Yaneka : « japanese bohemian rock »

© Photo Julien Tartarin
Chiyako Maeda et son frère Yuichiro, originaires de Nara, ont choisi de chanter et jouer ensemble sur scène en empruntant le nom de l’entreprise de charpente de leur famille : Yaneka. Leur style est un mélange de musique traditionnelle japonaise, de musique d’ambiance, de musique roots, de rock et de folk. Ils l’appellent le « japanese bohemian rock ». Ils se sont récemment installés en France et parcourent les scènes européennes. Ils ont fait les premières parties de Keisho Ohno et d’Akino Arai et ont participé à quelques uns des plus grands salons autour du « cool japan » comme le J-music Festival, Chibi Japan Expo ou Mang’Azur.
Nous les avons suivi de Paris, où ils ont fait la première partie d’Akino Arai, jusqu’à Toulon, où ils ont donné un concert au salon Mang’Azur. Chacun de ces concerts était très différent. Chiyako et Yuichiro nous expliquent : « Nous avons pour habitude d’adapter notre setlist à l’ambiance de la salle où nous nous produisons ». Ainsi, à Paris, jouant pour la chanteuse et musicienne pop-folk Akino Arai, ils étaient accompagnés par Wilfred, un percussionniste africain, offrant un spectacle dansant et festif.
À Toulon, ils nous ont plongé dans une ambiance plus rock, propre à la scène : fermée et baroque.

Dimanche 19 avril 2009, Chiyako arrive pieds nus sur la scène musicale de la convention Mang’Azur qui se déroule à Toulon, dansant au rythme des quelques notes qui commencent à raisonner. Le concert débute sur Black Coral et Kese ra, deux morceaux rock et entraînant. Yuichiro enchaîne les samples et les percussions à l’aide de ses guitares et de ses nombreuses pédales. Pour le chœur sur le titre Asuka, Chiyako n’a pas oublié son mégaphone personnalisé. Les deux artistes forment un bel orchestre à elleux seul.es. Il faut dire qu’ils pratiquent la musique depuis tout jeune. Chiyako a par exemple appris le nagauta (chant pour le théâtre) quand elle avait 13 ans.

Partis à la découverte de l’Europe, Chiyako et Yuichiro ont enregistré quatre des morceaux de leur deuxième album You’re Free (You’re Free, Ambient, Black Coral et Hosenka) au studio Abbey Road à Londres, célèbre pour avoir accueilli des monstres sacrés de la musique comme les Beatles, Radiohead ou U2. « Avec cet album nous avons pris notre envol, nous avons commencé à vivre notre vie de bohémiens, nous avons grandi », nous répond Yuichiro lorsqu’on lui demande quelle est la différence avec Roots, leur premier opus.
Depuis Roots, écrit et enregistré dans leur studio au Japon, Yaneka a voyagé et a enrichi sa musique au fil de ses rencontres artistiques. « Nous voyageons beaucoup, nous parcourons les routes du monde entier, et nous nous inspirons de chaque culture pour créer notre musique. Nous menons une vie un peu bohème », raconte Chiyako. « Nous sommes en quelques sortes des Japonais faits pour vivre en dehors du Japon », renchérit Yuichiro.
Biographie : Chiyako Maeda et son frère Yuichiro, originaires de Nara, ont choisi de chanter et jouer ensemble sur scène en empruntant le nom de l’entreprise de charpente de leur famille : Yaneka. Leur style est un mélange de musique traditionnelle japonaise, de musique d’ambiance, de musique roots, de rock et de folk. Ils l’appellent le « japanese bohemian rock ». Depuis leur lancement en 2005, ils ont enregistré un premier album Roots dans leur studio au Japon en 2007, puis You’re Free à Londres en 2008. Quatre des morceaux de ce dernier ont d’ailleurs été enregistrés au célèbre studio Abbey Road.
C’est au rayon musique du monde qu’on devrait trouver les albums Roots et You’re Free de Yaneka. Chiyako Maeda et son frère Yuichiro ont construit leur style musical à partir de leurs origines japonaises et au contact des musiques folk étrangères. Nous les avons suivi au concert d’Akino Arai le 11 avril, dont ils ont assuré la première partie, jusqu’à la 4e édition du festival Mang’Azur à Toulon, où ils ont donné un concert. Nous les retrouvons dans les loges de la convention peu de temps après leur représentation.

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Journal du Japon : Vous avez décidé de vous produire en famille. Chiyako, pouvez-vous nous parler de votre frère Yuichiro ?
Chiyako : Nous sommes frère et sœur mais nous avons des caractères très différents. Il est très patient et plein de bonne volonté. Il prend le temps de répéter, de faire des efforts pour toujours chercher à s’améliorer. C’est quelque chose que je respecte chez lui. Il met parfois du temps avant de se lancer mais une fois qu’il est parti, il fait vraiment du bon travail, un peu comme la tortue. Alors que le lapin est très rapide mais perd tout le temps, lui est lent mais remporte la partie.
JDJ : Et vous Yuichiro, même question à propos de votre sœur ?
Yuichiro : Elle est vraiment impatiente et perd toujours ! (Rires) Je plaisante ! Elle n’est pas du genre à répéter, à se concentrer sur tout ce qu’elle doit améliorer mais elle apprend très vite. C’est pour ça qu’on arrive à faire de la musique ensemble, on se complète. Chiyako est très créative, tellement que parfois elle me fait un peu peur. Autant elle peut avoir des idées de génie, autant elle peut avoir des idées complètement farfelues. Évidemment elle me fait aussi très peur parce que c’est ma grande sœur ! (Rires)

JDJ : Vous définissez votre style musical comme du « japanese bohemian rock ». Qu’est-ce que cela signifie ?
Chiyako : Nous voyageons beaucoup, nous parcourons les routes du monde entier, et nous nous inspirons de chaque culture pour créer notre musique. Nous menons une vie un peu bohème.
Yuichiro : Nous sommes en quelques sortes des Japonais faits pour vivre en dehors du Japon.
Chiyako : Cette façon de vivre nous permet aussi de prendre du recul par rapport à nos origines. Le Japon nous manque et nous prenons plus conscience de l’importance de nos racines mais peu importe d’où on vient, nous sommes tous des êtres humains.
Yuichiro : Notre musique est comme ça, c’est ce que nous voulons montrer.
JDJ : Dans quelles circonstances est né le groupe Yaneka ?
Yuichiro : Yaneka est né il y a plus de 600 ans !
Chiyako : Nos ancêtres étaient charpentiers, ils construisaient les toitures des temples bouddhistes et shintoïstes et des théâtres nô ou kabuki. L’entreprise familiale est née il y a presque 600 ans et s’est appelée Yaneka. Nous sommes la 17e génération. Nous ne savons pas faire de toits, mais nous faisons de la musique.
Yuichiro : Aujourd’hui nous sommes deux, nous avons repris le nom de Yaneka en 2005 après avoir quitté notre premier groupe. Chiyako était au chant et moi au clavier.
JDJ : Vous êtes attachés à votre héritage culturel. Chiyako, pouvez-vous nous parler de votre apprentissage du nagauta ?
Chiyako : Le nagauta est un chant traditionnel issu du théâtre kabuki. Le terme nagauta est composé des caractères « naga », qui veut dire « long » et « uta » qui veut dire « chanson ». Les chants durent en effet parfois plus de 20 minutes ! J’ai commencé à l’apprendre quand j’avais 13 ans mais c’était très difficile. Cette pratique demande beaucoup de concentration, car elle est très réglementée. J’ai arrêté, mais ça m’a aidé à me perfectionner.
Yuichiro : Il faut savoir que le nagauta était un chant (et une danse) surtout pratiqué par les geishas.
Chiyako : C’est vrai et je n’avais pas envie de devenir geisha. (Rires)

JDJ : Outre le chant, vous jouez également différents instruments…
Yuichiro : Nous utilisons un système de pédales : je compose et j’enregistre un air, en frappant par exemple le corps de ma guitare pour donner le tempo, qui va pouvoir être répété tout au long de la chanson.
Je joue de la guitare, de la guitare électrique, de la basse, du clavier etc.
Chiyako : Il a beaucoup de jouets ! (Rires)
Yuichiro : J’ai créé un instrument avec un bouchon en liège et des baguettes japonaises. (Rires) Pour ce qui est de créer des instruments j’ai beaucoup d’idées, pour ce qui est de la musique, beaucoup moins… (Rires)
JDJ : Vous êtes un orchestre à deux personnes !
Yuichiro : Oui, nous n’avons pas d’amis. (Rires) Notre ancien groupe était composé de cinq personnes : un guitariste, un bassiste, un batteur, un pianiste et une chanteuse. Quand nous sommes partis du groupe et que nous nous sommes retrouvés à deux, nous avons cherché des musiciens qui accepteraient de quitter le Japon, sans succès. Nous avons tout de même décidé de partir pour l’Angleterre, et finalement c’est de cette façon que nous avons trouvé notre style.

JDJ : Depuis vous avez fait la première partie d’Akino Arai, une autre grande artiste japonaise. Comment avez-vous vécu le retour du public sur ce concert ?
Chiyako : Nous avons été très surpris par l’accueil que nous avons eu, on n’en attendait pas tant !
Yuichiro : Nous avons l’habitude de jouer un peu n’importe où mais Akino Arai est un style de musique bien particulier. Nous nous sommes dit que si nous prenions du plaisir à jouer, le public suivrait et c’est ce qui s’est passé.
JDJ : D’après les organisateurs du concert, votre prestation était encore plus dynamique que d’habitude, notamment parce que vous étiez accompagnés d’un percussionniste…
Chiyako : Oui, c’est possible. C’était la première fois que nous faisions une représentation avec un percussionniste. C’était nouveau, donc plus excitant, nous ne savions pas comment le public allait réagir.
Yuichiro : Nous avons l’habitude de jouer plusieurs types de percussions, à commencer par la batterie, mais nous n’avions jamais joué avec un percussionniste africain.
Chiyako : C’était fantastique, Wilfred est une personne adorable. Il nous a beaucoup fait rire avant le concert. Nous avons vraiment senti qu’on pourrait faire quelque chose de spécial cette nuit.
JDJ : Vous voyagez à travers l’Europe. Comment définiriez-vous le type d’accueil que vous recevez à chaque fois ?
Chiyako : Chaque pays est très différent. Quand les Anglais n’aiment pas le son, ils parlent, ne font même pas attention à la scène ou alors peuvent avoir des réactions parfois violentes. Ils sont aussi très critiques, ils ont une bonne oreille. Quand ils aiment par contre, ils se lâchent complètement.
Yuichiro : Les Français écoutent attentivement, ils se montrent d’abord timides, ou polis mais s’ils aiment, ils nous rejoignent facilement. Les Suédois sont très intéressés par tout ce qui est nouveau, la plupart d’entre eux sont des musiciens, ils ont plus l’habitude.
JDJ : Qu’est-ce qui vous inspire dans vos voyages et qui nourrit votre musique ?
Chiyako : Les gens que nous rencontrons dans chaque pays sont nos principales sources d’inspiration. Nous sommes par exemple fans du chanteur français Nosfell, c’est un personnage impressionnant. En Suède nous avons collaboré avec un percussionniste, la musique venait de son corps, c’était magique. Même s’il ne connaissait pas nos airs, ils n’avait aucun problème pour nous rejoindre. Ces personnes nous inspirent, mais aussi l’ambiance, la culture d’un pays.
Yuichiro : Nous avons par exemple écrit le titre Solitude, après avoir visité un château au Mans. Nous nous inspirons de tout ce qui nous surprend, de nos amis, etc.
JDJ : Vous avez enregistré une partie de votre album You’re Free au studio Abbey Road à Londres. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?
Chiyako : C’était une chance incroyable d’avoir pu y jouer. Des groupes comme les Beatles, Radiohead ou U2 ont enregistré dans ce studio, il est très célèbre. Nous avions un peu l’impression d’être des touristes. Notre père aurait d’ailleurs voulu y aller plus que nous ! (Rires) Le studio dégage quelque chose de spécial, une énergie qui nous a beaucoup encouragé.
Yuichiro : Nous avons tout d’abord pensé que nous serions trop excités pour arriver à jouer et ça a finalement été tout le contraire. L’ambiance était tellement paisible, que nous sommes restés concentrés pendant toute la durée de l’enregistrement. Nous nous sentions comme chez nous, d’autant plus que l’équipe de musiciens qui nous a accueillis était très chaleureuse.
Chiyako : Nous avons d’ailleurs mis très peu de temps pour enregistrer : 4 titres en seulement une journée, dont You’re Free, Ambient, Black Coral et Hosenka. Nous nous sommes dit que dans ce studio où de tels groupes avaient réalisé tant de belles choses, nous pourrions faire quelques chose de particulier et nous l’avons fait.
JDJ : Avez-vous des anecdotes à nous raconter ?
Yuichiro : Quand nous avons quitté le studio, des groupies attendaient dehors et se sont mis à nous prendre en photo sans même savoir qui nous étions, c’était vraiment très drôle ! (Rires) Sinon, il y avait aussi cette vieille dame qui travaillait à la cafétéria, et qui n’en avait rien à faire des rockstars ! Quand un musicien lui demandait un verre, elle lui répondait d’aller le chercher lui-même. Je n’arrivais pas à lui parler tellement elle me faisait peur puis un jour elle est venue me voir en me demandant comment se passait l’enregistrement, et s’est rappelée m’avoir vu un mois auparavant. Elle m’a reconnu !
JDJ : Quelle sera votre prochaine étape ?
Chiyako : Nous allons tout d’abord travailler avec une artiste américaine, puis d’autres musiciens d’autres pays. Nous poursuivons notre route, nous allons à la rencontre des gens.

© Photo Julien Tartarin
JDJ : Vous avez beaucoup voyagé entre votre premier album Roots et le second You’re Free. Qu’est-ce qui les différencie ?
Chiyako : Roots est notre premier album. Nous l’avons enregistré dans notre studio au Japon. Il fait référence à nos racines, nos traditions familiales. Avec You’re Free que nous avons enregistré en Angleterre, nous avons pris notre envol, nous avons commencé à vivre notre vie de bohémiens, nous avons grandi.
JDJ : Pendant que vous voyagez, vous laissez vos fans japonais. Comment ça se passe avec eux ?
Yuichiro : Nous continuons d’animer une émission de radio hebdomadaire sur FM Kokoro par téléphone qui nous permet de rester en contact avec le Japon… surtout moi. (Rires) Nous parlons des musiciens que nous rencontrons, nous interprétons des titres, etc. Récemment j’ai changé de numéro de portable, le producteur ne pouvait plus me joindre et je n’ai pas participé à l’émission pendant un mois ! Les Japonais ont dû penser qu’on les avait oubliés depuis que nous étions en France ! Finalement, mercredi dernier, j’ai pu reprendre cette activité normalement.
Chiyako : À chaque fois que nous rentrons au Japon, nous donnons des concerts.

JDJ : Qu’avez-vous ressenti au concert d’aujourd’hui, sur le festival Mang’Azur ?
Yuichiro : Comme nous ne savons pas à quoi ressemble le théâtre ou la salle dans lesquels nous allons nous produire, nous composons notre setlist au dernier moment, en fonction de l’ambiance, de l’éclairage, du son etc. La scène du festival aujourd’hui était fermée, sombre, plutôt rock. Nous nous sommes donc imprégnés de cette ambiance et avons tenté de faire quelques chose d’artistique.
JDJ : Comment avez-vous trouvé le public ?
Yuichiro : Très sage au début, mais ils étaient assis par terre et notre musique était volontairement douce. Nous avons d’abord voulu créer une atmosphère, pour qu’ils rentrent tranquillement dans la musique. On a ensuite fait monter la sauce, et là tout le monde s’est levé.
JDJ : Avez-vous eu le temps de faire un tour sur le festival, qu’en avez-vous pensé ?
Chiyako : Oui, nous avons adoré la maison de thé et les différents concerts ! Les organisateurs ont fait tellement d’efforts pour respecter l’ambiance traditionnelle japonaise.
Yuichiro : Nous avons parfois l’impression que les Français qui aiment le Japon sont plus japonais que nous ! J’ai par exemple découvert Death Note, récemment et en France !
Merci infiniment Yaneka pour cet entretien et bonne route !
Pour aller plus loin :
yaneka.canalblog.com
myspace.com/yaneka

