Base-ball au Japon : le sport maître

Le base-ball au Japon, c’est un peu comme le foot chez nous : tout le monde en parle, beaucoup en font et, surtout, les compétitions font trembler le pays. La Nippon Professional Baseball ou NBP, et les Koshien, aka les compétitions entre lycées, sont suivis de très près par l’ensemble de la population. Difficile de s’imaginer une société passionnée par le base-ball depuis notre Hexagone, alors jetons un œil à comment le Japon en est arrivé à adopter ce sport et quel en est l’ampleur !

Shohei Ohtani, l'une des stars du base-ball japonais ©Masterpress / Getty Images

Shohei OHTANI, l’une des stars du base-ball japonais ©Masterpress / Getty Images

Un sport qui a beaucoup voyagé

Dans un premiers temps, intéressons-nous à la genèse de ce sport. Quand est-ce que le base-ball est né ? Ses premières traces se trouvent, contre toute attente, en Angleterre, dans la région de Surrey où un avocat du nom de William Bray aurait écrit qu’il a joué au « Base Ball », et cela, en 1755 ! Cet écrit est la plus ancienne preuve qui témoigne de l’existence d’un tel sport. Les règles modernes en revanche, du moins celles qui s’en rapprochent fortement, dateraient de 1845 aux États-Unis, et à partir de là, le base-ball est entré dans la culture américaine. La suite est assez évidente, après la seconde guerre mondiale et l’occupation du Japon par les États-Unis, la culture américaine s’est doucement immiscée au Japon et notamment les sports prisés des Américains. Bien que le base-ball était déjà présent au Japon avant la seconde guerre mondiale, c’est surtout après cette occupation qu’il a gagné en popularité, jusqu’à en devenir le sport le plus populaire du pays, et de loin. Il est devant le « soccer », ou football en français, et surtout devant le sumo. L’engouement autour de ce sport est tel que les plus jeunes sont étonnés lorsqu’ils apprennent que le base-ball n’est, au départ, pas japonais… ce qui en dit long sur le phénomène !

Les différences entre Amérique et Japon

Le base-ball comme tous les sports, ça voyage, et dans chaque pays, ça se joue et ça se vie différemment. Pour le tournoi national, la MLB aux États-Unis et la NPB au Japon, les États-Unis ont évidemment plus d’équipes au vu de la taille du pays : 30 équipes contre 12 au Japon. La taille et le poids de la balle sont également différents, plus petite et plus légère pour les balles japonaises, tout comme les battes qui sont faites soit en frêne blanc soit en érable pour les battes américaines et en frêne uniquement de type Aodoma et Yachidamo pour les battes japonaises. Il n’est pas non plus possible de terminer un match par un « draw », ou égalité en français, aux Etats-unis ce qui a engendré que certains matchs de la MLB ont duré jusqu’à deux jours, alors qu’au Japon, un match excédera rarement 4 heures. C’est d’ailleurs pour ça qu’il arrive à des « pitchers », ou lanceurs en français, de jouer des matchs entiers au Japon, tandis qu’aux États-Unis, ils sont très vite remplacés sur le terrain.

Les règles, il est vrai, ne changent que très peu en soi. Ce qui diffère réellement en revanche, ce sont les publics et l’ambiance générale. Par exemple, au Japon, les gradins sont séparés en fonction de l’équipe supportée, plaçant les supporters de chaque équipe de chaque côté du stade. Impossible donc de s’aventurer dans les tribunes réservées à une équipe avec le maillot de l’équipe adverse. Cette agencement par camps fait que l’ambiance des matchs est d’ailleurs plus festive que ceux aux États-Unis, et l’on voit les fans composer leurs chants et la présence d’orchestres pour chaque équipe. Petite spécificité encore côté japonais, l’existence des Uriko, ou « Beer Girls », qui distribuent de la bière pour qui le veut bien. Elles sont reconnaissables à leur immense sac sur le dos.

Uriko ou Beer Girl, spécificté du base-ball japonais

Uriko ou Beer Girl, spécificité du base-ball japonais

Koshien et Nippon Professional Baseball

Summer Koshien

Les Koshien sont des compétitions qui font s’affronter des équipes de base-ball composées de lycéens… Si ce n’était que ça. Mais ce qu’il y a d’étonnant là-dedans, c’est l’ampleur du tournoi d’été; il s’agit de la plus grosse compétition amateure du pays, surclassant presque la NPB, la ligue professionnelle. Des stades à 30 000 voire 40 000 personnes sont remplis, la retransmission des matchs à la télévision enregistre plus de 5 millions de téléspectateurs. Tout cela pour une compétition entre lycéens. Ce tournoi d’été que l’on appelle summer Koshien a lieu depuis près de 100 ans. Depuis 1915, les différentes préfectures du pays déterminent un lycée aux travers de championnats régionaux pour qu’il les représentent lors du summer Koshien. Ce sont 49 équipes pour les 47 préfectures du Japon (2 équipes pour la préfecture d’Hokkaido et de Tokyo) qui s’affrontent pour le titre.

Summer Koshien

Summer Koshien, l’une des 2 compétitions des équipes lycéennes au Japon. ©Japan Times

Spring Koshien

Cette compétition-là est moins populaire mais tout aussi importante pour les joueurs que le summer koshien. La plus grosse différence ici, ce sont les qualifications qui se déroulent en automne partout dans le pays, connues sous l’appellation de Fall Tournament. Les équipes sont réparties non pas selon les 47 préfectures mais selon les 10 régions du pays, et la performance prime sur le score final, bien qu’une bonne place offre, à coup sûr, une invitation au tournoi. Le tournoi comprend 32 équipes et 26 sont déterminées par la région comme suit :

Hokkaido – 1
Tōhoku – 2
Kantō – 4
Tokyo – 1
Tōkai – 2
Hokushin’etsu – 2
Kinki – 6
Chūgoku – 2
Shikoku – 2
Kyushu + Okinawa – 4

Pour les 6 places restantes, une place est offerte pour une équipe de la région Kantô/Tokyo et une autre pour les régions Chugoku/Shikoku. Une autre est offerte pour la région qui a vu son équipe gagner le Fall Tournament. Enfin, les trois places restantes sont attribuées à des équipes qui n’ont pas pu aller jusqu’en quart de finale mais qui ont tout de même passé les 16e de final. Assez tortueux comme méthode de sélection mais, dans un sens, n’importe qui peut espérer se qualifier de cette manière !

Koshien Stadium

Le Koshien Stadium réservé pour les matchs Koshien à Nishinomiya ©Denis A. Amith

Une opportunité à ne pas manquer

Il est vrai qu’au Japon, pratiquer une activité après les cours fait partie intégrante de la vie estudiantine. Les étudiants ont à disposition dans leurs écoles des clubs qu’ils peuvent rejoindre selon leurs préférences et ainsi compléter leur journée d’école par ces activités. Le base-ball en fait partie et chaque lycée possède une équipe.

Le Koshien est une bonne occasion pour les joueurs de démarrer une carrière sportive ; faire une bonne performance lors du tournoi va attirer l’attention des clubs et les joueurs amateurs peuvent vite se voir offrir un contrat. De plus, c’est non seulement une équipe qui gagne mais aussi un lycée, soit de la publicité pour leur établissement, ce qui en fait un vrai business. Un bon nombre de lycées investissent dans des filières sportives et ça n’a pas l’air inefficace, bien au contraire. Le lycée Osaka Toin a, par exemple, gagné 5 summer Koshien et a réalisé l’exploit en 2018 de gagner le spring Koshien et le summer Koshien. On retrouve beaucoup de joueurs professionnels dans les grands clubs qui ont soit gagné un Koshien soit y ont réalisé une performance remarquable. C’est véritablement une opportunité en or pour des jeunes joueurs de commencer une carrière professionnelle.

Sauf qu’évidemment, avec de tels enjeux, on obtient des pratiques qui portent à controverse. Les entraîneurs des clubs de base-ball privilégient les meilleurs pour les matchs et délaissent les moins bons, d’autres font des entraînement intensifs dans une mentalité de « gagner à tout prix »… tous les moyens sont bons pour atteindre ses fins. Ce n’est d’ailleurs pas spécifique au Japon, on retrouve cette mentalité dans d’autres pays. Ce qui en inquiète certains en revanche, c’est un encadrement douteux des jeunes joueurs car si le Canada, entre autres, possède un collectif de coachs certifiés par le NCCP, le National Coaching Certification Programm, qui a pour but d’encadrer et d’accompagner de jeunes joueurs dans une carrière sportif, les coachs au Japon n’ont pas besoin de certificats similaires pour enseigner dans l’élémentaire jusqu’à l’universitaire.

Nippon Professional Baseball

La Nippon Professional Baseball, ou NPB, est la compétition la plus populaire du Japon et s’apparente à la Ligue Majeure de Baseball, ou MLB qui elle se déroule en Amérique du Nord. La NPB se déroule tous les ans et fait s’affronter 2 ligues, centrale et pacifique, de 6 équipes chacune. C’est le deuxième plus gros événement de base-ball dans le monde juste derrière la MLB. Comme les Yankees à la MLB, les Yomiuri Giants est l’équipe qui possède le plus de titres de NPB remportés, soit 22, les seconds étant les Saitama Seibu Lions avec 13 titres.

Carte des clubs de base-ball japonais

Quelques joueurs japonais à connaître

Yu DARVISCH

Il est très facile d’identifier de très bons joueurs de base-ball grâce aux statistiques. Tous les coups, tous les lancers, tous les strikes sont enregistrés dès les débuts de carrière et des moyennes sont faites. Yu DARVISCH lui a commencé chez les Hokkaido Nippon Ham Fighters de la Ligue du Pacifique, tout au nord du pays entre 2005 et 2011, et les chiffres parlent d’eux-mêmes : 93 victoires pour 38 défaites. Connu pour ses qualités de lanceur, il lui a été remis un Sawamura en 2007, trophée du meilleur lanceur du Japon, deux titres du meilleur joueur de la Ligue du Pacifique en 2007 et 2009 et il fut nommé joueur par excellence dans la Série d’Asie en 2006. En 2011, il obtient une moyenne de points mérités de 1.44, une statistique impressionnante. La moyenne de points mérités détermine combien de point le lanceur a accordé à l’équipe adverse en 9 manches. 1.44 points en 9 manches, autant mieux dire que Yu DARVISCH ne s’est pas trompé de job.

A partir de 2011, il rejoint les États-Unis pour participer à la MLB et obtient un contrat de 6 saisons chez les Rangers du Texas pour 60 millions de dollars. Il est commun pour des joueurs de son envergure de partir aux États-Unis pour enrichir sa carrière. Depuis 2018, il se trouve dans le club des Cubs de Chicago mais du haut de ses 32 ans, il ne lui reste sûrement que quelques années avant de prendre sa retraite. Bien que le base-ball permet une retraite à 40 ans, la plupart des joueurs se retirent avant.

Yu Darvisch ©USA Today

Yu Darvisch ©USA Today

Hideo NOMO

Connu pour son lancer très singulier qui lui a valu le surnom « la tornade », Hideo NOMO était très populaire au Japon. Il a rejoint les Kintetsu Buffaloes, équipe désormais connue comme les Orix Buffaloes après sa fusion avec celle des Orix bule wave, en 1989. C’est l’enchaînement très spécial de ses gestes qui lui a valu ce surnom : Il tourne d’abord le dos au frappeur, lève sa jambe de pivot et s’immobilise pendant une seconde avant de lancer. Après 78 victoires pour 46 défaites ainsi qu’une blessure à l’épaule qui a plombé sa dernière saison au Japon, Hideo NOMO file aux États-Unis chez les Dodgers de Los Angeles en tant qu’agent libre. La même année, il devient le premier japonais à participer aux matchs des étoiles en tant que recrue, et de plus, en tant que lanceur partant. Une première depuis 1981. En 2002, Hideo NOMO marque sa meilleure saison avec 16 victoires contre 6 défaites mais à partir de là, la machine se rouille et il raccrochera finalement son gant en 2008.

 

Hideo Nomo ©AP

Hideo Nomo ©AP

Ichiro SUZUKI

Des très bon joueurs, il y en a plein, mais s’il faut en retenir qu’un, ce serait sans nul doute Ichirô SUZUKI.

Ichiro SUZUKI est le joueur de base-ball japonais le plus populaire, notamment au Japon. Ichirô, puisqu’on l’appelle par son prénom, fait assez rare pour être noté, évolue après son lycée dans l’équipe Oryx Bluewav, maintenant Oryx Buffaloes suite à sa fusion avec Kintetsu Buffaloes, au début des années 90. Il n’a pas fallu longtemps pour qu’il se démarque et après 9 saisons passées dans cette équipe, il remporte 3 MVP de la Pacific League, 7 All Star, 7 Gants d’Or et 7 meilleures moyennes au bâton. La suite est commune pour les plus grands joueurs de base-ball internationaux, il traverse le Pacifique pour jouer dans les équipes américaines de la MLB. A la fin de sa toute première MLB, Ichirô est récompensé à tour de bras : Rookie de l’année, All Star, meilleur défenseur et meilleur joueur offensif ainsi que le MVP de l’American League.

Il y a seulement quelques mois, le 21 mars 2019, dans un match au Japon où il est considéré comme Dieu vivant, il annonce sa retraite à l’âge de 45 ans. Sa légende est telle que dans un sondage de popularité auprès des Japonais qui visait à identifier leur personnalité préférée, Ichirô se plaçait devant l’empereur du Japon. Une retraite bien méritée à l’âge honorable de 45 ans.

Ichirô Suzuki, Dieu vivant du base-ball japonais et international

Ichirô Suzuki, Dieu vivant du base-ball japonais et international ©Getty images

Le base-ball dans les mangas et animes

Star of the Giants, 1er manga sportif

Star of the Giants, 1er manga sportif

Les mangas et le sport ne font qu’un et avec la popularité du base-ball au Japon, les mangas sur le base-ball font fureur. Dans les premiers du genre, on retrouve Star of the Giants écrit par Ikki KAJIWARA et dessiné par Noboru KAWASAKI publié de 1966 jusqu’en 1971. Il verra une adaptation en anime en 1968 faisant de lui le premier anime de sport empruntant le base-ball comme thème principal. La série raconte l’évolution d’Hyūma HOSHI qui rejoint l’équipe japonaise réelle des Yomiuri Giants, mais composée de personnages fictifs dans le manga. Cette série pose les bases des anime de sport en plus des séries sur le base-ball. Ichiro SUZUKI dira même s’être inspiré de Star of the Giants pour ses entraînements intensifs étant jeune.

Une autre façon de créer un récit autour du base-ball avec Touch de Mitsuru ADACHI en 1981, aussi connu en France avec son adaptation Théo ou la batte de la victoire. Le manga ne se cantonne pas au base-ball et élargit ses thèmes notamment avec l’amour et la famille, ce qui en fait un shōnen très complet. Mitsuru ADACHI consacrera d’ailleurs la plupart de ses mangas au base-ball. On peut citer H2 et Cross Game bien qu’il en ait fait beaucoup d’autres.

Liste non exhaustive d’autres œuvres liées au base-ball :

  • Ace of Diamond de Yuji TERAJIMA sorti en 2006 et adapté en anime en 2013. Un shōnen qui suit les progrès d’un collégien au départ membre d’une piètre équipe de base-ball.
  • Alors que Star of the Giants veut se rapprocher de la réalité notamment par son emprunt comme contexte d’une équipe de base-ball réelle, Shirou TOOZAKI avec son œuvre Astro Kyuudan s’en détache. 9 joueurs de base-ball nés avec des pouvoirs spéciaux qui se réunissent en une équipe dans le seul but de vaincre tous leurs adversaires.
  • Major de Takuya MITSUDA sorti en 1994 suit le personnage de Goro Honda de la maternelle jusqu’à son statut de joueur professionnel. Une série compète sur le parcours d’un joueur de base-ball dès son plus jeune âge.

La liste est longue, et elle peut se rallonger davantage si on y inclut les séries qui utilisent le base-ball l’espace de quelques chapitres ou de quelques épisodes. L’épisode 7 de La Mélancolie de Haruhi Suzumiya et l’épisode 4 de Charlotte pour n’en citer que deux.

On peut en partie expliquer le succès du base-ball par son alliance entre travail d’équipe, ténacité et autodiscipline qui sont des valeurs de la société japonaise en soi. Mais ça ne peut pas être évidemment que ça, l’engouement autour de ce sport se transmet de génération en génération. Il ne semble pas donner de réel signe de faiblesse bien que d’après certaines statistiques, les jeunes japonais commencent tout doucement à s’intéresser à autre chose. Malgré cela, nous ne verrons sûrement pas une autre discipline à la tête du Japon avant de nombreuses années. Ceci étant dit, nous nous rapprochons doucement du summer Koshien 2019 qui a lieu du 6 au 21 août. Alors si vous êtes de passage au Japon, il n’est pas peut-être pas trop tard !

1 réponse

  1. Foucaud dit :

    Très beau document cela fait plaisir de voir l’engouement pour le base-ball

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