ALBATOR : bilan de son retour sur Terre

A l’époque de ses premières diffusions à la télévision française, Albator a marqué les esprits au point de devenir le symbole de toute une génération. Presque 30 ans après Albator 84, le capitaine, son équipage et son vaisseau, l’Arcadia, reviennent sur le devant de la scène, dans un long métrage en 3D sobrement intitulé ALBATOR : Corsaire de l’Espace.
Une avant-première a eu lieu au Grand Rex, le 20 décembre, et la sortie en salle est prévue pour le 25 décembre. James Cameron l’aurait décrit comme étant « mythique, épique et visuellement sans précédent ». Le film est-il à l’épreuve de cette hyperbole ?

Entre nostalgie et renouveau

A l’image de ce Japon que tout le monde imagine comme tiraillé entre tradition et modernité, ALBATOR tente de construire une nouvelle saga à l’aide des personnages créés par Leiji Matsumoto. Poursuivi par la Coalition Gaia pour un crime énigmatique et séculaire, le sombre et mystérieux Albator parcourt un univers pillé de toutes ses ressources par une humanité trop gourmande, trop expansionniste. Il est accompagné d’autres grands noms de la franchise, comme Kei, Yattaran, ou encore Mimay. Même Toshiro a droit à quelques apparitions, au fil des quelques flashbacks qui hantent notre héros.

ALBATOR

Aux cotés de Yama, un jeune espion envoyé à bord de l’Arcadia par la coalition pour se débarrasser du capitaine, le spectateur découvre le vaisseau et ses occupants, dont le plus illustre des pirates de l’espace. Ce dernier contraste d’ailleurs fortement avec l’original, qu’on a souvent tendance à présenter comme un preux chevalier aux convictions inébranlables. Cette fois-ci, c’est un protagoniste très sombre que Shinji Aramaki nous propose, hanté par un passé teinté d’erreurs. Son objectif se fait de plus en plus clair à mesure que l’histoire qui le lie à la coalition Gaia se dévoile.

Yama, l’essayer c’est l’adopter ?

La trame scénaristique est centrée autour de la redécouverte de la persona de ce nouvel Albator et de ce qu’elle cache, ce qui rend le film accessible à tous, qu’on soit un fan nostalgique de la première heure ou un profane. Malheureusement, le film souffre de quelques faiblesses qui, sans qu’on puisse les qualifier de « tue-l’amour », apportent leurs petits lots de désagrément. On peut principalement les centrer autour de Yama, l’assassin-espion débutant. Lors de son arrivée sur l’Arcadia, au début du film, il risque sa vie quand on le questionne sur la raison qui l’a poussé à vouloir embarquer. Il s’en sort grâce à la réponse la plus mièvre possible et une fois passé cette épreuve, le voilà adopté par la grande famille du vaisseau. Ad Vitam. Æternam.
Ce brave Yama a beau jouer les tourne-casaques, on finit toujours par lui pardonner, après environ 5 secondes de méfiance feinte. C’est sûr, si Kei ou Yattaran l’avait abattu dès la première trahison, l’histoire aurait été plus courte. Et vu l’importance que Yama prend au fil de l’histoire, le film aurait été radicalement différent.

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Si cette pusillanimité ambiante a quelque chose d’énervant, dans le fond, elle a permis au métrage d’être ce qu’il est. D’un côté, Albator, enchaîné par ses remords, et de l’autre la coalition Gaia, qui tient l’univers sous sa coupe grâce à la planète Terre sanctuarisée suite à la Guerre du Retour. Au milieu, Yama, qui représente une voie alternative habitée par la fougue de la jeunesse, idéaliste et désireuse d’aller de l’avant.

Du manga à l’anime, de l’anime à la Performance Capture

Shinji Aramaki disait « qu’en dehors du style photo réaliste, j’ai voulu conserver l’aspect du manga original ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’équipe d’animation a fait un excellent travail pour conserver la patte de Leiji Matsumoto sans entrer dans la vallée dérangeante. Bon, avouons le, Tori, l’oiseau qui accompagne Albator au fil de ses aventures, est en décalage complet avec l’ensemble de l’univers.

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En dehors de ça, qui ressemble plus à un choix discutable autour de la mascotte qu’à une erreur, le character design est très appréciable. Les scènes d’actions sont d’une grande fluidité, très nerveuses. Les phases de combat spatial sont très réussies, et la domination sans partage exercée par l’Arcadia est bien rendue grâce à une mobilité invraisemblable pour le gabarit de vaisseau. Le tout est accentué par le cinéma en relief, qui donne à l’univers toute la profondeur qu’il mérite.
Le reproche qu’on puisse faire se situe au niveau de quelques scènes qui ont été foncièrement négligées, au point d’en devenir dérangeantes. Les quelques interventions du conseil des anciens de la Coalition Gaia sont clairement bâclées, aux antipodes des personnages principaux : des mouvements rigides, une texture « plastique ». Quelques autres scènes, qui auraient pu être réalisées avec des outils vieux de cinq ans, se cachent ici et là, plus discrètes.

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Au final, ALBATOR, Corsaire de l’Espace, au delà de la maestria visuelle qui l’anime, souffre d’un scénario aux ficelles un peu grossières, et trop souvent recyclées au fil du film. Malgré tout, le film reste un bon divertissement, débordant de scènes d’action bien maîtrisées. Centré autour de personnages bien construits, ce long métrage saura rendre nostalgique un public déjà conquis tout en faisant découvrir un personnage mythique de l’animation japonaise aux plus jeunes.

Visuels ©Leiji Matsumoto / Captain Harlock Film Partners

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