Le karaté : une discipline olympique pour la première et dernière fois

Le karaté a fait son entrée au programme des Jeux olympiques d’été de Tokyo cette année. C’est donc le bon moment d’en apprendre plus sur cet art martial japonais populaire, même à l’étranger. Journal du Japon profite de cette occasion pour vous présenter le karaté, un sport de combat originaire de l’île d’Okinawa qui conjugue à la fois force et souplesse.

 

Les origines du karaté

Le karaté est un art martial japonais originaire de l’île d’Okinawa, et appartenant à l’archipel des îles Ryūkyū situées au sud-ouest des quatre principales îles du Japon. En raison de sa position à l’est de la Chine, l’île d’Okinawa permettait un grand nombre d’échanges commerciaux avec la Chine pendant des siècles. Les arts martiaux chinois ont été ainsi introduits au Royaume de Ryūkyū et ont influencé le karaté d’Okinawa. Influencés par des techniques locales, ils sont devenus tōde ( 唐手 « la main chinoise ») au 17e siècle sur l’île d’Okinawa. 

Après la restauration de Meiji, en 1879, les ​​îles Ryūkyū sont annexées par le Japon. Afin de mieux diffuser et faire accepter ce sport de combat au Japon, le maître Gichin Funakoshi (1860-1957) cherche à modifier les termes utilisés dans le karaté d’Okinawa. Le terme tōde devient ainsi karaté car le caractère 唐 peut aussi se prononcer “kara”. En 1922, il fait une démonstration à Tokyo suite à laquelle ce sport connaît une ascension sociale importante. De nombreuses écoles de karaté s’établissent alors. L’expansion du karaté dans tout l’archipel nippon est rapide. Ensuite, les principaux grands maîtres de cette discipline remplaceront le caractère 唐 par 空 dans le but d’effacer l’origine chinoise de cet art martial au moment de la seconde guerre sino-japonaise (1937-1945). Ainsi, le terme karaté qui signifiait au départ « la main chinoise » (唐手)  devient « la main vide » (空手). Il peut également être interprété par le « combat à mains nues ». Les idéogrammes ont changé avec le temps mais la prononciation est restée la même.

Un art de courtoisie

Le karaté, un art de courtoisie – Photo de RODNAE Productions (Pexels)

L’enseignement et les ceintures

Malgré le style, les modalités d’apprentissage du karaté se divise en 3 parties : le kihon (基本), le kata (型 ou 形) et le kumite (組手). Le kihon est un exercice fondamental qui permet de maîtriser les techniques de base par la répétition. Une fois qu’on les maîtrise, l’apprentissage des kata et du kumite devient plus facile. Ces derniers sont complémentaires. Le kata est ​​un enchaînement de techniques codifiées et réalisées dans le vide sans adversaire en face. Le kumite est lui la mise en application des techniques de kihon et de kata. Le combat avec un partenaire est la vraie pratique du karaté. Un pratiquant de karaté doit être bon dans ces deux aspects pour pouvoir progresser.

Les différents niveaux des élèves au karaté correspondent à la couleur de leur ceinture (obi en japonais). Des examens de grade évaluent les élèves sur les 3 modules mentionnés ci-dessus pour pouvoir gagner la ceinture d’une couleur plus avancée. Les grades sont appelés kyu et représentés par la couleur de la ceinture jusqu’à la ceinture marron. L’échelle de couleur est : blanc, jaune, orange, vert, bleu et marron. Les débutants possèdent une ceinture blanche et commencent au 10e kyu. Puis les pratiquants progressent vers des ceintures de plus en plus sombres. Dans le système de kyu, on obtient la ceinture marron au 3e kyu et on continue à la porter jusqu’à atteindre le 1er kyu. La ceinture noire représente le niveau le plus avancé. Pourtant, on a encore la possibilité de progresser même après avoir obtenu la dernière couleur, la ceinture noire grâce au système de dan. Contrairement au système de kyu, la classification des dan est inversée.

Les ceintures obi en différentes couleurs

Les ceintures (obi) de différentes couleurs – Photo de noellepierceromance (Pixabay) 

 

Les 4 grands styles du karaté

Au cours du temps, des styles différents de karaté ont été créés. Il en existerait des dizaines. On se contentera dans cet article de vous en présenter les 4 grands courants officiels de cet art martial : le Shotokan, le Goju-Ryu, le Wado-Ryu et le Shito-Ryu

Le Shotokan

Le Shotokan a été développé à partir de différents arts martiaux par Gichin Funakoshi, celui qui a promu le karaté au Japon. Après sa démonstration à Tokyo, il a décidé de s’y installer et de développer son art dans tout le pays. D’après lui, les arts martiaux traditionnels étaient trop axés sur le combat et il souhaitait plutôt mettre l’accent sur la santé, la maîtrise du corps et de l’esprit. Les techniques du Shotokan se caractérisent par des positions profondes et longues qui fournissent la stabilité, des mouvements puissants et une position renforçant les jambes. Par la suite, son fils Yoshitaka a introduit des positions de plus en plus basses ainsi que des attaques plus longues et puissantes. À l’origine, ce terme indique le nom du dojo construit en 1936 où enseignait le père. Progressivement, le terme Shotokan s’est imposé pour désigner le style de Gishin Funakoshi. C’est aujourd’hui le style le plus pratiqué.

Le Goju-Ryu

Le Goju-Ryu prend son origine dans le Naha-Te d’Okinawa. Il est fondé par maître Chojun Miyagi en 1929 et a connu son essor sous la direction de Gogen Yamaguchi, le successeur nommé par son fondateur. Lorsque Miyagi avait 16 ans, il est allé à la province du Fujian en Chine pour pratiquer le kempo chinois. En Chine, il a reçu une formation rude et stricte. En parallèle, il a étudié les théories à partir de livres anciens. Après son retour de Chine, il combina le kempo chinois et l’Okinawa-te pour créer le Goju-Ryu qui combine des techniques chinoises et des bases d’Okinawa. Il se caractérise par des mouvements réalisés en contraction et en force, ​​des techniques de mains ouvertes, de luxations et de postures hautes. De nombreuses postures utilisent des noms d’animaux, comme le chat, le chien, la grue, le tigre et le dragon. Il a aussi sa propre méthode de respiration, appelée ikibuki. Le Goju-Ryu signifie « la méthode d’absorption et de libération de force et de souplesse », où Go signifie la force et Ju la souplesse. 

L'apprentissage du karaté

L’apprentissage du karaté – Photo de stevepb (Pixabay)

Le Wado-Ryu

Fondé par Maître Hironori Otsuka au début du 20e siècle, le Wado-Ryu est le 2ème grand style de karaté pratiqué après le Shotokan. Il est considéré comme étant la première forme de karaté véritablement japonaise. La rencontre entre Funakoshi et Ohtsuka a eu lieu en 1922. Ohtsuka commence ensuite à s’intéresser au karaté et devient l’assistant de Funakoshi en 1925. Il pense que l’art de Funakoshi est trop rigide et la pratique du Shotokan insuffisante. Il modifie alors les techniques que lui transmet Funakoshi pour finalement donner naissance à une nouvelle forme de cette discipline martiale. Cette dernière s’inspire du Ju-jitsu car Ohtsuka le pratiquait et en connaissait beaucoup sur le sujet. Le Wado-Ryu met en avant l’esquive et la souplesse. Son kanji Wa signifie paix et ses principes sont représentés par la colombe. On considère donc que cette forme se caractérise par l’harmonie. Cette  » voie de la paix » cherche donc à unifier le Shin (cœur, esprit), le Gi (la technique) et le Tai (le corps) comme une dynamique dans laquelle ces trois éléments interagissent.

Le Shito-Ryu

Le Shito-Ryu est une forme de karaté fondée en 1931 par Kenwa Mabuni. Originaire d’Okinawa, Mabuni a étudié auprès des plus grands maîtres et a combiné leurs techniques distinctes. Il possède officiellement 60 kata. À partir de 1930, il enseigne son art martial dans les dojos qu’il ouvre à Osaka. C’est pourquoi la majorité des pratiquants du Shito-Ryu se situe dans cette région. Mabuni nomme sa forme « Shito » (糸東) en l’honneur de ses deux principaux maîtres : Ankō Itosu et Kanryō Higashionna, avec les deux premiers kanji d’« Itosu » et de « Higashionna ». Maître Itosu est une figure importante du style Shuri-te qui est ​​à l’origine des styles Shotokan et Wado-Ryu. Quant à Maître Higashionna, il est connu pour le ​​Naha-te qui est à l’origine des styles Goju-Ryu. En outre, des techniques souples de mains comme des blocages circulaires et des attaques de poings à courte distance ont été ajoutées au Naha-te et au Shuri-te. Par conséquent, le Shito-Ryu est le karaté le plus riche en kata. Dans cette forme, les coups de poings souples sont utilisés et les coups de pieds visent les parties médianes du corps. 

Les 4 grands styles officiels du karaté

Les 4 grands styles du karaté ©JKA México Makoto

 

Les règles de cet art à respecter pour pratiquer et s’élever

Maître Gichin Funakoshi a instauré 20 règles que les pratiquants de cet art martial doivent suivre. Par exemple, le karaté commence et finit par le respect, il faut rester vigilant même dans la vie quotidienne et fidèle à son école…  

Dans un combat, les karatékas peuvent utiliser leur corps pour attaquer et se défendre. Toutes les parties du corps sont mobilisées pour esquiver et balayer l’adversaire. Il est à noter que les qualités humaines des sportifs font aussi partie des critères de jugement. En effet, les comportements antisportifs sont passibles d’un avertissement ou d’une exclusion. Il est strictement interdit de viser les genoux ou les parties génitales.

Un combat dure en moyenne une à trois minutes dans un cadre très surveillé. Deux karatékas s’opposent et sont jugés par un arbitre qui dirige la compétition. En respectant des règles strictes, il faut que les karatékas exécutent leurs mouvements avec précision et au bon moment pour marquer des points. Le gagnant est celui qui marque le plus de points dans le temps imparti.

Le karatéka Steven Da Costa remporte l'or en -67kg

Le karatéka Steven Da Costa remporte l’or en -67kg ©Fédération Française de Karaté

 

Le karaté dans les mangas

En tant que sport de combat japonais connu au niveau international, le karaté apparaît souvent dans des mangas et des animés. Par exemple, Araragi Karen, la petite sœur du protagoniste Koyomi dans Bakemonogatari, est une fervente pratiquante et ceinture noire de cet art. 

Dans Détective Conan, on a Ran Mouri et Makoto Kyogoku qui pratiquent ce sport. Ils sont tous les deux très forts. Ran a même gagné un championnat régional et devient la capitaine de son club de lycée. Connu sous le nom de « Prince du coup de pied », Makoto est aussi un champion de karaté. Apparemment, le karaté les rend plus charmants. De plus, leur excellente maîtrise leur permet de se défendre et de protéger les autres au moment opportun. 

Jinbe, le chef des hommes-poissons dans One Piece, maîtrise une discipline spéciale appelé « karaté aquatique », un art martial pratiqué principalement par certains membres doués de la race des Hommes-Poissons. Lorsque Jinbe l’exerce, il peut terrasser les ennemis facilement avec ses coups. Un contact physique n’est même pas nécessaire. Et bien sûr, comme vous pouvez l’imaginer, ses forces sont décuplées sous l’eau.

Jinbe

Jinbe ©Tamashii Nations

 

Les Japonais sont vraiment fiers du karaté. Il n’est donc pas surprenant que cette discipline ait fait sa première apparition dans le programme des Jeux olympiques d’été de 2020 à Tokyo en tant que sport additionnel. Ce sera malheureusement la dernière fois que l’on pourra admirer cet art martial aux JO car il n’a pas été retenu pour les JO 2024 à Paris. Les pratiquants de ce sport peuvent garder une bonne forme physique. Ils mobilisent également leur capacité de concentration mentale et physique lors d’exercices répétés. Cette discipline permet ainsi d’améliorer le développement de l’esprit et du corps avec son efficacité technique. C’est sans doute un excellent sport et il n’est jamais trop tard pour commencer !

Sources :

 

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