De la littérature japonaise en format poche pour les beaux jours

Les beaux jours sont de retour et c’est aussi bientôt les vacances d’été. Journal du Japon vous propose une sélection de livres de poche pour découvrir ou redécouvrir la littérature japonaise et vous changer les idées ! Nul ne doute que l’été sera « apprenant et culturel »…

Haïkus de Sôseki : la poésie de l’instant et des peintures de l’auteur

Haïkus de Sôseki, éditions Picquier poche : couverturePeut-être connaissez-vous Sôseki pour son célèbre roman Je suis un chat (que nous vous avions présenté dans cet article) ? Mais savez-vous que ce grand romancier était également un grand écrivain de haïkus ? Il en a écrit plus de 2 500 tout au long de sa vie, dans sa jeunesse (le grand auteur de haïkus Shiki était à la fois un ami et un maître pour lui), et surtout dans les dernières années de sa vie, en particulier à la suite d’une grave hémorragie qui l’avait laissé entre la vie et la mort. Ce court poème de 3 vers en cinq puis sept et enfin cinq mores permettait à l’auteur d’exprimer l’inexprimable du cœur, de façon indirecte, avec des images de nature. Ainsi pour exprimer les sentiments qui l’habitent lors de la perte d’un être cher :

Les susuki sont de retour
Nul ne les invite sur terre
Ami que ne reviens-tu

Peinture de Sôseki, extrait de Haïkus de Sôseki aux éditions PicquierLa très belle préface de l’éditeur japonais de l’œuvre intégrale de Sôseki permet de comprendre le rapport de cet homme de lettres au langage, aux mots qui sont parfois insuffisants pour dire le trop-plein de sens, au haïku dont il aurait dit à un disciple qu’« il est un univers irradiant à partir d’un point focal, comme le rivet d’un éventail qui permet de maintenir ensemble toutes ses branches. »

La traductrice Elisabeth Suetsugu explique ensuite le choix des 135 poèmes du livre : « Notre choix a été sous-tendu par le désir de présenter, non pas un certain nombre de haïkus encore inconnus du lecteur, mais bien des haïkus nés de la sensibilité de Sôseki, sans jamais toutefois oublier les limites désespérantes de cette tentative, puisqu’aussi bien la traduction, sans être nécessairement une trahison, un reflet ou une transposition de l’original, est toujours autre chose. »

Bureau peint par Sôseki, extrait de Haïkus de Sôseki aux éditions PicquierCette sélection tout en finesse est accompagnée de peintures de Sôseki. Il adorait cet art et y consacra beaucoup de temps, surtout à la fin de sa vie : aquarelles, nanga (un style de peinture né au 17e siècle, pratiqué par des artistes également poètes et dont les thèmes de prédilection sont les paysages, les arbres, les fleurs).

Le lecteur sera ébloui par la beauté de ces peintures délicates, fleurs mêlées à la calligraphie, paysages où se promènent moines et voyageurs, peinture de son bureau (faisant penser à Matisse) ou montagnes façon Van Gogh). Un double émerveillement !

Entre les feuilles du volubilis
Un reflet
Les prunelles du chat

Un petit livre pour un grand plaisir de lecture qui met tous les sens en éveil !

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Le maître de thé de Yasushi Inoué

Le maître de thé de Yasushi Inoué, éditions Livre de pochePour tous ceux qui souhaitent plonger aux sources de la cérémonie du thé traditionnelle japonaise, découvrir les grands Maîtres de Thé, leur vie et leur mort au sein des clans, ce livre apportera une lumière éclairante.

Le livre prend la forme du journal intime (fictif) de l’assistant du grand Maître de thé Rikyû, le moine Honkakubô. Si les personnages de ce récit ont réellement existé, ce journal quant à lui est le fruit de l’imagination et du travail de recherche de l’auteur.

Maître Rikyû s’est donné la mort par seppuku en 1591, dans des conditions obscures. Le Taiko Hideyoshi a en effet ordonné sa mort, mais le pourquoi demeure plusieurs années après sa mort. Le journal commence en 1597 (et s’achève en 1621 quelques mois avant sa mort). Honkakubô s’est retiré du monde juste après la mort de son maître et vit dans une petite masure à l’écart de la ville. Il converse parfois en rêve avec son maître. Au fil des années, plusieurs personnes demandent à le voir pour évoquer avec lui Maître Rikyû et sa pratique du thé, mais également les rumeurs qui circulent autour des raisons de sa mort. Il se met alors à se remémorer tous les événements, toutes les cérémonies tenues par son maître. L’occasion de découvrir les liens étroits entre les guerriers et les maîtres de thé.

Le récit commence en 1597 avec la visite à un vieux moine qu’il retrouve après plusieurs années et qui lui parle du style de Maître Rikyu :

« Wabisuki-jôjû, cela signifie qu’il faut toujours garder en son coeur l’esprit du thé, simple et sain, même en dormant ; et chanoyu-kanyô, c’est la pratique de la cérémonie du thé, qui est aussi très importante. »

et des hypothèses de sa mort :

« – Son caractère attirait les malheures ! Depuis peu, on parle de son égoïsme : on dit qu’il se préoccupait trop de son intérêt personnel, parce qu’il vendait ses ustensiles de thé à un prix exorbitant et que c’est pour ça qu’il a reçu cet ordre … C’est possible … mais si on ne les vend pas cher, il est dificile de faire comprendre aux gens ordinaires la valeur d’un bon ustensile : il est plus simple d’exprimer cette valeur par l’argent ! Monsieur Rikyû choisissait ses ustensiles dans la vie quotidienne et tous ceux qu’il remarquait étaient justes : on le comprend quand on les utilise dnas la cérémonie du thé … quel incomparable expert ! Et pour leur faire place parmi les anciens ustensiles chinois, il n’y avait qu’un moyen : les vendre très cher. C’est comme cela que les bols de Chôjirô sont entrés au rang des meilleurs. Une autre rumeur court : il aurait été victime d’une calomnie. C’est bien possible ; beaucoup de gens sont susceptibles d’en avoir été les auteurs et il est difficile de faire taire les mauvaises langues ! Il est très possible qu’avec son caractère implacable il se soit laissé tromper par des gens à l’esprit étroit ! Il avait beaucoup d’ennemis … On avance aussi une troisième hypothèse … mais qu’est-ce que c’était déjà ? J’ai oublié !
– L’affaire de la porte du temple Daitoku-ji ?
– Oui, c’est ça ! Les gens en parlent beaucoup … Mais Monsieur Rikyû n’était pas impliqué ! Non plus que Monsieur Kôkei ! C’est une faute commise par un bonse du temple Daitoku-ji : Messieurs Rikyû et Kôkei n’auraient jamais inventé pareille bêtise, je t’assure ! Monsieur Rikyû ne se serait hamais assis ailleurs que dans la salle de thé … alors comment aurait-il songé à installer près de la porte une statue assise ou debout, à son effigie ? Jamais Monsieur Rikyû n’aurait fait cela ! Lui qui se conduisait toujours selon l’idée du wabisuki-jôjû, c’est-à-dire du style simple et sain dans la cérémonie du thé ! »

En 1603, c’est avec un grand samouraï qu’il parle de Sôji, disciple de Rikyû, qui s’est suicidé à quarante-huit ans, après avoir écrit Le sens caché du thé, document que ce samouraï a en sa possession (Sôji était son maître de thé), et que Honkakubô recopie et lit avec grand intérêt :

« Le texte commence par : « Tout d’abord, l’origine de la Voie du Thé est … » On m’a dit qu’il s’agissait d’un livre sur la tradition secrète ; comme je ne peux en deviner le contenu, je décide de le parcourir d’abord jusqu’à la dernière ligne. Les trois premières pages retracent l’historique de la cérémonie du thé ; suit le « Catalogue de Jukô » : il me semble que tous les instensiles importants (pot, bol, brasero, spatule) y sont répertoriés, avec une petite note pour chaque objet. Ces deux parties, trente-cinq ou trente-six pages, représentent plus de la moitié du manuscrit. Viennent ensuite plusieurs feuilles pour « Les Dix Engagements de l’Homme de Thé », puis sur dix pages les biographies des hommes de thé, suivies d’une postface. »

Le narrateur rencontre ensuite en 1610 Oribe, successeur de Rikyû qui « après la disparition du Taiko était entré dans l’entourage du Shogun Ieyasu et se trouvait à un poste permettant de contrôler tout ce qui concernait le thé dans le clan Tokugawa ». Un homme qu’il apprend à connaître et à apprécier, un homme passionné par le thé, comme son maître l’avait déjà évoqué avec lui des années auparavant : « Monsieur Oribe se bat tout au long du jour ; après la bataille, il pratique la cérémonie du thé. Il ne s’agit pas de thé entre les batailles, mais plutôt de bataille entre les cérémonies ! Même en état de guerre, il m’envoie tous les trois jours, au moins, des nouvelles qui ne parlent ni d’exploits ni de hauts faits, mais de spatules et de vases … »

Au fil des pages, et des rencontres (avec Uraku Oda, frère de Nobunaga Oda, ou encore Sôtan, petit-fils de Rikyû), les souvenirs affluent,  et le lecteur comprend que la Voie du Thé et la Voie du Samouraï sont liées ; mais sont-elles compatibles ? Luttes de pouvoir, guerres, clans, soumission … Autant de thèmes abordés dans un texte historique passionnant aussi bien pour les mordus de l’Histoire du Japon que par les passionnés de la cérémonie du thé qui en sentiront toute la ferveur dans les mots des Maîtres et des Hommes de thé.

Et pour finir, la beauté d’un tokonoma :

« Dans le tokonoma étaient accrochées trois oeuvres de Gyokkan, associées à trois pots, disposés devant chaque rouleau : au milieu, « Jeunes Erables », avec un pot de quarante koku ; à droite : « Cloches Noctures du Temple Lointain » avec le pot « Oeillets » ; et à gauche, « Oie sur la Plage » accompagnant le pot « Fleurs de Pins ». Le couvercle des pots était recouvert de brocart vert clair noué d’un cordon rouge. »

Une plongée dans l’époque fascinante des samouraïs et des maîtres de thé.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Et pour finir, Nagori de Ryoko Sekiguchi

Nagori de Ryoko Sekiguchi, éditions FolioCette écrivaine et traductrice que Journal du Japon vous a fait découvrir dans ce portrait a publié il y a quelques temps aux éditions POL un livre sur les saisons, notre rapport aux saisons, au temps qui passe. Intitulé Nagori (littéralement La nostalgie de la saison qui vient de nous quitter), il est sorti en Folio juste avant le confinement. Et nous avions donc envie de le mettre en lumière car les sorties de début mars ont beaucoup souffert de la fermeture des librairies pendant le confinement.

C’est un petit essai qui invite le lecteur à se délecter de chaque instant qui passe, de chaque fruit, de chaque odeur … idéal après une période où chacun était enfermé et où sentir les fleurs, profiter du vent dans les feuilles des arbres ou du bruit des vagues sur la place étaient impossible !

Pour le découvrir plus en détail, nous vous invitons à lire l’article qui lui est consacré sur Lire le Japon. Ce brillant essai remettra vos sens en éveil, doucement, profondément.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Des livres en petit format pour de grandes découvertes et de bons moments de lecture !

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