Cet été, deux expositions à ne pas rater en Province !

En cette année de Japonismes 2018, force est de constater que Paris, la belle capitale française, est bien dotée en expositions et événements culturels sur le Japon jusqu’à paraître comme « the place to be » si le pays du Soleil Levant vous intéresse. Pourtant, la province n’est pas en reste et Journal du Japon a sélectionné deux expositions qui n’ont pas à rougir face à la concurrence parisienne (musée Guimet, MCJP, Musée du Louvre, Centre Pompidou…), à savoir Yokainoshima, esprits du Japon au musée des Confluences à Lyon et Mangasia au Lieu Unique à Nantes. Retour en photos avec nos reporters, Aurore et David, sur ces deux expositions à ne pas rater cet été en Province !

Yokainoshima - Esprits du Japon

Yokainoshima – Esprits du Japon

Yokainoshima : voyage dans la spiritualité japonaise

De la même façon que le Quai Branly conte l’histoire des sociétés du monde, le Musée des Confluences à Lyon fait également voyager ses visiteurs dans l’histoire de l’humanité aussi bien à travers ses expositions permanentes qu’éphémères. Dans le cadre de « japonisme 2018 », le musée a choisi de rassembler ses collections japonaises pour les associer aux clichés de Charles Fréger, dont le travail, basé sur les figures masquées du folklore japonais, plonge le visiteur dans une dimension spirituelle et populaire.

« Accueilli par le son puissant du tambour taiko, le visiteur pénètre dans un univers rêvé, inspiré du théâtre japonais. Au centre de la salle, un temple rougeoyant domine l’exposition. Des contes japonais mis en musique résonnent tout autour. »

Charles Fréger : Des clichés plus vrais que nature

« Yokainoshima « : on pourrait penser que cette exposition ne tourne qu’autour des Yôkai, ces esprits malins présents dans le folklore japonais et dans beaucoup d’œuvres cinématographiques ou littéraires. Ce n’est pourtant pas forcément le cas. Si elle porte ce nom, c’est avant tout parce qu’il s’agit du nom qu’a choisi Charles Fréger pour sa collection photographique autour des rites japonais. Cette dernière est mise en avant dans l’exposition de manière à ce que chaque cliché grandeur nature accompagne le spectateur jusqu’au bout du parcours.

Yokainoshima - Portraits et représentations

Yokainoshima – Portraits et représentations – © Aurore Lopez

Soucieux de transmettre la relation des Japonais avec leur environnement, chaque photographie est précisément construite, autant sur le fond que sur la forme : paysage, posture, saison ou encore décor, tout est pensé dans le moindre détail pour rendre hommage à ces rituels et aux divinités qu’ils incarnent. Pour autant, Charles Fréger ne s’intéresse pas autant au réalisme de ses mises en scène qu’à leur exhaustivité.

Sur ses photos, des hommes et des femmes, vêtus de costumes traditionnels lors de rites aussi rares que populaires, prenant des poses spécifiques et propres à la tradition. Le choix de ces poses s’inspire de représentations picturales du grand Hokusai, par la forme que prend le corps lorsqu’il est contraint par les forces de la nature ou encore par les poses théâtralisées propres à la tradition japonaise.

Invoquer 

C’est le nom donné à la première partie de cette exposition. Pourquoi « invoquer » ? Parce qu’elle regroupe de petits objets à l’effigie de divinités utilisés pour communiquer avec les « Kami »神 et autres esprits du Japon. « La transe et la possession sont des aspects encore trop peu connus dans les rituels shintô, nous voulions développer ces aspects et partager nos connaissances à ce sujet » nous confie Héléna Ter Ovanessian, chargée de l’exposition.

Amida et Jizô - Symboles d'harmonie et de cohabitation des religions © Aurore Lopez

Amida et Jizô – Symboles d’harmonie et de cohabitation des religions © Aurore Lopez

Elle ajoutera à cela leur source d’inspiration principale : Ame no Uzume アメノウズメ. C’est autour de cette déesse qui, possédée par les Kami, entra en transe et se mit à danser pour faire sortir Amaterasu 天照 de sa caverne pour ainsi rendre la lumière au monde, que s’est construite l’idée d’un début d’exposition basé sur l’invocation.

Au-delà des croyances Shintô, le visiteur découvre des objets issus du bouddhisme et du syncrétisme, tous deux aussi présents sur le sol nippon. Ainsi, statue d’Amida, autels ou encore costumes de Shishi, autant de petits éléments qui font voyager dans une réelle quête spirituelle et mystique.

La beauté des parchemins et e-makimono (Ndrl : rouleaux peints se lisant de droite à gauche) présentés ne pâlit pas au milieu des statuettes et des autels dorés qui les entourent. La plus saisissante de ces œuvres picturales restera pour moi la version de « La parade nocturne des cent démons 百鬼夜行»  empruntée au musée des beaux-arts de Nancy. Mesurant 10 mètres, elle est déroulée petit à petit tous les 4 mois, bout par bout, la fin du rouleau étant dévoilée en premier dans le but de montrer l’origine de la fuite des démons; origine qui revêt une forme obscure et indistincte qui divise encore les scientifiques aujourd’hui : est-ce une représentation de l’enfer ou de la colère divine ? Encore très peu de réponses ou de traces écrites pour expliquer le pourquoi du comment. Mais les questions autour de ce rouleau illustré n’enlèvent rien à son charme, bien au contraire !

Incarner

Costume de Namahage

Costume au masque bleu de Namahage

Cette deuxième partie a pour but d’entrer dans les détails des cérémonies religieuses à l’aide de la présentation de somptueux masques et costumes utilisés à cette occasion. A droite de la gueule féroce du célèbre Shishi, domine la silhouette intimidante du Namahage 生剥. Fièrement mis en valeur sur les photographies et les affiches, il est sûrement l’un des plus beaux costumes présents dans ces allées. Un masque coloré à l’air féroce, des crocs pointus accompagnés d’un sabre court et d’un seau de bois qui nous font dire que l’on n’aurait pas aimé se retrouver face à un tel monstre lorsqu’on était enfant !

Car c’est avec ce costume, d’abord bénit par le prêtre Shintô, que des hommes traversaient le village et terrorisaient les enfants pour leur demander s’ils sont bien obéissants envers leurs parents. Mais le rôle de Namahage ne s’arrêteait pas là. A l’aide de son sabre, il enlèvait les cloques des habitants qui ont passés trop de temps devant le foyer et déposait les impuretés dans son seau. Bien qu’il soit effrayant, son rôle n’en reste pas moins la bienveillance et l’apport de bonne fortune.

« Plus une divinité masquée sera bienveillante, plus son apparence sera effrayante dans le but de chasser le mal : Il faut faire peur au mal » H. Ter Ovanessian

Le chien viverrin connu sous le nom de Tanuki

Le chien viverrin connu sous le nom de Tanuki

Cette idée renvoie d’ailleurs à la cérémonie de Setsubun 節分durant laquelle les enfants enfilent des masques de démons tout en jetant des haricots sur celui qui les attaque pour le faire fuir.

La suite logique de cette partie de l’exposition amène à un espace dédié aux divinités incarnées par les animaux. Kitsune 狐, Tanuki 狸 ou encore daims 鹿, cette allée forme un charmant petit bestiaire de ces animaux fantastiques bien connus. Tout autant considérés comme des incarnations de dieux, eux aussi jouent un rôle important dans les croyances nippones, et sont constamment représentés sur les objets du quotidien.

Interpréter

La dernière partie de l’exposition est davantage consacrée aux représentations théâtrales liées à la spiritualité. On y retrouve notamment des masques utilisés lors de représentations de Gigaku 伎楽, cette forme théâtrale presque totalement disparue et encore mystérieuse pour les chercheurs. Le 能 occupe aussi sa petite place, et même si on n’est que peu familier avec son fonctionnement, les masques de personnages symboliques du style feront sourire le spectateur. Omniprésentes sur les murs colorés du musée, 7 photographies grandeur nature font face à ces masques sobres et sérieux, chacune représentant un homme vêtu d’un costume d’une des 7 célèbres divinités du bonheur. C’est sur cette touche de gaieté renvoyée par ces superbes clichés que se termine l’exposition photographique.

Masque de Kyôgen à l'air familier

Masque de Kyôgen à l’air familier

La petite touche humoristique nous attend vers la sortie quand on passe devant 3 anciens postes de jeux d’arcades qui ont pour but d’illustrer l’idée d’incarnation dans le jeu vidéo. Enfin, le sourire du spectateur s’élargit quand il quitte la salle en passant juste devant le masque de Kyôgen 狂言 connu pour ressembler étrangement à notre ancien président de la République…

Le petit mot de la fin

Pouvoir assister à une exposition de qualité peut sembler un défi quand on vit en dehors de la capitale alors que c’est loin d’être vrai. C’est pour cette raison que la présence de Yokainoshima à Lyon est un vrai plaisir et permet à un public de tout âge d’élargir ses connaissances et de satisfaire sa curiosité sur la culture et la société japonaises. Les recherches et le travail effectués derrière ce projet sont énormes, les objets exposés sont fascinants et pour beaucoup d’entre eux c’est une occasion unique de pouvoir les apercevoir en dehors de Paris.

Pour les curieux, l’expo se terminera le 25 août 2019, ce qui laisse au plus grand nombre le temps pour s’y rendre. Plus d’informations sur l’exposition : http://www.museedesconfluences.fr/fr/evenements/yokainoshima-esprits-du-japon

 Mangasia, merveilles de la bande dessinée d’Asie

Exposition Mangasia au Lieu Unique à Nantes

Exposition Mangasia au Lieu Unique à Nantes jusqu’au 16/09/18

Quittons maintenant Lyon pour nous rendre à Nantes pour l’exposition Mangasia qui met en valeur les connexions entre les bandes dessinées à travers le continent asiatique avec, pour la plupart, des œuvres qui ont rarement, voire jamais, quitté leur pays d’origine, en dévoilant aux visiteurs leurs procédés de création des textes manuscrits, esquisses et plans jusqu’aux pages finalisées. Si le manga japonais éclipse les nombreuses bandes dessinées du reste de l’Asie dans la culture populaire d’aujourd’hui, Mangasia se veut une exposition de la bande dessinée d’Asie avec des œuvres venues du Japon, de Corée du Nord et du Sud, d’Inde, de Chine, de Taïwan, Hong Kong, d’Indonésie, de Malaisie, des Philippines, de Singapour, du Bhoutan, du Cambodge, de Mongolie, du Vietnam et du Timor oriental. Immersion en Mangasie avec plus de 281 planches originales, 200 volumes de BD, le bureau d’un mangaka, 2 kaavads, sanctuaires portatifs utilisés par les conteurs du Rajasthan, et des vêtements inspirés par l’univers du manga !

Ces merveilles de l’Asie ont été choisies par Paul Gravett, grand critique de bande dessinée britannique et auteur de nombreux ouvrages sur le 9ème art comme Manga : Soixante ans de bande dessinée japonais ou bien Les 1001 BD qu’il faut avoir lues dans sa vie. Depuis 2003, il est le directeur du festival Comica à l’Institute of Contemporary Arts. Vous pouvez d’ailleurs retrouver l’exposition et son contenu dans le magnifique livre broché de plus de 300 pages intitulé sobrement Mangasia. Retour à l’exposition et ses 6 grandes sections pour retracer l’histoire de la BD en Asie.

L’Asie est un vaste continent qui compte de nombreux pays avec chacun sa propre culture en matière de bande dessinée, même si cela n’empêche pas un mélange de ces traditions nationales avec des influences et figures de styles extérieures. Qu’ils soient appelés manga au Japon, linhuanhua en Chine, manhwa en Corée, cergam en Indonésie, komika aux Philippines, cette exposition nous dévoile une richesse d’approches artistiques avec des styles bien différents mais qui se rejoignent sur des points comme des fables et légendes, par exemple.

Le Souffle du vent dans les pins aux Editions Mosquito (2015)

Le Souffle du vent dans les pins de Zao Dao aux Editions Mosquito (2015) puisant dans les légendes chinoises

Section Fables et Folklore

Section Fables et Folklore – épopées indiennes, Roi-Singe, yôkai et fantômes au programme © David Maingot

Les mythes et légendes se transmettent de génération en génération, que cela soit de manière orale ou par le biais de la bande dessinée, pour ne pas oublier ces classiques comme la Pérégrination vers l’Ouest (西游记 Xiyouji ou 西遊記 Saiyūki en japonais) de Wu Cheng En, connnu aussi comme le conte chinois du Roi-Singe (Sun Wukong en chinois ou Son Gokū en japonais) populaire dans toute l’Asie. Ces grandes œuvres nationales continuent de vivre et font le fruit de nombreuses réinterprétations et clins d’œil dans de nombreuses créations asiatiques. Les lecteurs de manga retrouveront sans mal la référence du singe et du bâton s’allongeant ou se rétrécissant du récit fantastique chinois dans Dragon Ball ou Naruto pour ne citer qu’eux. Les grandes épopées indiennes de la mythologie hindoue de Râmâyana et de Mahâbhârata, jadis racontées oralement ou représentées dans de somptueuses fresques, ont dorénavant un outil populaire et abordable, la bande dessinée. Grâce à toute une collection de BD, la jeunesse peut (re)découvrir les différentes histoires de la tradition indienne. Citons aussi MIZUKI Shigeru, illustre mangaka qui s’est spécialisé dans les histoires de yōkai. Ces monstres et fantômes ne sont pas propres au folklore japonais et ces activités surnaturelles et paranormales existent à travers toute l’Asie. Le bouddhisme est aussi une formidable source d’inspiration dans les différents pays asiatiques : par exemple, TEZUKA Osamu retrace la quête de l’illumination du prince indien Siddhartha dans la saga Bouddha.

BD indienne Krishna (à gauche) ; Kitaro le repoussant de Shigeru Mizuki (au centre) et La Vie de Bouddha d'Osamu Tezuka (à droite)

BD indienne Krishna (à gauche) ; Kitaro le repoussant de Shigeru Mizuki (au centre) et La Vie de Bouddha d’Osamu Tezuka (à droite)

1990-2018 : du mouvement

L’histoire moderne a marqué la bande dessinée : conflits, colonisations et catastrophes nous sont racontés en bande dessinée.

L’exposition permet de retracer l’histoire moderne du continent à travers ses conflits, colonisations et catastrophes et l’influence qu’ils ont eu sur la bande dessinée et ses sujets. On retiendra Le Peigne en Ivoire (Chiêc luoc ngà) de Nguyen Quang Sang au sujet de la guerre du Vietnam, la tragédie de l’accident industriel de l’usine Bhopal en Inde racontée par Sarbajit Sen, les BD coréennes dénonçant les exactions de l’armée impériale japonaise (The Anti-Japon Wave de Yang Byeong-seol) et les BD japonaises anti-coréenne (The Anti-Korea Wave de Kobayashi Yoshinori), les manifestations de la place Tian’anmen, Dalaï Lama : The Soldier of Peace, bande dessinée critique de Vijay Kranti associé à la cause tibétaine. D’ailleurs, la bande dessinée est parfois un outil de propagande qui diffuse un message ultra-patriotique. En Corée du Nord, elle est sous le strict contrôle de la dictature en place. La bande dessinée ne se limite pas à des histoires pour enfants: des sujets sensibles sont abordés tels que la politique, la violence ou le sexe, et suscitent selon les pays la polémique ou la censure. A l’abri des regards, une petite zone réservée aux adultes est dédiée à l’érotisme et à la pornographie, hétérosexuelle comme homosexuelle.

Bureau du mangaka Fukutani Takashi, auteur du Vagabond de Tokyo

Bureau du mangaka Fukutani Takashi, auteur du Vagabond de Tokyo

Une autre section que vous adorerez, à n’en pas douter, est la partie dédiée aux étapes de la réalisation. Derrière les petites cases, on ne le sait pas forcément, se cachent de nombreuses heures de travail entre la réalisation des scénarios, les esquisses et l’encrage avant l’envoi aux éditeurs pour enfin nous parvenir dans des magazines comme le mythique Weekly Shōnen Jump par exemple. Vous apprécierez de pouvoir découvrir l’univers d’un mangaka, à travers le bureau de FUKUTANI Takashi. Un grand écran diffuse aussi des épisodes de la série documentaire Urasawa Naoki no Manben « L’étude du manga » par URASAWA Naoki (Monster, 20th Century Boys) pour mieux nous immerger dans les secrets de fabrication des manga. On prend plaisir à regarder comment FUJITA Kazuhiro dans le genre shōnen avec Ushio to Tora et Ghost and Lady, et HIGASHIMURA Akiko dans celui du shōjo comme Princess Jellyfish et seinenYukibana No Tora, créent leurs œuvres en nous livrant leurs trucs et astuces de mangaka.

Episodes de Manben avec Fujita Kazuhiro et Higashimura Akiko

Episodes de Urasawa Naoki no Manben avec Fujita Kazuhiro et Higashimura Akiko © Manben

Pour conclure

Le voyage en Mangasie est très instructif sur le manga mais elle permet de découvrir une richesse de visions et d’échanges entre les différents pays asiatiques qui ont, au gré de leurs histoires nationales, ajouté des idées extérieures pour raconter et réinventer leurs histoires, vecteur d’identité nationale. Très complète, il faudra environ 2 heures pour découvrir les 6 grandes sections de l’exposition. Pour apprécier au mieux Mangasia, nous vous conseillons les visites commentées de l’exposition ou les audioguides. Pour vous donner une bonne idée du travail réalisé par le commissaire de l’exposition, Paul Gravett, voici une vidéo d’immersion dans Mangasia avec différents acteurs de l’exposition.

Pour plus d’informations sur l’exposition :  http://www.lelieuunique.com/evenement/mangasia/

En bonus, nous vous conseillons une petite halte sur l’île de Versailles pour découvrir le petit jardin japonais, calme en plein cœur de la ville nantaise et idéal pour un pique-nique.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *