Beastars : des animaux qui s’expriment, une série qui se dévore !

Netflix nous offre déjà une belle petite panoplie d’animés différents et, l’an dernier, l’un d’eux est sorti des sentiers battus et a été mis en avant : Beastars ! Une œuvre que l’on doit à la mangaka Paru ITAGAKI, qui décide de créer un univers avec des animaux anthropomorphes ! Si les protagonistes sont dignes de personnages de fables ou de contes de fées avec un loup imposant et une lapine attendrissante, l’histoire en est tout autre et aborde des sujets complexes : sexualité, discrimination, amour… La société dépeinte est rude et parfois morose, en contraste direct avec le choix de mettre en avant des caractères aux visages mignons. 

Alors que la saison 2 débute au Japon, il est temps de prendre le cerf par les cornes, et de se lancer à la découverte de ce (très) intrigant univers ! 

 
Beastars

© 2019 Itagaki Paru / studio Orange Co., Ltd.

Le Loup et les Bergers

L’univers de Beastars abrite des espèces aux caractéristiques différentes : mammifères, oiseaux, reptiles… Le tout divisé en deux clans: herbivores et carnivores.Tout commence entre les murs du lycée Cherryton, où un étudiant alpaga a été dévoré. Cet assassinat déclenche un clivage important entre les lycéens carnivores et herbivores. On découvre alors le personnage principal, Legoshi. Un grand loup gris, qui n’a pas le caractère qui pourrait lui être associé : Legoshi est craintif, douteux, et plutôt timide ; il a tendance à bégayer et à se retrouver au cœur de quiproquos rocambolesques à cause de sa maladresse ! Il rencontre Haru, lapine blanche chétive, qui cherche à combler sa solitude par des relations éphémères et superficielles. Très autonome, elle refuse la pitié des animaux plus grands qui cherchent constamment à la protéger de tout à cause de sa petite taille.

Le scénario se déroule au rythme de leur histoire d’amour. Une histoire qui reste cependant relativement complexe car elle est tiraillée entre le désir amoureux de Legoshi et son envie insatiable de la dévorer, au sens propre du terme. On alterne entre une romance classique, à l’eau de rose, et une remise en question totale de sa propre condition qui vient intensifier le récit.
C’est précisément ce balancement entre ces deux styles qui rythme l’environnement de Beastars et le rend d’autant plus attirant.





On nous dépeint un panel de personnages différents…

Louis, un cerf au passé mystérieux et vedette du lycée. Il fait partie du club de théâtre, tout comme Legoshi. Il cherche à acquérir le titre de « beastar ». Il s’agit d’une position de leader dont le rôle est d’établir un lien de paix entre les deux clans. L’élève qui parvient à être beastar, à son avenir assuré en haut de la hiérarchie de la société.
Jack, un labrador, fidèle et loyal ami de Legoshi depuis leur plus jeune âge.
Juno, une louve grise, rayonnante, quoi que parfois manipulatrice, concurrente directe de Louis, pour le rôle de « beastar ».
Ou encore Gohin, un psychothérapeute panda, qui cherche tant bien que mal à soigner les addictions à la chaire des carnivores.

Chacun d’entre eux, que l’on imagine facilement inspiré de contes tel que Le petit Chaperon rouge, mais pour mieux les détourner, jouer sur la double lecture et contribue à créer un ensemble complexe…. Si l’on peut penser à première vue qu’un monde où des individus à tête d’animaux seraient joyeux et mignons, Beastars, prend un cap plus sombre. En effet, les « carni » sont associés à un aspect sinistre sous-jacent, et doivent sans cesse trouver un équilibre entre les exigences sociales et leurs instincts. La consommation de viande étant interdite, certains s’en procurent cependant, au marché noir de la ville.

Beastars

Beastars dans son format original, le manga © 2017 Paru Itagaki (AKITASHOTEN)

Beastars permet d’aborder des sujets propres à une société, et plutôt d’actualité : comment passer les barrières des différences pour construire une relation amicale ou amoureuse ? Est-on réellement défini par ce que l’on est dès la naissance ?
Le thème du régime alimentaire propre à chaque espèce est au centre de l’ouvrage, comme à travers nos médias : le fonctionnement du récit est à l’image des rapports entre les végétariens et les carnivores, sauf que les premiers sont ici devenus la classe dominante. Legoshi déploie la culpabilité exacerbée des carnivores et l’hypocrisie bien pensante la renforce pour lui et ses semblables, mais sans jamais tomber dans des réflexions moralisatrices, et évoquant plutôt les excès et les contradictions. 

Enfin, par des scènes brutales et sans filtre, la sexualité y est abordée. Haru, têtue comme une mule, est souvent confrontée à des mâles de tous types et se retrouve parfois dans des situations peu envieuses. On parle de désir gourmand, mais aussi de désir sexuel, et parfois de violences au sens large.
Chacun de ses thèmes permet à Beastars de s’étaler sur plusieurs niveaux de lectures et de développer un scénario tant orignal qu’ambitieux.

Beastars

Carnivore et herbivores : amis, amants… © 2019 Itagaki Paru / studio Orange Co., Ltd.

 

Beastars

… ou éternels ennemis ? © 2019 Itagaki Paru / studio Orange Co., Ltd.

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Un animé au format inhabituel 

Avant d’être un animé du catalogue Netflix, Beastars est un manga édité en France par la maison d’édition Ki-oon, qui nous a notamment offert My Hero Academia, Your Lie in April, Pandora Hearts et dernièrement Jujutsu Kaisen. Le manga Beastars est aujourd’hui terminé au Japon et compte 22 tomes. Son adaptation se limite, pour le moment, à une seule saison, qui s’arrête aux alentours du volume 5. On doit l’animé au studio Orange Co., Ltd. qui a notamment participé à la production de Black Bullet, et de Dimension W. Le studio casse un peu les codes traditionnels pour se spécialiser dans l’animation 3D.

Le manga nous permet d’entrer dans la tête des personnages principaux, pour nous livrer leurs confidences les plus intimes. On bascule dans les pensées de Legoshi, puis de Haru, parfois de Juno… Ces transitions et la narration dans son ensemble sont bien amenées puisque cela se passe sans même que l’on ne s’en rende compte. Cette particularité a été conservée dans la version animée, ce qui permet de nous plonger entièrement dans ce drôle de monde.
Néanmoins, au chapitre des différences entre les deux formats, la version papier met en avant des expressions du visage plus sombres, et aborde la sexualité avec beaucoup plus d’audace que l’adaptation animée. Les dialogues et les dessins sont plus suggestifs, laissant moins place à l’imagination de son compère. A noter aussi que dans l’animé Legoshi attaque Haru par pulsion bestiale, tandis que dans la version originale il cherche à la faire fuir pour protéger ses amis qui sont encore au club théâtre. La répartition des épisodes et l’aspect visuel donne l’impression d’un loup bien plus hésitant, comme si tout lui tombait dessus, tandis que dans le manga son évolution est plus rapide, il apparaît très rapidement comme étant un loup introverti, timide mais allergique aux injustices, et suffisamment affirmé pour vouloir les faire disparaître. 

Legoshi

Legoshi © 2017 Paru Itagaki (AKITASHOTEN)

Sur le plan visuel, le papier révèle des dessins plutôt simples, parfois tirant sur le croquis avec un assemblage de traits directs. L’animation, quant à elle, construit les personnages dans un format avec plus de profondeur et est particulièrement contrastée : les décors et lieux sont courants, plutôt lambda tandis que les héros sont en 3D. Bien que parfois, les personnages paraissent un peu désarticulés, la perspective et le relief sont au rendez-vous !

Finalement, en terme de scénario, l’animé reste très fidèle aux lignes directrices du manga, et nous offre un opening digne de ce nom. Sous le groove d’une musique aux mélanges hip-hop et funk du groupe ALI, on y aperçoit Louis, puis Haru et Legoshi sous forme de marionnette, dansant avec gaieté le jour, imbibé de sang la nuit et pour seul témoin de ces deux paroxysmes : la pleine lune.





Loin d’un conte de fées pour enfants ou d’une fable de la Fontaine exagérément moraliste, Paru ITAGAKI utilise les animaux comme miroir de l’être humain.
Entre critique de la société et manga d’apprentissage, les animaux permettent de rendre accessibles des sujets sensibles à chacun. Sa manière de construire la narration à des niveaux différents, tant par des personnages que tout oppose que par l’alternance de points de vue, permet de bâtir un véritable univers et de lui créer son propre espace-temps pour mieux y intégrer le lecteur-spectateur. C’est ce parti pris et cette complexité humaine et sociale captivante qui permettent à Beastars de se démarquer ! 

On attends donc avec impatience la saison 2 qui ne devrait pas tarder à montrer le bout de sa truffe en France, puisqu’elle est diffusée depuis quelques jours au Japon !





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