Interview avec Kunio Katô auteur de La maison en petits cubes : de l’animation au livre

Récompensé aux Oscars et au Festival d’Annecy, La maison en petits cubes a bien voyagé depuis sa sortie des studios de la compagnie ROBOT. Succès d’estime mondial, ce court-métrage de Kenya Hirata (scénario) et Kunio Katô (dessin/animation) a depuis été porté sur papier, sous la forme d’un livre pour enfants (cf. notre chronique). À l’occasion du Salon du Livre de Paris 2012, nous avons pu rencontrer Kunio Katô.

Kunio Katô au Salon du Livre de Paris © Photo Thomas Hajdukowicz

Journal du Japon : Comment est né le projet La maison en petits cubes ?

Kunio Katô : À la base, on nous avait proposé un projet de courts-métrages de jeunes réalisateurs. Bien avant, j’avais dessiné des illustrations de maisons à étages composées de petits cubes. Quand j’ai présenté ça à monsieur Hirata, le scénariste, il a eu l’idée de faire de ces maisons le symbole de l’histoire d’une famille, de ses souvenirs.

Pourquoi avoir dessiné des petits cubes, avant même le lancement du projet ?

L’animation de La maison en petits cubes était une commande. ROBOT a demandé un film original, en fait. Comme je suis un créatif, j’ai toujours plein d’idées, de projets en cours. Je n’ai pas forcément de but dans ce que je dessine. Du coup j’ai montré plein d’idées, de croquis, et ce sont les petits cubes qui sont sortis du lot.
En fait, cet assemblage de petits cubes en tant qu’images est longtemps resté ancré en moi. Je voulais en faire un livre d’illustrations. J’ai voulu faire évoluer ce monde de ville submergé où aurait évolué un personnage de petite fille que j’avais dessiné. Cette petite fille n’a rien à voir avec celle qu’on voit dans le film et le livre. Ce projet-là a été abandonné. Seul a subsisté l’histoire avec le grand-père.

Animation La maison en petits cubes © ROBOT 2008

L’idée de départ par donc de vos dessins. Quand monsieur Hirata a écrit l’histoire, avez-vous eu votre mot à dire sur l’avancée du récit ?

Quand je lui ai montré les premières illustrations, Kenya Hirata a commencé la rédaction de l’histoire. Pendant ce processus d’écriture, nous avons beaucoup discuté : il écrivait, je dessinais, mais nous continuions à beaucoup discuter. Petit à petit, on a en fait composé ensemble. Cela ne s’est pas fait d’un seul coup, mais vraiment à base de discussions et de confrontations de points de vue. Nous sommes arrivés à ce résultat en travaillant vraiment ensemble.

La Maison en Petits Cubes © ROBOT 2008

Justement, comment avez-vous échangé ? Comment travailliez-vous ensemble ?

À la base, monsieur Hirata est scénariste chez ROBOT. Je suis moi-même animateur et illustrateur dans cette entreprise. Du coup, il n’y a pas eu besoin d’échanges de mails ou quoi que ce soit. Nous nous voyions dans le même bureau pour pouvoir échanger les documents. C’est comme ça que nous avancions, au quotidien.

Vous avez dit avoir d’abord voulu en faire un livre. C’est pourtant un film qui a d’abord été produit. Qu’est-ce qui a poussé le studio à édité un livre ?

D’habitude, c’est vrai qu’on adapte en film un livre. Ce qu’il s’est passé, c’est qu’après avoir vu l’animation, un producteur m’a proposé de l’adapter en album illustré. J’ai eu beaucoup d’hésitations. J’avais passé un an sur la production du film, et ce producteur ne voulait pas travailler sur le même sujet, ni avec les mêmes illustrations.
Mais monsieur Hirata était très intéressé par le support livre, parce que c’est quelqu’un qui lit lui-même beaucoup d’histoires à ses enfants. Aussi, il m’a poussé à essayer de m’adapter au support papier. Du coup, le livre d’adresse plus aux enfants que l’animation. Et comme il s’agit de deux modes d’expression bien distincts, l’animation et le papier, je me suis dit qu’approcher la même histoire différemment constituerait un bon challenge. Ca m’a vraiment motivé.

Vous considérez donc que La maison en petits cubes est un livre pour enfants ?

Pour moi, c’en est un, oui. Le sujet des souvenirs, d’explorer le passé, est un thème compliqué pour les enfants. Je voulais les toucher sans forcément qu’ils comprennent tout de suite le message. C’est pour ça qu’il y a eu un gros travail sur les couleurs. C’est nostalgique mais pas triste. Il fallait être à la portée d’un public plus jeune. Au Japon, de toute façon, les albums illustrés sont forcément à destination des enfants. On ne voit pas forcément les dessins de ces ouvrages comme de l’art. Comme je ne voulais pas faire la même chose que le film, je me suis adapté au public pour faire autre chose.

Extrait La Maison en Petits Cubes © ROBOT 2008

Quelles ont été les contraintes techniques ou artistiques du portage sur papier ?

Refléter le temps qui s’écoule ou les mouvements saccadés du héros, qui est assez vieux, par une illustration figée, ça a été difficile. Il a fallu réfléchir à comment lui donner vie à travers de simples dessins, tout en faisant avancer l’histoire. On a donc altéré un peu le scénario original. Dans le film, le grand-père perd sa pipe ; pour le livre, on a choisi des outils, parce que ça semblait plus naturel.
Dans un film, tout est expliqué de manière linéaire, et le rythme est imposé directement. Avec un livre, le lecteur avançant dans l’histoire comme il l’entend, il fallait vraiment qu’il comprenne pourquoi le héros plongeait.

Kunio Katô au Salon du Livre de Paris © Photo Thomas Hajdukowicz

Vous avez rencontré votre public français. Qui sont les gens qui sont venus vous voir, et quels ont été leurs messages ?

Le public français est vraiment différent du public japonais en cela qu’il a acheté beaucoup de livres. Au Japon, La maison en petits cubes est connu pour être un film avant tout… J’ai été très heureux de rencontrer ces lecteurs, et de constater qu’il y avait des gens très différents. C’était une bonne surprise !

Quels sont vos projets actuels ? Y’a-t-il d’autres livres de prévus ?

Je reste très intéressé par le thème de la mémoire, ayant 35 ans. Là, il s’agissait des souvenirs d’un vieillard. Maintenant, j’aimerais travailler sur ce que j’ai ressenti plus jeune. On part donc sur quelque chose de plus personnel. Il y a plusieurs projets en cours, comme un recueil de petites historiettes paraissant tous les mois dans MOE, un magazine culturel mensuel publié par Hakusensha.
Je mène aussi une exposition itinérante sur La maison en petits cubes. Elle va du Nord au Sud du Japon. Pour cette exposition, j’ai spécialement créé 5 petits films qui représentent le quotidien, les relations humaines.

Dédicace pour Journal du Japon © Photo Thomas Hajdukowicz
Dédicace de Kunio Katô pour Journal du Japon

Remerciements à Aya Fukuzumi qui a assuré la traduction.

Propos recueillis par Thomas Hajdukowicz

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