Final Fantasy Crystal Chronicles Remastered, le FF à faire à plusieurs !

Originellement sorti en 2004 en Europe sur Game Cube, Final Fantasy Crystal Chronicles marquait le retour de la saga Final Fantasy chez Nintendo après des années de séparation. Dans son long projet de proposer ses anciens titres remis à neuf, Square Enix proposait le 27 août dernier cet opus plutôt méconnu. Avant d’aborder les nouveautés présentes sur la mouture 2020, il convient de revenir sur le jeu original qui proposait déjà, en son temps, son lot de changements.




Un Final Fantasy pas comme les autres

Les amoureux de Final Fantasy IX auront un sentiment familier en jouant à Crystal Chronicles. Le son du kazoo vous emmène tout de suite dans une ambiance festive de joyeux troubadours, et les mogs postiers, tout droit sortis du neuvième épisode, ainsi que le Miasme (qui fait écho à la Brume de FF IX) finissent de parachever ce sentiment. Le réalisateur est en effet Kazuhiko AOKI, un vétéran de la série Final Fantasy qui avait travaillé sur le neuvième, et les illustrations et les dessins des personnages ont été créés par Toshiyuki ITAHANA, ayant également œuvré sur l’équipe de Djidane. C’est The Game Designers Studio, une entité créée entre Square Enix et Nintendo pour développer les jeux de la saga Crystal Chronicles, qui a développé le jeu. Car oui, Crystal Chronicles est la première pierre d’une série de jeux, toujours promis aux consoles de Nintendo, qui compte Ring of Fates, My Life as a King, Echoes of Time, My Life as a Darklord et The Crystal Bearers.

Final Fantasy Crystal Chronicles

© FINAL FANTASY CRYSTAL CHRONICLES Remastered Edition – 2003, 2020 Square Enix Co., Ltd. All Rights Reserved. CHARACTER DESIGN: Toshiyuki Itahana

“Il y a bien longtemps, les habitants d’une planète se mirent à bâtir des villages auprès de cristaux enfouis, afin de se protéger du miasme mortel qui s’était répandu sur leurs terres après qu’une gigantesque météorite se soit abattue. Pour garder leur pouvoir protecteur, ces cristaux doivent être purifiés avec de la myrrhe, une substance sécrétée par l’arbre du même nom. Une fois par an, de jeunes aventuriers munis d’un calice partent donc à la recherche de gouttes de myrrhe. On appelle cette expédition la caravane des cristaux.”

Malgré ses airs mignons, le monde de FFCC demeure au bord de la destruction à cause de la menace du miasme. D’autres caravanes parcourent le monde pour leurs propres villages, mais toutes ne connaissent pas votre réussite, et vos aventures vous mèneront sur le chemin de villages fantômes, laissant entrevoir le destin tragique de certaines tribus.

C’est sur ce principe que Final Fantasy Crystal Chronicles débute. Cependant le jeu ne proposera pas beaucoup plus d’approfondissement au début de l’aventure, car l’histoire est relativement absente du soft à ce stade, le scénario s’effaçant de manière assez importante pour laisser place au voyage en lui-même. Au delà de la première année in game, les cutscenes commenceront à enrichir l”histoire. Quel que soit le plot de base, un jeu vidéo développe normalement son lore et fait avancer son récit à coup de cutscenes, de dialogues et d’interactions entre les personnages. Rien de tout cela ici. Cette absence de narration est très déconcertante. Nous avons presque l’impression que le jeu n’a pas encore démarré et, alors que la cinématique d’introduction s’achève, que l’on attend des scènes qui lanceraient l’aventure, qui donneraient le ton du récit, qui poseraient les caractères : on se retrouve manette en main sur la mappemonde, livré à nous même.

Si vous avez l’habitude de jouer à des RPG, vous savez qu’une campagne solo (comprendre un utilisateur hors ligne) s’effectue en contrôlant une équipe de personnages (au tour par tour ou gérée par une IA selon le jeu). La cinématique d’introduction vous montre une caravane partir d’un village avec toute une team. Les donjons étant explorables à 4 et le menu de création de personnages proposant 8 slots, il semblerait logique de penser que vous aller avoir accès à une écurie de 8 personnages, choisis par vos soins, et que vous pourrez switcher à l’envie. Que neni ! Si vous pouvez en effet créer jusqu’à 8 personnages, c’est en solitaire (avec votre mog certes) que vous irez explorer le monde ! Pendant que les 7 autres restent au village (les améliorations obtenues dans un donjon n’appartiennent qu’au personnage qui a fait le donjon). Un mode solo au sens propre ! Exit la joyeuse troupe de la bande-annonce : après la création de votre personnage, c’est seul que vous êtes bazardé sur la mappemonde. Encore un élément à désapprendre pour appréhender un FFCC vraiment décidé à désarçonner les joueurs et bousculer les codes. Un jeu plus dissident qu’il n’y parait.

Final Fantasy Crystal Chronicles

La version Remastered propose plus de choix pour la création de votre personnage. © FINAL FANTASY CRYSTAL CHRONICLES Remastered Edition – 2003, 2020 Square Enix Co., Ltd. All Rights Reserved. CHARACTER DESIGN: Toshiyuki Itahana

Mais une des promesses de Crystal Chronicles est de proposer un Final Fantasy qui ne soit pas vécu en solo, et bien en multijoueur. Cette envie vient du producteur du jeu, Akitoshi KAWAZU, et tout le développement du jeu découle de cette volonté. Pourquoi donc les joueurs de FFCC sur Game Cube n’auraient pas profité pleinement d’une expérience de jeu en quatuor ? Eh bien sachez que pour jouer ensemble, les quatre joueurs devaient brancher leurs Game Boy à la Game cube, chaque Game Boy affichant des informations différentes, comme l’emplacement des ennemis, des coffres ou encore la map. Innovant, amusant, mais terriblement contraignant. Si dans le meilleur des mondes vous aviez plein de copains tous équipés à la pointe du gaming de l’époque, les parties de Crystal Chronicles révélaient alors leur plein potentiel. On pourrait presque penser que le jeu est sorti 17 ans trop tôt. Imaginer un jeu multijoueur sur console de salon offline comme cela, c’est pour ainsi dire avant-gardiste. Ce parti pris de faire un Final Fantasy centré sur le multijoueur (sans être un MMORPG pour autant) est donc à double tranchant, car l’expérience de jeu lors de parties solo est tout de suite moins réjouissante.

Alors pourquoi le mode solo ne propose-t-il pas de laisser l’IA gérer 3 personnages pendant que vous en contrôlez un ? Au vu de la volonté d’Akitoshi KAWAZU de créer un jeu multijoueur, et du retour de Final Fantasy chez Nintendo (la console familiale de jeu en local par excellence) cela est certainement vocation à forcer les joueurs à jouer entre amis. Avec cette Remastered Edition le problème est réglé : Crystal Chronicles est passé dans l’ère moderne, désormais le multi se fait online. Dans un souci de partage maximal entre les joueurs, les parties sont même possibles entre plateformes (Swtich, PS4, Android et iOs).

 

Un gameplay déroutant

Le jeu se veut très cyclique, que ce soit dans le système d’année de récolte de myrrh, ou dans la nécessité de refaire des donjons l’année suivante. Finir un donjon vous permet d’obtenir une goutte de myrrh (lors de la première réussite d’une année donnée), et vous pouvez aussi récupérer un des 8 artefacts disponibles qui boostera votre personnage. Augmentation de l’Attaque, de la Magie, emplacement supplémentaire de compétence ou PV en plus sont disponibles, mais il faudra refaire le donjon plusieurs fois pour tous les avoir. Et vous serez amené à les refaire plusieurs fois pour récupérer de la myrrh (vous en avez de plus en plus besoin au fil des ans).

Enfin, sachez que dans le gameplay de FFCC, le timing est essentiel. Le timing pour faire un simple combo d’attaque, celui pour caster une magie, ou encore le délai de latence entre le moment où vous appuyez sur la touche d’attaque et le moment où elle touche l’adversaire. Il n’y aura rien de plus frustrant que de prendre deux secondes pour lancer une magie, que celle-ci finisse à côté (vous ciblez une zone au moment de lancer le sort, mais l’ennemi peut s’être déplacé entre temps), pour finalement prendre des dégâts, car le monstre aura eu le temps de se rapprocher de vous.

Comme nous l’avons évoqué, le multijoueur sur Gamecube était laborieux d’un point de vue logistique, mais offrait des sessions locales où les joueurs communiquaient directement entres eux. Désormais, le multi se veut online et cross-platform, mais… Mais il est limité par région (vous ne pourrez pas jouer avec des joueurs japonais ou américains comme dans tout jeu en ligne), ne dispose pas de salon vocal (il faudra vous comprendre tous les quatre par les gestes de vos personnages) et surtout, seul l’hôte de la session obtient la récompense de fin de donjon ! Une absurdité en soit quand on sait que dans l’original tous les participants recevaient une goute de myrhh, et une lettre de leur famille. Sachant qu’il faut refaire plusieurs fois les mêmes donjons les années suivantes pour avoir de la myrhh, vos essais en tant qu’invité seront inutiles sur ce point. Rejoindre un donjon ne vous ne permettra donc pas d’avancer dans l’histoire, mais juste de récupérer un des artefacts (de quoi offrir au moins un intérêt à y participer, on a frôlé la catastrophe). Pour vous donner une idée de comment se passe l’exploration d’un donjon, nous avons réalisé une vidéo du tout premier pendant notre test.




Nous avons lancé l’exploration du donjon en mode multijoueur, mais sommes partis tout de suite sans qu’une équipe soit formée. Vous avez la possibilité d’attendre que d’autres joueurs rejoignent votre session avant de démarrer, mais comme vous pouvez le voir les joueurs peuvent rejoindre à tout moment une quête en cours. Avoir une queue de phénix sur soi (qui occupera donc un emplacement potentiel de magie) vous permet de survivre à un KO, ce qui s’avère très pratique lorsque vous êtes seul ! Chaque donjon a ses propres mécaniques et, comme vous pouvez le voir ici, nous avons besoin de tuer certains ennemis pour qu’ils lâchent des pierres qui serviront à ouvrir des portes pour progresser. Le niveau peut être fait en ligne droite (à force de le faire, vous connaitrez le chemin), mais il y a cependant des coffres disséminés un peu partout. Il sera intéressant d’ouvrir ces coffres (ou de tuer certains ennemis), car ceux-ci contiennent parfois des artefacts. À la fin du donjon, ce sont parmi les artefacts collectés que vous pourrez choisir celui que vous garderez définitivement, ceux n’étant pas choisis par les joueurs disparaissent de cette session. Comme vous pouvez le voir à la fin de la vidéo, l’ordre de priorité des joueurs pour choisir l’artefact est décidé selon un score. Cette note peut concerner plusieurs aspects : le nombre de gils collectés, les dégâts encaissés, les objets ramassés, etc. Il peut donc être intéressant de penser à vos actions durant l’exploration pour être le premier à choisir. À noter qu’au début du donjon une condition bonus aléatoire est définie, ici il y avait un bonus sur les gils ramassés. Arriver à la fin d’un donjon, comme notre troisième partenaire, à l’avantage de finir rapidement la map, mais vous laissera certainement dernier lors du choix de l’artefact.

Un des grands principes du soft réside dans le calice de cristal à porter. En multijoueur vous n’aurez pas votre e̶s̶c̶l̶a̶v̶e̶ mog, il faudra donc que quelqu’un de l’équipe la porte pour avancer, car sortir de la zone de sécurité générée par le calice vous infligera très vite des dégâts. C’est ici que le manque de communication peut poser problème lorsque tous les joueurs ne veulent pas aller au même endroit. Ce boss étant le premier du jeu, la stratégie est assez simple. Cependant, d’autres boss vous demanderont de suivre une tactique et de déplacer le calice. Le design des boss est vraiment réussi, et chacun est unique. C’est un vrai plus pour le jeu sur ce point. En dernier lieu le jeu vous propose de refaire le même donjon avec la même équipe ou de quitter la session.

Énième particularité du soft, vous ne conserverez pas les magies acquises en donjon. Vous démarrez chaque donjon sans aucune magie et c’est en tuant les ennemis et en ouvrant des coffres que vous obtenez des maghilites, des sphères élémentaires et curatives. Puisque chaque complétion remet votre inventaire magique à zéro, il fallait trouver une méthode pour créer des sorts évolués. C’est alors qu’entre en jeu le système de Fusion. Fusionner plusieurs sorts identiques permet de créer une version plus puissante du même sort et fusionner des sorts différents crée de nouvelles magies. L’ordre dans lequel vous fusionnez les sorts influe sur le résultat final : Vie + Brasier lance Somni, mais Brasier + Vie lance Sidéral. Cependant la création de Sidéral ne vous permettra plus d’utiliser Brasier et Vie. Cette fusion de sort se fait depuis le menu en mode solo, mais en multijoueur la fusion se fera lorsque plusieurs joueurs ciblent une même zone. C’est un élément de plus en faveur du mode multijoueur car en mode solo, même si votre mog est là, il est très compliqué de sacrifier la possibilité d’avoir une magie offensive ET une magie curative pour permettre d’avoir une magie spécialisée comme somni, surtout au début de l’aventure. Le mode multijoueur prend donc tout son sens pour explorer convenablement le jeu. Si perdre les magies acquises au cours d’un donjon peut être déstabilisant, c’est un système auquel on finit par se faire. Encore une idée qui vient secouer les habitudes des fans de la saga.

Voilà pour un premier aperçu qui vous permettra peut-être d’y voir plus clair sur le système mis en place par Final Fantasy Crystal Chronicles Remastered Edition.

Final Fantasy Crystal Chronicles Remastered

Les héros de la saga Crystal Chronicles sont accessibles via le système de mimic. © FINAL FANTASY CRYSTAL CHRONICLES Remastered Edition – 2003, 2020 Square Enix Co., Ltd. All Rights Reserved. CHARACTER DESIGN: Toshiyuki Itahana

Finalement ce sont les débuts de l’aventure qui peuvent s’avérer pénibles. Une fois la machine lancée et les parties en multi maitrisées, on peut profiter pleinement de cette ambiance visuelle et sonore merveilleuse et poétique. Le remaster propose de nouvelles versions des musiques originales, un doublage anglais du jeu, de nouveaux donjons, le système de Mimic pour prendre l’allure de personnages apparaissant dans le jeu, l’Horloge magique qui permet de synchroniser plus facilement les sorts en mode multijoueur, et un niveau de difficulté et des boss supplémentaires. Ce qu’il ne propose pas en revanche, c’est des temps de chargement optimisés et une refonte de la maniabilité : le système de l’époque était certes limité par les Game Boy, mais il aurait été quand même normal de revoir les commandes pour les manettes Switch et PS4 ! Le choix de vos actions (Attaque, Défense, Magie) en plein combat risque de vous donner des sueurs froides.

 

Sachez enfin que si vous hésitez à franchir le pas vous pouvez télécharger la version Lite du jeu. Bien plus qu’une démo classique, Final Fantasy Crystal Chronicles Remastered Lite Edition est une version d’essai. Cette version vous permet de faire par vous même les trois premiers donjons, mais vous pourrez explorer 13 autres donjons du jeu si vous entrez dans l’équipe de joueurs ayant la version payante. Le jeu est disponible sur Nintendo Switch™, PlayStation®4 ainsi que sur l’App Store® et Google Play™ pour les appareils mobiles.

Anciens joueurs qui avaient apprécié de jouer au jeu sur Game Cube : vous avez tout à gagner en prenant cette version remaster grâce au multijoueur cross-platform. Nouveaux joueurs désireux d’essayer Final Fantasy Crystal Chronicles : il va falloir vous armer de patience pour dompter la bête.

Olivier Benoit

Présent sur Journal du Japon depuis 2013, je suis un trentenaire depuis longtemps passionné par l'animation traditionnelle, les mangas et les J-RPG. J'écris dans ces différentes catégories, entretiens également la rubrique hentai, et co-gère le pôle gastronomie. J'essaie de faire découvrir au plus grand nombre les choses qui me passionnent. @oly_taka

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