Des contes et des images : un Japon tout en douceur chez Akinomé

C’est toujours avec une pointe de fierté que nous voyons, parfois, certains de nos membres les plus passionnés par le Japon et sa culture passer de l’autre côté, celui des auteurs et autrices, constatant à chaque fois que cette passion et leur expertise se ressent dans l’œuvre qu’ils composent, dans les textes qu’ils écrivent… Alors quand notre chère Alice Monard, créatrice du portail littérature de Journal du Japon, partie vivre au Japon depuis presque 2 ans, nous a dit qu’elle se lançait dans l’écriture d’ouvrages jeunesse, nous avions hâte de voir le petit bébé et de vous en parler.

Ainsi est née Kotori, chez les éditions Akinomé. La série de contes narre les aventures d’une petite fille au Japon, Kotori, au milieu de la flore et de la faune. Deux premiers ouvrages, Kotori & l’ourson d’Hokkaido et Kotori & les singes du mont Fuji, qui n’auraient pas pu voir le jour sans la magnifique plume de Morgane Boullier, que nous avons eu plaisir de découvrir à cette occasion, nous permettant même d’aller plus loin pour savourer un autre ouvrage qu’elle signe en solo et, là aussi, tout en finesse et poésie : Mon premier imagier du Japon.

Deux femmes et un amour commun – et multiple ! – pour le Japon, que nous sommes évidemment aller rencontrer pour une grande et très agréable interview.

Une petite fille, le Japon, des images…

Commençons par vous présenter, rapidement, les 3 ouvrages aux éditions Akinomé.

Kotori & l’ourson d’Hokkaido : Kotori part en randonnée dans la forêt avec oncle Ojisan. Mais voilà qu’au détour d’un chemin, elle se retrouve nez à nez avec un adorable bébé ours ! Derrière lui, Maman ourse se met à grogner très fort… Heureusement, Kotori va trouver le moyen de la calmer avec l’aide de son fidèle compagnon, Tama.

Kotori & les singes du mont Fuji : Quelle joie de se promener au milieu des feuilles de ginkgo ! Soudain, Kotori est surprise par des cris aigus qui viennent de la montagne : ce sont des singes ! Effrayés par un bruit strident, ils partent tous en courant, laissant un bébé singe seul et apeuré. Comment Kotori va-t-elle l’aider à retrouver sa maman ?

Mon premier imagier du Japon : Cet imagier propose 23 dessins peints à l’encre réalisés par Morgane Boullier. Cette jeune artiste a suivi au Japon durant plusieurs années l’enseignement d’un maître japonais en « sumi-e ». Ses peintures à l’encre noire et de couleur sont épurées et malicieuses. Les mots choisis décrivent un Japon séculaire et moderne proche de la nature. Chaque mot est aussi écrit en calligraphie japonaise (et traduit en français quand cela est nécessaire). La grâce et la poésie de cet ouvrage particulièrement soigné dans sa fabrication emmèneront les enfants et leurs parents dans un monde rêvé des cerisiers en fleurs, des kimonos aux couleurs vives et des 4 saisons. Un album d’images qui permet aux enfants mais aussi aux adultes de découvrir le patrimoine nippon à travers des mots-clés ; cet album fait voyager au Japon.

Trois livres – trois beaux livres d’ailleurs, très agréables au toucher et superbement dessinés – pour faire rêver les plus petits. Les plus grands, amoureux du Japon, seront heureux de partager avec eux cette culture qu’ils aiment tant, à travers des récits, des images et des objets.

Et, puisque nous parlons de partage, allons de ce pas retrouver nos deux autrices !

Alice Monard : il était une fois Kotori, une envie de Japon… et de la partager aux petits

Journal du Japon : Bonjour mesdames et un grand merci pour votre temps. Commençons avec toi, Alice.

Alice… on se connait depuis pas mal d’années à travers Journal du Japon et je te sais passionnée de littérature japonaise et du Japon mais ce que je ne sais pas à quand remonte ta première rencontre avec le Japon et quels souvenirs tu en gardes…

Alice Monard (A) : Oh la première rencontre remonte à une trentaine d’années ! Elle était littéraire. Je suis tombée sur les romans de KAWABATA et MISHIMA, et ça a été un émerveillement. Comment pouvait-on plonger le lecteur dans un univers décrit avec plein de petits “riens” : une petite fleur, le son d’une cloche, un bol en céramique. Lire avec tous les sens en éveil, c’est ce que m’a fait vivre la littérature japonaise. J’ai ensuite adoré la forme plus “concentrée” que permet le haïku ! Depuis, cette littérature m’accompagne au quotidien.

Quels sont les auteurs qui t’ont marqué, ceux qui t’inspirent ?

A : Mes deux premiers grands auteurs KAWABATA et MISHIMA m’ont fortement marquée, avec une grande tendresse pour Kawabata, sa sensibilité, ses portraits de femmes et ses paysages. Je suis également une fan absolue de BASHO, ses haïkus ne sont jamais très loin de moi. Et bien sûr Natsume SOSEKI, Oreiller d’herbes est probablement un de mes livres préférés. La littérature japonaise contemporaine est également très riche et très belle. Il y a beaucoup d’autrices que j’admire. Hiromi KAWAKAMI que je relis régulièrement et dernièrement Ito OGAWA et ses romans d’une délicatesse incroyable.

Est-ce que tu as fait des études littéraires d’ailleurs, et quel est ton parcours ?

A : J’adorais lire et écrire depuis très longtemps mais comme j’étais bonne en tout, je me suis orientée vers les sciences. J’ai été ingénieure pendant longtemps, dans le domaine de l’écologie, c’était passionnant mais trop bureaucratique à un moment et j’ai donc bifurqué pour rejoindre le monde de l’écriture et de l’édition. Je pense qu’on a plusieurs vies dans une vie et que nos passions trouvent toujours un moyen de se rappeler à nous !

Tu es rédactrice chez nous et cela fait déjà plusieurs années que tu travailles aussi un peu dans le monde de l’édition, et donc tu es régulièrement en contact avec des auteurs et leurs œuvre. Qu’est-ce qui t’as fait sauter le pas pour passer de l’autre côté et devenir toi-même autrice ?

A : Travailler à Journal du Japon m’a permis de rencontrer de nombreux auteurs et éditeurs et de travailler dans ce monde parfois difficile mais passionnant. J’ai rencontré des personnes hors du commun et le temps passant, je me disais que cela serait bien de sauter le pas, mais en grande timide angoissée, j’avais du mal. J’ai toujours écrit dans des carnets, pour moi surtout, pour gérer mes angoisses, pour garder des souvenirs. Et lorsque je lisais des livres tous les soirs à mes trois fils (des centaines de livres sur les étagères, des milliers de petites histoires partagées), je voyais leurs yeux briller et je me disais que j’aimerais pouvoir avoir ce pouvoir de faire briller les yeux des enfants. Cela me trottait de plus en plus dans la tête et cela s’est concrétisé lorsque j’ai rencontré les bonnes personnes !

On échange aujourd’hui autour de Kotori, comment est né ce projet de livre illustré jeunesse ?

A : C’est avant tout l’envie de voir des petites histoires pour enfants qui se passent au Japon, des histoires accessibles aux plus jeunes (car il y a déjà de très beaux albums autour du Japon mais plus souvent pour les “grands” à partir de 6 ou 7 ans). Vivre au Japon m’a tout de suite donné envie de montrer tout ce que je voyais aux enfants. Les couleurs, les paysages, les animaux merveilleux ou plus étranges, la beauté des feuilles d’érable ou de ginkgo, des sakura. Apprendre à regarder toutes ces petites beautés qui nous entourent.

Et la petite Kotori, elle, comment est-elle née ?

A : J’imaginais un enfant japonais mais garçon ou fille, je ne savais pas encore. Mais je connaissais le travail de Morgane depuis quelques années et lorsque nous nous sommes vues au Japon où nous vivions toutes les deux, les petites filles adorables qu’elle peignait m’ont sauté au visage. Mon personnage serait une petite fille peinte par Morgane. Et comme nous partageons cet amour de la nature, des petites beautés qui font du bien, c’est avec bonheur que nous avons travaillé ensemble à la naissance de Kotori. Je me souviens des premières discussions dans les cafés de Tokyo, de ses premières esquisses, c’était magique !

Kotori & l’ourson d’Hokkaido

Dans les deux premiers volumes Kotori rencontre à chaque fois un animal, et il y aussi un lien visuel fort avec la nature, à travers les feuilles des arbres omniprésentes… Comment s’est construit cette idée d’échange entre Kotori, la faune et la flore, quels sont les messages et intentions derrière ?

A : C’est par nos expériences personnelles, cette découverte permanente de petites mousses, de petits scarabées, de cigales qui chantent, de pétales qui volent, que nous sommes arrivées à imaginer une petite fille qui ressent cela pleinement, comme les enfants le font beaucoup plus naturellement que les adultes trop pris par leur quotidien. Prendre le temps de s’émerveiller, caresser la mousse, écouter le coassement des grenouilles. Les enfants ont une capacité d’émerveillement qui m’émeut toujours ! Et le Japon est vraiment un pays où chacun peut ressentir les saisons, les micro-saisons, les petits changements au jour le jour. Le message est d’apprendre à se servir des sens merveilleux que nous avons, d’apprendre à connaître ce qui nous entoure pour mieux le préserver, ne pas le détruire. 

Kotori est un peu ce que j’ai pu observer chez mes fils : cette capacité à communiquer avec les êtres vivants non humains. Je me souviens de l’un d’eux resté de longues minutes à côté d’un singe, à lui parler doucement. Ils étaient tous les deux posés et même si le singe ne parlait pas, il semblait écouter, immobile. L’autre plus jeune a l’art de voir les moindres petites bestioles camouflées dans les végétaux. Petit, il leur parlait des heures dans le jardin, allait apporter des petites proies qu’il plaçait délicatement sur les toiles des araignées. Une communication semblait vraiment s’établir avec toutes sortes d’animaux et c’est ce que j’ai voulu mettre en avant chez Kotori.

Tu as travaillé avec beaucoup d’éditeurs donc pourquoi Akinomé ? Qu’est-ce qui te plaît chez eux et comment s’est fait la rencontre autour de ce projet ?

A : Akinomé est une maison que j’ai découverte grâce aux superbes carnets de voyage qu’elle a publiés. De vraies splendeurs à l’aquarelle, et des textes sensibles qui m’ont particulièrement touchée.

C’est une maison engagée sur les problématiques environnementales et le voyage hors des sentiers battus.

Ses choix éditoriaux sont originaux, et résonnent particulièrement avec ma façon de voir les choses. 

Nous avons eu la chance de beaucoup échanger sur internet puis de nous rencontrer et c’était comme une évidence, le courant est tout de suite très bien passé et le travail en équipe est très agréable et constructif !

Tu vis depuis quelques années désormais au Japon, en quoi le fait de vivre sur place a influencé ce projet ?

A : J’avais déjà cette sensibilité en moi. Petite, mon plus grand bonheur était de partir en forêt et d’écouter mon père m’expliquer le nom des plantes, des animaux, comment ça fonctionnait tout ça. Je me souviens des jacinthes des bois qui embaumaient, des têtards qu’on observait dans les mares. Dans le jardin c’était les papillons, les fraises des bois et les petits pois que je mangeais crus. 

Le Japon m’a permis de me reconnecter plus fortement à la nature. Cela peut paraître aberrant car j’habite à Tokyo, mais la nature n’est jamais loin et les saisons sont bien marquées, on les ressent au quotidien. Peut-être aussi parce que je marche tous les jours plusieurs heures les yeux, le nez et les oreilles en alerte. De nouveaux parfums de plantes, des chants d’oiseaux d’une grande variété, des insectes plus gros… Tout est fait pour stimuler les sens ! Et les couleurs sont impressionnantes… tous les roses des sakura, les dégradés du jaune au rouge des arbres en automne, mais aussi la palette des rizières au cours de l’année, le vert des champs de thé, une véritable explosion que je voulais partager !

Deux questions avant de passer la parole à Morgane : comment as-tu travaillé avec Morgane Boullier sur l’illustration et aussi avec l’éditeur sur la création de l’ouvrage qui est, il faut bien le reconnaître, un bel objet, tout en douceur et en finesse…

A : Morgane et moi vivons désormais chacune à un bout de la planète (elle à Boston, moi à Tokyo), donc c’était compliqué au début. Nous avons d’abord travaillé avec l’équipe sur le look de Kotori, son caractère, son petit compagnon ailé, et listé les thèmes sur lesquels on baserait les histoires.

Puis j’ai écrit les textes et pour chaque page ou double page une description de la scène (comment je voyais les choses en quelques lignes). Ce qu’il y a de magique à travailler avec Morgane, c’est qu’elle réussit toujours à faire des merveilles à partir du texte et de mes explications. Je lui dis souvent que j’ai l’impression qu’elle est dans ma tête. On a vraiment une vision des choses et une sensibilité très proches et c’est un vrai bonheur ! Je suis toujours impressionnée par ce qu’elle fait !

Kotori & les singes du mont Fuji

On échange beaucoup par mail et sur les réseaux sociaux qui sont très pratiques pour passer des idées, des messages écrits ou vocaux. Morgane envoie régulièrement des esquisses, des planches à toute l’équipe et on échange, on fait des remarques. Et bien sûr quand il faut vraiment discuter sur des points importants, on arrive à mettre en place des réunions en visio (Boston/Paris/Tokyo, un vrai challenge niveau horaires, mais Morgane dans ce cas se lève tôt et moi je me couche tard et c’est un bonheur de se voir tous !).

Le livre est très beau, très doux, c’est une vraie réussite ! Morgane vous expliquera comment elle travaille, mais en effet pour mettre en valeur la finesse de ses illustrations, il fallait trouver le papier, l’impression adaptés, et l’équipe d’Akinomé a été à l’écoute et a proposé de très belles solutions pour qu’on sente toute cette délicatesse dans le livre. Je suis ravie du résultat !

Passons à Morgane désormais. Nous on ne se connait pas, contrairement à Alice. Alors, forcément on veut tout savoir, à commencer par ton parcours, et ton histoire professionnelle jusqu’à Kotori puis l’imagier !

Même question qu’avec Alice : ta première rencontre avec le Japon, ça remonte à quand, et c’était quoi ou qui ?

Morgane Boullier (M) : Contrairement à beaucoup d’amoureux du pays, je n’ai jamais été particulièrement intéressée par le Japon ou par sa culture avant de m’y rendre. Comme tout le monde, j’en avais entendu parler bien sûr : adolescente, j’ai lu quelques mangas (essentiellement parce qu’ils parlaient de rock), et puis plus tard, durant mes années d’études en école d’animation (Pivaut à Nantes), j’ai étudié quelques animés. 

J’ai aussi mangé pas mal de sushis… Mais rien de plus. 🙂

Ce n’est qu’en 2015, lors d’un voyage initié par mon compagnon, que j’ai vraiment pu découvrir le Japon, sa culture, ses couleurs, son énergie… que j’ai pu m’en imprégner.
Sans l’avoir vu venir, je suis tombée complètement sous le charme du pays. Quelque chose là-bas m’a instantanément apaisée. Au point de décider quelques mois plus tard de venir nous y installer, et finalement d’y vivre presque 5 années…

Je crois que, tout simplement, le Japon dont je suis tombée amoureuse (dont mes sens sont tombés amoureux pour être plus précise) n’était pas perceptible « de loin ». 

Il fallait évoluer et vibrer sur place pour le ressentir. Ce dont je ne me suis pas privée !

Et puis, cerise sur le gâteau, début 2016, à peine installée à Tokyo, j’ai découvert la peinture sumi-e. Cette rencontre a chamboulé ma vie, me liant, je suppose, au Japon pour toujours.

En tant qu’illustratrice, qu’est-ce que tu apprécies dans l’imagerie japonaise ?

M : C’est en fait la découverte de peinture sumi-e qui m’a permis de tomber amoureuse de l’imagerie japonaise, et de façon plus générale à ce qui me touche particulièrement au Japon : l’épuré, le délicat, l’élégant, les matières « brutes » et naturelles mises en valeur pour ce qu’elles sont, la sobriété et l’élégance, l’attention prêtée aux détails, le traditionnel, l’artisanat, l’art, l’émerveillement, la contemplation de la nature au fil des saisons, l’émerveillement qu’elle procure, et sa représentation juste et humble, en quelques coups de pinceaux.

Comment s’est fait la rencontre avec Alice, puis comment fonctionnait « au jour le jour » votre duo ?

M : J’ai rencontré Alice grâce aux réseaux sociaux lorsque j’étais encore installée au Japon. Intéressée par mon travail, Alice m’a contactée et nous avons commencé à échanger autour de différents projets ; et puis, une chose en entraînant une autre, à nous lancer ensemble dans cette belle aventure.

Travailler avec Alice est d’une fluidité déconcertante. Notre duo fonctionne vraiment très bien.
Bien que très différentes l’une de l’autre, nous partageons sans aucun doute une même (grande) sensibilité, au Japon bien sûr, mais aussi à la nature, à ses détails, à ce que perçoivent nos sens.
J’ai cette impression que nous avons grandi dans le même terreau, elle et moi. Que nous parlons le même langage.
Je viens moi aussi d’une famille amoureuse de nature : j’ai grandi les pieds dans les pâquerettes, les yeux en recherche du minuscule, la bouche remplie de fraises des bois.
Mes parents m’ont transmis cet amour pour le vivant, l’animal comme le végétal et finalement, les aventures de Kotori pourraient très bien être les miennes (si on oublie le Japon et sa capacité à « parler aux animaux » 🙂 ).

Les mots d’Alice résonnent à 100% en moi, et, je crois, mes images lui parlent de la même façon. Bref, c’est une affaire qui marche, même à distance !

Kotori & les singes du mont Fuji

Au-delà de Kotori et de l’animal qu’elle rencontre dans chaque ouvrage, on reste marqué par les feuilles qui parsèment l’ouvrage (les feuilles de ginkgo sont magnifiques !) : comment ces feuilles sont apparues dans la genèse de l’ouvrage, comment ont été choisies les essences… Et quel est leur rôle dans l’ensemble ?

M : Dans ces livres, avec Alice, on se fait plaisir. On raconte et illustre ce qui nous fait du bien, nous émerveille, nous séduit au Japon (et comme c’est en partie la même chose, c’est plutôt pratique…). 

Nous avons construit l’univers de Kotori en fonction de ces choses auxquelles nous sommes le plus sensibles, et les végétaux en font particulièrement partie.

Nous construisons même certaines histoires autour des feuilles et des fleurs que nous avons envie de représenter, autour des couleurs dont nous avons envie de teinter chaque livre.

Et puis nous avions aussi envie de mettre en valeur le rendu si particulier de la peinture sumi-e, et le végétal, sujet de prédilection de cet art, s’y prête particulièrement bien.

C’est aussi ce que je sais le mieux peindre, ce que j’aime le plus représenter.

J’en reviens à toutes les deux avant de passer à l’imagier de Morgane : quelle est la planche qui vous a toutes les deux particulièrement marqué et pourquoi ?

A : Oh c’est une question très dure ! J’adore tout ce que fait Morgane et chaque page me fait craquer ! Mais j’adore Kotori lorsqu’elle s’approche toute joyeuse du bébé ours, ou son regard triste lorsqu’elle voit le bébé singe perdu. Je trouve son regard très expressif et cela m’émeut !

J’aime aussi les belles doubles pages de fin de livre, on s’arrête, on se pose, on admire le paysage. Ce que j’adore faire au Japon, se poser et admirer !

M : Question difficile pour moi aussi ! Je crois que je dirais la planche numéro 4 de Kotori et l’ourson d’Hokkaido. Celle où la fillette court vers l’ourson au milieu des fleurs malgré le danger.
Probablement parce que c’est la première que j’ai peinte, et qui du coup, a vraiment donné vie à Kotori et à Tama, à leurs couleurs, etc. Mais aussi parce qu’elle résume l’émerveillement que l’on peut ressentir face au vivant, aux animaux, à la nature. 

J’aime ce trait de caractère que l’on a donné à Kotori, cette conscience de la beauté et de la magie de la Nature. Cette joie que le vivant lui apporte.

Ensuite Morgane, Mon premier imagier du Japon : raconte-nous la genèse du projet !

M : Nous avons commencé par développer et lancer le projet Kotori avec l’équipe des Éditions Akinomé et avec Alice.

L’idée de l’imagier est arrivée dans un second temps, même s’il est finalement sorti en librairie en premier.
Pour Stéphanie (fondatrice des Éditions Akinomé) mes illustrations japonisantes, colorées sur fond blanc, semblaient parfaitement adaptées à un imagier japonais pour les petits.

Nous nous sommes dit que ce serait aussi une jolie façon d’introduire l’univers graphique, japonisant et poétique, que nous voulions développer à travers la collection Kotori.

Mon premier imagier du Japon

Comment s’est fait le choix des mots, puis des images ?

M : Nous avons choisi la liste de mots ensemble avec l’équipe Akinomé, notre souhait étant de pouvoir proposer un éventail de mots englobant les différentes facettes du Japon : ses animaux, ses traditions, sa culture, son artisanat, ses fleurs, sa gastronomie…
Nous avons établi chacun notre liste, puis les avons mises en commun pour finalement arriver à un choix de 23 mots afin que cela corresponde aux nombres de pages d’un « format jeunesse ».
S’il n’en tenait qu’à nous, le livre aurait probablement illustré plus de 100 mots…

Certaines des illustrations de l’imagier sont des peintures qui existaient déjà, peintes il y a quelque temps, sur lesquelles Stéphanie, l’éditrice, a flashé, et d’autres (la plupart) sont des nouveautés peintes exclusivement pour le livre.

Nature, nourriture, un peu de culture et d’artisanat : on a l’impression que tu as mis ce que tu aimes le plus du Japon, ce qu’on aime tous le plus du Japon en fait !

M : C’est exactement ça ! En général de toute façon, j’essaie toujours de travailler sur des projets qui me font vraiment plaisir, que j’aime particulièrement. J’ai beaucoup de mal à peindre ce qui m’ennuie…
C’est ce qui me permet de peindre avec joie. Et du coup, je crois, d’obtenir les meilleurs résultats.
Nos listes de mots étaient suffisamment longues pour que je puisse choisir uniquement des mots qui m’inspiraient tout en correspondant aux souhaits de l’équipe Akinomé. Ouf !

Quelle est ton image préférée du lot et pourquoi ?

M : Même si les oiseaux et les végétaux restent mes sujets de prédilection, j’aime beaucoup l’illustration des crabes ! J’ai pris beaucoup de plaisir à les peindre, et je ne sais pas trop pourquoi ils me font sourire chaque fois que je les regarde.
J’ai aussi un petit faible pour le tanuki, un peu dodu, qui clôture le livre.

Mon premier imagier du Japon

Si tu avais pu en mettre d’autres, des images, quelles thématiques aimerais-tu aborder ?

M : Peut-être la poésie de certaines des traditions japonaises ? Je pense par exemple à o-Tsukimi (la fête de la lune).
J’ai aussi un faible pour les motifs, ceux qui décorent les kimonos, les kamon, etc.

Mais ce que j’aime le plus de toute façon, c’est de peindre la Nature 🙂
Je prendrais beaucoup de plaisir à peindre plus de fleurs, plus d’animaux, d’oiseaux…

Tes visuels sont assez somptueux, comment as-tu travaillé techniquement parlant sur cet ouvrage ?

M : Merci beaucoup ! C’est le charme de la peinture sumi-e qui opère à nouveau sans aucun doute… 🙂

Je peins toutes mes illustrations en traditionnel, en grand, sur papier de riz, en utilisant les techniques du sumi-e.
Je scanne ensuite mes peintures en haute définition et les re-travaille numériquement pour les affiner et les adapter à l’impression .

Mais qu’est ce que le sumi-e vous demandez-vous peut-être ?
Sumi-e signifie littéralement « image (e) à l’encre noire (sumi) » en japonais. 
C’est un art qui s’inspire essentiellement de la nature, des saisons. Qui apprend à contempler.
C’est aussi une philosophie et une pratique zen qui vise à améliorer sa patience et sa concentration, à faire le vide dans sa tête, à capturer l’instant présent. 

Le but avec le sumi-e n’est pas de peindre de façon réaliste, mais de transmettre ce que nous inspire un sujet, son essence, ainsi que l’état émotionnel dans lequel on est lorsqu’on le peint. De transmettre des impressions plutôt qu’une réalité.

On tente de capter un fragment d’un oiseau, d’une fleur, d’un insecte ou d’un paysage et de le retranscrire avec de l’encre, de l’eau sur du papier, en fonction de nos ressentis et émotions. 

En termes de fabrication, le format de l’ouvrage et le choix du papier ajoutent pas mal à la séduction de l’ensemble. Morgane Velut est indiqué à la conception graphique, et l’agence OKIDOKID semble avoir joué un rôle également… Comment s’est déroulée cette partie de création physique de l’ouvrage ?

M : Effectivement, je suis moi aussi ravie de la qualité du papier, et de « l’objet » en général. 

Stéphanie de Bussière, la fondatrice et éditrice des Éditions Akinomé, privilégie la qualité à la quantité, ce qui me plait beaucoup.
Trop souvent, de belles histoires et/ou de belles images sont gâchées par une impression de basse qualité, un mauvais choix de papier, ou une mise en page bâclée… 

Je suis donc ravie de travailler avec une éditrice pour qui la qualité du papier, et de l’objet en soi, ont une importance majeure… 

Le résultat du livre est sans aucun doute un travail d’équipe, pas toujours évident puisqu’à distance, mais qui prouve encore une fois qu’à plusieurs ont peut accomplir de très belles choses. 

Pour finir, toutes les deux dites-nous : à qui s’adressent ces ouvrages et qu’est-ce qu’il y a de vous dedans ?

A : Kotori est une petite fille d’environ quatre ans, je pense qu’elle plaira beaucoup aux petits en maternelle mais que les lecteurs débutants apprécieront également. Mais je connais des adultes qui adorent le livre pour son univers et l’art de Morgane. C’est un livre à partager en famille, pour découvrir un peu le Japon, ses paysages, sa faune, sa flore et la vie qu’on y mène au quotidien (grâce à tous les petits éléments japonais que Morgane y place). Quant à l’imagier, c’est classiquement pour les petits enfants mais je trouve que c’est tellement beau que ça se regarde à tout âge, un peu comme un beau livre de peinture !

Kotori a beaucoup de moi petite fille (mais j’étais moins téméraire), de moi vivant au Japon, et surtout de mes fils qui sont une source d’inspiration permanente !

M : Pour moi ce sont des livres qui s’adressent à tous. 

Aux enfants bien sûr, mais aussi aux adultes, amoureux du Japon ou non, qui auraient envie ou besoin de retrouver cette posture de contemplation face à la Nature et au vivant. Ce sont des livres qui permettent de découvrir ou de voyager à distance au Japon, en douceur et en poésie, grâce aux multiples petits détails japonisants (onigiri, clochettes à ours, bento, furoshiki…) glissés par Alice dans chacune de ses histoires.

On s’y plongera avec plaisir alors nous, comme nos petits bouts, tous ensemble !

Retrouvez toutes les informations sur les 3 ouvrages sur le site des éditions Akinomé. Vous pouvez aussi retrouver l’amour d’Alice pour la littérature japonaise dans ces – nombreux, et on les adore ! – articles sur Journal du Japon, et vous pouvez suivre Morgane Boullier à travers son site web ou via son compte Instagram.

Remerciements à Alice et Morgane pour leur temps ainsi qu’à Lucie Chataignier pour la mise en place de l’interview.

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimerez aussi...

Verified by MonsterInsights