Les tanuki se font peur dans un livre jeunesse de Ayano Otani aux éditions NuiNui

L’éditeur NuiNui publie de nombreux ouvrages sur le Japon. Après avoir présenté les yôkai dans les chefs-d’œuvre de l’ukiyo-e et avoir compilé de nombreuses fiches de Matthew Meyer sur ces monstres et démons du folklore japonais, c’est au tour d’un conte pour faire découvrir aux enfants cette fois-ci ces fantômes et lutins nippons. Après la présentation du livre jeunesse, on en saura plus sur la genèse du livre et sur son autrice et illustratrice Ayano Otani à qui nous avons posé quelques questions.

Mignons tanuki et vilains yôkai

Yôkai - fantômes et lutins japonais, livre jeunesse de Ayano Otani

Yôkai – fantômes et lutins japonais de Ayano Otani ©David Maingot pour Journal du Japon

Avant de parler de l’histoire, commençons par cette magnifique couverture haute en couleurs. Les connaisseurs reconnaîtront sans trop de mal les trois yôkai : Chōchinobake, la lanterne à un œil qui tire la langue ; Kappa, l’esprit des lacs et rivières ; et, Bakeneko, le chat-fantôme qui a le pouvoir de projeter des boules de feu. Et des yôkai, il y en aura 12 en tout sur 40 pages en grand format (23,5 × 34,6 cm) qui met vraiment en valeur tout le travail artistique et de composition de l’illustratrice Ayano OTANI.

Cette variété de personnages surnaturels pourra rappeler « La parade nocturne des 100 démons » (Hyakki yakō). En prêtant attention aux détails, on remarque la texture apportée par les fibres naturelles du washi et l’utilisation de papiers origami et de motifs japonais qui donnent presque vie aux créatures !

En guise de préambule, le narrateur explique que les yôkai sont des « créatures surnaturelles du folklore japonais qui, dit-on, habiteraient au milieu de nulle part depuis les temps les plus reculés » dans une magnifique double page avec un renard à neuf queues (Kyūbi no kitsune) et un collage de papier washi et des origami.

Yôkai - fantômes et lutins japonais, livre jeunesse de Ayano Otani

Yôkai – fantômes et lutins japonais, livre jeunesse de Ayano Otani ©David Maingot pour Journal du Japon

Au Japon, dans les forêts, loin des humains, se cachent des Bakedanuki, chiens viverrins capables d’accomplir d’incroyables tours de magie. En effet, grâce aux feuilles des arbres, ils ont le pouvoir de se métamorphoser. En cette belle soirée d’été, pour s’amuser, les petits yôkai mettent leur courage à l’épreuve et se livrent à un jeu de transformation pour déterminer lequel devient le plus effrayant de tous !

Un, deux, trois… Une feuille sur la tête, une pirouette et… les démonstrations s’enchaînent ! Le premier tanuki se transforme en lanterne en papier à un seul œil et une longue langue. Le deuxième devient un Noppera c’est-à-dire un « fantôme sans visage ». Vient ensuite l’apparition d’un masque de démon Hannya inspirant crainte. Surgit une femme au long cou de serpent, Rokurokubi, qui provoque l’hilarité dans le groupe. Un enfant taquin cyclope, Hitotsume-kozō, mais aussi un parapluie avec un œil, Kasa-obake, et un Kappa apparaissent aussi. Un tanuki prend l’apparence d’un grand chat noir terrifiant au milieu des flammes.

Yôkai - fantômes et lutins japonais, livre jeunesse de Ayano Otani

Yôkai – fantômes et lutins japonais, livre jeunesse de Ayano Otani ©David Maingot pour Journal du Japon

Le plus petit décide alors de prouver son courage en allant là où les autres n’oseraient jamais aller tout seuls, dans la forêt sombre ! Ses amis l’attendent et se cachent derrière les arbres et apparaissent sous les traits des yôkai tous plus effrayants les uns que les autres… Le petit Bakedanuki ne se laisse pas effrayer par ses compagnons métamorphes dont leurs transformations sont en train de s’estomper…

Quand tout à coup, il se met à faire tout noir… Un gigantesque squelette, Gashadokuro, apparaît alors ! Le groupe de tanuki s’enfuit et met au point un plan pour battre le géant yôkai. Le courageux petit chien-viverrin pousse ses 8 autres compagnons à unir leurs forces. Quoi de plus effrayant que le terrible renard à neuf queues ? Ils forment ainsi une pyramide et le plus petit tout en haut prend une feuille et… Un, deux, trois… Transformation ! Effrayé par le kitsune géant, le squelette géant bat en retrait donnant là une bonne leçon d’entraide aux petits tanuki (et aux enfants) !

Yôkai – fantômes et lutins japonais, livre jeunesse de Ayano Otani

Yôkai – fantômes et lutins japonais, livre jeunesse de Ayano Otani ©NuiNui CH / Ayano Otani

Interview

Journal du Japon : Bonjour et merci pour votre temps. Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Ayano Otani : Je m’appelle Ayano Otani, artiste japonaise basée à Munich/Milan. J’ai déménagé au Vietnam à l’âge de 23 ans, puis en Allemagne il y a 4 ans. J’ai l’intention de m’installer en Italie bientôt, j’espère !

Pour les éditions NuiNui, vous avez déjà écrit et illustré d’autres histoires comme Clément, le caméléon transparent, Cyrielle la sorcière dans le ciel, Fleur et les couleurs ainsi que L’album de mon chien et son pendant félin. Pour quelles raisons vous êtes-vous tournée vers la littérature jeunesse ?

Le livre Clément, le caméléon transparent a été mon premier livre. Je n’avais jamais dessiné de livres avant de rencontrer NuiNui. Comme NuiNui a publié de nombreux livres pour enfants, j’ai commencé l’activité dans la lignée de ceux-ci. De plus – comme je l’ai mentionné dans l’autre champ de questions – les enfants ont une grande sensibilité, et je serais très heureux si mon histoire et/ou mon dessin touchent leur cœur.

Clément, le caméléon transparent

Clément, le caméléon transparent ©NuiNui CH / Ayano Otani

Dès la couverture, on peut voir votre touche artistique : des couleurs vives, des contours, le mélange de crayon et d’aquarelle avec l’utilisation de papiers japonais (washi et origami). Cela doit demander beaucoup de travail pour mélanger harmonieusement ces différents supports ?

OUI ! Lorsqu’il s’agit de dessiner, j’ai toujours le souci du détail, surtout en ce qui concerne le trait et la combinaison des couleurs.

Quel est votre processus de création ? Par exemple, imaginez-vous d’abord les personnages ou les histoires ?

Les histoires d’abord. Mais même moi, je ne sais pas exactement ce qui me donne une idée d’histoire. Je suppose seulement qu’elles viennent de mes souvenirs d’enfance.

Pourquoi avez-vous choisi les tanuki comme personnage principal ? Quel est votre yôkai préféré ?

Au Japon, on croit que les tanuki et les kitsune trompent les gens. Je voulais que le livre soit charmant et drôle, alors j’ai choisi le plus joufflu. Mon yôkai préféré est Zashiki-warashi, mais elle n’apparaît pas vraiment dans ce livre.

Quelles sont vos sources d’inspiration ? Des histoires de votre enfance ? Avez-vous déjà votre prochain projet en tête ? Peut-on s’attendre à une nouvelle histoire avec des yôkai ou un conte japonais ?

Mes parents et grands-parents respectent beaucoup d’habitudes traditionnelles japonaises, comme Hatsumode, la première visite de l’année dans un sanctuaire, Shichi-go-san (célébration de la croissance des enfants à l’âge de 3, 5 et/ou 7 ans), Tanabata, la « fête des étoiles »… et l’accumulation de ces souvenirs d’enfance.

Avez-vous un dernier mot pour nos lecteurs ?

Imaginez que vous êtes le prochain artiste, et alors, vous le serez.

Un grand merci pour votre temps et bonne continuation ! Merci à NuiNui pour l’organisation de l’interview !

 

Plus d’informations sur :

le site de l’éditeur : https://nuinui.ch/

le site de Ayano Otani : https://www.ayanootani.info/

 

Yôkai – fantômes et lutins japonais est l’un de nos coups de cœur Jeunesse de l’année. Chaque page est le fruit d’un travail minutieux de composition et le lecteur comme l’enfant prend plaisir à regarder les nombreux détails. Avec l’enfant, l’adulte peut prendre son temps et discuter de chaque particularité et bizarreries des différents yôkai et explorer ainsi un folklore japonais riches en monstres et fantômes. Et pour les plus grands, n’hésitez pas (re)lire notre article pour un tour d’horizon des mangas mettant en avant le folklore japonais, avec des yôkai et des kami

Yôkai, kami : êtes-vous là ? Ou quand le surnaturel s’empare du manga…

David Maingot

Responsable Culture à JDJ et passionné de la culture et de l'histoire du Japon, je rédige des articles en lien avec ces thèmes principalement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimerez aussi...

Verified by MonsterInsights