Aux Champs-Élysées avec Akino Arai

Akino Arai au piano © Photo Julien Tartarin

À l’occasion de la sortie de son nouvel album : Sora no Sphere, la musicienne et chanteuse Akino Arai est venue donner deux concerts à l’Européen de Paris, les 10 et 11 avril derniers. L’artiste nous a présenté quelques morceaux de cet album et nous l’avons rencontré, juste avant son entrée en scène pour en discuter.

Samedi 11 avril, début de soirée. Une vingtaine de Japonais s’installent non loin de la régie : les meilleures places pour profiter du meilleur profil de la chanteuse. Ils viennent de très loin pour assister au concert d’Akino Arai. La pianiste à la voix pop-folk a fait l’unanimité et nous a transporté.
Elle nous a joué des morceaux de son nouvel album (Sora no Sphere), comme Kagami no Kuni et Terminal mais aussi les titres qui ont fait son succès tels que Voices (Macross Plus), qu’elle a interprété quasiment a capella, et Hiru no Tsuki. « Il est important pour le public de pouvoir retrouver les grands classiques comme il est important pour Akino de continuer à raconter son histoire », nous explique Cédric Biscay, directeur de Shibuya International (co-organisateur du concert).
La soirée, aussi bien rythmée par des titres historiques de son répertoire que par des nouveautés, s’est déroulée dans une ambiance intimiste ﹣ la chanteuse s’est montrée très proche du public ﹣, sur fond d’un univers visuel travaillé. « Sur chaque concert, je travaille avec la société Orange Collar dirigée par Mr. Ogawa, ce qui nous permet de renforcer l’aspect artistique des morceaux », nous confiait Akino Arai avant le show. Pendant toute la durée du concert, des clips vidéos ont accompagné chaque morceaux en chœur. De l’enchaînement des titres jusqu’à sa prestation sur scène, l’artiste a pris le soin d’offrir à son public un spectacle tout en harmonie.
Tout était arrangé pour nous faire passer un moment magique, y compris la première partie. C’est le duo Yaneka qui l’a assurée avec un son qui mélangeait musique roots, musique traditionnelle japonaise, folk et percussions. Une transition habile entre le groupe et Akino Arai, dont les styles se sont parfaitement mariés.

Organisés par Shibuya International en partenariat avec J-Music Live, les deux concerts qui se sont déroulés les 10 et 11 avril derniers, n’ont pourtant pas réussi à remplir totalement la salle de l’Européen, d’une capacité d’accueil de 300 places, sur les deux soirées. « Malgré un prix de place raisonnable, soit 32 euros, ainsi qu’une excellente communication presse, nous ne sommes pas parvenus à faire le plein de spectateurs », témoigne Cédric Biscay. Il faut dire que le public était essentiellement composé de connaisseurs et de fans qui n’a pas inquiété Akino Arai outre mesure contrairement à sa dernière prestation en France il y a 3 ans. « Aujourd’hui je suis dans le même état d’esprit pour donner un concert en France qu’au Japon », nous raconte-t-elle. Avec une timidité touchante, la chanteuse a su envoûter les Français, accompagnée de son producteur Hisaaki Hogari à la guitare et de Masahiko Todo, jeune violoniste japonais, qui a fait une performance remarquable.

« Aux Champs-Elysées »
Pour remercier ses fans, Akino Arai a terminé son spectacle sur une interprétation du célèbre titre Aux Champs-Elysées de Joe Dassin, improvisé peu de temps avant le concert. Ce n’est pas la première fois que la chanteuse s’essaye au français, une langue qui semble l’avoir particulièrement inspirée au cours de sa carrière.

Au-delà de son talent vocal et musical, Akino Arai a en effet su séduire ses fans en leur proposant de découvrir le titre Mizu écrit par la franco-allemande Adeyto. « Lorsque j’ai écrit la mélodie de Mizu, j’ai pensé que ça serait bien de la chanter en français. Je lui ai donc demandé d’écrire un texte qui correspondait à la musique », nous explique Akino Arai. Morceau phare de son nouvel album Sora no Sphere, dont elle est venue faire la promotion à l’occasion de ces deux concerts, il sera suivi de près par Rêve, sur lequel les fans ont pu la suivre à l’aide d’un karaoké. Alors que les Japonais sont en train de découvrir ce nouvel album qui se veut résolument libérateur, le public français s’est laissé entraîner sur ces airs empreints de magie.
Pour l’instant, aucune source officielle ne peut confirmer la sortie d’un DVD sur ces concerts. Les fans de l’artiste lui ont dit au revoir autour d’un verre de sake, avant de rentrer chez eux la tête dans les nuages.

Biographie : Compositrice, musicienne, parolière ou encore chanteuse, Akino Arai est une artiste complète. Elle a collaboré avec les plus grands noms de la scène japonaise tels que ZABADAK (pour qui elle a écrit les paroles de plusieurs titres) à ses débuts dans les années 80, et Yôko Kanno qui l’a prise sous son aile dans les années 90. Les deux musiciennes ont produit certains des plus beaux titres de l’animation comme Voices pour le film Macross Plus. C’est après ces années de travail dans l’animation qu’elle se lance véritablement dans une carrière solo, de l’album Sora no Niwa, sorti en 1997, à Sora no Sphere, qui sort le 29 avril 2009.

Interview avec Akino Arai
© Photo Julien Tartarin

Nous retrouvons la virtuose japonaise sur la scène de l’Européen quelques heures avant son concert. Akino Arai est en train de répondre aux questions d’autres journalistes, imposant autour d’elle un silence presque sacré. C’est bientôt notre tour. Rien dans son comportement ne laisse à penser que cette grande musicienne timide et discrète est tendue avant d’entrer sur scène. D’une voix posée et calme, et après tant d’années d’expériences, Akino Arai est tout simplement heureuse de pouvoir retrouver son public français. Consciente de l’impact de son travail pour l’animation japonaise en France, elle se lie avec ce public bien spécifique d’un point de vue plus personnel et intimiste afin de lui faire découvrir les titres originaux de Sora no Sphere. On apprécie sa générosité, son humour, sa timidité, mais par dessous tout ses mélodies et le son de sa voix. Rien de tel qu’une représentation live pour mesurer toute l’étendue de son talent.

JDJ : Il y a 3 ans, lors de votre premier concert à Paris, vous appréhendiez le retour du public. Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?
Akino Arai :
Je reste un peu tendue avant d’entrer sur scène mais c’est dans ma nature. Je réagis de la même façon que ce soit en France ou au Japon. Aujourd’hui je suis dans le même état d’esprit pour donner un concert en France qu’au Japon.

JDJ : Pouvez-vous nous parler de votre parcours artistique, qu’est-ce qui vous a poussé à faire de la musique ?
Akino Arai :
Je compose des mélodies depuis que je suis petite. Mon rapport à la musique n’a pas changé, j’écris toujours avec un cœur d’enfant. J’ai créé beaucoup de morceaux pour les films d’animation et les dessins animés japonais. J’ai eu de la chance car c’est par ce biais que j’ai pu toucher le public français. Cela dit, j’ai écrit bien d’autres morceaux et je serais vraiment très heureuse si vous les écoutiez aussi.

Akino Arai sur la scène de l’Européen
© Photo Julien Tartarin

JDJ : On vous reconnaît à la fois pour votre parcours musical personnel et pour votre participation au monde de l’animation. Comment gérez-vous ce double profil ?
Akino Arai :
Il n’y a pas de démarche parallèle entre ma musique pour les films d’animation ou pour la scène. Évidemment mon travail pour le dessin animé répond à une demande précise, à une commande que je dois décrire et développer à travers ma musique, mais je ne le vis pas comme une contrainte. J’essaie au contraire de m’exprimer dans cet espace défini. On ne peut être que soi-même, en ce sens tout part de moi, tout est le fruit de mon univers.

JDJ : Votre dernier album Sora no Sphere sort le 29 avril prochain. Quel est le message de cet album ?
Akino Arai :
Dans cet album j’ai laissé parler ma propre vie, je n’ai mis aucune barrière à ma créativité. J’ai voulu repousser les limites du conscient, faire remonter à la surface toute l’énergie que j’avais au fond de moi. Si les personnes qui écoutent cet album ressentent cette énergie, ça sera vraiment formidable. C’est un partage inouï.

JDJ : Quel est la signification du titre Sora no Sphere ?
Akino Arai :
À la base, le caractère « sora » (空), représente le ciel. Dans une circonstance particulière, il peut faire référence à quelque chose d’imaginaire. « Sora no mori », le premier titre que j’ai écrit avec le terme « sora », pouvait aussi bien vouloir dire « les forêts/jardins du ciel » que « les forêts/jardins imaginaires ». On peut finalement lui donner plusieurs sens. Le ciel représente l’univers et évoque ainsi une notion d’infini, qui n’a pas de limite. Il s’apparente aussi à une divinité omniprésente. On peut être déprimé et lassé, on peut baisser les bras, quoiqu’il arrive, on verra toujours le ciel en relevant la tête. « sora » représente quelque chose qui nous tire vers le haut, qui nous oblige à nous relever. Le ciel est un ami qui protège la vie, qui nous regarde, qui veille sur nous. Enfin, quand on prend de la hauteur, de la distance par rapport aux évènements, on a une approche plus objective. C’est donc aussi une métaphore sur le fait de pouvoir relativiser.

JDJ : Quelle est la spécificité de cet album par rapport aux précédents ?
Akino Arai :
Auparavant, j’avais l’habitude de donner une structure à ma musique. Je travaille depuis longtemps avec Hogari Hisaaki, producteur et musicien en ayant cette démarche. Cette fois-ci, sans m’en rendre vraiment compte, j’ai eu une autre approche. Pour moi c’était tout simplement important qu’à travers cet album je puisse me libérer de quelque chose. Le résultat porte cette sensation de liberté intérieure, c’est en tout cas comme ça que je l’ai vécu et ressenti.

JDJ : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors de la réalisation de cet album ?
Akino Arai :
Aucune ! C’est bien la première fois que ça m’arrive !

JDJ : Vous avez collaboré avec Adeyto, une artiste complète franco-allemande sur le titre Mizu, comment l’avez-vous rencontrée et comment s’est déroulée cette collaboration ?
Akino Arai :
Vincent (présent dans la salle, ndlr), un ami français, m’a présenté Adeyto il y a déjà 7 ou 8 ans et le courant est bien passé. Nous n’avions jamais pensé travailler ensemble mais lorsque j’ai écrit la mélodie de Mizu, j’ai pensé que ça serait bien de la chanter en français. Je lui ai donc demandé d’écrire un texte qui correspondait à la musique.

Photo album Sora no Sphere © Akino Arai

JDJ : L’aspect visuel de votre univers est travaillé jusqu’à la pochette de votre album, en passant par vos concerts, pouvez-vous nous en dire plus ?
Akino Arai :
Sur chaque produit et pour chaque concert, je travaille avec la société VJ dirigée par M. Ogawa, ce qui nous permet de renforcer l’aspect artistique des morceaux. Pendant un live, une série de dessins et d’effets graphiques défilent sur un grand écran. Jusqu’à maintenant, il n’avait jamais pris mes dessins pour illustrer mes albums, on a finalement décidé de se lancer pour la première fois.

JDJ : Comment définiriez-vous votre style musical aujourd’hui ?
Akino Arai :
Je me sens très libre d’exprimer ce que je ressens sans me poser de question. Je n’ai pas de stratégie ou de concept bien défini, je laisse parler mes sentiments.

JDJ : Dans diverses biographies, on vous prête une admiration pour Kate Bush. Quelles sont vos principales influences artistiques ?
Akino Arai :
Kate Bush est une femme de ma génération, créative et vraiment unique en son genre. C’est son originalité que j’admire, en cela elle m’a beaucoup influencée. Je suis également fan du travail d’Andreï Tarkovski, grand réalisateur russe des années 60-80. D’un point de vue plus philosophique, le Dalaï Lama a également une grande influence sur moi.

JDJ : Vous semblez avoir également déclaré apprécier le travail d’Émilie Simon ? Quel est votre rapport avec les artistes français ?
Akino Arai :
C’est vrai oui ! J’adore Air aussi. (Le groupe électro-rock composé de Jean-Benoît Dunckel et de Nicolas Godin connu au Japon, ndlr)

JDJ : Mise à part la sortie prochaine de l’album, avez-vous d’autres projets en cours ou à venir ?
Akino Arai :
J’ai bien un projet personnel que je souhaite réaliser, en tout cas je fais tout pour… Je voudrais créer 5 ou 6 morceaux destinés à être chantés et accompagnés au piano pour un public européen uniquement. Les titres devraient donc être interprétés en français ou en anglais et seraient diffusés par Internet sur l’Europe. Pour l’instant c’est un peu un rêve mais ça serait formidable si ça se réalisait.

JDJ : Pouvez-vous nous dire un petit mot en français ?
Akino Arai :
Bonjour Français, France, comment allez vous, ça va ? Merci beaucoup ! (en français) (Rires)

Remerciements :
Akino Arai et la journaliste internationale Emiko San Salvadore pour la traduction.
Damien Marronneau de J-Music Live

Céline Maxant

En créant le magazine Journal du Japon en 2008, je cherchais à valoriser la culture populaire japonaise auprès du grand public. Je souhaitais aussi mettre en avant les pratiques artistiques amateurs autour du manga et de l'animation comme le cosplay, et à faire vivre les événements aux passionné.es via des articles de presse et des reportages photos.

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