Satoe TONE : la charmante illustratrice derrière la petite grenouille

C’est au dernier Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil que Journal du Japon a fait une délicieuse rencontre, avec Satoe TONE. Cette auteure japonaise a signé cette année l’envoûtant Voyage de Pippo, édité chez nobi nobi! et que nous évoquions déjà lors de notre sélection jeunesse pour la fin 2014. Après avoir été séduit par la petite grenouille et son périple onirique, nous voulions échanger avec cette illustratrice de 30 ans, passionnée de nature et d’animaux, qui a conquis en avril dernier le jury de la Foire du livre jeunesse de Bologne, l’un des plus importants salon européen dans le domaine, qui lui a décerné son Premier Prix.

Nous avons alors rencontré une jeune femme charmante et souriante, humble et inspirée. Voici donc cette rencontre avec une illustratrice dont l’art, comme le sourire, sont des vrais rayons de soleil…

Satoe Tone - Photo Paul OZOUF

Satoe TONE – Photo Paul OZOUF

Une grenouille à Bologne

Journal du Japon : Bonjour Satoe TONE… Pour débuter pouvez-vous nous dire comment Le voyage de Pippo a été créé ?

Satoe TONE : Tout a commencé avec la Foire du Livre de jeunesse de Bologne. J’ai participé au concours de ce festival en envoyant cinq dessins, et ils m’ont attribué le Premier Prix International de l’Illustration. C’est suite à ça que ces illustrations se sont développées pour devenir Le voyage de Pippo.

Ce prix a été très important pour votre carrière et vous a permis de sortir de l’anonymat. Est-ce que vous vous souvenez du moment où vous avez appris que vous étiez la gagnante de ce premier prix ?

C’était directement au salon, lorsqu’ils l’ont annoncé au micro. Je ne m’y attendais vraiment pas, j’ai cru qu’ils s’étaient trompés lorsqu’ils ont dit mon nom. J’étais très heureuse bien sûr mais surtout étonnée sur le moment !

Un sentiment visible dans cette vidéo de la NHK consacrée à l’artiste, où il est fait mention du festival et de la fameuse remise des prix (à partir de 2’31) :

Mais cette fameuse grenouille, Pippo, comment-est-elle née ?

En fait le modèle était un chien. (Rires

Vraiment ?

Oui oui, c’était même le chien de ma mère qui vit au Japon. (Rires)

En fait tout est venu des yeux du chien, qui sont très expressifs et qui semblent parfois pleins de tristesse. Je voulais faire une histoire à partir de ce regard, de cette émotion. Mais un chien est quelque chose de très caractéristique, dans son comportement, dans sa personnalité, et ça ne coïncidait pas forcément avec l’univers que je voulais créer. C’est pour ça que j’ai plutôt choisi une grenouille, à qui j’ai donné les yeux de ce chien…

Pippo à l'honneur sur le stand nobi nobi du SLPJ 2014

Pippo à l’honneur sur le stand nobi nobi! du SLPJ 2014 – Photo Paul OZOUF

Et pourquoi avoir choisi de parler des rêves, d’où vient cet univers onirique ?

Au-delà des yeux de Pippo, mon travail est principalement centré sur les émotions, et j’essaye toujours d’y mettre beaucoup de sensibilité, de douceur… Pour exprimer tout ceci et pour raconter une histoire autour de Pippo, les rêves étaient l’outil idéal pour exprimer mon style, mes illustrations, mes peintures… C’est ce qui me correspondait le mieux.

De plus les rêves sont des choses qui peuvent facilement s’adapter, se transformer, qui n’ont pas de barrière. Et puis ça me permettait de représenter ce que je préfère : la nature et les paysages.

Vos propres rêves ressemblent à ça ?

Ah non, mes rêves sont plus réalistes. J’aimerais bien qu’ils soient comme mes planches ! (Rires)

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Pippo rêve d’automne…

Satoe TONE : inspirations et aspirations… 

Si cela ne vient pas de vos rêves alors, quelles sont vos sources d’inspiration ?

Pour mes récits je fais des choses simples en fait. Je ne suis pas une écrivaine de toute façon, j’ai fais des études d’illustrations et c’est surtout comme ça que je raconte mes histoires. Donc je m’inspire de discutions que j’ai pu avoir avec mes amis, d’histoires qui sont arrivées à mon entourage… des choses comme ça.

Et pour les illustrations ?

Tout vient de ce que je vais voir, en me baladant dans la rue, en croisant certains paysages.

Vous avez mentionné votre attrait pour la nature. Le Japon est connu pour ses paysages magnifiques au fil des saisons, est-ce que vous avez un endroit favori là bas ?

Hanami me manque. Cela fait trois ans que je vis à Milan et je n’ai pas encore pu retourner au Japon au printemps, pour la floraison des cerisiers. Et j’aimerais pouvoir aller à Yakushima aussi, qui est magnifique à cette période. (Yakushima est une île au sud du Japon, classée au patrimoine mondiale de l’Unesco et connue pour avoir inspirée les forêts de Princesse Mononoké ou Nausicaä de la valléé du vent, NDLR

En forêt, à Yakushima - photo Σ64

En forêt, à Yakushima – photo Σ64

Une fois l’inspiration en poche, comment créez-vous vos planches ?

J’utilise principalement la gouache, et plus particulièrement une gouache acrylique assez lumineuse. Pour appliquer les couleurs je commence par les tons les plus sombres comme le sépia ou un gris puis j’ajoute, encore et encore, plein de couleurs plus claires : le rouge, le jaune, le vert, etc. Je suis toujours cet ordre là.

 

Et de toutes les planches du Voyage de Pippo, quelle est votre favorite ?

L’avant-dernière planche, celle où Pippo se met à courir : j’aime les couleurs et la joie qui se dégage de cette planche. Pendant que je la réalisais j’étais moi-même heureuse, tout comme Pippo ! (Rires)

Pippo, à la fin de son voyage

Pippo, à la fin de son voyage

Pour finir parlons un peu de vous. Vous dites que vous vivez depuis 3 ans à Milan… Pourquoi avoir choisit l’Italie plutôt que de vivre au Japon ?

En fait j’aime beaucoup la vie en Italie, j’y suis très heureuse car je m’y sens libre. Le Japon est un pays plus fermé, où il est difficile de dire ce que l’on désire. Je m’y sentais enfermée, à l’étroit. Au Japon on ne peut pas dire non, même si on le veut.

Beaucoup de Japonais vivent très bien avec ça, mais je n’étais pas heureuse, pas satisfaite de cette vie. Ce n’est pas que je n’aimais pas le Japon, j’aime beaucoup mon pays et les Japonais…

C’est votre vie artistique qui ne vous convenait pas ?

Voilà, la vie artistique et le style de vie en général. Je me sens mieux en Italie.

Et est-ce que vous pensez que vos personnages conservent un coté japonais ?

Oui, tout comme ça fait partie de moi. En fait mes personnages sont assez timides et modestes, on peut dire que c’est ça leur coté japonais ! (Rires)

Dédicace Satoe TONE - photo Paul OZOUF

Dédicace Satoe TONE – photo Paul OZOUF

Et à travers l’aventure de ce cher Pippo, quel est le message que vous voulez faire passer ?

Mon message… Réfléchit

Je dirais que la chose importante est d’apprendre à ouvrir les yeux. Les choses les plus importantes sont toujours les plus difficiles à trouver, à atteindre. Mais si on ouvre bien les yeux, on voit souvent qu’elles sont à coté de nous.

On ouvrira les yeux alors… Merci Satoe Tone !

Retrouvez planches et informations sur Le voyage de Pippo sur le site internet des éditions nobi nobi !.

Un grand merci à Satoe Tone pour sa simplicité, sa bonne humeur et son temps. Remerciements également à Amel et aux éditions nobi nobi pour la mise en place de cette interview. Photo Paul OZOUF pour ©journaldujapon.com – Tous droits réservés.

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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3 réponses

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  3. 28 mai 2017

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