Kinotayo : 3 films sinon rien !

Retrouvant ses quartiers d’automnes à la MCJP et au Club de l’Etoile, le festival Kinatoyo a récompensé dans son palmarès 3 films extrêmement différents les uns des autres, et eux-même aux antipodes de l’échantillon de la production nippone qui parvient généralement sur nos rivages français.

3 films qui ont d’ailleurs peu de chance d’être distribués sur nos écrans mais que nous avons eu la chance de voir ; c’est justement là tout l’intérêt du festival qui ouvre une fenêtre assez large sur le cinéma japonais. L’occasion de dresser un petit panorama de ces inédits.

 

Talking the pictures

Soleil d’Or de cette édition 2019-2020, Talking the Pictures (Katsuben en VO) est un hommage à l’art méconnu des benshi (narrateurs du cinéma muet au Japon), et plus largement, aux premiers temps du cinéma.

Katsuben

Katsuben

C’est Masayuki SUO qui est aux manettes. Le réalisateur, connu notamment pour Shall We Dance ? (1996) – l’original, pas le remake avec Richard GERE – souhaitait, au début du projet, se focaliser essentiellement sur le cinéma muet, et non sur les benshi, mais ses recherches l’ont amené à découvrir comment cet art (ainsi que tout l’habillage musical des projections) faisait partie intégrante de la narration cinématographique au Japon et s’inscrivait dans une tradition typiquement japonaise, des narrateurs du Kabuki aux conteurs de Rakugo … Cette prise de conscience l’a donc amené à placer le benshi, dont certains étaient de véritable stars à l’époque, au cœur de l’histoire. Le réalisateur a d’ailleurs fait appel à quelques uns des rares benshi en activité aujourd’hui pour former les acteurs et ainsi assister à l’élaboration de son long métrage.

Katsuben

Katsuben

Le film, qui se déroule à la grande époque du cinéma muet, raconte l’histoire de Shuntaro, jeune enfant pauvre passionné par les benshi et le cinéma qui, une fois adulte, va enfin avoir l’occasion de faire ses preuves dans le métier, s’il n’est pas rattrapé par son implication dans une escroquerie et surtout, par ses anciens partenaires.

Ce scénario, à travers une belle reconstitution, permet au réalisateur d’aborder le sujet des débuts du cinéma. On découvre ainsi les premiers tournages et l’engouement de la population pour les projections itinérantes qui constituaient une véritable attraction dans les campagnes, mais aussi la place de plus en plus importante des grandes salles dans les villes (parfois d’anciens théâtres reconvertis). Si les benshi sont au centre de l’histoire, le film sait aussi mettre en avant les projectionnistes et les musiciens, entre autres.

Katsuben

Katsuben

Mais au delà de simples éléments thématiques, Masayuki SUO construit une histoire qui mixe comédie, gangsters et romance, et met à profit ce mélange des genres pour recréer à l’écran le rythme frénétique du cinéma de cette même époque et son comique slapstick. Les nombreuses scènes de poursuites évoquent ainsi le style même du muet, de Chaplin à Keaton, et la jubilation du réalisateur et de ses acteurs est palpable.

Un plaisir qui se révèle communicatif pour le spectateur malgré un troisième acte qui casse un peu ce rythme et traîne quelque peu en longueur, peinant raccrocher les wagons et résoudre les enjeux posés au fil de l’histoire.

Malgré tout, on a là un beau film, fort sympathique, vestige des films en costumes produits par les grands studios (le film est d’ailleurs produit par la Toei). Des divertissements classiques mais de qualité construits avec savoir faire, symbole d’un artisanat qui s’est hélas beaucoup perdu. Le film déborde d’une passion pour son sujet : le Cinéma !

 

 

 

Kamagasaki Cauldron War

Le quartier de Kamagasaki, ghetto pauvre de Osaka, est en ébullition : la disparition du chaudron sacré, emblématique du groupe de yakuzas local, déclenche une petite guerre et chacun se met en quête de la relique en question …

Kamagasaki Cauldron War

Kamagasaki Cauldron War

On est là à l’opposé du spectre avec cette fois un film indépendant et clairement fauché, mais hyper énergique et créatif… et en même temps très engagé au plus près des couches les plus populaires et marginales d’Osaka. On ressent toute l’affection du réalisateur pour ses personnages de laissés pour compte et de marginaux. D’ailleurs, le projet a commencé comme un documentaire sur Kamagasaki avant de devenir une fiction mettant en valeur ce quartier que le réalisateur rend extrêmement vivant. Leo SATO est avant tout formé au documentaire et il s’agit là de son premier long métrage de fiction.

Mais cette thématique engagée n’occulte pas pour autant la dimension comique du film. Les deux cohabitent à merveille et confèrent au film une douce folie et une bonne humeur omniprésente malgré des sujets pourtant plus sombres qu’il n’y paraît, puisqu’il y est aussi question de prostitution, de survivre à la pauvreté, d’entraide, de l’oppression des puissants, etc.

Kamagasaki Cauldron War

Kamagasaki Cauldron War

Le filmage en 16mm transcende le peu de moyens du film et lui confère ainsi une très belle patine qui a valu au film un Prix de la meilleure image fort mérité, en plus du prix du Jury. Encore une fois, le film est hélas un peu trop long et aurait gagné à être raccourci d’une bonne trentaine de minutes, mais ça n’entame en rien la sincérité du propos et la réussite de l’entreprise.

On se laisse ainsi entraîner avec grand plaisir dans ce quartier et dans la vie de ses habitants, des travailleurs journaliers aux prostitués, en passant par les yakuzas, les escrocs à la petite semaine, les sdf et les militants. Bref, des aspects de la société japonaise rarement mis en avant comme ici avec un mélange de vérité et de surréalisme.

 

 

Masquerade Hotel

Une troupe de policier investi incognito un grand hôtel de Tokyo afin d’empêcher un meurtre perpétré par un tueur en série qui annonce ses crimes à l’avance. Parmi eux, l’inspecteur Nitta (Takuya KIMURA, véritable institution que l’on ne présente plus), très perspicace mais peu sociable, va devoir apprendre à frayer avec les employés et les clients de l’hôtel sans faire de vagues.

Masquerade Hotel

Masquerade Hotel

Prix de la meilleure bande originale, Masquerade Hotel s’inscrit pleinement dans le cinéma de divertissement grand public omniprésent dans les salles japonaises depuis une bonne vingtaine d’années : c’est la main-mise des chaînes de télévisions sur la production cinématographique locale à laquelle elles imposent leur recette. Une grosse production financée par une chaîne de télévision (ici Fuji TV) qui réunit des habitués du média que ce soit devant ou derrière la caméra et dans laquelle on perçoit aisément l’influence du format « drama TV » transposé en version de luxe sur Grand Ecran.

Adaptant un roman policier de Keigo HIGASHINO, l’auteur de la série de romans policiers Détective Galileo (d’ailleurs éditée en France), on pouvait s’attendre à un whodunit débordant de suspense et à la mécanique précise et retorse, comme c’était le cas dans Suspect X, transposition cinématographique extrêmement réussie du drama Galileo.

Masquerade Hotel

Masquerade Hotel

Mais ce n’est absolument pas ce qui intéresse le réalisateur Masayuki SUZUKI plus habitué aux drama (notamment avec Takuya KIMURA puisqu’il l’avait dirigé dans Long Vacation et Hero) et à la comédie, qui avait déjà tenté le mélange des genres policier et humour avec le sympathique film Princess Toyotomi.

Du propre aveu du réalisateur, ce qui l’a motivé ici, c’est d’investir un microcosme bouillonnant : la fourmilière que constitue un grand hôtel. Et on retrouve ainsi dans le récit une progression proche du format du drama, enchaînant les épisodes qui, sans forcément faire évoluer l’enquête, font progresser les deux protagonistes principaux dans leur connaissance, compréhension et appréciation respective, jusqu’à arriver à un dernier acte qui va dénouer rapidement l’enquête.

Cette structure épisodique permet au film de se laisser suivre avec plaisir pendant un peu plus de 2h, comme une série dont on enquillerait les épisodes à la suite. Si les amateurs de mystère resteront à la porte de l’hôtel, les amoureux de drama et de Kimutaku, eux, y passeront un agréable séjour.

 

 

En conclusion, on a donc là 3 approches du cinéma qui ont été mise en avant : du très indépendant au classique de prestige en passant par la production TV à gros budget transposée sur Grand Ecran, pour 3 plaisirs de spectateur différents, mais toujours divertissant. Il ne nous reste maintenant plus qu’a patienter jusqu’à la prochaine édition pour que la fenêtre s’entrouvre à nouveau !

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