Lika aux cheveux longs : Pour le plaisir des yeux

Lika aux cheveux longs © Yûji Kanno / Matayoshi 2013 • nobi nobi !

Après le succès de « La Maison en petits cubes »:http://www.journaldujapon.com/2012/03/la-maison-en-petits-cubes-retour-vers-le-passe.html, et la sortie plus confidentielle de « Daisy l’apprentie sorcière »:http://www.nobi-nobi.fr/catalogue/1772_daisy-lapprentie-sorciere, l’éditeur nobi nobi ! nous enchante à nouveau avec le dernier né de sa « hors collection » : « Lika aux cheveux longs »:http://www.nobi-nobi.fr/catalogue/1840_lika-aux-cheveux-longs de Yûji Kanno au scénario et Matayoshi au dessin.

Une histoire simple

Lika, c’est une petite fille aux traits elfiques vivant dans un mystérieux village montagnard avec sa grand-mère, et qui possède de très longs cheveux. Vendant tous les jours les pots pourris que sa grand-mère confectionne, l’enfant se rend vite compte que les ventes sont de plus en plus difficiles à l’approche de l’hiver. Le coiffeur des environs, qui convoite depuis longtemps la chevelure de Lika, lui fait alors une proposition perturbante, mais qui pourrait les aider elle et sa grand-mère dans l’adversité.
Quelles seront les conséquences si Lika accepte le marché ? Y-a-t-il un lien avec les visites étrangement quotidiennes de ce petit inconnu ?
Ainsi pourrait-on résumer ce livre écrit par Yûji Kanno. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette histoire aux attraits fantastiques ne met pas vraiment l’accent sur son coté merveilleux, mais plutôt sur son coté humain.

Lika aux cheveux longs © Yûji Kanno / Matayoshi 2013 • nobi nobi !

Les rapports humains représentent en effet la thématique principale du récit, tout d’abord à travers la dévotion dont fait preuve Lika envers sa grand-mère, mais aussi via la « morale » : il ne faut pas avoir peur de se confier à ses proches lorsque quelque chose ne va pas. Plus largement, le livre pourrait incarner cette peur qu’inspire le coiffeur et l’angoisse que ressentent les enfants lors de leur premier coup de ciseaux.
Malgré tout, dans l’ensemble, on pourra regretter la légèreté du propos, qui se veut héritier de grands contes tels que Raiponce des frères Grimm. Car si on peut trouver un point commun entre les chevelures hors-norme des deux héroïnes, la comparaison – exagérée – s’arrête là, et le tout reste tout de même beaucoup plus simpliste que les contes de Grimm.
Si l’histoire n’est pas extraordinaire en soi, c’est surtout au niveau du travail artistique que se portera naturellement l’intérêt du lecteur.

Un travail d’orfèvre

En effet, lorsque l’on prend Lika en main, force est de constater le magnifique travail de finition qui a été apporté à l’ouvrage : couverture cartonnée effet « vieux livres », titre en relief rehaussé de dorures, papier jauni et épais, qualité d’impression parfaite. Tous ces éléments attirent l’œil du lecteur, font que l’on a envie de toucher le livre, de le sentir, et enfin de l’ouvrir.
Puis on découvre l’intérieur, et plus que le texte, ce sont les superbes illustrations de Matayoshi qui absorbent le lecteur. Les couleurs sont douces et évoquent un univers mélancolique. Le trait est soigné et minutieux au niveau des textures des cheveux, mais également au niveau des visages, expressifs à souhait et transmettant pleinement les sentiments des personnages.

Lika aux cheveux longs © Yûji Kanno / Matayoshi 2013 • nobi nobi !

On note pareillement l’importance de la symbolique dans l’ouvrage : Lika, enfant, tient une fleur sur la couverture de l’album et porte un bouquet à la fin. Par ailleurs, les couleurs et textures changent lors de l’évocation du coiffeur, avec par exemple des spirales bleutées qui traduisent le trouble de la jeune enfant. Mais la page centrale de l’album reste la plus captivante : sans texte, elle traduit pourtant tout le déchirement de Lika, au centre de l’image, toute petite dans le géant fauteuil du coiffeur, et entourée d’un médaillon d’inspiration Art nouveau.

Au détour d’un goûter ?

Au final, Lika aux cheveux longs brille par sa finesse et sa qualité graphique. Bien que l’histoire soit en deçà de ce que l’on pouvait attendre, elle reste tout de même convenable pour un public très jeune (autour de 6-8 ans, pas plus). Elle pourra permettre d’engager des discussions autour de la confiance, de la nécessité de parler de ses problèmes à ses proches, et éventuellement du don de soi. Par ailleurs, les illustrations de Matayoshi peuvent servir d’introduction à un univers pictural s’éloignant de ce que les enfants côtoient habituellement.
Le livre surfe donc sur la tendance de ces beaux livres dits « pour enfants » dont le visuel léché prime avant tout, dans la lignée des Benjamin Lacombe ou Rebecca Dautremer. Une belle acquisition, qui ravira certainement plus les amateurs du genre que les enfants à proprement parler.

 Visuels © Yûji Kanno / Matayoshi 2013 • nobi nobi !

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