[Bilan Manga 2015] Publication : plafond ou palier ?

Depuis maintenant quatre ans le nombre de bandes dessinés asiatiques publiées en France joue au yoyo aux alentours d’un seuil, celui des 1600 sorties : 1621 en 2012, 1575 en 2013 avant de remonter à 1617 tomes en 2014 et d’atterrir à 1585 sorties cette année, soit un recul de 2% selon le bilan de l’ACBD de Gilles Ratier.

Evolution publication de manga 2000 - 2015

Evolution publication de manga 2000 – 2015

L’année 2016 qui débute vient ainsi boucler une décennie de stabilisation pour la production de manga en France, après son explosion pendant la décennie précédente… Petit retour en arrière pour mieux comprendre où l’année 2015 se situe dans l’histoire de l’édition de manga dans l’hexagone.

 

1996 – 2016 : souvenirs d’une explosion de marché

Nous sommes en 1996, c’est l’année de lancement de titres qui sont aujourd’hui des classiques : Yuyu Hakusho, X de CLAMP, Berserk, City Hunter ou Detective Conan voient leur premier tome publié en France. De son côté Végéta débarque sur la planète Terre dans le 19e tome de la première édition de Dragon Ball et la maison d’édition Dargaud lance son petit label manga : Kana. On publie alors 143 BD asiatiques en France sur un an, l’équivalent d’un mois de parution en 2015 ou encore d’une moyenne de 3 titres par semaine… Et pourtant on parle déjà d’un un marché en plein essor. Malheureusement le manga est alors diabolisé par la presse, des journaux à la télévision, ou encore par de nombreux politiques, comme une sous-bande dessinée, stupide et violente :

Nouveau bond dans le temps : nous sommes dix ans plus tard, en 2006. Fullmetal Alchemist est en plein boom, Fruits Basket arrive dans sa dernière ligne droite, un certain Naoki URASAWA se fait connaître avec Monster et on pleure, dans One Piece, lorsque le Vogue Merry tire sa révérence… Les choses ont beaucoup évolué.

Monster et la découverte de Naoki URASAWA

Monster et la découverte de Naoki URASAWA

Le manga a prouvé qu’il n’était pas qu’une mode mais qu’il avait un potentiel aussi bien artistique qu’économique, et il tire vers le haut le marché français de la BD : on passe de 1137 BD en tous genres en 2000 à 3195 en 2006, avec une part du manga qui y grimpe de 20 à 45% ! Les 1412 mangas et assimilés publiés en 2006 représentent dix fois plus qu’en 1996 et il s’en écoule environ 13 millions d’exemplaires dans l’hexagone cette année là.

En terme de production, la BD franco-belge et le manga font alors jeu égal, alternant la première place en nombre de sorties sans jamais s’écarter l’un de l’autre de plus d’une centaine de publication, et ce pendant les dix années qui vont suivre. En 2015, les 1585 sorties asiatiques côtoient d’ailleurs 1535 BD « classiques », comme on les appelle. Mais 2006 a vraiment marqué un tournant, à l’image du symbole que se remémore Christel Hoolans, éditrice chez Kana : « je me souviens de nos 10 ans où on a réussi à faire imprimer le magazine Livre Hebdo à l’envers, dans le sens japonais, pour notre anniversaire. Ça prouvait que le manga en était arrivé à un tel point de notoriété que ce magazine de référence pour le marché du livre en France avait été imprimé dans le même sens de lecture que les mangas. Au niveau symbolique c’était assez génial, ça faisait un pied de nez à pas mal de gens autour de nous, auteurs de BD, éditeurs, concurrents ou dirigeants, qui nous disaient : « le manga c’est qu’une mode et ça va s’arrêter ». Et bien non. Et nous sommes toujours là. »

 

Davantage que de la saturation : de la concurrence…

Nous voilà de retour à notre époque, avec ces 1585 BD asiatiques sortis en 2015, seulement 12 % de plus qu’en 2006. La vraie croissance en bande dessinée sur la décennie écoulée est plutôt à chercher chez deux autres concurrents : le comics et le roman graphique, qui représentent cependant une part modérée de l’offre, avec 419 sorties (10.7%) pour le premier et 388 (9.9%) pour le second selon l’ACBD. Mais le nombre de publication de chacun a doublé en dix ans et ils ont su se faire leur place, poussant toujours à la hausse le nombre de sorties sur les présentoirs des marchands de BD généralistes, amenant le reproche d’un marché saturé. Si on se recentre sur le manga et ses proches voisins, la question de la saturation s’est surtout faite entendre à partir de la baisse des ventes en 2008-2009 : « plus personne n’achète car plus personne ne s’y retrouve » entendait-on régulièrement.

Tokyo Ghoul, l'un des phénomènes 2015

Tokyo Ghoul, l’un des phénomènes 2015

Et pourtant, le lectorat semble désormais habitué à voir les étalages surchargés de son libraire favori, comprenant aussi qu’il a davantage de choix et que c’est à lui de faire le tri, recherchant conseil sur le net ou via le bouche à oreille pour les plus curieux et / ou s’agrégeant aux tendances du moment pour transformer les titres populaires en phénomènes blockbusters, comme l’ont montré les explosions de One Piece, de L’attaque des titans, Tokyo Ghoul ou plus récemment le démarrage tonitruant de One-Punch Man, en janvier 2016.

Plus que la saturation, c’est donc la concurrence qui s’est accrue et, là aussi, les libraires et éditeurs ont appris à faire avec…. Voir à faire évoluer leurs stratégies et leur communication, certains plus vite que d’autres, pour se démarquer dans la masse. Le redémarrage des ventes en 2015 enfonce en tout cas le clou : la corrélation entre saturation et baisse des ventes est moins évidente qu’il n’y parait alors que l’arrivée d’autres loisirs comme les séries US et les jeux gratuits, l’absence de renouvellement de hit au Japon ou encore la crise économique et financière sont tout autant de phénomènes à l’impact plus crédible sur ces dernières années.

Une question se pose néanmoins pour la prochaine décennie : si le rebond est confirmé, le nombre de mangas publiés en France repartira-t-il encore à la hausse ? Le cap des 1600 tomes par an se révélera-t-il comme un plafond ou un palier ?

Quoi qu’il en soit, regardons maintenant, de plus près, ce qui a été publié dans ces 1600 sorties cette année… Passons à la partie édition !

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Dossier Bilan Manga 2015

* Bilan Manga 2015 : un rebond, oui, mais lequel ?

* Publication : plafond ou palier ?

* Edition : thématiques & nouveautés

* Ventes 2015 : et ça repart !

* Éditeurs : un marché… compétitif !

* Editeurs : shôjo, seinen… et identité éditoriale

Retrouvez les bilans des années 2010, 2011, 2012, 2013 et 2014 du marché français du manga. En bonus vous pouvez aussi découvrir l’analyse des ventes de manga au Japon chez Paoru.fr ainsi que, dans les semaines à venir, toutes les interviews éditeurs citées ici publiées dans leur intégralité. Tous les chiffres présentés ici sont des estimations et donc, comme toujours, ils sont à prendre avec du recul et à titre de comparaison entre les différentes années ou les différents secteurs de marché… surtout pas comme des valeurs ou vérités absolues.

Sources : les Bilans ACBD de Gilles Ratier, Gfk Retail and Technology, éditeurs de manga, Paoru.fr, Manga-news,  Manga Mag, Manga Conseil et le Figaro.fr

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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4 réponses

  1. 25 février 2016

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