Le coeur régulier : du livre au film


Le_Coeur_regulierLe coeur régulier
est un roman d’Olivier Adam paru en 2010, entre Japon et France, entre présent et passé, il raconte l’absence, la douleur, les silences, mais aussi la nature japonaise, ses mousses, ses arbres, sa mer, son ciel changeant. Son adaptation en film sort aujourd’hui et Journal du Japon vous propose de découvrir la passionnante version d’origine. 

Sarah (Alice dans le film, NDLR) est une cadre dynamique à l’approche de la quarantaine, mariée à un mari gentil, parfait, et mère de deux adolescents qui se sont petit à petit éloignés d’elle, ne font plus que la croiser dans la maison froide. Lorsqu’elle apprend la mort de son frère Nathan, ce frère adoré avec lequel elle se perdait dans les forêts de son enfances mais dont elle s’est peu à peu éloignée (Nathan fragile, en marge, écrivain sans être publié, adulte resté en enfance), sa vie bascule : elle culpabilise d’avoir abandonné son frère, d’avoir manqué de temps pour lui, d’avoir eu des phrases dures, d’avoir oublié de l’appeler.

Le coeur régulier Elle part à la recherche de ce frère disparu au Japon, pays qui l’avait fasciné. C’est au bord d’une falaise de laquelle se jettent trop de personnes désespérées qu’elle retrouve sa trace et fait des rencontres décisives pour le tournant de sa vie. Il y a Natsume Domburi (Daisuke dans le film, NDLR), cet ancien policier qui marche le long de la falaise la nuit pour sauver les âmes égarées. Il y a Hiromi, l’adolescente dont la mère tient l’auberge où elle s’est installée, partageant avec elle des bains sous la lune. Il y a d’autres personnes perdues comme elle : Haruki, adolescent à la coiffure de manga, Midori, qui a perdu sa fille de deux ans. Natsume les héberge, leur parle, leur fait du café. Sarah marche, hume, ouvre les yeux sur la beauté des paysages japonais, prie dans les temples, caresse les mousses, les pierres rondes et lisses chauffées par le soleil.

Le livre alterne moments japonais et passé français : un va et vient qui raconte le lien unique qui lie Sarah et Nathan, enfants des forêts, des lectures des musiques partagées, mais aussi la fragilité, la cassure, la déchirure (Sarah a épousé un homme riche, de bonne famille, d’un autre monde). Ce petit monde bourgeois, sujet récurrent dans l’oeuvre d’Olivier Adam, est détaillé, découpé au scalpel, laisse apparaître les faux-semblants, les failles, la froideur, et au final l’absence de vie. Un monde qui tranche avec le petit village japonais qui l’accueille, le peintre qui lui sourit, le moine qui prie. S’éloigner pour se trouver, pour se reconstruire …

Sarah, la narratrice, livre au lecteur des phrases longues comme un souffle qui s’épuise, de grandes phrases dans lesquelles noms, adjectifs se suivent, se bousculent. Le lecteur sent ce manque de respiration qui la laisse épuisée au petit matin.

Ainsi lorsque Sarah parle de Natsume : « Dans ses paroles il n’est question que de lumière et d’arbres, de patience, de l’instant et de la sensation, du monde et de ce qu’il offre, de temps de lenteur de détails de surfaces de soleil de peau de souffle d’horizon de transparence, ses mots ne disent rien d’autre que la présence entière et délivrée à l’ici et au maintenant qui est notre seul horizon, une présence réconciliée au monde aux autres et à soi, aux arbres aux rayons du soleil à la terre à l’eau à la la nuit aux parfuma, une présence paisible et bienveillante. Un putain de moine bouddhiste. »

 

Une oeuvre à découvrir, quelque soit le format ! 

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