SPYAIR : une success story à la japonaise

Le mois dernier, le Tokyo Crazy Kawaii comblait les attentes musicales de son public avec des concerts enthousiasmants au sein d’un line-up plutôt rock n’ roll. Parmi tous les groupes présents, l’un d’entre eux a marqué les esprits : SPYAIR.

SPYAIR au TCKP - Photo Natacha P.

Jusqu’ici, ce jeune groupe de rock enchaînait les succès au Japon, mais n’était connu en France que de certains amateurs de J-music et de japanime pour l’énergie de leurs morceaux et leurs génériques d’animes ou de dramas. En plus de confirmer leur talent sur scène et de ravir son public, ce quatuor s’est aussi dévoilé aux médias, le temps de plusieurs interviews ou conférences. Ils ont donc pris quelques minutes pour discuter avec Journal du Japon de leur parcours et de leurs références musicales.

Si, avant ce festival, vous vous demandiez « Mais qui est SPYAIR ? », voici désormais quelques réponses… Histoire d’un groupe de rock qui a désormais rencontré le succès.

 

Rêves de gosses et influences : les débuts de SPYAIR

Pour le groupe tout commence dans leur ville natale, à Nagoya, en 2005. Ike (chant), Momiken (basse) et Kenta (batterie) sont trois amis de collège qui se retrouvent souvent au même izakaya (sorte de bar à tapas made in Japan) où les attend un karaoké. À l’époque, de nombreux groupes de rock sont populaires et le trio est largement influencé par la musique US : Linkin Park est une référence majeure mais ils citent aussi Aerosmith et quelques groupes japonais comme B’z ou HI-STANDARD.

C’est surtout l’univers du rock qui fait rêver les adolescents: faire des concerts, composer des chansons, voyager et avoir du succès auprès des filles… Momiken et Kenta finissent par convaincre Ike : « T’as une super voix, tu devrais devenir chanteur, tu aurais du succès auprès des filles ! Et d’ailleurs, si on faisait un groupe ? ». Alors qu’ils vont entrer au lycée, les trois hommes se lancent dans les rues de Nagoya. Uz (guitare) les rejoint rapidement et voilà, SPYAIR est né!

SPYAIR : Uz, Ike, Momiken et Kenta - Photo Lōlu

Uz est le compositeur du groupe pendant que Momiken se charge des paroles et que Kenta s’occupe, comme le dit Uz, « de mettre l’ambiance ! ». Lorsque nos confrères de « Parasite Scene »:http://www.parasite-scene.com/2013/08/interview-avec-spyair.html leur demandent d’où vient leur inspiration, Uz évoque des idées qui viennent d’un peu partout, quotidiennement, ainsi que de la musique qu’il écoute. Momiken utilise, pour sa part, toutes les frustrations qu’il connaît ou a connu pour écrire les paroles. C’est ainsi, comme il l’explique, « que nos chansons ont toujours une part de lumière et une part d’ombre. »

Le groupe se lance donc, mais tout n’arrive pas du jour au lendemain : SPYAIR s’autoproduit pendant quatre ans, sortant un mini-album puis trois albums. Leurs performances live leur permettent de se faire connaître petit à petit et, juste avant leur entrée en major, leurs derniers concerts de rue rassemblaient près de 2 000 personnes … et ce n’est qu’un début.
En 2009 ils signent chez le label indépendant U-Project. C’est à cette époque qu’un cinquième membre rejoint le groupe, Enzel, en tant que DJ. Le quintet sort son premier single en indé, Japanication, un clin d’œil à leur histoire de musiciens de rue :

Après un second single, Kanjou Discord, le groupe est alors repéré par Sony Music, avec qui il signe en 2010.

 

Le chemin jusqu’au Budokan…

La Major semble bien décidée à exploiter le potentiel du groupe en misant sur une formule bien huilée : les génériques d’anime et de drama. Leur premier single,Liar, est le générique du drama Hammer Session. Le second, Last Moment, est le 25e ending de l’anime Bleach et le troisième Samurai Heart – Some Like it Hot cartonne en tant qu’ending de l’anime Gintama :

Néanmoins, comme le groupe l’explique « chez nos confrères d’Ongaku Dojo, »:http://www.ongaku-dojo.fr/interview-jmusic/2013/09/spyair-tokyo-crazy-kawaii-paris/ il ne se voit pas exclusivement comme un groupe à générique d’animes et juge cette étiquette inexacte et réductrice : « Je ne pense pas que cette appellation soit juste. Nous avons collaboré avec le monde de l’animation afin de rendre notre musique plus accessible, mais en aucun cas nous n’avons modifié nos titres dans le but d’obtenir une collaboration.
Ce qui est bien avec le monde de l’anime, c’est qu’aucun studio ne fait ce genre d’exigences. Chacun travaille dans un respect mutuel de l’autre, et dans le but d’obtenir de ce travail commun le meilleur résultat possible ! C’est pour ça que nous ne nous sommes jamais considérés comme « un groupe à générique d’anime », et les gens qui nous qualifient ainsi ne nous connaissent tout simplement pas.
»

Rockin' the World, 1er album

 Avec la fin de l’été 2011 vient leur premier album : Rockin’ the World, qui parvient à se classer dans le top 10 de l’Oricon. Le groupe enchaîne alors les singles et les génériques de drama ou d’anime, avec Gundam ou à nouveau Gintama

Chaque nouveau single est bien classé dans les charts et 2012 sonne comme l’année de leur révélation au grand public : ils sont choisis pour le thème de la version japonaise de The Amazing Spiderman, alignent les concerts nippons et sortent un second album Just do it. Pour cet album SPYAIR a voulu, selon ses propres mots « expérimenter des choses, voir où on pouvait aller et tenter de nouvelles directions. Ça nous a permis d’évoluer »
Même s’il se tourne vers l’avenir, SPYAIR reste attaché à ses racines et multiplie les collaborations, comme ci-dessous avec le chanteur SEAMO et avec des groupes de rock indés car, comme ils nous l’expliquent : « Nous sommes très attachés au milieu qui nous a vu grandir, tout simplement. C’est grâce à ce milieu que nous en sommes là aujourd’hui, que nous avons pu nous construire et avoir confiance dans notre musique. »

Par ces collaborations, le groupe veut aussi bien renvoyer l’ascenseur – et révéler quelques groupes méconnus – que se faire plaisir dans ces échanges musicaux : « La musique c’est aussi une chance incroyable de pouvoir faire de nouvelles rencontres, de découvrir les gens, c’est pourquoi nous consacrons aussi beaucoup de temps à ces activités. »
Enfin, pour finir en beauté 2012, le groupe va réaliser un rêve : jouer au Budokan, la salle mythique de Tokyo. La date est fixée le 18 décembre et le public est au rendez-vous. Plusieurs mois ont passé depuis et, avec le recul, le groupe voit ce concert comme un moment clé de leur carrière : « Nous avons beaucoup appris là-bas, en réfléchissant à nos performances sur scène pour donner le meilleur de nous-mêmes. C’est maintenant du passé, mais le Budokan demeure une grande expérience. Ça dépassait nos objectifs premiers et je pense que ça a changé notre vision du monde, de ce qu’on peut réaliser. Ça marque un tournant de notre carrière et une nouvelle base pour la suite. »

Seule ombre au tableau : le départ d’Enzel, qui décide de quitter le groupe de lui-même après ce concert. Mais cela n’émeut pas plus que ça Ike : « Enzel a décide lui-même de partir. Comme nous avons commencé le groupe à quatre, ça nous semblait logique de continuer ainsi et de toute façon, il était hors de question qu’on s’arrête ! »
Toujours gonflé à bloc, le groupe espère bien sûr retourner dans cette salle mythique mais, pour l’instant, en 2013, d’autres défis les attendent …

 

De nouveaux horizons…

Pour le groupe, 2013 comporte deux objectifs : « Cette année notre souhait était de travailler notre création musicale avec notre dernier album, Million, et de nous préparer pour ce live en France. Ça peut paraître terre à terre, mais on cherche à avancer progressivement, par étape, pour donner à chaque fois le maximum. »

Million, 3e album
 

Ayant déjà accompli leurs rêves d’enfance, SPYAIR prend maintenant les choses avec philosophie, se fixant un objectif après l’autre. Pour Million, le groupe cherche à créer un album qui aurait pu leur plaire à eux-mêmes lorsqu’ils étaient jeunes. Ils souhaitent refaire du CD un objet désirable comme à l’époque de leurs premières découvertes musicales.
Ensuite, lorsqu’il compare la création de cet album au précédent, Ike évoque le plaisir qu’ils ont pu prendre : « En fait, on a aimé réaliser cet album encore plus que le précédent. Bien sûr, il y a des choses qui sont plus compliquées dans le travail du son et d’un point de vue technique, mais je pense que cet aspect fun est ce qui le différencie principalement du précédent. Ça et le fait qu’on a pu y mettre toute notre expérience accumulée depuis plusieurs années.

De toute façon, aucun album ne ressemble à un autre … . Au fur et à mesure que l’on joue, nos sentiments vis-à-vis de la musique changent, évoluent, notre besoin d’expérimenter de nouvelles choses est de plus en plus présent … c’est aussi ce qui fait qu’il y a toujours un challenge ! »
La sortie de Million est internationale et confirme, avec leur venue au Tokyo Crazy Kawaii, leur souhait de travailler en dehors du Japon. La prise en compte d’une fanbase internationale s’est faite, pour le groupe en tout cas, grâce aux réseaux sociaux. Ils évoquent ces derniers lors de la conférence du TCKP, à quelques heures du concert : « Par les réseaux sociaux, on sait que des gens sont là et nous attendent, donc ça nous rassure un peu. Mais on a hâte de vérifier ça par nous-mêmes, de voir l’accueil que le public va nous réserver et l’ambiance que le public français va mettre à ce concert ! »
On apprécie aussi que le groupe ne voit pas ce concert comme un simple one-shot à l’étranger, pour la gloire : « On irait n’importe où pourvu qu’on puisse y jouer ! Mais surtout, on aimerait retourner plusieurs fois dans les pays où l’on joue, et en faire notre « maison », c’est pourquoi on voudrait revenir en France par la suite. »

Uz et Ike - Photo Lōlu
 

Pour finir, nous échangeons avec eux sur les derniers concerts qu’ils ont aimé, et Uz revient sur son intérêt pour le groupe B’z, dont il aime autant la musique que la façon de travailler. Il évoque le concert événement pour les 25 ans de carrière du groupe, qu’il a adoré. La perche est tellement grande qu’on n’y résiste pas et nous leur demandons où ils s’imaginent au bout de 25 ans de carrière… Hilarité générale dans le groupe, toujours habitué à penser en termes de semaines ou de mois, et pour qui l’année 2030 ne veut rien dire !
Néanmoins Ike finit par évoquer 2015, qui marquera les 10 ans de carrière du groupe : rien de précis n’est encore programmé mais quelques idées commencent à germer et le groupe a envie de marquer le coup…
Un retour en France peut-être ? Espérons-le !

Ike au TCKP - Photo Lōlu
 

Pour en savoir plus sur la venue du groupe au TCKP, lisez « notre compte-rendu musical »:http://www.journaldujapon.com/2013/09/tokyo-crazy-kawai.html ou jetez un œil aux « photos du groupe lors de leur concert parisien »:http://www.journaldujapon.com/spyair-au-tckparis/ !

Vous pouvez aussi retrouver le groupe sur « son site internet »:http://www.spyair.net/ ou suivre leur actualité via leur « page Facebook »:https://www.facebook.com/spyairofficial?fref=ts ou leur compte « Twitter »:https://twitter.com/SPYAIR_NET.

Sources : « Ongaku Dojo »:http://www.ongaku-dojo.fr/interview-jmusic/2013/09/spyair-tokyo-crazy-kawaii-paris/, « Parasite Scene »:http://www.parasite-scene.com/2013/08/interview-avec-spyair.html, « Wikipedia en »:http://en.wikipedia.org/wiki/Spyair, « Visual-keios »:http://www.visual-keios.com/2013/10/interview-with-ike-of-spyair/, « heart.okwave »:http://heart.okwave.com/campaign/gt/interview_singer,
Remerciements à SPYAIR et au staff de Tokyo Crazy Kawaii pour la mise en place de cette interview.

 

Photo Natacha P. & Lōlu ©journaldujapon.com – Tous droits réservés

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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