[Interview] Aventure, magie et fantasy avec LINCO et Les Chroniques de Lapicyan !

Après Cagaster et Crueler than Dead, Les Chroniques de Lapicyan est la troisième série à être éditée par les éditions Glénat en collaboration directe avec son auteur japonais.
Linco, la créatrice de cette œuvre originale, était invitée lors de Japan Expo 2016 pour des séances de dédicaces très conviviales ainsi qu’une masterclass fort instructive. Vendredi 8 juillet, nous avons également eu la chance de rencontrer la mangaka lors d’une sympathique interview croisée avec MCM !

 

Les Chroniques de Lapicyan, un shôjô d’aventure et de fantasy

Les Chroniques de Lapicyan tome 1Dans le royaume de Tagareste, esprits de la nature et humains vivaient en harmonie. Jusqu’au jour où ces derniers, éblouis par les splendides gemmes créées par les esprits, décidèrent de les décimer.
Des siècles plus tard, lorsque la jeune Sui découvre un puissant esprit de l’eau, elle est bien loin de se douter que son aventure déterminera l’avenir de son monde…

Il s’agit de la première œuvre de Linco, dont le trait raffiné s’adapte parfaitement à son univers fantastique. Mélangeant avec virtuosité les univers occidentaux et orientaux, elle vous fera voyager du désert de Gobi à l’Alhambra en passant par la rivière Odeleite.

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Rencontre avec LINCO

Avatar de LINCOBonjour et enchantée ! Pour commencer, pourriez-vous nous raconter votre rencontre avec les éditions Glénat jusqu’à cette décision de faire un manga pour le public français… Le premier contact, les échanges, dites-nous tout !

Au Japon, j’avais le souhait de devenir mangaka, et j’avais soumis plusieurs de mes planches et de ce que j’avais dessiné à l’époque à différents magazines japonais. J’étais partie dans un début de carrière, mais différents petits problèmes personnels et familiaux m’ont poussée à arrêter momentanément cet exercice.
Et au moment où je reprenais un peu du poil de la bête, j’ai été contactée par Glénat, qui avait vu mes dessins sur Internet, et qui m’ont demandé si je voulais faire une série chez eux. J’ai accepté avec plaisir à ce moment-là.

Avez­-vous été surprise qu’un éditeur français vienne vous chercher à l’autre bout du monde ?

Malgré l’éloignement géographique, le fait est que la personne qui est entrée en contact avec moi, de chez Glénat, parle japonais et est japonaise, et donc tous les contacts se sont faits directement en japonais. Donc je n’ai pas forcément senti d’éloignement. On m’aurait contactée en français, ça m’aurait, je pense, plus surprise ! (sourire)
Ou en anglais, à ce moment-là. Mais là voilà, tout s’est toujours passé en japonais, on m’avait vue sur Internet, on est devenus amis… Donc non, ça ne m’a pas plus surprise que ça !
Et puis je savais aussi que les mangas et les animés avaient du succès en France. Donc que cela vienne de la France, je ne dirais pas que je m’y attendais, mais je n’étais pas plus surprise que ça.

Masterclass de LINCO à Japan Expo, où l'on a appris à dessiner les chibis de la série !

Masterclass de LINCO à Japan Expo, où l’on a appris à dessiner les chibis de la série !

Pourquoi avoir décidé d’être devenue mangaka d’ailleurs ? Vous avez un autre métier à côté si j’ai bien compris ?

En fait à la base, je voulais surtout devenir mangaka, plus que le travail que je fais, qui est un travail un peu de vendeuse qui est surtout alimentaire. Le vrai travail que je voulais faire, c’était mangaka.
Et comme je faisais ce travail pour gagner de l’argent, quand on m’a proposé de dessiner et de publier chez Glénat, l’entreprise pour laquelle je travaille au Japon a bien voulu arranger un peu mes horaires pour que j’aie un peu plus de temps. Glénat a aussi été assez disponible et arrangeant sur le temps que je pouvais leur accorder, et comme ça a collé, j’ai décidé de continuer les deux.

Quelle différence avez-vous pu constater entre le lectorat français et le lectorat japonais ?

En fait, je n’ai jamais vraiment publié au Japon, j’ai quelques planches qui ont été publiées dans des magazines, j’ai eu deux-trois prix, mais je n’ai jamais vraiment eu de retours de lecteurs à ce niveau-là, parce que je n’ai pas été publiée en volumes reliés.
Alors qu’en France, comme lors de la séance de dédicace d’hier, j’ai pu avoir des retours comme quoi les gens trouvaient mes dessins très jolis, et ça me fait très plaisir d’entendre ça de la part des lecteurs français. Mais je n’ai pas vraiment d’expérience à ce niveau-là au Japon.

LINCO en dédicace à Japan Expo (photo Glénat)

LINCO en dédicace à Japan Expo (photo Glénat)

L’aventure éditoriale avec les éditions Glénat est en tout cas peu banale, est-­ce que vous avez une anecdote amusante ou marquante à nous raconter ?

Ce que j’ai découvert, c’est notamment non pas concernant les bulles, mais à propos des petites phrases que je mets à côté des bulles ou ailleurs. Pour celles-là je ne mets pas forcément de ponctuation à la fin. Et quand j’ai vu la version française (parce que moi j’écris mes dialogues en japonais et c’est donc traduit en français), j’ai vu qu’on rajoutait des points ou d’autres signes de ponctuation à la fin. J’ai demandé pourquoi, et on m’a dit qu’en français ça marchait comme ça, et que c’était plus compréhensible de cette façon. J’ai découvert ça, et ça m’a un peu surprise à ce niveau-là ! (sourire)

CHRONIQUES DE LAPICYAN © 2016 Linco / Éditions Glénat

CHRONIQUES DE LAPICYAN © 2016 Linco / Éditions Glénat

Venons-­en à la série en elle-même, Les Chroniques de Lapicyan.
Comment est née l’idée de départ ? Quel est le genre d’histoire que vous vouliez raconter ?

En fait, c’est d’abord une idée d’univers qui est née, avant la création des personnages. Notamment parce que personnellement j’aime beaucoup les édifices architecturaux et les espaces naturels qui appartiennent au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Bien sûr je ne peux pas aller les voir partout, par moi-même. Donc je me suis beaucoup renseignée, je regarde beaucoup de photos, de magazines, et j’ai pioché un petit peu à droite et à gauche ce qui me plaisait pour construire un univers.
Et par exemple pour la rivière, c’est je crois une rivière du Portugal qui m’a inspirée (NDLR : il s’agit de l’Odeleite, rivière communément appelée Rivière du Dragon Bleu) ; de là, m’est venue l’idée de l’esprit de Luli. Et sur ces décors, j’ai créé le personnage fait de chair après.

Le titre Lapicyan, fait penser à la pierre Lapis et à la couleur Cyan… Est-ce que ça vient de là ? Comment s’est fait le choix du titre ? Et le jeu de mot fonctionne-t-il en japonais comme en français ?

Oui effectivement c’est un mot que j’ai créé moi-même avec ces deux mots, vous avez tout à fait raison. C’est ce que je voulais faire, avec la pierre Lapis Lazuli et la couleur cyan, car c’est un univers très bleu. En plus, ce sont des mots qui en langue étrangère, que ce soit en anglais ou en français, sont assez compréhensibles, donc je me suis dit qu’en construisant un nouveau mot à partir de ces deux éléments, ça ferait quelque chose de sympa.
Et pour ce qui est du rouge… Enfin, j’ai d’autres mots du même genre prévus par la suite. (rires)

On attend ça avec impatience ! (rires)

(rires)

On dit souvent qu’on met toujours pas mal de soi-même dans une première œuvre, est-ce le cas pour vous avec Lapicyan ?

(rires)
Oui dans mon intention… Finalement, en tout cas personnellement, moi je suis à fond pour le faire, pour moi-même et aussi pour les lecteurs ! Je n’ai pas envie que les gens qui achètent et qui lisent le livre aient l’impression de lire quelque chose qui a été fait seulement à 50% ou à 80%.
Donc moi je mets vraiment tout ce que j’ai dedans, et j’espère que ça se ressent après ! (sourire)

Pour moi oui en tout cas, dans ce premier tome !

Merci ! (rires)

CHRONIQUES DE LAPICYAN © 2016 Linco / Éditions Glénat

CHRONIQUES DE LAPICYAN © 2016 Linco / Éditions Glénat

Comment est née l’héroïne ? Et comment la décririez-vous pour les personnes qui ne la connaissent pas encore, qui n’ont pas encore lu le manga ?

J’ai eu l’idée de Sui en commençant par l’aspect physique, parce que j’aime beaucoup les coupes au carré, les coupes assez boyish, un peu courtes, et j’avais envie de dessiner un personnage comme celui-ci. Et pour la présenter aux personnes qui ne la connaissent pas, je dirais qu’elle est très sympathique, un petit peu idiote sur les bords parfois (rires). Mais très sympathique et très vivante (rires).

CHRONIQUES DE LAPICYAN © 2016 Linco / Éditions Glénat

CHRONIQUES DE LAPICYAN © 2016 Linco / Éditions Glénat

Dans votre manga, les yeux et les regards sont omniprésents. Est­-ce que cela a une signification particulière pour vous ?

J’ai coutume de dire que souvent les yeux parlent plus que la bouche. Donc pour moi, c’est vraiment un élément à travers lequel on peut lire les nombreuses expressions des personnages. Et j’aime bien ce côté-là, en changeant un petit peu l’intérieur des yeux, de les faire rigoler à travers leurs yeux ou de tourner leur regard de tel ou tel côté pour voir qui ils regardent, et d’essayer de lire leur expression du moment à travers les yeux… C’est quelque chose que j’aime bien et que je prends beaucoup de plaisir à dessiner, ces regards.

On a l’habitude dans les mangas, de commencer par une ou deux pages couleurs. Le premier tome de Lapicyan nous en offre huit, assez réussies. D’où vient cette idée ? Est-ce juste pour l’introduction de la série, ou est-ce qu’on aura l’opportunité d’en avoir d’autres par la suite ?

En fait j’aurais voulu, enfin, j’avais l’intention d’en dessiner plus que huit au départ, mais j’ai manqué de temps ! Donc je me suis arrêtée à huit. (rires)

(Rires)

Et le projet, c’est que dans les prochains tomes, la forme du manga ne change pas, donc normalement il devrait y avoir le même nombre de pages couleurs par la suite aussi.

Dans le premier tome, on comprend assez vite que l’espèce humaine refait souvent les mêmes erreurs et qu’elle se laisse souvent guider par la cupidité, qu’elle ne vit pas bien longtemps en harmonie avec la nature. Est­-ce que c’est un message, un sentiment personnel ?

Effectivement, quand on regarde les informations extérieures, on voit qu’il y a la guerre à droite à gauche, que la nature est détruite un peu partout sur Terre. Et dans l’introduction du manga c’est effectivement ce qu’on comprend sur les erreurs des hommes, et leur relation avec les autres humains et la nature.
Mais moi, mon intention, mon message, au contraire c’est dans la totalité du manga de faire passer un message un peu plus positif, qu’on ne voit pas forcément dans le tome 1, mais justement, de bonne entente entre les espèces. Et quelque chose qui sera un peu plus optimiste j’espère au final.

Ex-libris de la série offert par Glénat aux lecteurs

Ex-libris de la série offert par Glénat aux lecteurs

Dans le tome 2, Sui se dirigera vers la capitale. Qu’est­-ce qui nous attend pour la suite ?

(Rires) Comme le point principal du second tome c’est « va-t-elle ou pas pouvoir rencontrer son père ? » je ne peux pas vous en dire plus à ce sujet-là, il faudra que vous le lisiez par vous-même !

J’ai lu que vous étiez fan de Reiko SHIMIZU et de CLAMP. À l’image des œuvres de ces artistes, y aura-t-il dans votre manga des rebondissements dramatiques et des événements surprenants ?

Le premier tome a un début assez simple, mais dans ma tête, l’histoire est faite jusqu’à sa conclusion. Mais vous pouvez vous attendre à quelques petits rebondissements avant la fin ! (rires)

Est-ce que vous avez déjà une idée de la longueur de la série ?

J’ai envie d’en faire six. Je réfléchis à en faire six, c’est ce que je voudrais faire.

Les Chroniques de Lapicyan en vente à Japan Expo (stand Glénat)

Les Chroniques de Lapicyan en vente à Japan Expo (stand Glénat)

Et est-ce que vous avez déjà d’autres projets de manga en cours ?

Là je suis vraiment concentrée à fond là-dessus (rires). Si je commence à réfléchir à autre chose, je n’arriverai pas à me concentrer là-dessus donc pour l’instant, je n’ai que ce manga-là. (rires)

LINCO dédicace son manga.

LINCO dédicace son manga.

Après avoir fait un manga pour le public français, vous avez maintenant l’occasion de le rencontrer et de lui parler, en direct ici à Japan Expo. Qu’est-ce que vous avez envie de lui dire, est-ce que vous avez un message pour lui ?

Lisez-moi s’il vous plaît ! (rires) Et prenez plaisir à lire le manga !
Comme je ne suis pas connue, peut-être que beaucoup de gens se demandent qui je suis, mais le meilleur moyen de me connaître c’est à travers le manga. Donc allez-y. (sourire)

Est-ce que vous aimeriez que votre manga soit adapté en anime ?

Si j’en avais l’occasion et la proposition, avec grand plaisir ! J’aime beaucoup les images qui bougent et tout, donc ça me dirait bien.

Avec quel mangaka aimeriez-vous collaborer un jour ?

(elle hésite, gênée d’imaginer que ça soit possible)
Je ne me vois pas vraiment collaborer avec un autre mangaka, je ne vois personne à priori, mais j’aimerais bien un jour essayer de travailler avec un scénariste, pour pouvoir me concentrer exclusivement sur le dessin d’une série, et avoir quelqu’un qui s’occuperait de l’histoire.

Une dernière question, à vous qui aimez l’architecture et le patrimoine, et souhaiteriez voyager plus si vous en aviez l’occasion. Si vous pouviez choisir n’importe quel endroit au monde, quelle serait votre prochaine destination après la France ?

Après la France, en fait, il y a déjà un petit voyage en Croatie qui est prévu. Et dans le futur, j’aimerais beaucoup aller en Chine pour voir un magnifique lac perdu dans les montagnes. Et même si la Chine n’est pas loin du Japon, cet endroit est tellement perdu qu’il me paraît très très loin.

Merci beaucoup !

Merci à vous.

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Un grand merci à Fanny BLANCHARD et aux éditions Glénat pour l’organisation de cette entrevue croisée avec nos confrères Alexandre et Elodie de MCM, à l’interprète Djamel RABAHI, et à la charmante LINCO pour avoir répondu à nos questions avec sourire et bonne humeur !

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2 réponses

  1. 16 mars 2017

    […] continuer à aller dénicher des talents encore non publiés au pays du Soleil Levant (comme LINCO, d’ailleurs présente à Japan Expo 2016). Glénat surfe toujours sur les spin-offs de ses licences-phares (Tokyo Ghoul, Les Gouttes de […]

  2. 5 juillet 2017

    […] bien passé, un moment très chouette! :3 Vous pouvez d’ailleurs lire ici ma rencontre avec Linco, mangaka de Chroniques de Lapicyan, ainsi que celle avec Hitori Renda, auteur du thriller […]

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