Children Who Chase Lost Voices from Deep Below / Makoto Shinkai : étoile montante
Magnifique. C’est le mot qui vient à l’esprit lorsque l’on tombe sur l’un des films de Makoto Shinkai. Mais ses productions ne sont pas qu’un régal pour les yeux, car celui-ci aborde dans chacune d’elles le thème de la séparation entre êtres chers. Sa dernière œuvre, Children Who Chase Lost Voices from Deep Below, est sortie dans les salles japonaises au printemps dernier. L’occasion pour nous de revenir sur ce film et sur la carrière de l’étoile montante de l’animation japonaise contemporaine.

Du chat à l’espace
Né en 1973, Makoto Shinkai a commencé sa carrière en tant que graphiste pour Falcom, une société de jeux vidéo. En 1997, il réalise sur son temps libre des courts-métrages d’animation en solo. Kanojo to Kanojo no Neko (Elle et son Chat), court de 5 minutes, remporta plusieurs prix mais surtout lui permis de rencontrer les bonnes personnes. Notamment Yoshihiro Hagiwara qui l’aidera à la production de son prochain projet.

Il décide alors de se lancer comme animateur en freelance afin de réaliser quelque chose de plus long. Et c’est en février 2002 que The voices of a distant star sort en DVD au Japon. Cet OAV, réalisé dans sa quasi-totalité par Shinkai lui-même (la première version du doublage était effectué par lui et sa femme !), nous conte l’histoire de Mikako et Noboru alors que la première est appelée par la force spatiale des nations unies afin de partir en mission dans l’espace. Nos deux amoureux entretiennent alors une relation longue distance en s’envoyant des e-mails. E-mails qui prennent des plus en plus de temps à parvenir à leurs destinataires alors que Mikako commence à s’éloigner de la Terre. Dès le début, la qualité de l’animation et des arrière-plans portent la patte Shinkai et font de ce premier projet un succès commercial.
Plus c’est long plus c’est bon

En novembre 2004, Makoto Shinkai nous offre son premier long-métrage. La Tour au-delà des nuages nous plonge dans une réalité alternative dans la fin des années 90 où le Japon est séparé en deux. Le sud occupé par les USA et le nord par l’Union. Au nord se dresse une étrange tour qui culmine bien au dessus des nuages. On suit les aventures de Hiroki, Takuya et Sayuri qui s’amusent à retaper un avion afin d’un jour s’envoler vers cette tour. Mais un beau jour, Sayuri disparaît mystérieusement et les deux amis restant, touchés par cette perte, prennent des chemins différents…

Sorti au Japon en mars 2007, 5 centimètres par seconde, considéré par certains comme le meilleur film d’animation japonais non dirigé par Hayao Miyazaki, est la seule œuvre longue de Shinkai qui n’intègre pas d’éléments surnaturels. Regroupement de trois épisodes, chacun d’entre eux suit un pan la vie du jeune Takaki Tôno et nous montre ses deux amours non consommés qu’il regrette au troisième épisode. L’histoire poétique et les décors somptueux − la Shinkai touch − donnent à l’œuvre un côté très mélancolique qui frappe encore plus que dans les autres travaux de Shinkai de part l’absence d’action.
Voyage au centre d’Agartha
Pour Children Who Chase Lost Voices from Deep Below, Shinkai a réuni la majorité de l’équipe qui avait réalisé 5 centimètres par seconde.

Le film commence avec Asuna, jeune fille courant vers ce qui semble être son petit endroit secret se situant au milieu de la montagne. Elle y écoute la radio avec un transistor de sa confection utilisant une mystérieuse pierre laissée par sont père. Asuna, ayant une mère peu présente à cause de son travail d’infirmière et un père décédé, est obligée de grandir vite et de devenir indépendante. Bien que solitaire, elle se balade souvent avec son ami Mimi, petit chat à queue d’écureuil.

Le lendemain, alors qu’elle retournait à son spot préféré, elle rencontre Shun qui la sauve d’un monstre étrange, notamment à l’aide du pouvoir d’un cristal qu’il porte à son cou. Elle retrouve ensuite le jeune garçon l’attendant près de sa cache secrète avec Mimi et bien qu’elle ne lui pose pas de question, il lui révèle qu’il vient d’Agartha − ce qu’Asuna pense être un pays étranger. Shun est retrouvé mort au fond de la rivière, nouvelle plongeant Asuna dans la tristesse. Mais en écoutant le cours de son professeur remplaçant, Morisaki, Asuna se rend compte qu’Agartha est en fait dans la mythologie, au même titre que le Yomi ou Shambhala, un monde souterrain qui aurait la connaissance requise pour ramener les morts à la vie… Monde qui existe réellement puisqu’Asuna va se retrouver, après un concours de circonstances, à suivre Morisaki dans un périple à travers Agartha. Nous sommes alors plongés dans une civilisation en ruine abritant bateaux volants, monstres gardiens et créatures obscures.
Hello, goodbye and hello

On s’interroge sur les raisons qui poussent Asuna à suivre Morisaki − qui lui, souhaite ramener sa femme à la vie − dans ce monde en déclin. Mais l’on se rend vite compte qu’il se montre comme une figure paternelle pour Asuna et que ce voyage est en fait une manière pour elle de faire le deuil de son père. Dans The voices of a distant star, Noboru devait dire au revoir à Mikako, dans La Tour au-delà des nuages c’était Hiroki et Takuya qui souffraient la perte de Sayuri, ici Makoto Shinkai se focalise encore plus sur l’après. En effet, Asuna et son père sont déjà séparés au début du film, les circonstances de sa mort ne sont d’ailleurs même pas expliquées. Et c’est le deuil d’Asuna, personnifié par son voyage insensé dans l’ex-utopie Agartha, qui nous est présenté ici. Dans une autre mesure, l’incapacité de Morisaki à faire le deuil de sa femme et sa résolution à trouver le moyen de la ressusciter nous montre à quels extrêmes peut nous mener la perte d’un être cher.

Bien que traitant dans le fond d’un sujet aussi sérieux, Children Who Chase Lost Voices from Deep Below n’en est pas lourd pour autant. Le film donne la part belle à l’action et la beauté des paysages, marque de fabrique du réalisateur, donne même parfois une impression de chaleur. Espérons que l’on puisse découvrir cette nouvelle épopée à la sauce Shinkai rapidement en France et que le réalisateur se remettent très vite à d’autres projets. En attendant nous vous invitons à découvrir The voices of a distant star et 5 centimètres par seconde chez Kazé ainsi que La Tour au-delà des nuages chez Pathé Vidéo.

