouvrage commun.

Est-ce que réunir autant d’auteurs sur un même projet a été difficile ?

C’était beaucoup plus difficile que je l’imaginais. La plupart des auteurs avaient du mal à rendre leurs illustrations à la date prévu, moi y compris ! Quand on est entré dans la phase de réalisation, je me suis rendu compte que c’était plus difficile que je le pensais.

Quel a donc été votre rôle dans ce projet ?

J’étais en charge de la production générale de l’œuvre. J’ai tenu le poste d’éditeur en chef pendant toute sa réalisation et donné ses orientations.

Les univers de ce collectif sont étranges et dérangeants, surtout du point de vue d’un Français. Pourquoi avoir choisi cette thématique ?

Je me suis reposé sur l’imagination des artistes à qui j’avais demandé de travailler sur le projet. Ça a donné un recueil avec des univers qui se ressemblent mais ce n’était pas quelque chose qu’on avait décidé au départ.

Votre biographie vous décrit comme un touche à tout, à la fois illustrateur, chara-designer et même styliste, quel est le métier que vous préférez exercer ?

Tout m’intéresse parce que tout est différent et m’apporte des choses différentes. Je suis curieux et j’aime bien faire des choses très diverses.

Qu’avez-vous gardé de ces expériences artistiques ?

Il m’arrive parfois de mettre les choses en perspective mais ce n’est pas dans ma nature de tout remettre en question. J’ai traversé des moments difficiles, tout comme je me suis fait plaisir. Je ne réfléchis pas trop à tout ça !

Quel est le métier que vous n’avez pas encore fait et que vous aimeriez faire ?

Pour l’instant je n’ai pas de désir particulier mais je suis ouvert à tout. Je fais un choix en fonction de l’intérêt que je porte aux projets que l’on me propose, où selon mes propres envies. Cela dit, j’aimerais bien travailler sur un film, je n’en ai jamais encore eu l’occasion.

« J’essaie d’avoir une approche naturelle par rapport aux choses. Par contre, on dit souvent de moi que j’ai un style rétro. »

Qu’est-ce que la diversité de vos expériences a apporté à votre style graphique ?

Je n’ai pas de style spécifique, je dessine avant tout ce qui me passe par l’esprit. J’essaie d’avoir une approche naturelle par rapport aux choses. Par contre, on dit souvent de moi que j’ai un style rétro. Il y a bien un style « Murata », mais ça vient plus de la vision que les autres ont de mon style en comparaison avec d’autres artistes.

Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?

C’est difficile d’évaluer à partir de quelles influences en particulier mon style s’est développé. D’autant plus que mes inspirations remontent à ma prime jeunesse. Mon style est un mélange logique de mon environnement.

Robot est un collectif sur lequel vous avez pu travailler avec de nombreux artistes, n’avez-vous jamais pensé à travailler seul ?

Le fait de pouvoir collaborer avec d’autres artistes est une expérience plus enrichissante que lorsque je travaille seul. Ce qui me plaît c’est de pouvoir construire quelque chose avec eux. Je prends beaucoup de plaisir à œuvrer avec plusieurs personnes pour la création d’un livre.

Quel est votre rapport avec le public français ?

C’est très surprenant de voir que des gens qui vivent de l’autre côté de la Terre aiment mon travail. C’est tellement incroyable de pouvoir dédicacer des doujinshi qu’ils ont réussi à se procurer ici bien qu’on en trouve qu’au Japon. Ca me fait énormément plaisir même si j’ai du mal à réaliser.
La réalisation du collectif Robot était surtout destinée à un public japonais, c’est donc une bonne surprise de voir que des Français l’apprécient autant.

Merci pour votre temps, bonne continuation !

Céline Maxant

En créant le magazine Journal du Japon en 2008, je cherchais à valoriser la culture populaire japonaise auprès du grand public. Je souhaitais aussi mettre en avant les pratiques artistiques amateurs autour du manga et de l'animation comme le cosplay, et à faire vivre les événements aux passionné.es via des articles de presse et des reportages photos.

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