Crossfaith : avoir foi en sa musique

C’est le 19 novembre que Crossfaith a fait son retour en France, pour partager la scène du Trabendo avec Deadly Circus Fire ainsi que Skindred, deux groupes de métal britanniques. Bien que le groupe japonais n’était pas tête d’affiche ce jour-là, leurs premiers fans étaient déjà présents aux alentours de 14 heures, impatients de rencontrer ces artistes qui fêtaient ce même mois, leurs 7 ans de carrière.
Pour en apprendre davantage sur cet engouement, nous avons demandé à Kenta (chant) et Hiroki (basse) de se prêter au jeu de l’interview quelques heures avant le début de leur concert.Itw Crossfaith - Photo Chung Hee-Jee

 
Journal du Japon : Alors comment allez-vous quelques heures avant le concert ?

Kenta : Ça dépend de l’endroit, des dates. Parfois je me sens nerveux, parfois excité, mais la plupart du temps ce n’est rien.

Et ce soir ?
Kenta : Juste excité.
Hiro : C’est la deuxième fois que l’on vient ici…
Kenta : Hum… troisième fois !
Hiro : Deuxième fois, deuxième fois ! La dernière fois était ici aussi, et c’était plutôt un succès. C’est vraiment génial, et je suis donc juste heureux et excité.

Quel mot vous vient en tête pour décrire Crossfaith ?
Hiro : FUTUR !
Kenta : Oui, futur. En tant que son, ce serait “Futur” et en tant que groupe, ce serait “amis”

Et pouvez-vous nous donner un mot qui définirait chaque membre du groupe ?
Manager : Ken, Hum…
Hiro : Cuuute ! Kawaii (rires)
Kenta : Dormeur ; Teru est fou, Tatsu est bizarre, et Kazu est macho…oui !
Hiro : Teru… grognon, Tatsu est bizarre, Kazu, oui…macho, et Ken est mignon ! (Rires)

Comment vous est venu le nom de Crossfaith ?
Kenta : Disons que chaque personne a son propre “crossfaith”. Chacun a foi en une musique, en la vie, en tout. Et là, il faut imaginer un croisement entre l’homme et cette foi, dont Crossfaith serait le point de rencontre des deux.

Itw Crossfaith - Photo Chung Hee-Jee

Quel était votre but avec la création du groupe ?
Kenta : Oh, notre but ? Les festivals. Faire un festival en tête d’affiche…ce sera pour un jour, peut-être !

Comment les rôles sont-ils répartis ? Qui écrit, qui compose ?
Hiro (Pointant Kenta du doigt) Il écrit les paroles.
Kenta : Oui, j’écris. Ensuite, il y a Kazu et Teru qui sont plutôt les compositeurs. Enfin, ils apportent les idées, et chaque membre du groupe y met du sien dans les chansons.

La chanson Omen est une reprise à votre sauce du morceau du même nom de The Prodigy. Pourquoi ce morceau, et que représente ce groupe pour vous ?
Ikegawa Hiroki, le bassiste du groupe :Je pense que c’était en 2009…2010 ? 2011 ? On a choisi la chanson en 2010 et on l’a enregistrée en 2011.
Kenta : On était de grands fans de The Prodigy et on voulait reprendre nos chansons préférées.The Prodigy étaient des pionniers du rap et rock, on ne trouvait aucun équivalent ailleurs. On avait le même esprit pour la musique donc on a pensé que ça nous conviendrait. C’est pour ça qu’on l’a choisi.

Votre style musical pourrait être qualifié de métalcore et d’électro. Pourquoi s’être dirigé dans cette voie ?
Kenta : Nous avons repris beaucoup de groupes tels que Killswitch Engage, Slipknot et bon nombre d’autres qui avaient des sons électro. On a un DJ (Teru) qui peut faire les sons. Au début, on a commencé sans cela, et on a ressenti le besoin d’en rajouter. On ne l’a pas décidé du jour au lendemain, c’était juste naturel.

Beaucoup de groupes décident également de mixer métal et électro. Pensez-vous que c’est l’avenir du métal, que le métalcore seul n’est plus d’actualité ?
Kenta : Non, ce n’est pas le futur, mais…le métalcore avec l’électro, il y a en effet beaucoup de groupes qui font ça et je n’aime pas forcément leurs chansons. On ne veut pas être comme tous ces autres formations. On veut juste faire de la musique.
On est le futur, mais je ne pense pas que les autres groupes le soient.

C’est donc, pour vous, votre originalité ?
Les deux : Oui, absolument !
Hiro : Il y a tellement de groupes avec des sons électro. Mais leurs sons sont tellement insipides, faciles… c’est terrible. Écoutez Crossfaith, et vous remarquerez la différence.

Itw Crossfaith - Photo Chung Hee-JeeVous avez partagé la scène avec de grands noms Américains, comme Bring Me The Horizon. Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

Kenta :L’idée du show notamment, et de la tête d’affiche. Bring Me The Horizon, qui ont beaucoup de qualités, nous ont apporté quelques bonnes idées pour les gros concerts.
Hiro : Leurs scènes et leur public sont énormes comparé à nous, donc forcément ça nous pousse à faire beaucoup mieux. Ils ont fait énormément de gros événements, ça a été une bonne expérience.

Était-ce quelque chose que vous désiriez dès le départ, partager l’affiche avec les plus gros groupes de métal ?
Kenta : Quand on a commencé ce groupe ? Oui, bien sûr, avec Slipknot
Hiro : As I lay Dying !
Kenta : Oui bien sûr, et Killswitch Engage notamment.

Suite à cela, vous avez collaboré avec un producteur américain (Machine). Pourquoi s’être dirigé vers les Etats-Unis ?
Kenta : C’est très simple… Prenons une image : le baseball est énorme aux États-Unis, mais pas énorme en France. Donc les joueurs français veulent jouer aux États-Unis pour progresser en baseball. C’est la raison pour laquelle on a choisi les États-Unis pour faire notre album. C’était un long chemin pour choisir Machine, il y a des tonnes de bons producteurs, on en a beaucoup discuté. On se demandait tout le temps “qui est le meilleur pour nous ?”. Nous avons écouté tellement d’albums avant de nous décider. Puis nous avons fini par le choisir.

Préférez-vous travailler avec les Américains ou les Japonais, finalement … Quels sont les avantages de chacun ?
Kenta : Les producteurs américains font beaucoup de rock, ils y sont habitués, et c’est la raison pour laquelle les États-Unis présentaient un avantage. Au Japon, la scène est minuscule niveau métal. En Amérique, il y en a tellement. Des groupes tels que Stone Sour par exemple sont connus là-bas, mais ils restent inconnus au Japon. Les producteurs américains ont plus de compétences pour faire grandir un groupe, et le faire sonner plus professionnel et grand, je pense.

Vous avez dit que certains groupes que vous écoutiez étaient bons sur CD, mais décevants sur scène. Pensez-vous que la qualité d’un groupe , et plus largement sa musique se jauge par rapport à ce qu’il communique en direct ?
Les deux, en coeur : Ooooooooooooooh !
Kenta : c’est une question vraiment intéressante ! Je pense que la scène est la chose la plus importante pour un groupe. Et parfois oui, quelques groupes me déçoivent.
Hiro : Pour ma part, je pense que métal, hardrock, les groupes touchant à ce genre de scène musicale doivent être plus cool lorsqu’ils sont en concert. Mais quelques groupes indépendants sont constamment en compétition et leurs shows ne sont pas cools du tout, alors qu’ils sont très bons sur album. Je pense que c’est tolérable dans leurs cas, mais en ce qui concerne la scène dans laquelle nous sommes, on se doit d’être plus cool sur scène que les autres. Il y a une énergie à communiquer et un show à assurer.
Kenta : Et le groupe a besoin du producteur pour être plus cool sur scène.
Mais je pense que ça, c’est pas cool. (Rires)

Qu’est-ce que la « révolution Crossfaith » ?
Tour Manager (passant par là) : La révolution est la signification de ce nouvel album, Apocalize. Cela tourne autour des notions de destruction et création. Il faut tout reconstruire.
Kenta : c’est la chose la plus importante par rapport à l’album.

Vous avez déclaré sur votre site que vous vouliez que votre nouvel album Apocalyze soit considéré comme votre réel commencement, et pourtant vous avez débuté en 2006 : comment considérer vos albums précédents ? Représentaient-ils une sorte de recherche identitaire ?
Hiro : Nos précédents EP avaient été composés à partir de sons de notre DJ Teru, c’est pour cette raison que ce nouvel album sonne différemment. Là, ça commence vraiment avec Apocalize.
Kenta : On a changé notre style un petit peu aussi. C’est un tempo différent, une façon différente d’appréhender les voix. On a fait un album qui n’est pas vraiment “populaire” ni “catchy”, mais plus “viral”. Donc oui, je pense que c’est ce qui le différencie de nos travaux précédents.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières lors de la création de cet album ?
Kenta : On a passé beaucoup de temps sur la composition de cet album. On a commencé l’été dernier. Il y avait des chansons qu’on n’avait pas fini d’écrire jusqu’à ce qu’on arrive en studio. C’était pas facile. Mais j’adore cet album.

Itw Crossfaith - Photo Chung Hee-JeeQuelle est votre chanson préférée dans celui-ci, et pourquoi ?
Les deux : Ooooooooooh…
Kenta : C’est une question difficile !

Hiro : Gala Hala (Burn Down The Floor). Qui vient d’un lieu en…Slovénie ?
Kenta : Slovaquie ?
Hiro : Slovaquie ! C’est un endroit où il y a beaucoup de vieux villages, mais il y a des fêtes et des boîtes de nuit.
Kenta (lui souffle) : Ghetto !
Hiro : C’est assez ghetto oui, mais on a adoré cet endroit, donc après la tournée, en retournant au Japon, on a écrit à propos de Gala Hala.

Les dernières chansons ajoutées dans vos playlists?
Kenta : Zomboy, de l’électro… je sais pas d’où il vient, mais…
Hiro : Moi aussi ! Il est très bien !
(Zomboy est un DJ et producteur britannique faisant majoritairement du dupstep, NDLR)

Vos projets pour le futur ? y a-t-il des groupes avec lesquels vous aimeriez collaborer à l’avenir ?
Kenta : Tourner, on veut continuer à faire des tournées jusqu’à l’année prochaine, et préparer des albums. Après cela, on va continuer au japon ! Des tournées en tête d’affiche. Je ne sais pas quand on sortira de nouveaux morceaux, mais on va continuer à en composer de nouveaux ! Et faire une tournée autour du monde !

Que souhaitez-vous que le public retienne de vous ? Et puisque vous fêtez vos sept ans de carrière ce mois-ci, vous-mêmes, qu’avez vous retenu de ces dernières années, de façon globale ou anecdotique ?
Kenta : En 2009, on a joué lors d’un festival de métal au Japon. Avant d’y aller, on était un petit groupe et un gars qui nous aimait nous a donné l’opportunité de jouer à ce festival. Dix minutes avant de monter sur scène, on pensait qu’il n’y aurait que 100 personnes parce qu’on était un petit groupe. Mais quand nous sommes arrivés sur scène, 3000 personnes étaient là. Je me suis dit “oh mon Dieu !”. C’est un bon souvenir !
Hiro : Moi aussi je trouve. C’était la première fois qu’on faisait une aussi grande scène.
Kenta : Et le jour précédent, premier jour du festival, un groupe avec lequel nous partagions la scène n’a eu que 100 personnes ! Donc oui, c’était un bon souvenir.

Un message pour nos lecteurs ?
Kenta : Merci d’avoir pris le temps de lire. Nous venons de sortir notre album Apocalize, et on va revenir l’été prochain. A bientôt, et restez avec nous !

Alors, qu’en est-il de Crossfaith sur scène ?

Le groupe a été fidèle à l’image renvoyée en interview. En effet, bien que n’étant pas tête d’affiche du concert ce soir-là, ils ont remporté l’affection du public tout entier. Il convient de relever que, même pour Skindred qui était pourtant la tête d’affiche, le public a semblé moins participatif. Après le passage de Deadly Circus Fire en première partie, pendant lequel le public n’a pas été très communicatif, Crossfaith a redonné vie au Trabendo. Non seulement leur musique semblait répondre aux attentes, mais comme ils nous l’avaient annoncé en interview : un groupe tel que le leur se doit d’être cool sur scène, et communiquer l’énergie nécessaire. Pari gagné.

Il faut dire que les Japonais n’ont pas hésité à jouer avec les fans et à avoir un jeu de scène plus que convenable en dépit de la taille minuscule de cette dernière : déplacements, lancés de baguettes, communion (physique) avec le public avec notamment un slam mémorable du DJ Teru. L’unicité du moment était indéniable, la complicité des membres palpable par un public bien heureux de se prêter au jeu des “wall of death” et autres “circle pits” lorsque le chanteur leur soumettait l’idée.
Mais, avec seulement 45 minutes de show, beaucoup sont malheureusement restés sur leur faim et l’idée d’oublier cette peine avec la bouteille de Jack Daniel’s de Teru est venue à un fan qui, s’approchant de la scène, a pu partager quelques gorgées avec le musicien.

Alors Crossfaith a-t-il vraiment quelque chose de plus que les autres groupes ? Sans doute. S’ils sont le futur ? C’est en bonne voie. Voulons-nous les revoir l’été prochain en tête d’affiche ? Absolument.Itw Crossfaith - Photo Chung Hee-Jee

 

Retrouvez toutes nos photos du concert dans notre album.

Pour en savoir plus sur le groupe :
N’hésitez pas à vous informer davantage sur leur site officiel.
Mais aussi à les suivre sur Facebook et Twitter.
Sans oublier de les écouter sur YouTube  !

Merci au groupe, à leur manager, mais aussi à tous les musiciens présents ce jour-ci. Photos Chung-Hee Jee pour ©journaldujapon.com

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. Gallan dit :

    Pour moi il n’y a pas à discuter Crossfaith (http://www.crossfaith.jp) et Trazaac (http://www.mp3trazaac.com) sont les meilleurs !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *