L’affaire Sugaya : L’enquête des journalistes

Condamné à la prison à perpétuité pour le meurtre d’une petite fille, Toshizaku Sugaya a été innocenté après avoir passé 17 ans en prison, grâce à l’investigation d’une équipe de journalistes.
C’est cette enquête, menée par Kiyoshi Shimizu, journaliste de la chaine NTV, que raconte L’affaire Sugaya, one shot documentaire basé sur des faits réels, réalisé avec la collaboration de la chaine et publié chez nous aux éditions Delcourt.
Kiyoshi Shimizu, réalisateur en chef dans la rédaction « actu » de la chaine NTV, est amené à constituer une équipe et à réaliser une enquête dont il aura choisi l’objet. Les évolutions de cette enquête seront diffusées dans une série de 5 émissions au cours d’une année dans le cadre du programme Action initiée par NTV. Le but de ce programme est de présenter des sujets de société de manière approfondie avec des reportages qui peuvent faire bouger le Japon.
Shimizu est alors happé par une affaire non résolue de disparition d’une fillette (Yukari, 1996) qu’il met très vite en corrélation avec une autre affaire datant de 1990, très similaire, mais qui a elle trouver son coupable après que le corps de la petit Mami ait été retrouvé. Un certain M. Sugaya.
En y regardant de plus près, Shimizu se rend compte que l’homme en prison pourrait être innocent, étant donné que les éléments de l’enquête policière ne tiennent pas debout. Et que le meurtrier, toujours en liberté, serait un tueur en série. Il aurait déjà sévi plusieurs fois dans un rayon de quelques kilomètres mais les polices des deux départements concernés n’auraient jamais fait le lien.

Une grande enquête
Ce manga retrace les étapes de l’enquête des journalistes. Du moment où Shimizu décide de se lancer dans cette recherche de la vérité, jusqu’à la libération de Sugaya, mettant en lumière les erreurs et des manipulations qui ont été commises, de la part des institutions policière et juridique mais aussi des médias. Parce qu’il en va de la responsabilité des journalistes de ne pas se contenter de recevoir l’information par les autorités et de remettre en doute la parole de l’État, qui dans ce cas cherchait un coupable à tout prix.
Le récit est parfaitement clair, simplement raconté. Ce qui est intéressant, en plus du dénouement, est de voir les méthodes utilisées par les journalistes : recherches, interviews et surtout l’accompagnement et l’importance du respect des victimes dans leur quête. On y découvre aussi les failles du système policier-juridique comme le fait que le lien entre plusieurs meurtres n’ait pas été fait parce qu’ils se sont produits dans deux départements différents et surtout l’utilisation du test ADN comme d’une source sure alors qu’il n’était à l’époque qu’à ses balbutiements (et en l’occurrence bien mal interprété, pour ne pas dire illisible).
Le manga, scénarisé par Hiroshi Takano et dessiné par Kenichi Tachibana, est accompagné à la fin du récit de photos de l’équipe en tournage, d’une chronologie des meurtres et d’une interview de M. Sugaya par M. Shimizu réalisée en 2010 qui complètent le récit. On y comprend notamment pourquoi M. Sugaya, terrorisé par l’inspecteur, a reconnu avoir tué la fillette malgré son innocence.
L’affaire Sugaya est un manga particulièrement émouvant puisqu’on pense aux victimes d’un tueur en série toujours libre et à la vie détruite de ce M. Sugaya. Mais aussi parce qu’on réalise qu’il y a toujours de l’espoir. M. Sugaya s’est retrouvé seul pendant des années dans son combat pour la liberté. Une lutte qu’il a finalement remportée grâce au soutien de journalistes (et même de la maman de l’enfant dont il a été accusé du meurtre) qui avaient à cœur de faire leur métier jusqu’au bout. Mais si l’affaire Sugaya est bel et bien classée, celle des fillettes du Kita-Kento est toujours ouverte. Et les journalistes continuent leur investigation.
Lire un extrait du manga

