Final Fantasy XIII : révolution ou mort du RPG classique ?

De l’eau a coulé sous les ponts depuis l’annonce du projet Fabula Nova Crystallis à l’E3 2006. L’ère de la HD est maintenant bien ancrée dans les salons du monde entier et c’est avec un plaisir non dissimulé que tout fan digne de ce nom accueille le cadet de la grande famille des RPG : Final Fantasy XIII. Premier opus d’une compilation qui va faire parler d’elle, FF XIII ne semble pas pour autant faire l’unanimité chez les fans. Si tout porte à croire que le titre de Square Enix fait appel aux « classiques » du genre, ce n’est que poudre aux yeux, le RPG japonais, avec cet épisode, signe son propre arrêt de mort… pour une meilleure résurrection ?

Fabula Nova Crystallis, le nouveau chapitre de la saga Final Fantasy. © Final Fantasy XIII/Square Enix

Voilà près de quatre ans que le douzième épisode, qui a divisé les fans de la série, est sorti. Rappelez-vous à l’époque, déjà, la critique s’indignait de l’orientation que prenait la série avec un système qu’elle qualifiait de « proche d’un MMORPG dans un univers beaucoup plus ouvert qu’aucun autre jeu de rôle japonais n’avait osé faire avant ». FF XII fût un échec cuisant pour des raisons d’immersion dans l’univers, de gameplay bancal et bien d’autres raisons. Pourtant c’est avec cet épisode que Square Enix a eu la volonté de couper court avec les classiques du genre tels que la linéarité et la liberté de mouvement ou encore le gameplay rigide trop souvent décrié par les fans. Avec la démocratisation de la HD et les possibilités infinies qui s’offraient aux développeurs, il était évident que le treizième épisode irait dans ce sens.

La fin du RPG traditionnel

Ne nous voilons pas la face, un jeu de rôle typique japonais se résume en général à prendre en main un héros totalement dépourvu de ses attributs dans un petit village au fin fond de nul part coulant une vie sereine, jusqu’au jour où un événement tragique vient tout remettre en question. Si cette caricature peut prêter à sourire elle n’en est pas pour autant dénuée de vérité. Sans tracer des plans sur la comète, il est certain que le dernier né des studios nippons marque un véritable schisme vidéoludique dans l’histoire du RPG japonais pour tout ce que ce nouvel opus boulverse. Dans FF XIII tout va très vite et rien n’est laissé au hasard. Après un début explosif digne des plus grands films catastrophe vous prenez en main une femme du nom de Lightning au sang froid qui ne laisse pas de marbre Sazh son compagnon d’infortune. En effet, le début du jeu tranche dans le vif du sujet en nous imposant un climat de guerre entre les Psicom, une unité chargé de la déportation de nombreux citoyens et une poignée de ces malheureux luttant contre cette purge insensée. Durant les premières heures du jeu ont prend plaisir à découvrir à la fois le système de jeu ainsi que l’histoire générale. Sans rentrer dans les détails, c’est à ce moment que vous allez rencontrer cinq des six personnages jouables et apprendre quelques unes des raisons de leur présence dans ce conflit. La force du scénario et le rythme imposé est tel qu’il est toutefois difficile de décrocher tant l’envie d’en savoir plus nous dévore à mesure que les heures défilent au compteur. Ce qui frappe le plus à mesure que l’on avance dans d’interminables couloirs, c’est la présence de grands espaces sans aucune ville à proprement parler. Si la classique ville-étape a disparu, c’est aussi à cause du rythme incessant que nous impose le scénario.

La Psicom ne cessera de vous pourchasser tout au long de votre périple. © Final Fantasy XIII/Square Enix

Les personnages au centre de l’intrigue

Vous l’aurez compris nous ne sommes plus vraiment au cœur d’un RPG au sens large. Dans FF XIII le scénario dicte la suite des événements à tel point que pendant les vingt premières heures du jeu vous ne cesserez de jongler entre les différents protagonistes. Si cette méthode a déjà été utilisée dans un Final Fantasy de façon ponctuelle (le 8 par exemple lors de l’attaque de la base des missiles et de la BGU), ici le scénario vous l’impose pendant les deux tiers de l’aventure. Pour la première fois dans un RPG tout le système semble être au service de l’histoire. Le résultat qui en résulte est le sentiment de foncer lors des phases d’exploration pour connaître la suite des événements. Bien sûr, dans tous les jeux de rôle le scénario tient une importance non négligeable dans le déroulement du jeu, mais jamais on nous a autant imposé de suivre en simple ligne droite les phases de découverte, d’affrontement, pour enfin en savoir plus sur le récit. Malgré tout, comment ne pas éprouver du plaisir à diriger un à un tous les protagonistes du jeu. En effet, ceux-ci ont enfin leur propre personnalité, leurs craintes et surtout leurs motivations. Ainsi, vous vous retrouverez très vite séparés en petits groupes selon les affinités qui se créent entre les personnages et la tournure des événements. Malgré une volonté de lutter contre leur destin nos six « héros » se retrouveront tout de même réunis pour apprendre les véritables raisons de leur malédiction.

Pour une fois dans un RPG japonais, chacun des six héros possède ses propres motivations. © Final Fantasy XIII/Square Enix

Un système de combat parfaitement dosé

Comment peut-on omettre de parler du cœur de tout RPG sans passer par ce qui donne tout son sens au genre, on parle bien entendu de ses phases de combat. Square Enix à toujours soigné ses systèmes d’évolution et au bout du treizième épisode aucun ne se ressemble vraiment. La barre ATB (Active Time Battle) fait son grand retour mais contrairement à ses ainés chaque segment vous permet d’utiliser une action. Celle-ci va se remplir tout au long de l’affrontement et vous permettra de choisir judicieusement quel sort lancer. Seulement voilà, contrairement à ses prédécesseurs vous ne dirigerez ici qu’un seul protagoniste. Rassurez-vous l’IA est d’une précision chirurgicale dès l’instant où vous aurez sondé les points forts et les faiblesses de l’ennemi. Pourtant quoi de plus rageant que de se voir octroyer un superbe Game Over lorsque votre leader rendra l’âme. Un choix un peu radical de la part des développeurs qui vous donnera matière à des arrachages de cheveux compulsifs. Ne vous attendez pas non plus à voir votre inventaire se gonfler d’armes à la pelle puisque en tout et pour tout au terme d’une trentaine d’heure de jeu vous aurez accumulé près de trois ou quatre armes par personnage. En effet, celles-ci comme les accessoires possèdent leur propres niveau. À vous donc d’utiliser judicieusement des matériaux pour les améliorer. Le système pourrait être enrichissant si les gils coulaient à flot, hors ce n’est pas la cas et vous délaisserez très vite la modification des armes pour y revenir qu’a la fin du jeu, dommage !

De longues heures de level-up sont à prévoir avant de pouvoir espérer vous défaire de ce colosse ! © Final Fantasy XIII/Square Enix

Verdict ?

Qu’on se le dise, Final Fantasy XIII n’est pas en soi un mauvais jeu loin de là. Pour les joueurs ne connaissant pas la série c’est une aubaine au vue des nombreux points de gameplay qui ont été simplifiés. Les aficionados en revanche trouveront de nombreuses choses à redire : un scénario très classique, une exploration trop dirigiste, une difficulté parfois mal dosée et des invocations façon « Transformers ». Que faut-il voir dans ce dernier opus ? Une volonté de toucher un plus large public ? Oui sans aucun doute. Mis à part ce point, difficile de ne pas voir un changement des habitudes de jeu. Resonance of Fate (du même éditeur) qui sortira en cette fin de mois semble prendre la même orientation. Difficile de ne pas voir une certaine évolution des façons de jouer. Le renouvellement des joueurs induit probablement un besoin de dynamiser un genre qui pataugeais dans la semoule depuis les dernières années. Un mal ou un bien c’est à chacun de juger, après tout le RPG connaît de nombreuses déclinaisons (tactique, action… ). Force est de constater que Square Enix nous propose dans chacun des ses titres des univers tous plus merveilleux les uns des autres. Peut-être que l’histoire catastrophe tournant autour de la fin du monde peut sembler redondante, mais c’est avec brio que l’équipe nippone arrive à nous surprendre et ce à chaque fois.

Pour aller plus loin :
www.finalfantasy13game.com (site)

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