Kids On The Slope : Mélodie encore mineure

C’est un gros fantasme qui se réalise pour une niche de fans : le manga Sakamichi no Apollo, alias Kids On The Slope, est enfin disponible dans les bacs. Le volume, très discrètement édité par Kazé Manga, est le premier sur neuf d’une histoire ayant donné l’adaptation en anime bien connue des otakes français. La comparaison des supports, pour le moment, ne lui fait pas honneur. Critique.

 

SAKAMICHI NO APOLLON © 2008 Yuki KODAMA / Shogakukan Inc.

 

Kids On The Slope, version animée, « a déjà été traité dans nos colonnes »:http://www.journaldujapon.com/2012/07/kids-on-the-slope—un-effet-boeuf.html. L’œuvre est appréciée par les fans d’animations qui voient en elle un anime original et appuyé par Shinichirō Watanabe et Yōko Kanno, les deux grands noms de Cowboy Bebop. Dybex ne s’y est pas trompé et diffuse la série en simulcast légal et gratuit sur Dailymotion. Petit rappel de l’intrigue de Yūki Kodama par un profane, pour les profanes.
Kaoru est un jeune lycéen. Comme tous les lycéens de synopsis de manga, il arrive en terre inconnue : un lycée normal sans problèmes ni interventions surnaturelles. Sa vie n’est pas marquée par la stabilité et il anticipe un départ imminent, ayant l’habitude de déménager à cause de son papa marin. Inutile de préciser que c’est précisément dans cet établissement qu’il va y faire des rencontres décisives, qu’il va davantage s’ouvrir aux autres et, globalement, voir sa vie et son moral s’améliorer.

Une version originale des sixties

Ce postulat pourrait ressembler à un miasme de clichés du genre mais un certain nombre de paramètres vont pimenter cette introduction. L’intrigue, et c’est une petite surprise pour les lecteurs qui s’y lancent aveuglément, se passe dans un Japon du milieu des années 60. Un cadre avec son contexte économique et social qui pourrait avoir un impact dans l’intrigue. Ce choix fait émaner une certaine simplicité – somme toute technologique – qui peut rebuter les plus geeks d’entre nous, mais c’est la musique et non la technologie qui importe.
Kids On The Slope est l’histoire d’un groupe de jazz dont Kaoru va être le membre le plus récent. Nous sommes en 1966, précisément l’année où les Beatles vont faire un concert mémorable au Budokan, mais point d’anglais ou de rock – nos héros baignent dans une ambiance smooth et jazzy.

 

SAKAMICHI NO APOLLON © 2008 Yuki KODAMA / Shogakukan Inc.
 

 

Kaoru, avec son portait de parfait anti-héros, est pourtant quelqu’un de très crédible : il est dépeint comme un lycéen introverti, isolé et intelligent, qui somatise facilement. En effet, il est sujet à de nombreuses crises d’angoisses et de nausées. Seul échappatoire? La musique… ou le toit de l’école. Un mécanisme qui va le conduire à rencontrer Sentarou, grand malabar plus commode qu’il n’y paraît.Une relation de je-t’aime-moi-non-plus assez troublant démarre dans ce premier tome. Kids On The Slope serait-il un rare manga tout publics à aborder frontalement un héros homo ? Peut être pas, une jeune fille, connaissance de Sentarou, vient conquérir le cœur de notre héros. Ce premier tome adopte un format très routinier : un chapitre d’introduction « scolaire », un autre pour introduire le format musical, un dernier en ouverture pour poser des pistes. Tout ça reste assez plat et attendu.
Cette lecture du premier tome engage le lecteur dans une sorte de pari : passer outre le peu d’événements et considérer que la suite sera meilleure ? Quelques mangas arrivent pourtant à mieux nous plonger dans leurs univers respectifs, sans pour autant commencer in medias res. Sans ce présupposé apporté par l’anime et sa réputation, on pourrait facilement abandonner. On s’accrochera cependant en sachant que la suite devrait réserver son lot de surprises et de développements.

 

Une intrigue musicale mais muette

Si le manga reste une chronique sociale du japon – menée par des personnages nés dans un pays occuppé, aux cicatrices parfois littérales – mais aussi une tranche de vie, entre musique et romance, le style graphique adopte cette simplicité, cette ligne claire et neutre qui peut ravir ou irriter. Adeptes des décors fouillés à la Inio Asano, passez votre chemin !

 

SAKAMICHI NO APOLLON © 2008 Yuki KODAMA / Shogakukan Inc.
 
 

Le manga Kids On The Slope manque d’une dimension essentielle. La lecture est tristement silencieuse et on aimerait pouvoir accompagner les personnages dans leurs jam sessions, comprendre cette synesthésie tant prônée dans ce premier volume. Il est d’autant plus difficile de comprendre les enjeux rythmiques et sociaux du jazz sans en avoir la démonstration directe, c’est pourquoi on aura vite tendance à se diriger vers l’adaptation animée, disponible en 13 épisodes.
Si Kids On The Slope pose une introduction plein de promesses, elle donne envie d’aller se faire spoiler en images et musiques. Pour l’instant, le papier n’est pas à l’image du jazz, entraînant et inventif. On capte bien le potentiel derrière cette histoire mais ce début ne lui rend pas honneur. Dommage ainsi que le deuxième tome, celui d’un hypothétique départ de grandes storylines, ne soit disponible qu’en juin.

 

Visuels © 2008 Yuki KODAMA / Shogakukan Inc

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