[Eurockéennes 2015] Rencontre échevelée avec Bo Ningen !

Comme nous vous en avons longuement parlé à l’occasion de deux interviews (ici et ), le festival des Eurockéennes de Belfort s’était associé cette année au Summer Sonic pour nous offrir une petite sélection de groupes japonais. A cette occasion, nous nous sommes rendus sur place et avons pu rencontrer BO NINGEN, un groupe de rock psychédélique dont l’ampleur de la folie dégagée sur scène n’a d’égale que leur masse capillaire : très impressionnante.

Malgré un Major Lazer retournant complètement la grande scène à ce moment-là, Taigen Kawabe (basse/chant), Yuki Tsujii (guitare), Kohhei Matsuda (guitare) et Monchan Monna (batterie) ont répondu à nos questions tout sourire. Découverte de londojaponais pas comme les autres.

 Bo Ningen 016

Journal du Japon : Bonsoir à tous les quatre et merci de répondre à nos questions juste après votre concert !

Le groupe : De rien avec plaisir !

Pourriez-vous présenter votre groupe à nos lecteurs ?

Taigen : Donc nous sommes un groupe japonais se nommant BO NINGEN, nous vivons tous à Londres. Nous avons fondé le groupe il y a huit ans maintenant. Nous sommes tous issus de différents coins du Japon mais nous nous sommes rencontrés à Londres.

Justement, comme vous le disiez, vous vous êtes tous rencontrés à Londres. Vu que la formation de votre groupe est un peu atypique, est-ce qu’on pourrait dire que le hasard a bien fait les choses ?

Tous, en riant : Oui totalement !
Taigen : C’était totalement du hasard, nous nous sommes rencontrés les uns après les autres grâce à des amis communs. Mais c’était définitivement un coup du destin !

Bo Ningen 040Comment en êtes-vous venus à vouloir partir pour Londres ?

Taigen : En fait on a tous des parcours très différents, donc des raisons différentes de vouloir venir à Londres. Par exemple moi, je suis venu à Londres pour étudier la musique… mais je ne pensais pas rester aussi longtemps pour l’étudier (Rires)

Yuki : Ouais ça fait dix ans maintenant ! (Rires)

Kohhei : Moi je suis venu pour faire des études de graphisme, c’est d’ailleurs moi qui m’occupe du design des pochettes de nos CD, de nos T-Shirts etc.

Pourrait-on dire qu’il est plus facile d’exercer son art en tant que musicien en Europe qu’au Japon ?

Tout le groupe : Oui complètement !

Pourquoi ?

Taigen : Au Japon, c’est très difficile de vivre de sa musique. J’adore la scène japonaise, mais il y a tellement de groupes au Japon qu’il est vraiment difficile de trouver des opportunités. Et puis les habitudes ne sont pas les mêmes : En Europe, les gens viennent à un concert pour boire un coup avec leurs potes et s’amuser, et au passage ils découvrent de bons groupes. Au Japon, le public vient seulement pour le groupe qui joue, donc pour certains, c’est difficile de se faire une place.

Il y a de plus en plus de groupes japonais qui se dirigent vers l’acid punk et la noise music en général, vers des genres qui semblent plus viscéraux, sauvages… en avez-vous conscience, et si oui, diriez-vous que c’est une mode, ou bien que ce sont des genres qui se marient bien avec la culture japonaise ?

Taigen : C’est assez difficile de répondre à cette question… mais je pense que oui, ça se marie bien. Par exemple, je viens de Tokyo, et on y reçoit tellement d’informations ! Quand tu marches dans la rue, les magazines, internet, le bruit… tout est à outrance. Également, les gens ne peuvent pas s’exprimer, la société est trop déprimante. Donc certaines personnes utilisent la musique pour exprimer ce qu’ils ne peuvent pas dans la vie, pour faire ressortir leurs frustrations. J’aime bien ce concept d’ailleurs.

Bo Ningen 032Vous décrivez votre musique comme « psychédélique », pourtant votre dernier album, III, comporte des chansons plus « simples » que ce que l’on pourrait attendre de ce genre, comment expliquez-vous cela ? Qu’est-ce que c’est, au final, être « psychédélique » ?

Taigen : Au cours du siècle, le mot « psychédélique » a été utilisé à toutes les sauces… punk psyché, pop psyché, machin psyché… c’est comme une mode. Mais nous, ce que nous voulons dire par « psychédélique » est totalement différent. Cela n’a pas de rapport avec la culture des années 70 ou 80, nous souhaitons plus créer un nouveau genre de psychédélisme, ne pas copier ce qui a déjà été fait. Nous mixons plutôt plusieurs genres en fait. Je veux dire, si tu joues du rock ou du métal, c’est un genre, mais si tu rajoutes certaines choses, ce n’est plus du métal ou du rock. Avec la musique psychédélique, tu as beaucoup plus de possibilités, tu peux mixer plusieurs genres.
Donc en fait on s’en fiche d’être classé comme un groupe psyché, mais au final c’est différent de ce que les gens en pensent. Nous avons établi une sorte de nouvelle définition, qui nous est propre.

III est globalement différent de ses prédécesseurs, plus intense et profond malgré l’apparente simplicité, dirais-je. Comment expliquez-vous cette différence ?

Taigen : En fait, avec ce nouvel album, nous nous avons essayé de nous imposer de nouveaux challenges. Nous voulions qu’au fur et à mesure des écoutes, le gens découvrent un nouveau sens à notre musique, différents niveaux. Si l’on comparait l’album à une peinture, disons que nous voulions plus de couleurs, et plusieurs couches. Donc je suis content que tu me dises ça, car cela veut dire que nous avons réussi notre pari !

Une belle collaboration vous lie à Savages. D’abord avec des duos avec Jehnny Beth (chanteuse) sur les titres Nichijyou et CC, puis avec l’album live Words to the Blinds. Comment sont nées cette histoire d’amour et ces différentes collaborations ?

Taigen : Nous avons rencontré Jehnny et Gemma (guitariste de Savages) il y cinq ou six ans je crois, avant qu’elles ne forment Savages en fait. C’était dans un festival dans le Yorkshire.
Puis en fait nous cherchions un guest pour l’un de nos singles [Nichijyou, NDLR], et nous nous sommes dits à propos de Jehnny « elle aime notre musique, nous l’aimons bien aussi, nous partageons les mêmes goûts », donc nous avons essayé et finalement on a été contents du résultat.

Puis suite à ça, Gemma nous a dit un jour « Mais pourquoi nous ne jouerions pas tous ensemble ? », et c’est comme ça qu’est né le live Words to the Blinds.

Dernière question, un peu plus légère : si vous étiez obligés de le faire, qu’est-ce qui ferait que vous vous couperiez les cheveux ?

Tous ensemble : Ce temps-là ! (Rires) [35°C environ, NDLR]

S’il faisait ce temps-là tous les jours ? (Rires)

Kohhei : Tu sais à Londres, comme il fait souvent froid, c’est très utile, ça tient chaud, c’est comme une protection. Mais si on vivait ici, ça serait invivable ! (Rires)

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions vu les conditions !

Le groupe : Merci à toi c’était cool, on se voit en novembre !

Et en live, ça décoiffe !

Cette soirée des Eurockéennes , sous le signe nippon, n’en avait pas fini de nous surprendre. Après le concert explosif et remarqué de The Bawdies, la barre était très haute. Pourtant, contrairement à ce derniers, BO NINGEN n’en était pas à son premier coup d’essai en France, loin de là. Les puristes du genre était donc au rendez-vous, entre hipsters bien camouflés et amateurs éclairés.

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L’entrée sur scène du groupe, très remarquée, a été suivie par un set totalement ébouriffant. BO NINGEN ne laissera aucun temps mort à l’assemblée, offrant toute l’explosivité dont ils sont capables tout en nous embarquant dans une dimension parallèle… leur dimension. Le psychédélisme dont il nous parlait en interview fait totalement sens quand on assiste à l’une de leur prestation, véritable mur sonore tentaculaire, où la musique s’infiltre en nous, prend vie, et nous fait faire les mouvements les plus improbables que nous excuserons sous le terme de « transe ». La chanteuse de Savages ne s’était pas trompée, les groupes comme BO NINGEN sont rares, précieux et inspirant. Un souffle d’air nouveau et expérimental venant du Japon par des courants détournés.

 

BO NINGEN sera de retour en France lors du festival itinérant Inrocks Philips du 10 au 17 novembre prochain. Dates et villes sur le site officiel du festival.
Vous pouvez suivre l’actualité du groupe sur Facebook et Twitter.

Remerciements au groupe pour son temps et sa patience, ainsi qu’à Emeline Michaud.

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2 réponses

  1. 29 juillet 2015

    […] de notre spéciale Eurockéennes ! Après l’interview des psychédéliques BO NINGEN, nous voici en compagnie de Seiho, DJ et producteur électro japonais originaire d’Osaka. […]

  2. 10 septembre 2015

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