Un été de découvertes : petite encyclopédie du haïku, Dit du Genji en manga, récit d’un cuisinier japonais

Aujourd’hui, on vous propose une sélection d’ouvrages pour vous cultiver sur votre transat ou dans votre canapé cet été. De la poésie, un classique de la littérature japonaise en manga ou même un récit de cuisinier… faites votre choix ! Bonne découverte.

Un désir de haïku de Pierre Reboul : vous saurez tout sur le haïku !

Un désir de haïku de Pierre Reboul, éditions Sully Le Prunier : couvertureVoici le livre que tout amateur, tout curieux de poésie et plus particulièrement de haïkus devrait se procurer. C’est un ouvrage à la fois didactique et sensible sur l’art de ce court poème.

Ce n’est pas un ouvrage ésotérique comme on peut en trouver beaucoup, mais un livre à la fois accessible et précis. L’auteur étant lui-même écrivain de haïkus, il livre sa vision comme un parent livrerait ses recettes de cuisine à son enfant.

Chaque mot est défini, expliqué, illustré avec les kanji qui le représentent en japonais, et des haïkus viennent illustrer le propos au fil des pages, que cela soit ceux de l’auteur ou ceux de grands maîtres du Japon ou d’ailleurs.

La lecture est plaisante et on progresse pas après pas comme sur les pierres d’un jardin japonais : on regarde chaque mot, on s’en imprègne, on le ressent dans les haïkus proposés.

Petit à petit, on comprend, on commence à s’approprier certains mots, certaines notions, et on se met à gribouiller sur un carnet les idées qui nous viennent en regardant autour de nous.

On démarre avec l’Uotagokoro ou envie de composer des haïkus… un désir d’écriture que l’auteur suscite en quelques pages, comme avec ce beau haïku :

à la pensée de la mer
mon cœur
bleuit

Puis, on avance avec la définition du cadre du haïku – invite ou contrainte ? – : la forme (tercet, métrique 5-7-5), la composition en image (rôle de la césure kireji, nombre d’images, rapports des images entre elles), le rôle du mot de saison kigo, l’imprégnation japonaise du haïku, la question écrit spontané ou travaillé, comment classer les haïkus, la forme picturale du haïku et enfin le haïga et le haïbun. Le tout est léger, jamais strict ou autoritaire : tout est dans la nuance, la marge, la souplesse.

L’esprit du haïku revient aux sources de ce court poème puis nous fait plonger au cœur de ce dernier, de son écriture, son sens, son âme : Zen et haïku (le haïku, espace de méditation), degré d’implication émotionnelle, les cinq sens et le haïku, le haïku en groupe, la récitation publique du haïku à voix haute, sens livré et sens caché, une écriture à double fond, allusive, le double sens, une écriture du moins satori, écrire des haïkus.

Une très belle initiation accessible à tous, un livre délicat à garder à portée de main pour trouver les mots qui nous font vibrer dans la palette proposée par l’auteur : aware, wabi, yûgen, fueki ryûkô, kietsu, shasei, qijin hô, sabi, wabi-sabi, yubi, fûkyô, senryû, jisei.

On découvre ainsi par exemple avec bonheur le kietsu :

« Ambiance de joie, d’allégresse, de bonheur, de reconnaissance.

crapauds s’accordant
le concert de la nuit
se prépare

Sentiment de faire pleinement partie de la nature. Sans réticence, avec l’abandon d’un enfant blotti contre sa mère. Émerveillement du spectacle du monde.

averse d’été
bouche ouverte
poisson-chat gobant les libellules »

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Le Dit du Genji, un grand classique adapté en manga !

Le Dit du Genji version manga aux éditions Synchronique : couvertureVoilà un livre qui en surprendra plus d’un ! Comment penser adapter ce grand et volumineux classique de la littérature en manga, passer de plus de mille pages ponctuées de centaines de poèmes à 182 pages essentiellement composées d’images ? C’est un pari très risqué et pourtant réussi que nous proposent les éditions Synchronique.

Mais revenons d’abord au Dit du Genji résumé en quatrième de couverture : « Né d’une idylle tragique entre l’empereur du Japon et sa favorite, Dame Kiritsubo, le Genji est un prince au destin tumultueux.
Écarté du pouvoir, il est embarqué dans les vicissitudes de la cour où il évolue parmi une foule d’admirateurs dévoués et de rivaux acharnés. Il s’y distingue par son extraordinaire beauté et sa finesse qui lui attirent de nombreuses maîtresses.
Pouvoir, amours, trahisons : au milieu de ces intrigues de cour se nouent des relations passionnées. Tentant d’assurer la pérennité de sa lignée, le Genji ne cesse de côtoyer le trône du Chrysanthème sans jamais vraiment y accéder.
Le Dit du Genji, écrit autour de l’an mille par Murasaki Shikibu, dame de compagnie auprès de l’impératrice, est l’œuvre la plus célèbre de la littérature japonaise. Considérée comme le premier roman psychologique de l’histoire, c’est l’un des textes fondateurs de l’imaginaire nippon. Il nous révèle de façon poétique les mœurs et les coutumes d’une époque, la splendeur et la décadence de la cour impériale. »

Le manga propose donc une version condensée du roman, avec des choix judicieux qui permettent de découvrir dans les grandes lignes le contenu du livre. Ainsi, le choix est fait de se concentrer sur le personnage central de Genji et de le suivre jusqu’à sa mort. Pour les presque 800 poèmes qui ponctuent le Dit du Genji, l’adaptation en cite certains au fil des pages, parfois dans une forme légèrement révisée, ils sont en harmonie avec les scènes dessinées et c’est plutôt réussi.

Le Dit du Genji de Morasaki Shikibu version manga (Sean Michael Wilson et Inko Ai Takita), éditions Synchronique : pages intérieures

L’intrigue est donc très aérée, les scènes mises en dessin sont séparées les unes des autres et suivent la chronologie de vie des personnages. Les cadres changent, des personnes arrivent et partent, vieillissent également : cela est très bien rendu par le dessin d’Ai TAKITA.

Les décors sont très beaux, riches en détails ravissants. C’est une vraie plongée dans le Japon de cour de l’époque. On y retrouve des jardins à carpes, des kimonos somptueux (vous serez impressionné par la richesse des motifs et la précision du trait), mais également des intérieurs très détaillés (sol entre parquet et tatami princier, rideaux, tentures, stores, paravents qui jouent un rôle très important dans les relations entre hommes et femmes de cour, objets somptueux délicatement ornés). La nature n’est pas en reste avec les feuillages denses, les fleurs de prunier, sakura, glycine, tournesol entre autres, les oiseaux, poissons et insectes… On peut admirer le passage des saisons et c’est un livre à scruter dans les moindres détails au fil des pages ! Le cadre sert également à appuyer, à faire passer les émotions des personnages : scène triste, sensuelle ou naturelle, l’immersion est très réussie.

Le Dit du Genji de Murasaki Shikibu en manga, éditions Synchronique : pages intérieuresConcernant les personnages qui gravitent autour du Geniji, vous en trouverez une liste alphabétique en début d’ouvrage et des arbres généalogiques en fin d’ouvrage. Pour ne pas alourdir la lecture, les personnages n’ont que des noms, et pas des titres souvent lourds à mémoriser dans l’œuvre d’origine. De même, pour rendre l’ensemble très visuel, les scènes entre le Genji et ses multiples conquêtes sont plus sensuelles que les évocations poétiques et imagées du livre.

En résumé, ce livre est un très bon moment de lecture et surtout une bonne introduction à ce roman impressionnant qu’est le Dit du Genji. Il permet d’en comprendre les grandes lignes et donnera peut-être envie à certains d’entamer la lecture de ce livre magistral parfois difficile à lire mais qui comporte de superbes moments de grâce et des poèmes délicats !

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Les herbes sauvages d’Hisao NAKAHIGASHI : récit d’un cuisinier cueilleur

Les herbes sauvages de Hisao Nakahigashi, éditions Picquier : couvertureVoici un livre passionnant écrit par un cuisinier étoilé japonais qui livre sa vision de la cuisine, de l’alimentation, de la nature, de notre façon d’être au monde via le prisme de la nourriture. C’est passionnant et touchant.

On voyage dans l’espace et le temps et tous les sens en alerte. Goûter la terre, dévorer la montagne, cueillir les herbes et manger à la maison sont des titres de chapitres mais aussi une philosophie de vie.

On découvre le village de son enfance « peuplé d’herbes et d’arbres ». On découvre par la même occasion des recettes ancestrales, des goûters d’enfant sauvage, des saveurs disparues (comme celle de la salamandre géante qui était un animal commun à l’époque et qui est désormais une espèce menacée qu’il est interdit de tuer). Un temps où les animaux grouillaient dans les montagnes, où les oiseaux sauvages étaient des mets délicieux, où les plantes livraient toutes leurs saveurs merveilleuses.

Le goûter : « Tout comme les plats de ma mère, mes goûters étaient exclusivement composés de ce qu’on pouvait glaner dans la nature. A présent, les enfants n’ont qu’à courir s’acheter des paquets de bonbons ou de biscuits à la supérette du coin, mais nous, nous maîtrisions l’art de casser la croûte grâce à la montagne.
Mûres, kiwaïs, renouées à feuilles pointues, akébies, raisins de montagne, fraises des bois, châtaignes shibaguri, noix… la nature était une véritable mine d’or à l’heure du goûter. »

Puis, on progresse dans la vie de l’auteur : il aide son frère qui reprend l’auberge familiale, puis vole de ses propres ailes à la mort de celui-ci (dont c’était le vœu le plus cher). Ce sera Sôjiki NAKAHIGASHI près du Pavillon d’Argent à Kyoto. Sôjiki pour mangeur d’herbes. Avec en affichage « Riz cuit au fourneau, mets grillés au charbon, plantes sauvages ». Les carpes de son vivier, les légumes de Ohara sont des trésors qu’il cuisine simplement pour le plus grand bonheur de ses clients.

Il consacre de nombreuses très belles pages sur les saisons : hashiri (premiers de la saison), shun (pleine saison) et nagori (fin de saison) signifient goût, texture, parfums différents. Toute une palette qu’il maîtrise comme un grand peintre !

Des bourgeons de pétasite annoncent l’arrivée du printemps :  » Les boutons floraux de pétasite ont un goût puissant, et c’est ce qui fait leur charme. On comprend à leur parfum frais, débordant de vitalité, qu’ils se préparent à sortir dans le monde. Leur amertume est intense et prononcée.
Il est préférable de les consommer simplement bouillis, sans autre préparation, afin de mettre en valeur leur saveur caractéristique.
Les fleurs jaunes des pétasites s’épanouissent vers mars-avril, quand souffle la première brise printanière. Leur parfum est doux, léger, leur amertume atténuée. Je prépare ces fleurs en tempura, ou je les fais sauter avec un peu de sucre, de miso et de mirin. Je les prépare également en salade shiraae : je les blanchis à l’eau bouillante avant de les passer sous un jet d’eau froide, et une fois essorées, je les mélange à du tofu écrasé et assaisonné. Dans ce plat, je mets également en scène des champignons shiitake, qui incarnent la terre, et du konjac, qui représente la glace. Le tofu, lui, est l’image même de la neige, où percent les boutons floraux de pétasite. L’amertume et le parfum du pétasite, la saveur douce du tofu interprètent ensemble l’harmonie exquise du printemps. »

Le poisson ayu arrive ensuite avec l’été, tandis que l’automne met à l’honneur le riz au champignons matsutake ou un plat de châtaignes « le plus facile du monde ».

La viande quant à elle accompagne les légumes et les plantes, et non l’inverse.

Les légumes nous disent comment les cuisiner : il suffit de les regarder, de les sentir, de les goûter, et les idées apparaissent naturellement. Faire marcher ses cinq sens, se confronter aux ingrédients. Cuisiner devient alors amusant.

Et vous trouverez même que le dashi peut se préparer avec des ingrédients très variés et surprenants, pour une diversité de goûts très intéressante !

En résumé, se débarrasser des idées reçues pour une cuisine libre.

Un livre qu’on lit comme on ferait une promenade dans les champs de Ohara, dans les montagnes japonaises, tous les sens aiguisés !

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Il n’y a plus qu’à choisir… ou lire les trois ! Bon été !

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