Voice of Cards : Yoko Taro rebat les cartes du J-RPG

Un nouveau jeu de Yoko Taro, le génial créateur de Drakengard et Nier, ce n’est pas rien. Alors quand un soft estampillé par l’homme au masque d’Emil sort, il est normal d’y porter une attention particulière. Nous mettons donc un coup de projecteur sur Voice of Cards : The Isle Dragon Roars sorti le 28 octobre.

« Un jeu de cartes fait entièrement en… cartes ». C’est la première formule qui vous viendra à l’esprit en commençant à jouer à Voice of Cards tant les cartes sont omniprésentes. Les personnages, les combats, les objets, mais aussi les dialogues, la narration, et même les décors ! Tout est composé de cartes. Loin d’être une simple manière de se démarquer, cette utilisation est faite de manière très intelligente et donne un véritable cachet esthétique. De plus, ces cartes, lorsqu’elles sont battues, distribuées, retournées, et accompagnées de jetons et des lancer de dés, renforcent l’impression de se trouver dans un JDR. En effet, les cartes sont posées sur des tables (visibles, et dont on peut choisir l’apparence), un lancer de dés est nécessaire pour savoir si l’on réussit certains effets ou pour échapper à un piège, mais surtout un maitre du jeu conte toute notre aventure. C’est là une autre originalité du soft, il est narré à mi-chemin comme un jeu de rôle sur table, et comme si un barde vous racontait d’une voix roque son histoire, accoudé à la vieille table d’une taverne. Bien sûr l’affiliation au JDR et à ses mécaniques n’est pas totale pour que l’on reste dans un jeu vidéo jouable en solo, mais toute l’approche du jeu se fait sous cet angle, et même les musiques ont des notes très orientées ère médiévale européenne, renforçant ce sentiment.

Lors du développement du jeu, celui-ci fut initialement prévu pour mobile, ce qui explique peut-être son minimalisme. Mais le virage pour prendre des allures de jeu console a très bien été opéré, et à aucun moment nous n’avons eu l’impression d’être devant un sous-RPG. La plupart des têtes pensantes derrière l’univers Drakengard/Nier sont présentes, à savoir Yoko Taro à la réalisation bien évidemment, Yosuke Saito à la production, Kimihiko Fujisaka au character design, ou encore Keiichi Okabe pour la musique, toujours accompagné de la sublime voix d’Emi Evans. Enfin, concernant la musique il serait plus juste de parler d’Oliver Good, jeune compositeur et arrangeur travaillant au sein du studio Monaca, un groupe japonais de musicien diriger par Keiichi Okabe officiant sur la saga Nier.

Une immersion sonore totale pour un jeu qui tient ses promesses

Du bruit presque ASMR d’un stylo qui gratte le papier lorsque vous sauvegardez, à celui des cartes qui se retournent sous votre progression, l’univers sonore du jeu est toujours juste. Et si les considérations sonores d’un jeu passent par la musique et les effets, il y a dans Voice of Cards une autre notion primordiale, qui est celle du narrateur. Tous les textes du jeu, dialogues, et autres didascalies seront énoncés par ce maître du jeu, qui se présentera à vous en début de partie et vous accompagnera de bout en bout. Intonations, raclement de gorge, ou langue qui fourche : sa diction très vivante, mais suffisamment posée pour ne pas être trop présente, est exemplaire. C’est Hiroki Yasumoto (Chad dans Bleach, King dans One-Punch Man), un seiyuu rompu à ce métier, qui s’en occupe pour la version japonais, mais nous ne doutons pas que Todd Haberkorn fasse également une très belle prestation en anglais.

Nous vous conseillons de faire la démo avant le jeu car celle-ci sert de prologue, et vous commencerez le jeu là où vous avez fini la démo. Puis, lors de vos premiers pas, le ton sera vite donné : le jeu va vous mener par le bout du nez. Et ça ne se fera pas sans humour. Après l’introduction vous devrez vous diriger vers la ville « Prochêne », qui est la ville… prochaine, et celle-ci sera suivie de la ville Dâpret. Que ce soit dans ces détails meta, ou dans les situations, le jeu vous fera régulièrement décrocher un sourire.

Voice of Cards: The Isle Dragon Roars

Le jeu vous réserve beaucoup de scènes comme celle-ci.

Après avoir compris dans quoi vous vous êtes embarqué, il sera temps de passer par un peu de gameplay. Les deux grands axes sont l’exploration et les combats. Sur le papier l’un comme l’autre sont très classiques : les affrontements se font au tour par tour, vous y lancez des sorts et techniques, gagnez de l’expérience et de l’argent, et l’exploration vous demande d’aller de ville en donjon pour avancer d’île en île. Mais ce classicisme n’aura pas le temps de semblait surannée tant la forme est dépaysante. Tout est donc fait de cartes, et si les illustrations gravées dessus sont immobiles, cela ne rend pas le jeu statique pour autant. Ainsi, lorsque votre héros donne un coup d’épée, sa carte mime ce mouvement. Idem lorsqu’un personnage est surpris ou s’incline : sa carte sursautera ou se penchera en avant. On a vraiment l’impression que quelqu’un joue devant nous avec les cartes pour donner vie à son imagination (comme un enfant jouant à la poupée ou aux soldats de plomb) et tout cela est très naturel.

Le seul bémol est que toutes ces animations peuvent alourdir l’avancement du jeu surtout quand elles sont très récurrentes. La progression dans le brouillard de guerre (ici matérialisé par des cartes face verso) peut par exemple vous donner l’impression d’être freiné. Cependant la sensation de découverte lors du retournement d’une carte et le déplacement par « saut » sur une carte déjà retournée solutionne intelligemment ce qui aurait pu être une corvée en exploration.

Il vous faut ensuite savoir que ce n’est pas un jeu blockbuster, et qu’il ne faut pas s’attendre à ce qu’offre un jeu triple A. En terme de durée de vie, vous passerez aux alentours de 20 heures dessus, ce qui est aussi dû à la lenteur du titre, plus qu’à un contenu mirobolant. Le contenu end-game rallonge toutefois un peu l’expérience en cherchant à compléter le jeu à 100%, mais gardez à l’esprit que vous le finirez relativement rapidement. Le jeu n’est pas long, mais le moindre détail y est soigneusement pensé.
Autre piège à éviter : n’espérez pas un jeu d’une profondeur à laquelle on peut s’attendre d’une création de Yoko Taro. C’est une parenthèse rafraichissante, mais qui n’a pas un lore très poussé, ni des secrets sur les anciens jeux du créateur.

Si vous êtes conscient de ces points, et acceptez de vivre une aventure un peu plus lentement qu’un RPG classique, vous ne serez surement pas déçu de Voice of Cards.

L’âme des cartes

Vous l’aurez compris, le jeu se veut minimaliste. Il était donc essentiel que chaque élément soit soigné. Le contrat est rempli de ce point de vue : les illustrations fourmillantes de détails de Kimihiko Fujisaka sont parfaitement adaptées à un jeu « fixe ». Les arabesques encadrants les cartes et les reflets dorés brillent de milles feux, nous laissant presque rêver d’un jeu de tarot à effigie des personnages. Si l’on ne peut pas parler de graphisme à proprement dit, comme c’est le cas habituellement pour un jeu vidéo, toute la partie visuelle du titre tient ses promesses.

Voice of Cards: The Isle Dragon Roars

Comme à l’accoutumée avec Kimihiko Fujisaka, les illustrations sont magnifiques.

En parallèle de l’histoire, le jeu vous propose une petite mise en abime : un jeu de cartes dans le jeu de cartes. Certaines villes abritent en effet un établissement de jeux dans lequel vous pourrez faire des parties. Le principe est simple : tour à tour chacun des participants (jusqu’à 4) tire 2 cartes et tente de créer des suites, des pairs ou des brelans avec celles présentes dans sa main et/ou dans la cour. Trois combinaisons peuvent être conservées, et rapportent plus ou moins de points selon la valeur des cartes. Tout ceci est relativement simple dans la version standard, mais l’ajout de règles supplémentaires, et d’activation d’effets notés sur les cartes pimente bien plus les échanges. Le hasard dû aux règles peut cependant être très frustrant et vos adversaires peuvent littéralement vous spolier votre partie, vous empêchant de jouer. C’est dans ces moments-là que la lenteur du jeu se fera d’autant plus pesante. Mais ce mini-jeu reste un plus très appréciable, qui marquera une coupure dans vos pérégrinations.

Voice Of Cards

Captures d’écran réalisées par Oliver BENOIT pour Journal du Japon © 2021 SQUARE ENIX CO
Jeu testé sur une version dématérialisée fournie par LU6.1

 

Voice of Cards : The Isle Dragon Roars est un jeu qui saura vous dépayser, même si vous avez l’habitude des J-RPG. Il ne faut simplement pas lui prêter des intentions qui ne sont pas les siennes, et comprendre que c’est une pause rafraichissante dans la ludographie de Yoko Taro. Enfin, c’est également une invitation à jouer plus lentement, à un rythme de lecture plus « humain », quitte à ce qu’il y ait quelques longueurs. Avec un prix en accord avec sa durée de vie, Voice of Cards est un jeu honnête dans sa démarche qu’il serait dommage de ne pas essayer.
Il est disponible en numérique sur PS4, Nintendo Switch et PC (Steam) pour 29.99€. Des DLC cosmétiques en rapport avec Nier (un pion à l’image d’Emil ou un plateau Grimoire Weiss par exemple) sont également proposés individuellement, ou en pack avec le jeu pour 37.99€. L’OST du jeu est disponible à l’achat numérique, et pour les fans de merchandising un peu sélect, un set de cartes métalliques représentant les personnages principaux est en précommande sur la boutique de Square Enix.

Olivier Benoit

Présent sur Journal du Japon depuis 2013, je suis un trentenaire depuis longtemps passionné par l'animation traditionnelle, les mangas et les J-RPG. J'écris dans ces différentes catégories, entretiens également la rubrique hentai, et gère le pôle gastronomie. J'essaie de faire découvrir au plus grand nombre les choses qui me passionnent. @oly_taka

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